Piques et répliques – 2

Quelques réflexions critiques sur tout et rien

17
fév 2014
Posté dans Politique par Dani à 3:38 | 1 réponse »

 L’après-votation montre des vainqueurs ayant de la peine à assumer leur victoire

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Depuis la votation du 9 février, on a pu suivre des réactions qui ont souvent été classées comme étant celles de mauvais perdants : réserver les quotas aux cantons qui ont dit oui même de justesse, envoyer les leaders de l’UDC négocier tout seuls à Bruxelles, stigmatiser les régions qui ont voté oui, etc. Cette position de « mauvais perdant » est bien connue, et chaque enfant ou presque a dû apprendre à s’en départir à l’occasion de jeux de société en famille ou avec des amis.  Apprendre à perdre…

C’est évidemment également valable pour les votations et les « perdants » ont tout intérêt à afficher une certaine dignité. L’affaire est à mon avis entendue et de nombreux perdants de la dernière votation sont des habitués cuirassés par le nombre de défaites. C’est d’autre chose dont j’aimerais parler ici : en effet, on n’entend jamais évoquer l’inverse : le « mauvais gagnant ». A mon sens, aujourd’hui, il serait bon de se pencher aussi sur cet autre phénomène, et l’occasion de la votation du 9 février le permet assez aisément.

A mon sens, le mauvais gagnant est celui qui l’emporte dans une décision et qui n’est absolument pas prêt à assumer sa victoire et surtout les conséquences logiques ou inévitables de celle-ci. Cela peut venir d’une image difficile à assumer, de conséquences que l’on préférerait ignorer, de l’absence de proposition pour concrétiser la décision, de la conscience d’avoir mis tout le monde dans le pétrin ou d’avoir créé des difficultés inutiles. Dans le cas de l’initiative de l’UDC « contre l’immigration de masse », l’idée de « mauvais gagnant » pourrait tout particulièrement s’appliquer aux cas suivants :

En fait, je n’ai pas voté, mais je pense quand même que…

Là, c’est le comble de l’incapacité d’assumer de peur d’être associé aux Waldstätten ou à un autre croque-mitaine. Certains partisans de l’initiative aimeraient tant oublier leur vote et vont peut-être réellement l’oublier d’ici quelques temps.

De toute manière, cela ne va rien changer d’essentiel.

Réaction beaucoup entendue ces derniers jours pour minimiser la portée du vote et ses propres craintes. Mais si c’est pour ne rien changer d’essentiel, à quoi bon aller voter ?

Quoi ? Cela va affecter nos relations avec l’UE ? On nous a donc mal informés !

Réaction caractéristique de celui qui vote en se basant sur les slogans des affiches et des annonces et qui se plaint d’avoir été mal informé. Comme si la brochure officielle, les débats publics, les sites d’information et les journaux n’existaient pas !

L’Europe a décidé de se venger et de nous punir

C’est la position du gagnant-victime. Et plutôt que d’assumer que les décisions qu’il a prise auront naturellement des conséquences, il préfère transférer le poids de la décision sur un autre. C’est pas ma faute, c’est les autres !

Il s’agissait seulement de donner un « signal »

On retrouve cette défense chez ceux qui utilisent les votations pour manifester leur mauvaise humeur (ils semblent n’avoir jamais imaginé d’autres méthodes, comme les manifestations par exemple). Ils font mine d’ignorer que les votations consistent à adopter des textes constitutionnels ou légaux. Auront-ils un jour l’idée de lire les textes qu’ils votent ?

Cette décision n’a rien à voir avec les accords bilatéraux

C’est la position de ceux qui aimeraient croire qu’on peut avoir le beurre et l’argent du beurre, la libre-circulation sans les immigrants qui vont avec. Et leurs pulsions ethnocentriques les poussent à ne plus être capables de prendre en compte une partie du texte voté. Faire comme si…

Ce n’est pas au camp du « oui » de dire ce qu’il faut faire maintenant

Là, c’est le toupet du sans-gêne. C’est prendre une décision en rupture avec ce qui avait été décidé jusque-là et laisser les autres se débrouiller. C’est comme jeter la vaisselle par terre et demander aux autres de ramasser.

J’aimerais voir les gagnants de cette votation assumer leur victoire, tout simplement. Ce serait déjà pas mal.

