Piques et répliques – 2

Quelques réflexions critiques sur tout et rien

13
juin 2008

Page d’accueil du Matin : http://www.lematin.ch/

http://www.lematin.ch/fr/actu/suisse/les-roms-mendient-dans-les-trains_9-159121

Le quotidien « Le Matin » autorise les lecteurs à commenter (brièvement, le nombre de caractères est très limité) les articles publiés en ligne. Sur sa page d’accueil, on trouve sur la droite une série d’articles « les plus commentés », avec un record pour « La chute de Blocher » avec 667 commentaires ! D’ailleurs, on n’est pas très étonné des thèmes des articles les plus commentés : Blocher, naturalisations, Calmy-Rey en madone soumise, les mendiants Roms et une bagarre entre requérants d’asile. Facile de deviner les obsessions des commentateurs frénétiques…

Alors, je me lance dans un examen plus attentif d’une de ces séries : je choisis l’article « Les Roms mendient dans les trains » car c’est le plus récent (19 mai) et il n’a « que » 278 commentaires, publiés entre le 19 mai et le 11 juin. Le texte publié relate l’interpellation de mendiants Roms mineurs dans un train et évoque plus largement les difficultés à gérer ces groupes de populations généralement victimes de réseaux organisés et sans parents auxquels les renvoyer.

Première surprise : certains commentateurs sont très assidus. L’un d’entre eux parvient à laisser 29 messages et un autre 28, alors que 5 autres laissent plus de 10 messages. Et ce sont généralement les mêmes intervenants que l’on retrouve aussi régulièrement dans les commentaires des autres articles traitant de sujets approchants. Une remarque laissée par un participant évoque ce phénomène avec humour : « Je ne sais pas qui sont vos employeurs, mais vous avez beaucoup de temps à tuer ! »

Le contenu de ces commentaires révèle une avalanche d’attaques contre les politiciens, ceux de gauche en particulier, mais aussi contre tous les groupes étrangers, qu’il s’agisse d’immigrés, de réfugiés, de travailleurs clandestins ou de mendiants. De grandes confusions apparaissent, mêlant dans le plus grand désordre les problématiques liées aux accords bilatéraux avec l’Union européenne (Merci Rothenbühler !), l’aide aux pays de l’est, l’éducation et l’école et même l’Afrique du Sud ou le Zimbabwe ! On trouve à un mélange extraordinaire de toutes les obsessions sécuritaires, mais surtout une violence sourde, des invectives et des raisonnements d’un simplisme effrayant. Certains des intervenants se montent la tête à coup d’évocations qui les effraient, d’autres manient le mensonge ou les vérités approximatives. Finalement, seuls quelques commentaires évoquent la question de la mendicité !

Mais le plus grave, c’est que certains commentaires qui sont en ligne depuis plus d’un mois sont de véritables appels à la violence : « je vous invite à faire la même chose qu’à Naples » (Attaquer et brûler un camp de Roms), « je conseille aux policiers de les frapper », « prendre les armes pour défendre les siens », « attaquons et brûlons leurs camps », « fouttez leur le feu ». Tout au long de ces commentaires, les mendiants sont qualifiés de « criminels », comparés à des animaux (« les cafards, c’est ce qu’ils sont ») et Genève est nommée « poubelle de Naples et de l’Europe ».
Rappelons tout de même qu’il ne s’agissait que d’une interpellation de mendiants qui s’est déroulée sans violence, juste un peu de tension pendant 4 minutes…

Or, après chaque commentaire, un petit lien intitulé « Signaler un abus » apparaît. Eh bien, oui, il y a là un abus général à signaler. Le site du journal est devenu une véritable poubelle dans laquelle une série d’individus viennent vomir leur fiel sans aucune retenue ni intelligence (et avec une qualité rédactionnelle pitoyable). Ces commentaires n’apportent aucune valeur ajoutée à la page de ce quotidien et il serait préférable de supprimer cette option. La liberté d’expression est toujours positive, mais on doit savoir l’encadrer pour qu’elle reste respectueuse du droit et des gens. Le dégoût me saisit en relisant certaines de ces proses fascisantes : « Supprimez ces commentaires, ils sont déshonorants ! »

Dani

9
juin 2008

Manchettes de 20 minutes, du Matin bleu et orange – Du 15 mai au 6 juin 2008

Les manchettes ont toujours attiré mon attention. Comme tout le monde, je suis souvent surpris, parfois intrigué et il m’arrive même d’aller voir de plus près de quoi il s’agit. Or, je me suis toujours demandé comment se faisait le choix de l’événement (ou du non-événement) qu’on allait sélectionner pour figurer en manchette. Alors, je me suis lancé dans une petite récolte des titres de manchettes sur environ 3 semaines pour tenter d’y voir un peu plus clair.

