Salaires : la moyenne et la médiane !

24 heures du 18 novembre 2009 : Les écarts entre les Suisses explosent

http://www.24heures.ch/actu/economie/ecarts-suisses-explosent-2009-11-17

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Pages économiques du “24 heures”, 18 novembre 2009. Les statisticiens en prennent pour leur grade : “Les statistiques suisses présentent toujours un même défaut : elles sont toujours en retard d'une guerre“. Puis, plus loin, la rédactrice de l'article de s'étonner que l'enquête sur les revenus qui vient d'être publiée concerne les revenus de … 2008. Pourrait-elle vraiment concerner ceux de 2009, une année qui n'est même pas terminée ?

Si ce journal se plaint du manque d'information, moi c'est d'un manque de formation dont je vais me plaindre. En effet, je préfère qu'une information soit lente, mais fiable et bien présentée. Or, voici justement un article qui confond des notions très différentes et qui passe à côté d'un élément essentiel de cette statistique. C'est bien d'aller vite… mais à quel prix ?

D'entrée, dans le sous-titre en gras de l'article, le lecteur découvre que l'an dernier, “un suisse a gagné 5823 francs bruts par mois en moyenne“. Or, c'est FAUX : il ne s'agit pas ici d'une moyenne, mais d'une médiane, ce qui n'est pas du tout la même chose. Le contenu de l'article continue ensuite à entretenir cette confusion : dans le deuxième paragraphe, on précise “cela signifie en réalité que la moitié des Suisses a touché davantage et l'autre moitié moins” (et c'est ici une définition de la médiane) et on évoque justement “cette rémunération médiane” un peu plus loin. Mais plouf, rebelote au 3ème paragraphe : “ainsi, il s'avère que le salaire moyen d'une Helvète s'élève à 5040 francs, tandis que celui du mâle la dépasse de plus de 1000 francs par mois, à 6248 francs“. Puis arrive la conclusion “qu'il n'en demeure pas moins que les statistiques ne reflètent pas l'entière réalité“. C'est vrai, mais quand elles sont très mal communiquées, cela ne fait qu'empirer les choses !

Alors, c'est quoi, la différence entre médiane et moyenne ? (c'est juste la question fondamentale que devrait se poser un journaliste avant d'écrire ces mots !)

La médiane des salaires (je reprends ici la formulation de l'Office fédéral de la statistique - OFS) “correspond à la valeur par rapport à laquelle 50 % des salaires sont supérieurs et 50 % inférieurs“. Donc, en résumé, c'est le niveau de salaire de la 50e ou de la 51e personne sur un groupe de 100. C'est en quelque sorte le salaire du milieu !

La moyenne des salaires, c'est le total des salaires divisé par le nombre de salariés (moyenne arithmétique). C'est donc comme le calcul des moyennes à l'école. Si vous écopez des notes 2 - 3 - 3 - 6 - 6, vous aboutissez à un total de 20 que vous divisez par les 5 notes, ce qui vous donne une moyenne de 4. Les deux 6 ont tiré la moyenne vers le haut malgré une majorité de notes plus mauvaises. La note médiane serait elle de 3.

Il en va de même avec les salaires : la moyenne est sensiblement supérieure à la médiane, généralement au dessus des 7000 francs en Suisse (je viens notamment de retrouver un “revenu disponible moyen- donc bien inférieur au salaire brut moyen - de 6'275 francs en 2007, selon l'OFS). La moyenne est mécaniquement tirée vers le haut par de très hauts salaires. En ce sens, l'OFS a raison de communiquer avant tout sur la médiane qui a plus de sens pour la majorité des gens… à condition que les journalistes identifient bien qu'il s'agit d'une médiane !

Dans “l'enquête suisse sur la structure des salaires 2008“, c'est bien de médiane qu'il s'agit, mais cela n'apparaît vraiment pas clairement dans l'article de “24 heures”. Et ce n'est malheureusement pas tout : l'Office fédéral de la statistique procède à la “standardisation” des salaires mensuels bruts dans cette enquête. Cela signifie que tous les salaires sont redressés en calculant le montant qu'ils représenteraient si les salariés concernés travaillaient tous à 100 % ! Le montant de 5823 francs, c'est donc le salaire médian que recevrait le Suisse du milieu si tous les suisses travaillaient à plein-temps, ce qui n'est de loin pas le cas… et le vrai salaire médian est donc sensiblement inférieur à ce montant. Voilà une information qui manque cruellement dans l'article de 24 heures. Et le lecteur est induit en erreur sur le niveau réel des salaires. Le calcul de l'OFS a une certaines logique, mais il faudrait au moins en parler !
Entre la confusion entre médiane et moyenne et l'absence d'une précision essentielle concernant la standardisation des salaires, l'information transmise par 24 heures n'est plus du tout transmise correctement pour l'honnête citoyen qui n'en peut mais. S'il souhaite s'informer plus sérieusement sur cette question, un retour au communiqué de presse de l'OFS s'impose, en lisant soigneusement l'encadré technique.