Daniel

Vu sur les manchettes du Matin, le 29 mai 2013 :   »Série noire : 20 meurtres commis en 22 semaines en Suisse ! »

Le MATIN désinforme sur les meurtres ! dans Scène médiatique le-matin-meurtres-22-224x300

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Prenez peur, braves citoyens, tremblez : la Suisse fait face à une « série noire » de meurtres. On compte 20 meurtres en 22 semaines dans notre pays. C’est ce que le quotidien aux manchettes jaune vif nous annonce ce matin. Je ne sais pas comment auront réagi les personnes qui ont croisé ces manchettes aujourd’hui, mais je m’en inquiète. A priori, cela fait peur et donne l’impression que le pays est dans une situation sécuritaire catastrophique. Qu’en est-il en réalité ?

Eh bien, nous avons là affaire à la fabrication d’une actualité bidon, une mise en scène qui ne correspond à rien. En effet, le Matin brandit 20 meurtres en 22 semaines, comme si cela était exceptionnel et terrifiant (une série noire !). Et pourtant, cela n’a rien d’extraordinaire ou d’anormal. 20 meurtres en 22 semaines, cela correspond à environ 0,9 meurtres par semaine. Or, pendant l’année, on compte en Suisse plus d’un meurtre par semaine, comme en témoigne l’office fédéral de la statistique :

1,9 meurtres par semaine en 2007,

2,1 en 2008,

1,9 en 2009,

1,6 en 2010,

1,3 en 2011

Ces 20 meurtres en 22 semaines représentent donc moins d’homicides que la moyenne habituelle. Il ne s’agit donc pas d’une série noire, mais plutôt d’une relativement bonne nouvelle. Et voilà comment un journal donc le succès – très relatif – est basé sur les faits divers sordide et les futilités « people » entretient la peur nécessaire à vendre son pitoyable boniment…

Pour bien enfoncer le clou, la première page du journal revient à la charge : « Un meurtre par semaine« , et colle un revolver comme décoration explicite… La raison d’être du journal, c’est quoi : informer ou terroriser ?

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Faire croire, à partir d’une statistique rassurante, à une série noire de meurtres, c’est ici tout simplement un énorme mensonge. En grosses lettres, à la face de tous : ils n’ont manifestement plus aucune honte à fabriquer du faux.

Daniel

PS : pour l’anecdote, le site du Matin titre aussi aujourd’hui que le nombre de meurtres à New York est « historiquement bas« . Or, si la ville américaine a vu le nombre d’homicides passer de 515 à 414, il n’en reste pas moins que 414 meurtres pour 8,4 millions d’habitants de la ville, cela reste encore beaucoup. En Suisse, avec un peu plus de 8 millions d’habitants, on dénombre entre 69 et 109 meurtres  par an sur les 5 dernières années. Bien sûr, il n’est pas surprenant qu’un grande ville ait un taux sensiblement plus élevé qu’un Etat comme la Suisse, mais il semble que les rédacteurs du Matin ont de la difficulté avec les proportions…

17
avr 2013

20 minutes – 11 avril 2013 : Le fisc lui réclame des impôts 40 ans après

20 minutes : Un exemple patent de malinfo ! PISSEUR2

Régulièrement, dans le cadre de mon enseignement, avec des matières comme l’économie, le droit ou l’instruction civique, je me retrouve face à « l’information » transmise par les médias… et plus particulièrement par la diffusion gratuite du journal des pendulaires, « 20 minutes ». Et c’est une lutte continue contre les idées fausses qui émanent trop souvent d’une mauvaise compréhension de l’information, dont la faute incombe le plus souvent au média.

Mardi matin, un de mes élèves m’interpelle sur le cas d’une femme à qui le fisc aurait réclamé des impôts non-payés il y a 40 ans. Je suis bien évidemment surpris d’une telle durée, alors que les délais de prescription sont généralement au maximum de 10 ans. Je m’étonne oralement de la chose, et l’élève en question m’explique alors que l’information vient du journal « 20 minutes ». J’avoue : cela renforce encore mon scepticisme. Et dans ce genre de cas, une seule chose à faire : nous décidons de rechercher l’article sur Internet pour en avoir le coeur net.

L’article, long de 10 lignes sans le titre et le chapeau, est particulièrement laconique pour une matière aussi difficile. Il explique en effet que le fisc réclame à une contribuable de 59 ans un montant de 2055 francs – retrouvé tardivement – pour des impôts remontant à l’époque de ses 19 ans. Pour appuyer la réalité de cette information stupéfiante, le rédaction précise : « En raison d’un changement de législation fédérale en 1997, ces arriérés ne sont pas prescrits« . Pour « 20 minutes », le nécessaire est là : des impôts anciens, une femme jeune à l’époque, une faille dans l’organisation de l’administration… et une conclusion implicite : « Mais, c’est dégueulasse ! ».  Et c’est tout. Vous voudriez comprendre comment cela a été possible ? Savoir si cela pourrait aussi vous arriver ? Si c’est bien légal ou constitutionnel ? Laissez tomber… « 20 minutes » ne fait pas dans l’information explicative, seulement dans l’exclamation facile.