A priori, j’avais l’impression que les thèmes des manchettes étaient principalement liés aux actes de violence, au sport et au sexe. Je me suis donc décidé à vérifier cette première impression en me contentant de relever les manchettes des journaux les plus présents en caissettes (et donc en manchettes), c’est-à-dire les gratuits et Le Matin, qui joue en général sur la même fibre. J’arrête le suivi au début du championnat européen de football puisque ce thème risque bien de l’emporter largement pour les semaines à venir. J’ai donc relevé 3 manchettes sur 17 jours de semaine et 3 samedis. Pour Le Matin, j’ai chaque fois choisi parmi les 2 manchettes proposées celle qui revenait le plus souvent et qui était donc manifestement mise en avant.

Qu’est-ce qui ressort de ma petite récolte ? En tout, je relève :

- 11 manchettes liées à la violence contre les personnes
- 9 concernant les célébrités
- 8 thèmes liés aux accidents, maladies et autres dangers collectifs
- 7 manchettes sur le sport, toutes à propos du football
- 6 manchettes consacrées à des décisions politiques ou économiques
- et 4 sur des questions d’argent, 3 sur des « arnaques », 2 sur la politique et 1 seule sur le « sexe » (sans violence).

Mais ce qui m’a frappé en deuxième lecture, et que je n’attendais pas dans cette proportion, c’est que 28 manchettes sur 54 était susceptibles de déclencher des craintes pour une partie au moins de la population. Plus de la moitié des manchettes étaient censées faire peur !!!

Les manchettes font peur ! dans Scène médiatique Manchette_le_matin

Au fond, c’est assez compréhensible et je ne devrais probablement pas m’en étonner. On sait que la peur et le plaisir sont liés et nul ne sera surpris que de nombreux lecteurs se jettent avidement sur les massacres, les viols, les enlèvements, les accidents spectaculaires, les catastrophes naturelles. Cela représente généralement une fraction importante des succès journalistiques. La part des mauvaises nouvelles est toujours beaucoup plus importante que celle consacrées aux bonnes nouvelles.

Les manchettes de ces dernières semaines sont elles-mêmes éloquentes pour illustrer mon propos : il tue sa famille à coups de hache, l’idylle sur internet était une arnaque, chauffards, votre auto ira à la casse, rougeole : le Conseil d’Etat menace les parents, il tabasse sa femme à mort, les roms reviennent pour mendier dans les trains, le prêtre cogne, d’énormes araignées marchent sur la Suisse (!), violée par le videur de la disco, supporters en voiture : attention à la mort, les CFF veulent faire casquer les pendulaires, adolescent poignardé en plein jour, internautes menacés par un tueur à gages, un train percute un bus scolaire, alerte nucléaire déclenchée en Europe, réacteur slovène : la Suisse a le même,…

MatinBleu%20Arnaque02 dans Scène médiatique

Au surplus, il faut ici prendre en compte le fait que la manchette n’est pas lue uniquement par le lecteur du journal, mais aussi par l’ensemble de la population. Il n’est pratiquement pas possible d’échapper à ces satanées manchettes qui s’imposent à tous ! Et l’impression qui va finalement découler de cette domination des faits effrayants sera : « Quel Monde ! » et « on n’est plus en sécurité nulle part ! ».

