Piques et répliques – 2

Quelques réflexions critiques sur tout et rien

Archive pour la catégorie 'Scène médiatique'


Des fatalités dans « 20 minutes »…

1 juillet, 2008
Scène médiatique | 6 réponses »

20 minutes – Lundi 30 juin 2008

Il est parfois frappant de voir comment la langue française est utilisée par la presse d’actualité, notamment en ce qui concerne les choix syntaxiques. Certains phénomènes sont tellement fréquents qu’ils ne sont certainement pas dus au hasard.

Par exemple, l’utilisation de la voix passive pour évoquer un meurtre. « Une personne a été tuée par…  » plutôt que de commencer la phrase par l’auteur de l’action. On peut dire que c’est quasiment systématiquement le cas lorsqu’il s’agit des accidents de voiture : on ne lit quasiment jamais qu’un « conducteur a tué ». Soit la phrase commence, et donc met l’accent, sur la victime, soit c’est la voiture qui a tué, et non le conducteur.

Alors, bien sûr, on peut penser que ce sont des formules stylistiques qui permettent notamment au rédacteur d’éviter de lourdes répétitions et de rendre son style écrit plus digeste. Mais deux éléments conduisent à penser que ce n’est pas qu’une affaire de style rédactionnel. Tout d’abord, comme je l’ai mentionné, le caractère systématique de la tournure de ce genre d’information. D’autre part, le fait que les titres soient presque toujours tournés de manière à éviter systématiquement d’incriminer des humains…

Voici, à titre d’exemples, quelques titres relevés dans le journal 20 minutes de ce lundi :

Page 8 : Collision mortelle due à l’alcool (à Vuillerens, VD)

C’est la collision qui tient lieu de sujet et le coupable est l’alcool. Où sont passés les humains ?

Page 10 : Un week-end mortel avec de nombreux accidents (Canton de Berne)

Là aussi, c’est le week-end qui a été mortel. Le même article signale d’ailleurs qu’un « planeur s’est écrasé, tuant son pilote de 58 ans » : le planeur a tué ! Et plus loin, « la route a aussi tué » . Grand classique de cette manière de présenter les faits : Je me suis toujours demandé comment « la route » faisait pour tuer

Page 12 : La machine à suicide tue pour la première fois (Berlin)

Voici un cas un peu plus légitime, étant donné que c’est la vocation de la machine en question. Mais il a bien fallu que quelqu’un la fabrique, la vende et enfin qu’un « candidat » l’utilise volontairement. Mais c’est la machine qui doit assumer…

Page 13 : Crevasse meurtrière (brève d’Italie)

Un alpiniste est tombé, mais il décline son droit à être sujet de sa dernière action.

Page 13 : Un wagon de montagnes russes décapite un ado

Bien que ce dernier ait escaladé les barrières et ignoré les panneaux d’interdiction, c’est le wagon qui devient meurtrier.

Page 13 : Les airs font deux morts

Deux accidents, de parapente et de planeur. Bien sûr, la culpabilité est à attribuer aux « airs »… l’air de rien !

Et ce ne sont pas des cas isolés. D’autre journaux, le même jour ou à d’autres moments, permettent les mêmes constatations. Pourquoi ?

Je ne suis pas convaincu que ce soit fait exprès. Mon hypothèse est plutôt qu’il s’agit d’une tendance inconsciente poussant à minimiser ou atténuer, voire à refuser de reconnaître « les mots en face » une réalité inacceptable. C’est une sorte de langue de bois journalistique qui facilite à tous, au rédacteur comme à ses lecteurs, la digestion de faits de sociétés effrayants qui reviennent tous les jours. En effet, constater que des chauffards prennent des risques inconsidérés ou que des règles de sécurité sont souvent ignorées, et ceci tous les jours, n’est pas particulièrement rassurant.

Or, si on cache inconsciemment ce genre de faits, c’est bien qu’il y a une forme de gêne ou de culpabilité. En somme, il s’agit probablement d’une sorte de reliquat de morale qui n’a pas encore été totalement éradiquée après des années de déluges de faits divers. Au moins, à défaut de révolte, il reste la honte !