Il y avait toutefois une information réellement utile dans ce petit article : le fait que c’est « l’Hebdo » qui a relaté cette information dans sa dernière édition. Ouf, je peux donc m’y référer pour comprendre.

Et la lecture de « l’Hebdo » me permet en effet de voir de quoi il en retourne. Les impôts de la dame avaient donné lieu à des poursuites sanctionnées finalement par un « acte de défaut de biens« . A l’époque dans les années 70, les actes de défaut de biens étaient imprescriptibles et ce n’est qu’en 1997 que le parlement a décidé de modifier la loi et de les rendre prescriptibles par 20 ans. Or, il fallait bien décider ce qu’on allait faire des actes plus anciens que 1997. Il a alors été décidé que le délai de 20 ans de prescription des actes antérieurs au 1er janvier 1997 commencerait à s’écouler à cette date (et l’échéances est donc au 1er janvier 2017). Diable… et « 20 minutes » qui ne parlait même pas de poursuite ou d’acte de défaut de biens. Comment voulez-vous pouvoir y comprendre quelque chose ?

Assez piquant : on peut même se demander si le rédacteur de l’article de « 20 minutes » a compris la situation. Témoin la phrase de l’article déjà citée plus haut :  »En raison d’un changement de législation fédérale en 1997, ces arriérés ne sont pas prescrits« . Or justement, avant 1997, les actes n’étaient PAS prescrits. Le changement de la loi n’y est pour rien, puisqu’il introduisait précisément une prescription. Il aurait mieux valu écrire « Malgré un changement de législation fédérale en 1997″. Cela dit, la réalité resterait incompréhensible aux lecteurs de 20 minutes. D’ailleurs, il suffit de faire un tour sur le site de « 20 minutes » et de parcourir les 188 commentaires suivant l’article pour s’en convaincre…

Alors quoi ? Que vaut un journal gratuit s’il faut de se référer à un média payant pour comprendre les informations qu’il prétend communiquer ? Si la situation rencontrée par la contribuable vaudoise est en effet kafkaïenne, il serait largement préférable de permettre aux lecteurs de savoir de quoi il s’agit, à moins que le but ne soit seulement de les révolter ou de leur faire peur pour 40 ans.

A ce tarif-là, la rédaction de « 20 minutes » ferait mieux de mettre une jolie photo de chien ou de chat plutôt que de prétendre faire de l’information sur les impôts. Qu’ils laissent les choses sérieuses aux gens sérieux.

Daniel

 

A quand une leçon de vocabulaire économique et politique pour les responsables des médias ?

Voir ici, trouvé à l’instant : http://www.rts.ch/info/economie/4767225-chypre-trouve-un-accord-avec-l-ue-et-le-fmi-pour-eviter-la-faillite.html
Un Etat ne fait pas « faillite » ! Ou alors, où est l’organisme mondial des faillites, où est le juge des faillites, qui s’occupera de la liquidation, de la vente aux enchères du territoire ?

 

C’EST DU GRAND N’IMPORTE QUOI !!!  

Et cela se répète jour après jour, avec ce mot, avec d’autres… Allez ensuite donner des cours de droit et/ou d’économie à des jeunes qui lisent ces bêtises tous les jours. On finit par passer plus de temps à déconstruire les idées reçues fausses qu’à présenter les réalités.

Un Etat est souverain, peut se déclarer en cessation de paiement… mais ne peut pas faire faillite !

Daniel

14
mar 2013

Parmi les nombreuses raisons qui expliquent le déclin de la presse, il y a l’incompétence administrative et le manque de respect de l’abonné…

Madame, Monsieur,

Je suis un abonné de longue date à « Alternatives économiques » (en tout cas depuis plus de 20 ans !) et je ne vais pas renouveler mon abonnement cette année, au contraire de toutes les précédentes. En effet, quoi qu’on puisse penser d’une publication, l’idée de s’abonner vient généralement d’une envie de recevoir son journal à domicile. Or, ce n’est plus le cas et mes derniers courriers sont restés sans réponse.