Des chercheurs (mentionnés ci-dessous) se sont intéressés à l’influence de cette actualité sur ses destinataires. L’un d’entre eux à formulé à cet égard le « syndrôme du Grand Méchant Monde » en mettant en évidence expérimentalement que les gens les plus assidus à l’information véhiculée par les médias et les plus grands consommateurs de programmes de télévision avaient une tendance très prononcée à surestimer les risques de la vie en société et à avoir peur de situations relativement banales. Les faits sont donc connus, mais on ne sait par contre pas comment réagir désormais face à cette surenchère médiatique. Souvenons-nous cependant que ces phénomènes peuvent servir à manipuler le vote : en 2002, le nombre de faits inquiétants présentés par les journaux télévisés en France avait fait un bond énorme dans les mois qui précédaient l’élection présidentielle. Ces faits sont aussi instrumentalisés en Suisse pour les campagnes électorales. Aucun doute qu’il y a bien ici un enjeu politique !

Dani

Pour retrouver les études mentionnées :

Dominick J.R. – The dynamics of Mass Communication, McGraw-Hill, 1990.

Gerbner G., Gross L. – The Scary world of TV?s heavy viewer, Psychology today 10 (4), 1976.

Tous deux cités et expliqués très clairement dans :

Bohler, S. – 150 petites expériences de psychologie des médias, Dunod, 2008.

 

8
juin 2008

Site internet de la Tribune de Genève – 8 juin 2008 : Faits divers

http://www.tdg.ch/pages/home/tribune_de_geneve/l_actu/geneve_et_region/detail_geneve/(contenu)/234861
http://www.tdg.ch/pages/home/tribune_de_geneve/l_actu/geneve_et_region/detail_geneve/(contenu)/234853
http://www.tdg.ch/pages/home/tribune_de_geneve/l_actu/geneve_et_region/detail_geneve/(contenu)/234854
http://www.tdg.ch/pages/home/tribune_de_geneve/l_actu/geneve_et_region/detail_geneve/(contenu)/234857
http://www.tdg.ch/pages/home/tribune_de_geneve/l_actu/geneve_et_region/detail_geneve/(contenu)/234858

Il est parfois amusant de porter son attention sur des détails ou des précisions fournies par les médias. Ainsi, aujourd’hui, le site de la Tribune de Genève propose une série de faits divers accompagnés d’informations particulièrement précises. Voyez plutôt :

Interpellation à St-Jean

Le quartier où j’ai grandi a en tout premier attiré mon intérêt(sans quoi je n’aurais probablement pas fait attention à ces faits divers). Il s’agit d’un homme de 20 ans qui avait caché sous un banc 32.8 grammes de marijuana et était personnellement porteur de 310 francs.

Appel à témoins

Puis, sous cette mention, un accident impliquant un automobiliste belge de 38 ans et un motocycliste de 21 ans, dont la passagère a 22 ans. La même brève évoque aussi un autre accident ayant eu lieu vers 17h58 (le journaliste n’a pas pu établir le temps avec les secondes !). Là aussi, les âges des personnes impliquées sont précisées : 60 ans et 33 ans. Dans le cas du deuxième, on précise qu’il s’agit d’un vaudois

Endormi dans son véhicule en état d’ivresse

Troisième petit article : cette fois, c’est un portugais de 48 ans, dont on précise qu’il est domicilié en France voisine, qui a été interpellé endormi dans sa voiture qui avait buté contre une signalisation. Important : son alcoolémie se montait à 1,52 pour mille précises…

Saisie de drogue

Dans un autre registre, un homme de 23 ans, domicilié dans un foyer à Vernier, a pris la fuite lors d’un contrôle et, lorsqu’il a été rattrapé, a craché 5 boulettes de 4,5 grammes de cocaïne.

Vol à la portière

Et finalement, voici un homme retrouvé grâce à son profil ADN et inculpé pour un « vol à la portière » le 10 janvier, mais aussi le 28 mai. On précise qu’il a aussi été arrêté en flagrant délit les 12 et 14 janvier.

Pas de doute, les rédacteurs de la Tribune ont décidé de faire leurs effort sur la précision des faits. On pourrait difficilement le leur reprocher, en particulier en ce qui concerne l’appel aux témoins. Mais on peut aussi s’interroger : pour prendre connaissance de faits divers comme ceux-ci, est-il indispensable de connaître la nationalité des personnes, leur lieu de résidence (dans un foyer ?), leurs âges, la quantité exacte au gramme près des drogues saisies et les dates précises des multiples vols du dernier cas… ?

