Dans les quotidiens lémaniques du 10 décembre 2008
Difficile pour les journaux qui sortent mercredi matin de ne pas aborder l’élection complémentaire au Conseil fédéral sous l’angle du pronostic. En effet, tout a été dit, ou presque, autour de cette élection et il devient difficile d’apporter des informations pertinentes supplémentaires pour cette matinée en attente d’élection. Voyons donc comment plusieurs quotidiens s’en sont tirés.
« La Liberté » consacre une page (reprise d’ailleurs par le Courrier, et partiellement par l’Agefi) à l’évocation des différentes possibilités. La journaliste reste extrêmement prudente (chat échaudé craint l’eau froide !) et évoque le besoin de 25 voix dans le groupe du Centre (autour du PDC) pour garantir l’élection d’Ueli Maurer. Mais elle admet que « tout est possible« . Le nom d’Hasjörg Walter est mentionné parmi d’autres possibilités.
« 24 heures » aussi propose une page entière. Deux particularités : un hémicycle permettant au lecteur de faire de petits calculs et une grande photo d’Hansjörg Walter. Le quotidien vaudois est lui aussi relativement prudent en évoquant tous ceux qui pourraient être tentés de faire échouer la candidature de l’ex-président de l’UDC suisse. On voit ici une envie de ne pas se faire prendre au dépourvu, comme cela avait été le cas l’an passé avec l’élection de Mme Widmer-Schlumpf qu’aucun journal n’avait entrevue. Ainsi, « 24 heures », dans sa quête prudente de toutes les possibilités laisse même ouverte l’éventualité de voir un UDC refuser son élection et d’être remplacé au pied levé par une candidature PDC : « (…) plusieurs élus PDC confirment que cette hypothèse n’est pas seulement le fruit de l’imagination fertile de quelques journalistes« . On n’est jamais trop prudent.
Dans « Le Temps », on remarque encore plus cette envie de ne pas se faire surprendre et le quotidien multiplie les noms de membres de l’UDC qui pourraient servir les desseins des opposants à Ueli Maurer en faisant référence à « certains observateurs » (vous connaissez sûrement ces gens qu’on rencontre à longueur de médias… ils observent !). Toutefois, « Le Temps » tente une évaluation chiffrée : « (…) Ueli Maurer récolterait ainsi 124 suffrages, soit la majorité absolue« . Pas mal, bien visé !
Eh oui, les journaux sont tentés de ne négliger aucune piste pour pouvoir reprendre le lendemain avec un « comme nous le disions dans notre édition d’hier…« . Et l’impression qui domine est qu’il ont eu bien raison. Un quotidien toutefois a osé être sensiblement plus affirmatif dans ses prédictions : « Le Matin ». Voici ce qui ressort du journal de ce mercredi matin : « Election sans suspense« , « Pas de complot en vue« , « Autant dire que le candidat UDC est presque déjà élu » ou « les dés semblent jetés« . Lorsqu’Ueli Maurer est cité, c’est avec « les forces pour contrer mon élection ne sont pas assez déterminantes« , alors que »24 heures » préfère retenir qu’il énonce une probabilité de 40 % pour son élection.
« Election sans suspense » : là, « le Matin » s’est magnifiquement planté même s’il a finalement quand même misé sur le bon candidat. Mais il s’en est fallu d’un cheveu ! Et il est tout à fait imaginable que s’il n’était pas monté à la tribune pour promettre de refuser une éventuelle élection, Hansjörg Walter aurait été élu. On peut d’ailleurs imaginer que c’est bien le fait d’avoir été abondamment cité dans la presse qui a provoqué les pressions nécessaires pour qu’il agisse ainsi. Eh oui, il faudra s’y habituer : la presse est devenue un « acteur » parfois déterminant dans ce genre de joutes. Dans le cas du Matin, on se souvient notamment qu’il avait ouvertement choisi de soutenir le candidat en faveur duquel il a émis un pronostic favorable.
Reste que les journaux auraient avantage à rester prudents lors des prochaines élections au Conseil fédéral. Un bref retour en arrière montre que le parlement est divisé en deux groupes de forces sensiblement égales lorsqu’il s’agit de composer le gouvernement. Christoph Blocher avait été élu avec 121 voix contre 116 à Ruth Metzler (majorité absolue à 119) et Evelyn Widmer Schlumpf l’a emporté avec 125 voix contre 115 (majorité absolue à 122). L’élection de ce mercredi à une voix près confirme, voire amplifie, cette situation. Les élections se jouent à très peu de choses. Parfois, il est préférable de ne pas trop pronostiquer.
Dani
P.S. Pour rigoler : Qui est prêt à tenter d’expliquer à des français, par exemple, que nous avions un candidat ex-conseiller fédéral (Blocher) qui s’est présenté que pour faire un dernier tour de piste, un candidat (Recordon) qui annonçait ne vouloir faire aucune voix, un non-candidat (Walter) qui précisait ne pas accepter son élection et qui en totalise 121 au deuxième tour ? La Suisse reste un pays étrange.