En novembre 2011, j’ai changé d’adresse et je vous ai communiqué les coordonnées de mon nouveau domicile. Très rapidement, j’ai reçu mon journal à ma nouvelle adresse. Ce n’était pas un réacheminement postal, contrairement à ce que m’a répondu dans un premier temps l’une de vos collaboratrices (Mme Puchaux), puisque l’adressage correspondait bien. Mais tout à coup, début 2013, le journal arrive à nouveau à mon ancienne adresse. Je décide alors de le signaler par mail à votre rédaction et après une certaine attente, je reçois une réponse me mettant en cause en estimant que je n’avais pas mis à jour mes informations dans mon
« espace personnel ». Un an et demi après, les personnes qui gèrent votre fichier réinventent mon ancienne adresse et je devrais considérer que je n’ai pas mis à jour mes données moi-même… Sachez donc que si je sollicite un abonnement à une revue dans sa version papier, ce n’est pas pour aller passer du temps à bidouiller des données sur un site Internet.

Devant mon insistance, cette personne finit par me répondre qu’elle a mis à jour mes données avec ma nouvelle adresse. J’attends donc mon journal pour le mois de mars. Mais celui-ci n’arrive tout simplement plus du tout. Je me renseigne par téléphone auprès de mon ancien immeuble et rien n’est arrivé non plus pour moi. Après la mauvaise adresse, plus d’adresse du tout… J’écris alors un message au secrétariat de rédaction ainsi qu’un deuxième à la rédaction pour exprimer mon dépit. C’était il y a 4 jours et je n »ai reçu à ce jour aucune réponse. L’indifférence, tout simplement. Peut-être avez-vous trop d’abonnés.

Dans ces conditions, vous comprendrez aisément que je vais laisser tomber mon abonnement, peut-être au profit d’une autre publication. Je n’ai pas envie de continuer à perdre du temps pour ne recevoir ni journal, ni réponse. Après tout, avec les années, je lisais une partie de plus en plus restreinte du journal et je ferai donc le deuil assez facilement, d’autant plus que si le nombre de pages a bien augmenté, les alternatives se sont elles faites beaucoup plus rares. Je vous prie donc simplement de croire que je ne
me réabonnerai plus à l’avenir, mais que j’envisagerai tout de même d’acheter occasionnellement un numéro en kiosque si je constate qu’un sujet en particulier attire mon attention. Evitez donc de m’envoyer des publicités par la poste pour un réabonnement, car elle seront ornées d’un « retour à l’expéditeur » avant de vous revenir.

En espérant que vous questionnerez ces dysfonctionnements, je vous souhaite de retrouver une meilleure efficacité.

Daniel Schöni
Enseignant d’économie – Lausanne

Lecture d’un prospectus de campagne trouvé dans ma boîte à lettres…

L'initiative Minder et les menteurs professionnels dans Politique image.1234!.819!

 

Comme beaucoup de monde, je constate jour après jour quelle masse de moyens de propagandes est engagée par les opposants à l’initiative Minder. Economiesuisse avoue quelque 8 millions de francs et ce n’est guère étonnant tant les affiches, encarts publicitaires et tous-ménages se multiplient à profusion. Manifestement, ces gens ont été formés à l’armée ou chez Jeunesse & Sport tant ils semblent priser la « pédagogie de la répétition »…

D’emblée, le gros titre du dépliant me heurte : « Nous aussi, nous sommes contre les salaires excessifs« . Pure langue de bois qui ne mange pas de pain, puisqu’ils n’auraient jamais pu écrire qu’ils étaient POUR les salaires abusifs. C’est un peu comme dire qu’on est pour la sécurité, pour la démocratie, pour la prospérité. Cela ne coûte rien, mais permet de caresser le lecteur dans le sens du poil. Pour continuer dans la même veine, un texte de première page reconnaît à Thomas Minder « le mérite d’avoir soulevé le problème des salaires excessifs« . Mais alors, pourquoi ceux qui sont « contre » ces salaires n’ont-ils donc rien entrepris avant qu’un patron de PME ne se lance ?

Mais cette accroche indulgente pour Thomas Minder est suivie par un condamnation sans appel : l’initiative « manque complètement sa cible« , « aura des conséquences désastreuses pour notre économie, nos caisses de pension et nos emplois« . Comme les animateurs de l’émission 120 secondes l’avaient déjà brocardée, la propagande des adversaires de l’initiative consiste à promettre la ruine et le chômage. A coup de millions…

Mais ce n’est pas tout. Ce document contient encore des assertions qui sont de parfaits mensonges.