J’avoue ne pas avoir de réponses à cette question, mais je m’amuse à remarquer cette avalanche de détails. Ce n’est pas une question importante et je n’en fais qu’un clin d’oeil. Mais, à quand les centimes, les secondes, les étages, les dates de naissance ?

Dani

8
juin 2008

Dépêche de l’Agence télégraphique suisse sur Edicom.ch – Belgique : près de la moitié des Flamands veut l’éclatement du pays

http://www.edicom.ch/fr/news/international/belgique-pres-de-la-moitie-des-flamands-veut-l-eclatement-du-pays_1188-5437867

Faut-il toujours croire les sondages ? L’ATS (Agence télégraphique suisse), elle, a choisi d’y croire dur comme fer et sans conditions, et le site internet d’Edipresse suit dans la foulée. Sur la base d’un sondage auprès de 1000 personnes résidant dans la partie flamande de la Belgique, l’organe de presse titre au présent de l’indicatif, comme une certitude : « Près de la moitié des flamands veut l’éclatement » (49,7 %).

La dépêche évoque le « fossé de plus en plus profond entre néerlandophones et francophones » comme une évidence basée en fait sur des préjugés. Or, si on se donne la peine de lire quelque peu la presse belge, on se rend compte qu’il n’en est rien en réalité. Ce « fossé » existe en somme depuis longtemps, mais rien n’indique une aggravation, si ce n’est particulièrement au sein du microcosme politique. Cela peut bien évidemment suffire à faire éclater un pays, mais de là à le généraliser à l’ensemble de la population…

Le rédacteur ne se donne d’ailleurs pas la peine de nous dire d’où vient cette enquête, par qui elle a été réalisée, ni qui l’a financée. D’autre part, le sondage n’est pas daté ! Le seul élément qu’on nous indique est que les personnes interrogées devait répondre par oui ou non à la question « Souhaitez-vous que la Belgique éclate ? ». Autant dire qu’on ne nous donne pas les éléments permettant d’en apprécier la crédibilité et qu’il devient difficile d’évaluer sérieusement la situation.

Souvenons-nous en : un sondage indiquait la victoire du « oui » à l’initiative de l’UDC sur les naturalisations alors qu’elle a finalement été largement rejetée. D’autres sondages, longtemps à l’avance, avaient annoncé l’élection de Ségolène Royal à la présidence de la République française. Cela ne découle pas d’une incapacité des sondeurs, mais simplement du fait que les gens ne répondent pas aux questions de la même manière lorsqu’il s’agit de la décision effective ou s’il s’agit d’une simple supposition longtemps avant une échéance. Ici aussi, la question est posée alors qu’aucun projet n’est formellement en cours : la réponse indique donc une humeur, rien de plus…

Dans ces conditions, les médias se doivent alors de rester prudents, d’utiliser un conditionnel montrant que c’est une hypothèse et surtout de donner des indications suffisantes permettant d’apprécier la valeur de ce sondage. Ceci d’autant plus qu’il s’agit ici de l’agence de presse la plus reprise, souvent sans retouches, par la plupart des médias du pays. Une fois de plus, on théâtralise, on exagère et on devra bien finir par admettre que titrer avec « près de la moitié des Flamands veut… » est un abus de langage.

Dani

5
juin 2008

Le Matin Bleu et 20 minutes – 5 juin 2008

A une époque pas si lointaine, les suisses parlaient avec fierté de la diversité de leur presse écrite qui affichait une grande quantité de titres pour un nombre d’habitants relativement limité. Aujourd’hui, les choses ont bien changé : les journaux ont mis en place des collaborations qui font qu’on retrouve parfois le même article dans plusieurs d’entre eux. C’est le cas notamment de la Tribune de Genève et de 24 heures, qui ont de nombreuses pages communes tous les jours. Dans le même temps, le nombre de titres a diminué et les fameux « gratuits » sont arrivés.

