Dans la presse et les médias, du 10 au 15 décembre 2008
Dans « Le Matin » du 10 décembre 2008 : De plus en plus de chômeurs en Suisse
Il faudra vraiment un jour sérieusement proposer des cours de français à certains rédacteurs de ce journal. L’expression « de plus en plus« , indique qu’il y a une augmentation qui a déjà commencé depuis quelques temps et qu’elle se poursuit. Ici, nous assistons au contraire au début d’une augmentation du chômage, à partir d’un taux considéré comme plancher ou presque, qui risque cependant bien de se poursuivre. Il n’est donc pas encore temps de dire « de plus en plus« . Il y a seulement plus de chômeurs… (et il risque à l’avenir d’y en avoir de plus en plus…)
Sur le site « Swissinfo » le 14 décembre 2008 : Il faut plus de travailleurs étrangers
Pas question ici de discuter la thèse rapportée par cet article, mais uniquement quelques chiffres et leur utilisation. Ainsi, le rédacteur signale que « avec 22,9 %, la Suisse abrite la troisième population étrangère d’Europe proportionnellement à sa population » et mentionne plus loin le Luxembourg (37,3 %) et le Liechtenstein (33,5 %). Si ce chiffre de 22,9 est juste lorsqu’on considère la Suisse sur le plan intérieur, puisqu’il dénombre la proportion d’habitants qui ne possèdent pas la nationalité suisse, il n’a rien à faire dans une comparaison internationale. La définition de « étranger » est différente d’un pays à l’autre : ainsi, un enfant né sur le territoire français deviendra très facilement français alors que de nombreux « étrangers » sont nés en Suisse. Pour pouvoir dire que la Suisse abrite plus d’étrangers, il faudrait utiliser un critère unifié, comme celui dénombrant les personnes nées à l’étranger par exemple, sans quoi la comparaison est abusive. Il est bien possible que la Suisse resterait dans la tête d’un tel classement, mais les proportions ne seraient plus les mêmes…
Dans « 20 minutes » du 15 décembre 2008 : les suisses roulent ivres, les étrangers trop vite
Dans l’art des simplifications abusives, le quotidien gratuit fait très fort. Sa première page titre en grand : « les étrangers rois de l’excès de vitesse« . Quant aux suisses, « ils sont champions de la conduite en état d’ivresse« .En page deux, l’article remet une couche avec un titre du même acabit. La question ici n’est certainement pas de nier ce que peuvent révéler des statistiques et il est tout à fait légitime de se préoccuper de savoir de quels milieux émanent les chauffards et délinquants de la route, afin de rendre la prévention plus efficace. On sait qu’il y a des délinquants du volant au sein de certaines communautés qui ont fait la une des journaux dernièrement : cela ne justifie pas pour autant de mettre tout le monde dans le même sac.
Cette généralisation est absurde : je suis suisse et je ne bois jamais avant de conduire; mon voisin étranger respecte scrupuleusement les limites de vitesse. Alors, balancer une manchette généralisant les mauvais comportement à l’ensemble des « étrangers » et en faire un gros titre tout aussi simpliste est stigmatisant et injuste. Et « 20 minutes » ne s’arrête pas là et complète par : « les italiens caracolent en tête des fous du volant » !
Et pourtant, en fouillant l’article, on va tout de même trouver les faits suivants :
- Les statistiques ignorent si ces étrangers habitent en Suisse ou s’ils sont de passage dans le pays
- Malgré tout, les jugements pour infraction routière grave sont en diminution ces dernières années.
A quand une information plus « honnête »…
Dani