Notamment celle qui veut que le contre-projet entrerait automatiquement en vigueur en cas de refus de l’initiative. De fait, le terme de contre-projet est un peu abusif, puisqu’il s’agit d’une loi – on parle alors de « contre-projet indirect« , nouvelle expression qui entretient la confusion avec le véritable contre-projet constitutionnel – qui pourrait donc faire l’objet d’un référendum facultatif et pourrait être refusée. C’est donc un PUR MENSONGE que de prétendre qu’elle entrerait « automatiquement » en vigueur puisqu’elle ne serait que publiée au journal officiel et  sujette au référendum. Quand on se souvient des nombreuses manoeuvres parlementaires auxquelles on a assisté depuis le lancement de l’initiative, il ne faudrait pas être trop étonné de voir certains lancer un référendum puis combattre la loi en votation. Il n’y a que les mensonges qui sont automatiques dans cette histoire…

Ensuite, les principaux arguments des initiants sont listés et accompagnés de la mention « faux« . A lire le prospectus, on pourrait croire que les auteurs de l’initiative sont de parfaits analphabètes qui disent n’importe quoi. Qui le croira ?

Le sujet des rémunérations au sein des grandes sociétés est complexe. Mais ce genre de matraquage à coups d’arguments simplistes, à coup de millions, est détestable. Il pourrit la démocratie. D’ailleurs, la disproportion des moyens entre deux camps en présence à l’occasion de nombreuses votations donne de plus en plus la nausée. Lorsque certains peuvent se permettre une telle supériorité financière, il ne s’agit plus de démocratie, mais d’oligarchie. Une oligarchie directe, en somme.

Personnellement, je ne peux plus soutenir une cause défendue avec de tels moyens : une méfiance instinctive me dit que ceux qui sont prêts à dépenser autant d’argent ne peuvent le faire que pour défendre des intérêts privés qui sont colossaux… sans quoi ils ne ne le feraient pas. La loi du retour sur investissement…

Le débat me laisse encore un peu perplexe : il me reste donc le choix entre le oui à l’initiative et le vote blanc. Mais il est exclu de soutenir la campagne des oligarques. Beurk.

Daniel

27
jan 2013

A propos de la campagne du lobby Economiesuisse face à l’initiative Minder…

 

Je lis dans l’édition du 23 janvier du quotidien 24 heures une interview de Pascal Gentinetta, directeur général de l’organisation patronale Economiesuisse. C’est le lobby des grandes sociétés, précisément celles qui seront touchées par les conséquences d’une éventuellement acceptation de l’initiative Minder. Les rédacteurs ont utilisé une des phrases de l’interviewé en tant que titre : « On ne peut pas acheter les gens« .

En effet, Gentinetta est soumis à une série de questions autour de l’initiative qui visent à améliorer le contrôle des rémunérations des dirigeants des grandes sociétés par l’assemblée générale des actionnaires. A la question « Vous engagez 8 millions dans la campagne. N’est-ce pas excessif ?« , le secrétaire général du lobby patronal répond notamment que « l’argent est une chose, mais la qualité des arguments prime« .  Sur ce point, il faut bien lui donner raison, même si chacun sait qu’un argument répété très souvent et bien mis en valeur a toutes les chances de plus convaincre qu’un bon argument isolé.

Gentinetta ajoute toutefois . « On ne peut pas acheter les gens. Il n’y a pas de corrélation entre l’argent investi et le résultat d’un vote. On l’a vu sur le taux de conversion« .

Avec un exemple, un seul, cet homme voudrait écarter toute corrélation. C’est tout de même un peu léger, même si le fameux taux de conversion avait été renvoyé au gouvernement et au parlement avec une très large majorité, cela malgré les millions d’Economiesuisse. J’aurais toutefois envie de lui répondre ici en citant tous les exemples qui montrent au contraire une corrélation étonnante, en particulier la fameuse réforme fiscale qui devait ne coûter que quelques pauvres millions et qui se traduit finalement par des pertes fiscales chiffrées en milliards. Très souvent, des sondages prédisent un résultat favorable à une initiative avant la campagne massive des lobbys. Et l’initiative est finalement refusée après le passage des millions. Mais, en effet, pas à chaque fois. Heureusement parce que le taux de participation ne serait même plus de 40 %, mais chuterait à 10 %…

L’initiative Minder est précisément créditée pour l’instant d’une avance sondagière (voir ici et ). Attendons donc la campagne massive à venir…

Je ne rentrerai pas ici dans la discussion de fond sur l’initiative et sur le contre-projet indirect (en fait, une loi) proposé par le parlement fédéral. Par contre, je souhaite manifester mon grand étonnement devant cet aveu étonnant du directeur général d’Economiesuisse : il n’y a aucune corrélation entre l’argent dépensé et le résultat de la votation. Gentinetta avoue donc qu’il jette ouvertement 8 millions de francs par la fenêtre, qui ne serviront à rien, sinon donner du travail et des revenus à la presse quotidienne et à la SGA qui collera les affiches. Economiesuisse prétend à moultes reprises incarner une gestion des plus saines en matière financière et avoue aujuord’hui ouvertement gaspiller en pure perte 8 millions de francs… Incroyable !

