Piques et répliques – 2

Quelques réflexions critiques sur tout et rien

Archive pour la catégorie 'Scène médiatique'


Suisse-allemand : réponses à Hodgers ?

13 avril, 2010
Scène médiatique | 4 réponses »

Après une tribune d’Antonio Hodgers publiée le 23 mars 2010 : les réponses.

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Antonio Hodgers a osé s’attaquer à un tabou : la situation linguistique de la Suisse et plus particulièrement l’importance du dialecte en Suisse alémanique. Les réactions n’ont pas manqué… et pourtant, le député genevois, qui séjourne actuellement à Berne, n’a fait qu’établir quelques constats et proposé des scénarios pour améliorer la situation. En somme, il s’agissait d’une invitation au débat, avec un zeste de provocation – juste un peu – pour « oser » aborder la question.

Que disait-il ? Que les romands sont frustrés quand ils sont confrontés au suisse-allemand après des années d’apprentissage d’un allemand standard qu’on parle fort peu en Suisse. Que le suisse-allemand agit un peu comme un frein à la mobilité professionnelle. Qu’il complique l’intégration des migrants. Qu’il joue en faveur de l’affirmation des identités locales et peut favoriser le repli. Que les écoles utilisent beaucoup le dialecte dans l’enseignement, à l’instar de la télévision.

Pour quelqu’un comme moi, qui ai vécu aussi quelques années en Suisse alémanique (à Zürich), rien de particulièrement nouveau, ni de particulièrement choquant. De simples constats, même si on peut les discuter, notamment en ce qui concerne l’impact en matière d’ouverture. Mais Antonio Hodgers propose surtout d’ouvrir la discussion, en prenant soin de proposer plusieurs scénarios qu’il relativise lui-même en les accompagnant de questions montrant leurs limites. Voyons donc les réponses qu’il a reçues…

 

1) Andreas Auer, professeur de droit, Le Temps du 25 mars

Le premier à réagir, à décocher même, entame sa réponse par « Qu’avez-vous contre le suisse-allemand ? » et accuse Antonio Hodgers d’ignorance, d’arrogance et de despotisme mal placé. Rien que ça. On voit ici, comme va le lui répondre Hodgers un peu plus tard dans le même journal, qu’il réagit plus sous le coup de l’émotion qu’après réflexion.

Car en effet, Auer passe un peu à côté du message en accusant Hodgers de vouloir prescrire la langue des « rapports privés » alors que le député écologiste proposait précisément que la « communication publique » soit faite en allemand. Sur ce coup-là, Auer a tout faux !

Sinon, il ergote sur la pluralité des dialectes qu’il accuse Hodgers de fondre en un seul (là, il le prend carrément pour un con… sans oser le dire) en lui reprochant de « gommer la diversité d’un revers de main » (avez-vous déjà essayé de gommer avec le revers de la main ?). Et il ne se rend pas compte qu’insister ainsi sur le grand nombre de dialectes différents ne fait justement que renforcer le propos d’Hodgers.

2) José Ribeaud, journaliste, Le Temps du 26 mars

Après le passage du cyclone Auer, un renfort pour Antonio Hodgers. Mais José Ribeaud n’y va pas de main morte avec le dos de la cuiller : « Ignorance, arrogance, despotisme : ce n’est pas en injuriant les Romands que l’on nous convaincra de la nécessité d’apprendre un dialecte local, multiforme et non écrit« . Puis, plus loin : « Quand le dialecte devient une arme de discrimination et d’exclusion (…), quand il est érigé en critère de sélection professionnelle (…), il est temps que les Latins rappellent leurs voisins alémaniques à la raison« . Ribeaud montre aussi en passant la contradiction entre l’invitation à « apprendre le dialecte » et l’affirmation (selon Auer, qu’il y en aurait « cinquante, cent, deux cents« . Le journaliste termine en citant l’écrivain suisse alémanique Hugo Loetscher : « Nous devons réapprendre l’allemand classique« . En quelque sorte, José Ribeaud ne répond pas à Hodgers, mais à Auer, et souligne plus durement son propos.