Justement, la « même information pour tous » prend aujourd’hui des formes parfois étonnantes. Lorsque je monte dans le bus le matin, je vois une dizaine de journaux ouverts dans les mains des passagers : tous des journaux gratuits. Plus tard dans la journée, on les retrouvera traînant sur les banquettes ou chiffonnés par terre, ce qui indique la valeur qui leur est attribuée après lecture. Ou une manière de s’en débarrasser, elle aussi gratuite … ? Aux arrêts de bus et à un certain nombre d’endroits stratégiques en ville, les caissettes des deux gratuits sont jumelles et on observe de nombreuses passants qui prennent les deux journaux.

Les mêmes nouvelles pour tous... gratuitsyp0

A l’intérieur des journaux, une majorité de dépêches d’agences (reprises sans changements par la grande majorité des journaux, y compris payants). Dans le cas des gratuits, elle sont souvent encore raccourcies… Il est alors frappant de noter à quel point les thèmes abordés par les deux gratuits, lus par une quantité impressionnante de gens chaque matin, sont souvent rigoureusement les mêmes. Ainsi, aujourd’hui, tous deux ont abordés la dépendance vis-à-vis des consoles vidéos, une saisie record de pilules thaïes, les mouches « intelligentes » qui vivent moins longtemps, les colporteurs de tapis verreux, le colis suspect des CFF, la soi-disant rivalité Dati-Bruni, le taureau qui saute la balustrade, la cavale de 30 minutes d’un prisonnier et tant d’autres sujets encore. Et certains sujets n’apparaissent que dans l’un des deux journaux, car l’autre a déjà traité l’information hier…

De façon étonnante, c’est sur les annonces publicitaires que les deux journaux se distinguent le plus. Seuls quatre annonceurs sont communs sur cette journée : Emil Frey, Coop, Swisscom et Swiss Vapeur Parc. Mais il faut poser ici probablement l’hypothèse de décisions venant des annonceurs eux-mêmes, qui font en sorte de tourner entre les différents journaux. A part le jour de la sortie d’Indiana Jones 4, où ils ont réussi la performance notable d’avoir tous deux exactement la même première page !

Le bilan est presque effrayant : des milliers de voyageurs qui, tous les jours, digèrent la même actualité, la même sélection de faits et d’événements, souvent caractérisée par une grande fréquence d’actes violents et d’anecdotes sous la ceinture ou alors franchement grotesques. Gardons espoir : peut-être que chacun, le soir, ouvre un bon quotidien, un mensuel spécialisé ou recherche sur internet des compléments d’information…

Au fond, le rôle de ces journaux, à part de servir de supports d’annonces publicitaires, est peut être de fournir des sujets communs de conversation pour la pause de 10 heures !

Dani

3
juin 2008
Posté dans Divers par Dani à 9:38 | Commentaires fermés

Site de 20 minutes – mardi 3 juin 2008 : Voiture folle sur les cyclistes: la photo choc
et
24 heures – lundi 2 juin 2008 : Spectaculaire embardée à Chavannes-près-Renens

http://www.20min.ch/ro/news/monde/story/12563637
http://www.24heures.ch/pages/home/24_heures/info_express/lausanne_et_region/lausanne_detail/(contenu)/232598

.

Trop content de pouvoir exhiber une image terrible et spectaculaire, le journal gratuit va jusqu’à exprimer des contre-sens. Il est impressionnant de voir à quel point, avec une régularité parfaite, les journaux sont prêts à dédouaner par leur syntaxe les véritables responsables des accidents.

Dans 20 minutes, on peut lire en sous-titre la phrase suivante : « Une course de vélo a fait un mort et quatorze blessés dans la ville de Matamoros au Mexique ». Ce titre est presque intolérable : ce n’est pas la course qui a fait des victimes, c’est un humain inconscient !!! Le titre mentionne, lui, une voiture folle. Nous avons donc le choix : soit c’est la course cycliste qui est responsable de cet accident, soit c’est une « voiture folle ». L’article continue sur la même lancée avec des « cyclistes heurtés par une voiture » et « un véhicule a fauché un groupe de coureurs ». C’est seulement en fin d’article qu’on finit par apprendre que le « chauffard » était ivre….

Ce titre choquant n’est pourtant pas une exception. Si on lit attentivement les articles que les journaux consacrent aux accidents de la circulation, on remarquera que ce ne sont jamais les individus qui sont verbalement incriminés. Un grand nombre de phrase sont passives, indiquant que des personnes ont été tués. Ailleurs, c’est une voiture qui est sortie de la route ou qui a provoqué l’accident. Parfois encore, on titre : « La route tue ! ». Bref, ce sont systématiquement des objets qui sont responsables, presque jamais les individus pourtant seuls capables de responsabilité.