Peut-être qu’il vaut finalement mieux se contenter d’en rire

Daniel

 

L'obligation de servir... pour ceux qui restent ! dans Politique charlot-soldat-1918-04-g

 

Le Conseil national a donc commencé ses débats sur l’initiative du GSSA qui propose l’abrogation de l’obligation de servir. C’est donc l’occasion pour tout ce que la Suisse compte d’adeptes de la chose militaire obligatoire de multiplier les superlatifs, dans la veine du « remettre en cause l’obligation de servir et l’armée de milice, c’est atteindre à l’identité suisse » que le Temps du 12 décembre relaie comme « l’idée qu’une très large majorité de parlementaires se fait du lien entre le pays et le système de milice« .

On y revient encore et toujours : la Suisse n’a pas seulement une armée, elle est une armée… Comme si la suppression du système militaire obligatoire en France avait porté un coup fatal à l’identité française. Il faut dire que la Suisse officielle a ses mythes : Morgarten et ses troncs d’arbres, Näfels et ses avalanches, Sempach et Winkelried, le réduit et son Emmental de béton… J’en passe, et des meilleurs. Mais la France pourrait aller rechercher Bouvines, Marignan, Valmy, les conquêtes de Napoléon,  le Conseil national de la résistance… Bref, tout cela pour dire qu’il va falloir affronter une campagne de votation très émotionnelle, surtout du côté de ceux qui chérissent leurs souvenirs de vieux non-combattants !

Les diverses propositions constructives pour faire sortir la « meilleure armée du monde » d’Ueli Maurer de sa torpeur passéiste (en train de préparer la seconde guerre mondiale, matinée de reliefs de la première) sont repoussées d’un revers de manche vert-de-gris sans y réfléchir. Quant aux menaces autres que celles des chars d’assaut ennemis, celles qui correspondraient vraiment aux risques de ce XXIe siècle, elles sont priées de se faire oublier. Par contre, on peut repérer des arguments amusants au passage, comme Yvan Perrin qui explique que le modèle du GSSA n’existe pas ailleurs (un gouvernement collégial non plus !) ou l’UDC Roland Büchel qui ne veut pas « remplacer le soldat-citoyen par des rambos » (quand on sait le nombre de rambos autoproclamés que comptent les rangs du parti !). Bref, on a pas fini de rigoler.

C’est pourtant un autre aspect que l’enjeu purement militaire que j’aimerais évoquer ici. Un élu PDC valaisan a eu les propos suivants : « En supprimant l’obligation de servir, on supprime la cohésion nationale et sociale » (Excusez du peu !). Alors, parlons-en. Et en chiffres, si vous le voulez bien… L’article du Temps mentionne 40’000 jeunes appelés chaque année au recrutement, parmi lesquels 25’000 seront déclarés aptes au service militaire ou au service de remplacement (c’est le service civil péniblement obtenu après des années consacrées à emprisonner les objecteurs de conscience !). 25’000 sur 40’000, cela fait 62,5 %, soit déjà 37,5 % des appelés qui ne participeront pas à cette grande fête de la « cohésion nationale et sociale« …

Mais ce n’est pas tout. Il vaut la peine d’aller visiter le site de l’Office fédéral de la statistique et ses chiffres sur la structure par âges de la population suisse. Il en ressort que la population en âge d’être recrutée tourne autour de 95’000 personnes. Dans ce chiffre, on trouve plus de 46’000 femmes, pour qui le service militaire n’est pas obligatoire. On trouve aussi près de 18’000 étrangers (hommes et femmes confondus, qui ne sont évidemment pas convoqués sous les drapeaux). Les femmes et hommes étrangers correspondent donc grosso modo aux 55’000 qu’il faut soustraire des 95’000 pour arriver aux 40’000 appelés. Mais il faudrait, pour bien faire, tenir aussi compte des double-nationaux qui bénéficient d’une convention leur permettant d’assurer leurs « obligations militaires » dans un pays étranger où l’armée n’est pas obligatoire (la France ou l’Argentine, notamment).