Dani

Exit Bagnoud, retour sur scène de Garbani…

16 juin, 2008
Scène médiatique | 1 réponse »

Médias romands du 16 juin 2008

http://www.tsr.ch/tsr/index.html?siteSect=200001&sid=9221574
http://www.20min.ch/ro/news/romandie/story/11179805
http://www.lematin.ch/fr/actu/suisse/la-police-est-intervenue-chez-valerie-garbani_9-177260
http://www.24heures.ch/pages/home/24_heures/l_actu/suisse/suisse_detail/(contenu)/236987
et les autres…

Quelle chance ! A peine la Saga Xavier Bagnoud perdait-elle de son élan que Valérie Garbani réapparaît… Le conflit autour d’Evelyn Widmer-Schlumpf étant provisoirement relégé aux coulisses, les UDC n’ayant pas de décisions fracassantes à proposer ces derniers jours, la presse risquait de commencer à s’ennuyer ferme en matière politique.

Et pourtant, elle se saisit d’un pur non-événement pour rallumer la flamme. Que disent les différents médias qui se sont jetés sur la question de la neuchâteloise ce matin ? Qu’elle a été entendue en train de crier à son balcon, parce que son compagnon l’avait frappée. Qu’une patrouille de police a été dépêchée sur les lieux et qu’elle a exigé la fin des cris. Que la situation n’a pas donné lieu à une plainte.

Exit Bagnoud, retour sur scène de Garbani... dans Scène médiatique 113686081_resize_crop320par220

En dehors du fait qu’il s’agit d’une personnalité connue, ces nouvelles n’ont aucun intérêt. Ce genre de situations se présente plusieurs fois toutes les nuits dans toutes les villes du monde. Demandez donc à des policiers, c’est leur lot quotidien ! Est-ce que ces médias se sont pris de passion pour la condition de « femme battue » de Valérie Garbani comme certains d’entre eux se sont passionnés pour le régime de l’épouse du syndic de Lausanne ? Certainement pas. Sinon, on aurait pu suivre les événements en continu depuis le mois d’avril… Non, ce qui intéresse nos journaux, c’est le bruit, le scandale, la politicienne battue et dépassée…. C’est de pouvoir livrer en pâture au voyeurisme populaire toute situation personnelle délicate, pourvu qu’elle soit le fait d’une personnalité en vue, avec une préférence marquée pour les politiciens !

Et ce qui est encore plus remarquable, c’est de voir que tous ont repris cette information dans les mêmes termes (à partir des quotidiens neuchâtelois) : des phrases recopiées d’un média à un autre sans aucune modification. A ce tarif-là, sans aucun ajout plus intéressant, on pourrait n’avoir qu’un seul journal et cela suffirait amplement ! Et les organes de presse se recopient tellement fidèlement qu’ils recopient mêmes les fautes : le mot martyr est systématiquement mal orthographié.

Il n’en reste pas moins que cette responsable politique rencontre manifestement de gros problèmes, mais que ceux-ci feraient mieux d’être débattus au sein de son exécutif ou au parlement que simplement jetés ainsi à la figure du lecteur. J’aimerais que la presse s’essaie aussi à montrer parfois des politiciens dans des situations avantageuses. Il y en a suffisamment. Comment ? Cela n’est pas assez vendeur ? Zut alors…

Dani

Martyr : Personne qui a souffert la mort pour avoir refusé d’abjurer sa foi, personne qui meurt ou qui souffre pour une cause, personnne que les autres font souffrir

Martyre : Tourment endurés par un martyr, mort ou souffrance endurées par quelqu’un pour une cause, peine cruelle ou grande souffrance

P.S. : Aujourd’hui 17 juin, c’est le 24 heures qui en fait sa première page, grâce à un élément supplémentaire. Valérie Garbani aurait été vue par « un témoin » à un concert à Lausanne en train d’invectiver le groupe de musiciens auparavant dans la soirée….. Un à un, de tels éléments vont permettre d’en faire de bonnes pages, voire la première, tous les jours…

Les manchettes font peur !

9 juin, 2008
Scène médiatique | 1 réponse »

Manchettes de 20 minutes, du Matin bleu et orange – Du 15 mai au 6 juin 2008

Les manchettes ont toujours attiré mon attention. Comme tout le monde, je suis souvent surpris, parfois intrigué et il m’arrive même d’aller voir de plus près de quoi il s’agit. Or, je me suis toujours demandé comment se faisait le choix de l’événement (ou du non-événement) qu’on allait sélectionner pour figurer en manchette. Alors, je me suis lancé dans une petite récolte des titres de manchettes sur environ 3 semaines pour tenter d’y voir un peu plus clair.