Mais qui le fait ?
Daniel

 

PS : Et à propos du goût immodéré de la presse pour les chiffres frelatés, je vous encourage à un petit tour vers les calculs du professeur Kalvin : tenez vous bien, la Suisse compte 11,43 abeilles, par un quart de moitié de plus !



Sélection de la semaine : 9-15 novembre

Dans la presse et les médias, du 9 au 15 novembre 2009

Quelques lectures…

 

Dans “Le Temps” du 10 novembre 2009 : “Vouloir augmenter massivement le nombre de diplômés relève d'un dogme”

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/704a1388-cd5b-11de-9f85-8b0d8ae1b681/Vouloir_augmenter_massivement_le_nombre_de_dipl%C3%B4m%C3%A9s_rel%C3%A8ve_dun_dogme

Intéressante interview du sociologue de l'éducation François Dubet, à propos de l'école, de la formation, des inégalités et de la mobilité sociale.

 

Sur “Slate.fr”, le 13 novembre 2009 : Tintin l'Africain

http://www.slate.fr/story/12929/faut-il-bruler-tintin-au-congo

Alors que “Tintin au Congo” disparaît des librairies dans certains pays, voici un plaidoyer à sa décharge.

 

Dans “Le Temps” du 13 novembre 2009 : L'atout européen

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/16c67002-cfd3-11de-8c97-decdc1a21439/Latout_europ%C3%A9en

L'affaire libyenne et l'utilisation des visas Schengen montre que la Suisse est plus forte quand elle est associée à l'Union européenne.

 

Sur le site “Domaine public”, le 14 novembre 2009 : Pourquoi nous aimerons peut-être payer pour des routes qui étaient gratuites

http://www.domainepublic.ch/files/articles/html/10232.shtml

A priori, l'idée du département de Moritz Leuenberger de taxer les pendulaires ne passe pas. Voici pourtant une autre lecture de la proposition qui a le mérite de faire réfléchir.

Pour ceux qui veulent, j'ai aussi mon article sur Domaine public, sur la conférence de Copenhague sur le climat.

 

Dans “Le Courrier” du 14 novembre 2009 : Les amitiés xénophobes de l'UDC s'affichent sur Facebook

http://www.droitshumains-geneve.info/Les-amities-xenophobes-de-l-UDC-s,6909

Intéressante enquête sur les relations existant entre des gens très xénophobes et les jeunes UDC sur Facebook. Dis-moi qui sont tes amis et je te dirai qui tu es.

L'article n'est pas disponible gratuitement sur le site du Courrier et j'ai donc indiqué ici une autre adresse. A ma grande surprise, j'y ai retrouvé mon propre détournement de l'affiche anti-minarets avec la mention “un des flyers du Mouvement des créatifs suisses“. Je suis “sur le cul”… on devrait quand même remarquer que c'est un bricolage d'amateur !

 

Sur Marianne 2, le 11 novembre 2009 : Identité nationale: les 60 commandements de la francitude

http://www.marianne2.fr/Identite-nationale-les-60-commandements-de-la-francitude_a182746.html

En provenance du blog Horizons, une contribution humoristique au débat sur l'identité nationale en France.

 

Dans “L'express” du 5 au 11 novembre 2009 : Enquête sur les frontaliers français

http://www.lexpress.fr/

Pas disponible en ligne. Mais l'hebdomadaire a réalisé là un intéressant dossier, en prenant la question sous différents angles (agglomération transfrontalière, enjeux financiers, emploi, transports, localisation des entreprises, hôpitaux). 12 pages en tout, c'était une occasion d'acheter ce magazine.

 

Daniel

 



Pro-minarets ?

Le Matin du 14 novembre : les pro-minarets contre-attaquent

http://www.lematin.ch/actu/suisse/pro-minarets-contre-attaquent-191083

Dessin : Chris Dewey
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La presse aime parfois affubler les divers participants à des débats politiques d'étiquettes souvent réductrices. Pensons aux euroturbos, aux eurosceptiques, aux antimondialistes devenus altermondialistes, aux antinucléaires et pronucléaires, et tant d'autres… Ces surnoms facilitent la communication médiatique, mais pas forcément une bonne compréhension des débats. Difficile de faire “sans” ?
La discussion autour de l'initiative populaire fédérale proosant d'interdire la construction de minarets voit donc aussi apparaître les surnoms et on a très vite évoqué les “antiminarets“. Cela se justifiait dans la mesure où la proposition consiste précisément à s'opposer à la construction de minarets. Le surnom n'est pas usurpé.