Il reste donc 25’000 personnes qui vont participer à un service obligatoire sur un total de 95’000. Pour déterminer le nombre de soldats, il faudrait encore déduire les civilistes, plusieurs milliers par année (disons environ 5’000). J’en arrive donc à considérer que les militaires sont 20’000 sur 95’000 d’une classe d’âge, soit 21 %. Et on voudrait me faire  croire que l’armée est le creuset de la cohésion nationale et sociale !!!

Ces 21 %, en tout cas ceux qui ne s’enthousiasment pas à l’idée d’aller courir déguisés dans les bois, sont ainsi condamnés à des mois de privation de liberté auxquels n’est pas astreinte la majorité de leurs camarades du même âge. Parce que c’est bien de privation de liberté qu’il faut parler ici : laisser en plan les études, la formation professionnelle et tous les autres projets pour aller attendre, attendre, encore attendre, faire des exercices idiots, ranger des objets dans un sens, puis dans le sens inverse, puis de nouveau dans le sens premier, s’aligner et aboyer très fort, changer de tenue dix fois par jour. Du temps perdu, tout le contraire de l’efficacité managériale encensée par les mêmes qui votent les budgets militaires au garde-à-vous. S’il y a un endroit où chaque jeune Suisse peut imaginer à quoi ressemble une prison, c’est bien à l’armée. Alors, on pourrait les libérer, cela serait bon pour eux et pour l’économie suisse. Ou alors proposer des services réellement utiles et efficaces, loin du folklore actuel.

Daniel

PS : J’avais tenté, il y a deux ans, d’imaginer une façon d’intégrer tout le monde dans un service national et égalitaire.

L'idée reçue : le sauvetage d'UBS s'est révélé avantageux pour les Suisses dans L'idée reçue sagesse_tout

Je l’ai encore entendue à plusieurs reprises dans les semaines qui viennent de passer, à l’occasion de discussion à bâtons rompus sur l’économie et la finance : l’idée veut que la Suisse, ou la Confédération (c’est selon…) aurait finalement été gagnante dans l’histoire du  sauvetage d’UBS et que les Suisses n’auraient rien perdu dans l’affaire.

C’est une variante du bonneteau, où le quidam se fait avoir parce que l’objet poursuivi des yeux n’est jamais sous le bon gobelet. Là aussi, avec le sauvetage d’UBS, la diversion a été suffisamment opportune pour que nombre de gens ne voient plus  la scène avec assez de netteté.

J’entends dire, autour de l’une ou l’autre table, que la Confédération a fait un bénéfice sur l’argent qu’elle avait confié à l’UBS…. mais si… : elle n’aurait donc rien perdu et nous non plus. Victoire et champagne ! Et en effet, la Confédération, qui avait engagé 6 milliards de francs dans le sauvetage de la grande banque, est repartie avec 7,28 milliards de francs en revendant ses actions et obligations à bon prix (voir ici). Bingo… puisqu’on vous le dit : « On a gagné, on a gagné… ! »

Sauf que, quand on lui montre la lune, l’idiot regarde le doigt. A fortiori quand on essaie de mettre en vue un gros doigt et que la photo laisse apparaître la lune plus discrètement dans un coin.

Les mêmes articles de presse (cf. le lien ci-dessus), s’ils parlent abondamment du gain réalisé par la Confédération, mentionnent très pudiquement que « les actifs toxiques demeurent dans le fonds que la BNS a créé à cet effet« . Le doigt est bien dodu, la lune microscopique… et le lecteur inattentif n’y voit que du feu. Mieux, on finit même par apprendre  (en mars 2012) que « les actifs toxiques d’UBS sont devenus rentables pour la BNS« . Wouaaaah ! Après avoir commencé par entraîner des pertes, voici que les fameux titres subprimes et toxiques génèrent des bénéfice pour le fonds de stabilisation géré par la Banque nationale suisse. Double bingo !

Bon, cela dit, fini de rigoler. De quoi  s’agit-il en fait ? Si la Confédération s’était engagée à hauteur de 6 milliards, la Banque nationale suisse y est allée d’un chèque de « 39 milliards de dollars » (après que 60 milliards aient été initialement prévus). Sensiblement plus que les 6 milliards de la Confédération… mais les petits montants semblent toujours plus intéressants que les gros lorsqu’il s’agit de débat politique. De fait, la BNS a racheté des titres qui ne valaient plus grand chose pour 39 milliards de dollars, qu’elle a préalablement dû emprunter à la Réserve fédérale américaine, qui les émet. En clair, l’UBS a ramassé de l’argent tout frais et laissé des titres pourris à la Banque de tout le monde… sans que le parlement ne décide pour autant de la mettre sous tutelle ou ne lui fixe des conditions. Take the money and run !