3) Ariane Gigon, journaliste, La Liberté du 27 mars

Une réaction dans la même veine que celle d’Andreas Auer, mais en plus « craché ». Elle reproche au député genevois de dire « n’importe quoi » et termine en lui assénant un « tais-toi » en patois ajoulot. En voilà au moins une qui passe complètement à côté de l’invitation au débat. Elle aussi en rajoute une couche sur les dialectes si différents,  ainsi que sur l’obligation faite aux écoles d’utiliser l’allemand standard (mais là, mes informations de source « institutrice » en Suisse alémanique confirment que la consigne et peu et mal appliquée…) et le fait que les immigrés peuvent très bien en rester à l’allemand standard (mais là, j’ai clairement fait l’expérience inverse en vivant en Suisse allemande : il est nécessaire de s’en sortir en dialecte si on veut arriver à quelque chose !). Bref, une réaction épidermique de déni.

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05ma dans Scène médiatique
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4) Stéphanie Germanier, journaliste, Le Matin du 27 mars

Après un petit détour par le Tango (allez savoir pourquoi…), un diagnostic assez lucide sur toute l’affaire : « Tout le monde a compris qu’il jouait les incompris en terre inconnue, et personne n’a compris ce qu’il voulait vraiment dire« .  La journaliste du Matin en profite pour nous assurer que Hodgers n’est pas un « anti-alémanique primaire ». En fait, c’est cette tentative de rassurer qui devrait nous inquiéter… comme s’il n’y avait que les anti-alémaniques primaires pour tenter de débattre des langues en Suisse.

5) Mario Carera, haut fonctionnaire fédéral, Le Temps du 30 mars

Lui donne un écho différent de l’attitude des Suisses alémaniques, soulignant que plusieurs d’entre eux lui auraient recommandé de ne pas chercher à apprendre un des dialectes si différents les uns des autres. Mais il insiste sur le « malaise » des alémaniques sur cette question et plus particulièrement face à l’immigration allemande. Lui aussi estime qu’il faut que les alémaniques utilisent l’allemand, afin d’éviter « l’aberration culturelle » de l’utilisation de l’anglais entre Confédérés.

6) Charles Poncet, avocat, L’Hebdo du 1er avril

Le sémillant avocat genevois veut faire le malin : il écrit sa réponse à Antonio Hodgers en dialecte suisse-alémanique, apparemment dans une variante personnalisée qu’il qualifie de « Genferdütsch« . Mais il reconnaît s’être fait aider pour la rédiger… comme quoi. Là aussi, voici un interlocuteur qui « ressent » qu’Hodgers « attaque les Schwyzerdütsch » et qui comprend complètement de travers son texte : il lui reproche de vouloir « décourager l’usage du dialecte en toutes circonstances » (alors qu’Hodgers parlait de « la formation, des relations de travail  et de la communication publique« ). Lui aussi invite Antonio Hodgers à apprendre le dialecte et évoque ses souvenirs de vieux combattant à l’armée (au sein de laquelle, trop souvent, on invite les Romands à montrer qu’ils valent mieux que les bourbines, comme magnifique démonstration d’unité nationale !).

7) Beat Kappeler, chroniqueur, Le Temps du 3 avril

L’ex-syndicaliste ne se lance pas dans de grandes théories : il se contente de montrer que la polémique a jusque-là surtout évoqué la situation à Berne et que les Suisses des cantons orientaux jouent plus volontiers le jeu de l’allemand standard et que leurs dialectes sont plus proches du hochdeutsch. Cela n’apporte pas franchement de réponse à la question posée, mais c’est presque rafraîchissant…

8) Virginie Borel, directrice du forum du bilinguisme à Bienne, Le Temps du 7 avril

Cette personne réagit sur une des propositions du député, celle de la langue-pont, soit l’anglais. Voici enfin une réaction qui entre dans le débat, à la place de disqualifier Antonio Hodgers ou d’ergoter sur des détails. Elle signale qu’un sondage a montré qu’à Bienne, 72 % des habitants trouvaient plus d’avantages que d’inconvénients au bilinguisme. Après avoir reconnu que les Suisses alémaniques ne s’identifient pas à l’allemand standard, et relevé que les réactions avaient été jusque-là « épidermiques« , elle propose de relever un défi en Suisse romande : « Apprendre le dialecte« .