A priori, j’avais l’impression que les thèmes des manchettes étaient principalement liés aux actes de violence, au sport et au sexe. Je me suis donc décidé à vérifier cette première impression en me contentant de relever les manchettes des journaux les plus présents en caissettes (et donc en manchettes), c’est-à-dire les gratuits et Le Matin, qui joue en général sur la même fibre. J’arrête le suivi au début du championnat européen de football puisque ce thème risque bien de l’emporter largement pour les semaines à venir. J’ai donc relevé 3 manchettes sur 17 jours de semaine et 3 samedis. Pour Le Matin, j’ai chaque fois choisi parmi les 2 manchettes proposées celle qui revenait le plus souvent et qui était donc manifestement mise en avant.

Qu’est-ce qui ressort de ma petite récolte ? En tout, je relève :

- 11 manchettes liées à la violence contre les personnes
- 9 concernant les célébrités
- 8 thèmes liés aux accidents, maladies et autres dangers collectifs
- 7 manchettes sur le sport, toutes à propos du football
- 6 manchettes consacrées à des décisions politiques ou économiques
- et 4 sur des questions d’argent, 3 sur des « arnaques », 2 sur la politique et 1 seule sur le « sexe » (sans violence).

Mais ce qui m’a frappé en deuxième lecture, et que je n’attendais pas dans cette proportion, c’est que 28 manchettes sur 54 était susceptibles de déclencher des craintes pour une partie au moins de la population. Plus de la moitié des manchettes étaient censées faire peur !!!

Les manchettes font peur ! dans Scène médiatique Manchette_le_matin

Au fond, c’est assez compréhensible et je ne devrais probablement pas m’en étonner. On sait que la peur et le plaisir sont liés et nul ne sera surpris que de nombreux lecteurs se jettent avidement sur les massacres, les viols, les enlèvements, les accidents spectaculaires, les catastrophes naturelles. Cela représente généralement une fraction importante des succès journalistiques. La part des mauvaises nouvelles est toujours beaucoup plus importante que celle consacrées aux bonnes nouvelles.

Les manchettes de ces dernières semaines sont elles-mêmes éloquentes pour illustrer mon propos : il tue sa famille à coups de hache, l’idylle sur internet était une arnaque, chauffards, votre auto ira à la casse, rougeole : le Conseil d’Etat menace les parents, il tabasse sa femme à mort, les roms reviennent pour mendier dans les trains, le prêtre cogne, d’énormes araignées marchent sur la Suisse (!), violée par le videur de la disco, supporters en voiture : attention à la mort, les CFF veulent faire casquer les pendulaires, adolescent poignardé en plein jour, internautes menacés par un tueur à gages, un train percute un bus scolaire, alerte nucléaire déclenchée en Europe, réacteur slovène : la Suisse a le même,…

MatinBleu%20Arnaque02 dans Scène médiatique

Au surplus, il faut ici prendre en compte le fait que la manchette n’est pas lue uniquement par le lecteur du journal, mais aussi par l’ensemble de la population. Il n’est pratiquement pas possible d’échapper à ces satanées manchettes qui s’imposent à tous ! Et l’impression qui va finalement découler de cette domination des faits effrayants sera : « Quel Monde ! » et « on n’est plus en sécurité nulle part ! ».

Des chercheurs (mentionnés ci-dessous) se sont intéressés à l’influence de cette actualité sur ses destinataires. L’un d’entre eux à formulé à cet égard le « syndrôme du Grand Méchant Monde » en mettant en évidence expérimentalement que les gens les plus assidus à l’information véhiculée par les médias et les plus grands consommateurs de programmes de télévision avaient une tendance très prononcée à surestimer les risques de la vie en société et à avoir peur de situations relativement banales. Les faits sont donc connus, mais on ne sait par contre pas comment réagir désormais face à cette surenchère médiatique. Souvenons-nous cependant que ces phénomènes peuvent servir à manipuler le vote : en 2002, le nombre de faits inquiétants présentés par les journaux télévisés en France avait fait un bond énorme dans les mois qui précédaient l’élection présidentielle. Ces faits sont aussi instrumentalisés en Suisse pour les campagnes électorales. Aucun doute qu’il y a bien ici un enjeu politique !