C’est fini ? Non, il reste actuellement (chiffres de juin 2012, en attendant les suivants…) pour 10 milliards de francs (un quart de la somme engagée au départ)  de ces titres dans les comptes de la Banque nationale suisse. L’affaire n’est donc pas terminée et la crise UBS n’est pas encore digérée. Et même lorsqu’elle le sera (si c’est finalement le cas !), il restera toujours que la Suisse, par l’entremise de sa Banque centrale, aura investi à fonds perdus près de 40 milliards de dollars dans une banque dont les propriétaires sont des privés. Le trop fameux « too big to fail » !

Compte tenu de cela, il m’apparaît donc difficile de dire que « l’affaire UBS n’a rien coûté » ou encore qu’elle a rapporté. Je n’arrive pas à ne voir que le gain de la Confédération, aussi impressionnant soit-il exprimé en termes de rendement. Les montants astronomiques injectés pour l’occasion par la banque centrale sont aussi du domaine de la politique économique : la planche à billets a fonctionné au bénéfice d’une entreprise privée, après que certains aient empoché le magot des opérations subprimes et avant qu’on ne frôle la catastrophe. D’autres recommencent les bonnes affaires après, comme si de rien n’était. Entre deux, les braves Suisses paient en ayant l’impression d’avoir gagné, et vont le chanter fièrement autour d’eux. Très fort.

Daniel

23
nov 2012
Posté dans Divers par Dani à 11:40 | 8 réponses »

 

Les mots ont-ils encore un sens ? mots-dits.1179079695

C’est de plus en plus fréquent, dans la publicité, dans les médias audio-visuels, dans les journaux, dans la bouche des politiciens et des autres publicistes : les mots sont utilisés au petit bonheur, sans plus trop se préoccuper de leur sens véritable. L’un prend la place de l’autre, comme s’ils étaient substituables ou synonymes…

La criminalité est invoquée là où il s’agit de délits, donc de délinquance. Des politiciens condamnés reconnaissent une erreur alors qu’ils ont commis une faute. La crise dure et remplace la récession économique. Le racisme prend la place de la xénophobie, même chez ceux qui sont animés d’un simple rejet sans imaginer une quelconque supériorité. Les gens « de gauche » finissent par être classés « gauchistes » alors qu’ils n’ont aucun goût  pour l’extrémisme politique. La confusion entre requérant d’asile et réfugié est fréquente, comme si la distinction n’avait plus de sens. Le terme de fasciste est accolé à des politiciens dont les visions, quoique parfois d’extrême-droite, ne se rattachent en rien à la tradition du fascisme. Les compromis sont étiquettés consensus comme s’il s’agissait de la même chose. Les employés de banque deviennent banquiers, comme s’ils étaient propriétaires.

Je pourrais sans difficulté allonger encore la liste si je tendais l’oreille dans ce but pendant quelques jours seulement. Au passage, j’ai aussi mis de côté quelques coupures de presse ces derniers temps :

- « Le Temps » du 2 novembre parle de la Grèce qui dispose de quinze jours pour éviter la « faillite« . Mauvais usage : un Etat souverain peut se retrouver en cessation de paiement, mais il ne peut pas être mis en faillite. Cet emploi malheureux revient une semaine plus tard…

- « Le Temps« du 2 novembre toujours, dans son supplément Carrières et Management, évoque des banquiers qui tentent de baisser leurs prétentions de salaires pour retrouver un emploi. Un banquier salarié ou sans emploi. Une confusion que l’on peut tolérer dans la bouche d’un adolescent, mais qui est ahurissante sous la plume d’une journaliste.

- « La Liberté » du 20 novembre annonce que « chaque suisse » boit 58 litres de bière (par année). L’emploi du mot « chaque » est malheureux sachant qu’il s’agit ici d’une moyenne.

- « 24 heures » évoque un rapport qui recense 562 îles (grecques) susceptibles d’être « vendues« .  Or, il ne s’agit pas d’une vente comme on finit par le découvrir plus loin : « ce ne serait pas une véritable vente, mais une cession sur des décennies« . Une vente qui n’est pas une vente… allez comprendre !

Et j’en ai manqué beaucoup, à coup sûr…

Il faut tenter de lutter contre cette tendance qui consiste à galvauder le sens des mots. D’abord, cela induit une mauvaise compréhension de plusieurs domaines qui participent à l’édification du citoyen. Mais c’est aussi une pratique anesthésiante pour la pensée. Il faut se lancer au secours des mots.

Daniel 

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