Par contre, ce qui ne se justifie pas est de parler de “pro-minarets” pour désigner les adversaires de cette initiative. Ils n'ont en aucun cas (à part des musulmans généralement minoritaires) appelé à des projets de construction de minarets, mais ils se bornent à s'opposer à l'interdiction généralisée des minarets. Ils sont donc “contre l'interdiction faite à une religion en particulier de construire un type particulier d'édifice religieux“. Evidemment, cela devient difficile à résumer avec un petit nom.

Mais cela ne dérange pas un quotidien habitué à simplifier outrageusement les choses, convaincu que ses lecteurs se satisfont pleinement d'une compréhension du monde en noir et blanc, avec des bons et des méchants, comme dans les dessins animés de Walt Disney. Bon, “le Matin” n'est pas tout à fait seul : le site des radios de l'arc jurassien évoque aussi “la campagne anti ou pro minarets” et l'expression est apparue quelques fois dans d'autres publications (mais je ne les ai pas retrouvées). Mais dans “Le Matin“, ce n'est plus tout à fait un accident (cela avait notamment déjà été écrit dans un article du 12 novembre sur le minaret Suchard : “le débat pro- ou antiminarets“) et voilà qu'ils se permettent même le “gros titre”. Le quotidien orange prête ici main forte à tous ceux qui souhaitent rendre le débat public débile.

Manipulation ou étroitesse d'esprit ? Je penche pour la deuxième possibilité et j'estime qu'il faut dire et redire que le fait de s'opposer à l'inscription d'un précepte religieux dans la Constitution fédérale (alors qu'il s'agit d'une compétence cantonale), ou à l'interdiction des édifices d'une seule religion, ou à la stigmatisation de cette religion en particulier, ne signifie pas que l'on est “pro-minaret“. Personnellement, je ne souhaite pas particulièrement voir pousser un minaret sous mes fenêtres, mais je me refuse à accepter une initiative démagogique dont le seul but est d'agiter des idées susceptibles de renforcer le courant le plus xénophobe de l'UDC. Cette initiative (inapplicable) n'est qu'une gigantesque manipulation de l'opinion. Plus la ficelle est grosse, plus ça marche (et c'est un certain Adolf qui le disait, en connaisseur).

Daniel





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Faits divers

Forum de “l'observatoire de la sécurité” de la ville de Lausanne, le 11 novembre 2009

http://www.lausanne.ch/view.asp?DomID=63042



La ville de Lausanne s'est dotée d'un “Observatoire de la sécurité” en 2002 afin de pouvoir mieux mesurer et analyser, en partenariat avec les milieux intéressés, les problèmes de sécurité. Ce mercredi soir, l'observatoire organisait un forum sur le thème “Les faits divers : Quel traitement médiatique et quel intérêt pour les lecteurs ?” Après plusieurs forums sur divers aspects de la sécurité publique, c'était l'occasion de s'attaquer à l'angle médiatique. Je n'allais pas louper cela…

Plusieurs invités, modérés par Alain Maillard (vous savez… le monsieur de Médialogues, sur RSR 1 !) sont intervenus : Thierry Meyer (rédacteur en chef de 24 heures), Annik Dubied Loca (Chercheuse spécialiste des faits divers), mais aussi trois des municipaux lausannois, Jean-Christophe Bourquin, Oscar Tosato et Marc Vuilleumier, municipal de la sécurité publique et des sports. Les deux premiers ont chacun proposé un exposé autour de la notion de “faits divers“.

Des choses intéressantes sont sorties de ces présentations et je vous en propose un petit aperçu tout à fait personnel :

- Les faits divers ne datent pas d'hier. On peut faire remonter leur relation par écrit dans des “occasionnels” jusqu'au XVIe siècle.

- La façon de présenter les faits divers autrefois a souvent été beaucoup plus “gore” qu'aujourd'hui. Au XIXe siècle en particulier, on a assisté à une mode autour des “crimes de sang” avec force détails et illustrations évocatrices.

- Le terme de “faits divers” serait apparu en 1863 dans “Le Petit Journal“.

- Les faits divers ont été un des outils qui ont permis à certains journaux d'émerger publiquement, notamment par le suivi de certaines “grandes affaires”. Elles ont en quelque sorte assuré le succès de la presse de masse.