Mais qui provoque donc les accidents ? 112185961_resize_crop320par220

A cet égard, il vaut la peine de relire l’article de hier dans le 24 heures, consacré à un « spectaculaire accident » à Chavannes-près-Renens. On peut y lire les affirmations suivantes : « leur voiture a fait une embardée spectaculaire », « la police ne sait pas encore ce qui a fait dévier l’automobile », « le véhicule est monté sur un talus » et « la voiture s’est retrouvée sur le flanc ». Nulle part on n’évoque les actes d’un être humain….. même sous forme de supposition, comme si les véhicules étaient parfaitement automatisés ! Les occupants de la voiture réapparaissent enfin lorsqu’on mentionne leurs blessures ou qu’on explique comment ils ont réussi à sortir de la carcasse…

Lisez attentivement les compte-rendus d’accident, c’est vraiment toujours comme ça, sauf parfois, quand il s’agit de jeunes conducteurs. Les accidents sont systématiquement présentés comme s’il s’agissait de la fatalité et on ne parle jamais des éventuelles responsabilités humaines. Pudeur ou reflet d’une société inféodée à tel point à l’automobilisme qu’elle conçoit de lui verser un tribut humain sans discuter ?

Dani

2
juin 2008
Posté dans Divers par Dani à 10:19 | Commentaires fermés

La presse écrite du 2 juin 2008

Lorsque j’ai aperçu la manchette du Matin (orange) qui titrait « les policiers seront plus cool pendant l’euro », je me suis demandé si c’était une exception ou si nos journaux utilisaient abondamment un vocabulaire anglais dans leur titraille. Conclusion : pas l’abondance à proprement parler, mais quand même de nombreux titres qui seraient avantageusement remplacés par des expressions en français.

Le 20 minutes remarque le « Rush des écoles privées » sur la côte et propose le titre feedback pour présenter les résultats d’un petit sondage. Le Matin bleu met le paquet sur une même page consacrée à des figurines à découper représentant les candidats à l’élection présidentielle américaine : buzz, making of, up, down et enfin présente le tout sous l’appellation de « élection US« .

Les autres journaux restent plus modestes dans leur utilisation de la langue de Shakespeare, pardons…… de Ronald MacDonald ! Le 24 heures propose de « croire au punch romand » quand la Tribune de Genève évoque « la pub de CMS qui booste les dons du sang ». Même Le Temps s’y met, plus discrètement, avec « UBS, agneau des US« , imaginant faire passer la pilule à la faveur d’une rime pauvre…

On pourrait tout de même attendre de nos journaux, qui représentent pour une partie de la population la seule lecture quotidienne, une minimum de rigueur dans l’utilisation de notre langue. Elle est déjà suffisamment débordée par des publicités très souvent affichées en anglais (qui les comprend ?) et des titres suisses qui se donnent des noms comme Swissinfo, sans compter toutes les organisations qui se sont aussi dotées de noms anglo-saxons…. (et sans oublier le magnifique Swisspatat, organisation des producteurs de pommes de terre…..wouarf !).

L’envahissement guette… Tenez, à Paris, il y a aujourd’hui plus d’inscriptions en anglais qu’il n’y en avait entre 1940 et 1944 en allemand ! A quand une journée sans l’anglais ?

Dani

Quand les journaux titrent en anglais... Hide_Speak_Fr

Site internet Edicom (Edipresse) – 1er juin 2008 : A propos des votations fédérales

http://www.edicom.ch/fr/news/international/les-suisses-appeles-a-voter-un-durcissement-des-conditions-de-naturalisation_1188-5410103

Que les français aient de la peine à saisir toutes les subtilités de notre système de votations et de notre culture politique, cela se conçoit. Mais que les organes de presse suisses reprennent les erreurs de nos voisins à leur compte sans les corriger mérite un blâme. Une dépêche de l’Agence France-Presse (AFP) vient en effet d’être reprise sur le site du plus grand éditeur de journaux de Suisse romande.