Dani

Pour retrouver les études mentionnées :

Dominick J.R. – The dynamics of Mass Communication, McGraw-Hill, 1990.

Gerbner G., Gross L. – The Scary world of TV?s heavy viewer, Psychology today 10 (4), 1976.

Tous deux cités et expliqués très clairement dans :

Bohler, S. – 150 petites expériences de psychologie des médias, Dunod, 2008.

 

Faut-il encore gonfler les résultats de l’UDC ?

28 avril, 2008
Scène médiatique | 2 réponses »

Lundi 28 avril, lendemain d’élections communales à Neuchâtel, on n’entend pas du tout parler de l’UDC ni de la non-élection de Christoph Blocher….. Presque étonnant ! Et pourtant, si l’UDC avait réalisé une percée dans une ou plusieurs des villes neuchâteloises, on aurait pu compter sur la ritournelle habituelle…

Aujourd’hui, je vais donc me permettre de revenir sur un titre plus ancien : le 8 avril, LE TEMPS titrait : « Dans quatre cantons, le parti a profité des remous de l’éviction de Christoph Blocher ». Au fond, ce journal ne faisait rien d’autre qu’écrire la même chose que quasiment toute la presse romande : si l’UDC progressait dans les cantons de Thurgovie, St-Gall, Schwytz et Uri, c’était donc tout naturellement les suites de la non-élection du leader de l’UDC et les électeurs votaient fâchés. Ce sont ces affirmations qui m’ont incité à imaginer l’ouverture de ce blog, pour montrer à quel point on faisait souvent dire n’importe quoi aux chiffres et aux mots…

Or, encore une fois, la presse écrit trop vite, oublie de calculer, de comparer et se permet des conclusions hâtives sans vérifications sérieuses. Voici pourquoi :

Dans ces différents cantons, l’UDC a réalisé d’excellents scores, comparés aux scores qu’elle avait réalisé lors des élections cantonales précédentes, généralement 4 ans avant. Cela illustre clairement la progression générale de ce parti, que ce soit lors d’élections fédérales ou cantonales.

Mais si les journaux, et ici LE TEMPS, souhaitent montrer que ces résultats sont dus à la réaction des électeurs suite à l’élection du conseil fédéral en décembre 2007, alors c’est avec les résultats des élections fédérales d’octobre 2007 qu’ils doivent comparer. Au fond, il faudrait alors admettre que ce sont bien ceux des électeurs qui se sont mobilisés à ce moment-là qui, déçus, reprendraient le chemin des urnes avec un bulletin UDC. Or, que découvre-t-on après quelques recherches ? Que ce soit à St-Gall, en Thurgovie ou à Schwytz, les résultats de l’UDC ont été inférieurs à ceux d’octobre 2007. Ce n’est qu’à Uri, où aucun UDC ne se présentait au Conseil national en octobre 2007 que le résultat est naturellement meilleur. Constater une progression cantonale de l’UDC est une chose. En faire une conséquence des élections fédérales en est une autre et il devient à ce moment-là maladroit, sinon malhonnête, de ne pas se référer aux chiffres des élections d’octobre 2007 pour arriver à ce genre de conclusion. Voyons donc les chiffres :

Thurgovie : 42,3 % en octobre 2007 et 35,8 % aux élections cantonales en 2008

St-Gall : 35,8 % en octobre 2007 et 34,1 % aux élections cantonales en 2008

Schwytz : 45 % en octobre 2007 et 37,5 % aux élections cantonales en 2008

(Ces chiffres ont été proposés par l’Hebdo, quelques temps après les élections cantonales et les conclusions hâtives. Bravo à l’hebdomadaire pour ce recul).

Conclusion : les résultats de l’UDC sont ascendants, cela ne fait pas de doute et se traduit très clairement dans les résultats des élections cantonales. Mais les expliquer par les événements fédéraux de décembre 2007, c’est de la « désinformation ». Les élections fédérales et cantonales ne sont pas forcément liées et les problématiques locales comptent aussi. Puissent les journalistes, souvent trop rapides au détriment de la qualité de leurs informations, penser à effectuer au moins quelques vérifications !

Dani

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