- La question du “Pourquoi” amène plusieurs types de réponses : on retrouve tout naturellement l'évocation du “voyeurisme“, mais pas seulement. Le fait divers est aussi et surtout une forme de surgissement, de rupture avec une situation équilibrée ou un ordre établi. Il constitue donc un “événement” particulièrement propice au récit (aujourd'hui, on dirait souvent “storytelling:-( ). Cela fait vendre. Mais il y a aussi des “modes” auxquelles les médias s'accrochent à certaines périodes. Le fait divers est donc un très mauvais indicateur statistique des faits réels, mais un excellent indicateur symbolique des soucis et des peurs (et on le voit particulièrement bien aujourd'hui avec l'intérêt marqué pour les faits divers concernant des enfants). Il y a encore un élément : il permet de marquer les polarités positives et négatives de notre société. Au “people” la polarité positive (bonheur, réussite, amour, etc.) et aux fait divers le refoulement vers la marge de la tragédie…

- Il y a périodiquement un retour du fait divers. Il est très présent dans les périodes ont les choses vont globalement bien et a tendance à disparaître lors des guerres et des époques de grande contestation. On joue à s'épouvanter tout en étant à peu près tranquille…

- Les organes de presse reçoivent beaucoup de réactions en rapport avec leur traitement des faits divers. Les lecteurs, et les internautes, sont des sortes de gardiens. Bon à savoir, non ? ;-)

- Depuis quelques temps, il y a une recrudescence du nombre de gens qui prennent d'eux-mêmes contact avec la presse pour parler de leur situation de victimes. Plusieurs exemples ont été cités et la presse n'a montré “que la pointe de l'iceberg” (dixit Thierry Meyer).

- Il existe diverses manières de traiter le fait divers et cela n'exclut pas un travail de fond avec la constitution de dossier. C'est le cas notamment quand un quotidien étudie le marché de la cocaïne à Lausanne sur plusieurs numéros. Mais on peut discuter du titre “Comment la cocaïne envahit Lausanne“…

- Sur le site de 24 heures, les pages les plus vues sont celles qui mettent en scène les faits divers. Mais si on se réfère aux numéros vendus en kiosque, c'est le numéro avec la Une sur les assurances maladies qui a largement permis les meilleures ventes !

- C'était pas mieux avant, c'était différent !

Après les exposés, une discussion ouverte s'est engagée. Peu de nouveautés par rapport aux présentations mais quelques vifs échanges tout de même qui complétaient bien l'aperçu. Comme il est bavard, votre serviteur n'a pu s'empêcher d'y aller lui aussi de sa petite question… J'ai interpellé les intervenants en me basant sur deux de mes anciens billets sur ce blog, “Attention danger : copains d'école !” et “Danger d'ici et de là-bas dans 20 minutes“. En effet, j'avais été interpellé par une des déclarations du rédacteur en chef de 24 heures estimant que les journaux gratuits font un très bon travail et patati et patata… (peut-il vraiment dire autre chose en public ?).

Je demandais dans quelle mesure de tels articles ne jouaient pas à stimuler outre mesure raisonnable un sentiment d'insécurité fondé sur des peurs avant tout fantasmées. L'histoire des copains d'école était particulièrement révélatrice : on y annonçait que “l'école est devenue l'un des principaux théâtres des agressions sexuelles entre les jeunes“, mais une lecture attentive des chiffres proposés dans l'article amenait à conclure en définitive que moins de 0,8 % des élèves étaient concernés et le gros titre se dégonflait complètement. Je faisais aussi allusion aux quantités astronomiques de meurtres, viols et autres horreurs collectionnées dans les pages “Monde” plongeant les lecteurs dans un “marigot de criminalité journalistique”.

Un élément de réponse, qui a été donné par Thierry Meyer, m'a plus particulièrement frappé : “Les rédactions des journaux comptent sur l'esprit critique du lecteur qui est tout à fait capable de faire la part des choses“. Difficile de dire autre chose, ce sont tout de même les clients !

Mais je suis perplexe. J'ai souvent vécu la situation de recevoir les réactions à chaud de jeunes entre 16 et 20 ans suite à la publication de certains articles. J'ai tenté de jouer au mieux mon rôle d'adulte et d'enseignant en leur permettant de rationaliser un peu les choses. Mais est-ce qu'il y a toujours face à tous les jeunes - et moins jeunes - un interlocuteur prêt à consacrer du temps pour faire ce travail ?

Postuler l'esprit critique, c'est très bien, mais a-t-on vérifié ? Il y aurait là matière à une réflexion approfondie…

Daniel

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