Tout commence par le titre « Les Suisses appelés à voter un durcissement des conditions de naturalisation ». Cela commence fort mal : l’objet de la votation n’est nullement un durcissement des conditions (elles demeureront inchangées), mais l’insertion d’une possibilité pour les communes d’ajouter aux critères de sélection déjà existants une sorte de veto populaire en fin de procédure. Les conditions ne changent donc pas; on y ajoute uniquement la possibilité de refuser des gens ayant pourtant satisfaits aux conditions énoncées par la loi.

Mais cette erreur ne leur suffit manifestement pas. Le chapeau de l’article énonce encore que ce « durcissement  » se fera « en soumettant chaque procédure au vote des citoyens sans possibilité de recours ». Ce qui est également complètement faux : les communes auront la possibilité de mettre en place ce genre de dispositif, mais ne le feront pas forcément (ouf !). Il est idiot d’affirmer des choses comme celle-ci.

Enfin, l’article affirme encore que l’UDC tente « de faire approuver une loi » sur la « surpopulation étrangère présumée ». Belote et rebelote. L’article est court mais cumule les erreurs : il ne s’agit ici aucunement de loi, mais d’un article constitutionnel (ce qui n’a vraiment pas la même portée) et il ne s’agit pas non plus de limiter la population étrangère, mais seulement de mettre un obstacle de plus à sa naturalisation. Ce qui, soit dit en passant, devrait au contraire légèrement gonfler la proportion d’étrangers dans les statistiques nationales.

Cela fait beaucoup de boulettes pour un seul court article . D’autant plus que l’objet de votation tient en réalité en deux phrases ! Il serait vraiment souhaitable que l’AFP choisisse un rédacteur compétent lorsqu’il s’agit de politique étrangère et que les médias suisses dépassent le niveau du perroquet…

Dani

31
mai 2008
Posté dans Divers par Dani à 4:39 | Commentaires fermés

Le Matin – vendredi 30 mai 2008 Editorial : Libre circulation des mendiants ?

http://www.lematin.ch/fr/actu/suisse/des-roms-toujours-plus-violents_9-165968

Dans un numéro dont la première page annonce que « la police craint un afflux de Roms » et dont la double page consacrée au sujet complète avec « Des Roms toujours plus violents » (pages 2 et 3), le journal orange joue son rôle habituel d’épouvantail. Il s’est depuis des années fait une spécialité d’agiter toutes les peurs possibles afin d’effrayer la population, de fournir des électeurs au parti de la peur et bien sûr d’engranger des bénéfices sonnants et trébuchants grâce aux mains tremblantes qui s’emparent fébrilement du journal.

Aujourd’hui, le rédacteur en chef Peter Rothenbühler s’intéresse à la « libre circulation des mendiants ». Dans son éditorial, il accuse le parlement d’infantiliser le peuple suisse par son hésitation entre deux manières de faire accepter la reconduction de l’accord bilatéral sur la libre circulation des personnes ainsi que son extension à la Roumanie et à la Bulgarie (en présentant les deux sujets ensemble ou séparément). Jusque-là, rien d’anormal, tant cette question agite le microcosme politique. On ne doit donc pas s’étonner que des éditorialistes prennent position et que l’un d’entre eux recommande au gouvernement d’éviter de donner l’impression de vouloir « faire passer la pilule amère à tout prix ». Il est ici dans son rôle.

Mais là où le rédacteur dérape, c’est lorsqu’il laisse entendre par son texte que la question de l’extension de l’accord est liée avec l’afflux des mendiants venus de Roumanie, qui, précise-t-il se disputent à « couteaux tirés sur les meilleures places et les trottoirs » (Tremblez, citoyens !). Sans nuancer aucunement son propos, il associe le contrôle de populations clandestines nomades avec celui des candidats à un poste de travail venus de l’Union européenne grâce aux bilatérales (dont il n’évoque absolument pas les réelles dispositions). En effet, ces accords ne concernent en aucune manière le contrôle douanier ou policier des Roms (confié aux Accords de Schengen déjà acceptés par la Suisse), mais uniquement l’installation de travailleurs immigrés conditionnée à l’obtention d’une place de travail. En clair, Rothenbühler confond allègrement le mendiant roumain avec l’infirmière roumaine engagée au CHUV bien que leurs sorts soient réglés par des accords différents.

La question européenne est particulièrement complexe et les citoyens suisses (comme ceux de l’Union européenne d’ailleurs) ont déjà souvent bien du mal à s’y retrouver. A cet égard, l’éditorial sème donc ouvertement la confusion, et ceci aux côtés d’un article qui « met le paquet » sur la peur des Roms, ces populations déshéritées qui tentent désespérément leur chance en mendiant dans des pays plus riches que le leur. Le jeu de Rothenbühler est vraiment trouble et très ambigu. On en vient à se demander pour qui il roule réellement…

Dani

30
mai 2008
Posté dans Sur internet par Dani à 4:25 | Commentaires fermés

Site internet Swissinfo – 30 mai 2008 : Nicolas Hayek veut lancer une voiture propre

http://www.swissinfo.ch/fre/24_heures_en_suisse/Nicolas_Hayek_veut_lancer_une_voiture_propre.html?siteSect=104&sid=9153566&cKey=1212142206000&ty=nd

Swissinfo est un site d’informations qui a trouvé sa place dans les médias suisses. D’ailleurs, ses informations sont reprises par d’autres médias. Aujourd’hui, toutefois, il semblerait que les rédacteurs du site se soient mis à croire aux miracles…

Reprenant l’essentiel d’une dépêche de l’ATS, l’article s’enthousiasme : « Il s’agit de mettre au point un système de propulsion qui n’émet pas de substance nuisible » pour faire rouler un véhicule commercialisable. Il s’agit d’un projet de « voiture verte » du fondateur de Swatch, Nicolas Hayek. Et celui-ci est tout simplement devenu un faiseur de prodiges, puisque « la vapeur est le seul «déchet» produit » (l’article précise que dans les piles à combustible, hydrogène et oxygène réagissent et se combinent sur une membrane pour former de l’eau).

Merveilleux, n’est-ce pas ? C’est extraordinaire, l’hydrogène… Il y en a plein partout, dans l’eau (H2O) et cela ne pollue pas tout en permettant de propulser des voitures. Dire que certains en sont encore au pétrole ! Ce qui est à mon avis le plus extraordinaire, c’est surtout qu’on puisse publier sans ciller un article aussi simpliste que de nombreuses personnes liront avant d’aller chanter partout qu’il n’y a aucun souci à se faire puisqu’on va tous très bientôt rouler à l’hydrogène…

Swissinfo est souvent un site sérieux et propose des dossiers intéressants. Mais là, c’est carrément mauvais. Comment peut-on affirmer qu’il s’agit d’une solution écologique sans se demander d’où proviendra l’hydrogène en question. Celui-ci ne se ramasse pas à la pelle dans la nature, dont il est presque totalement absent à l’état naturel. Il va falloir le produire, en le séparant de l’oxygène, ce qui nécessitera d’énormes quantités d’énergie. Comme l’électricité, l’hydrogène n’est pas une énergie primaire, mais simplement un vecteur, une forme secondaire d’énergie fabriquée à partir d’une source primaire. Il faut donc recourir à une autre source d’énergie, consommer et éventuellement polluer pour le produire. Aujourd’hui, on recourt fréquemment à la combustion d’énergies fossiles (pétrole ou gaz) pour produire de l’hydrogène. Et ne parlons même pas des quantités de platine (très cher !) nécessaires à la production des piles à combustibles… !

Bref, cet article est vraiment trop incomplet. D’autres médias se sont au moins donnés la peine de faire allusion aux moyens imaginés par Nicolas Hayek pour produire son carburant, mais sans toutefois réellement évaluer la question. Alors que nous sommes aujourd’hui entrés de plain-pied dans le débat public sur l’avenir énergétique, on peut attendre des organes d’information qu’ils ne cèdent pas à un enthousiasme béat aussi facilement. La recherche et les tentatives d’utilisations d’alternatives comme celles-ci sont utiles et intéressantes, mais il s’agit d’en montrer aussi les limites et les difficultés d’utilisation.

Bref, quel sera le prochain thème de Swissinfo : le mouvement perpétuel, la pierre philosophale ?

Dani

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