9) Roger Friedrich, journaliste ancien correspondant de la NZZ, Le Temps du 9 avril

Encore un intervenant qui relève que « les romands se plaignent à l’envi« . C’est assez incroyable, il est presque impossible en tant que Romand d’empoigner un débat national impliquant les relations en Suisse sans être qualifié de « plaintif« , conformément à un stéréotype bien établi. Au moins, il reconnaît les constats énoncés par Hodgers. Mais il se contente globalement de décrire finement la relation des Alémaniques aux dialectes et à l’allemand standard. Pas vraiment une réponse, plutôt un développement plaisant.

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rostis.
Il y a bien sûr eu d’autres réponses, notamment dans les courriers de lecteurs. On retrouve globalement deux attitudes : ceux qui y voient une « attaque » et ceux qui abondent dans le même sens. On n’est pas prêt de débattre… Le pire, c’est que certains des intervenants (Auer, Poncet, Gigon) proposent surtout à Antonio Hodgers de se taire…

Qu’il y ait ici des préjugés à l’égard des Suisses alémaniques, cela ne fait pas un pli. Mais on peut aussi relever que les préjugés à l’endroit des Romands sont bien présents sur cette question : nous serions peu enclins à apprendre les langues et tout le temps en train de nous plaindre. En ce qui concerne le premier de ces deux préjugés, je tiens à m’inscrire en faux : mes trois ans à Zürich m’ont démontré à l’envi que les Zurichois n’étaient pas meilleurs en français que les Genevois en allemand !

Au fond, il serait intéressant, sur cette question, de délaisser cette posture consistant à toujours chercher des « coupables », que ce soient les Alémaniques, les Romands, Antonio Hodgers ou d’autres. Un débat est lancé et il faudrait le relever en raisonnant en termes de « responsables ». En ce qui me concerne, j’ai acquis la conviction qu’il n’était pas possible de changer les autres, mais qu’il était par contre possible d’agir sur soi-même. Alors, j’aurais tendance à penser que nous aurions intérêt, de ce côté-ci de la Sarine, à apprendre l’un des dialectes alémaniques, ce qui nous permettrait aussi de mieux comprendre  les autres ensuite. Cela serait clairement un avantage personnel et professionnel pour les Romands et renverrait la balle dans le camp des Alémaniques pour se débrouiller ensuite avec la situation ainsi créée (parce que nous aurions choisi un des dialectes, et pas les autres…). D’ailleurs, j’ai à de nombreuses reprises remarqué que cette question étaient beaucoup moins taboue du côté alémanique et qu’eux étaient assez prêt à discuter du « malaise » en question. C’est bien ici, en Suisse romande, que le tabou s’exprime si vivement… comme en témoignent certaines réactions.

Mais on pourrait aussi choisir l’espéranto… ;-)

Daniel 

 

Deux lectures sur le sujet :

Le Temps du 1er avril 2010 : Trop de dialecte sur les ondes

Domaine public, le 28 mars 2010 : Pourquoi les Romands sont-ils les mauvais élèves du plurilinguisme ?

 

Et dans un registre plus léger (donc romand…) :

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Le vote antiminarets à l’international (suite)

30 novembre, 2009
Scène médiatique | 2 réponses »

Suite de la récolte des réactions internationales après la votation sur les minarets

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Afrique Actu

Si les partis extrémistes européens laissent éclater leur joie, l’UDC est plus que mesurée dans sa réaction. Si le parti a officiellement pris position en faveur de l’interdiction des minarets, Le Temps relève que les divisions risquent de provoquer une crise entre l’aile traditionaliste et celle plus portée sur la défense des intérêts économiques suisses. (…)
Enfin, ce scrutin pourrait être une très bonne nouvelle pour le guide libyen Mouammar Kadhafi, en tension avec les autorités suisses depuis plusieurs mois. La diplomatie libyenne a en effet ouvertement accusé la Suisse de racisme en appelant les pays arabes au boycott du pays. L’appel n’avait pas rencontré un grand écho, puisque Mouammar Kadhafi réagissait suite à l’arrestation de son fils Hannibal pour violence sur deux employés de maison. Il pourrait désormais se placer en tête de file des critiques de l’interdiction des minarets, pour continuer son opération de vengeance.

Le Monde

La présidence suédoise a jugé « surprenant » de soumettre un tel sujet à référendum. Le ministre des affaires étrangères suédois, Carl Bildt, y voit « l’expression d’un préjugé et peut-être même une peur ». « En Suède, cette question relève de l’urbanisme et des compétences des élus locaux », a souligné le ministre de l’intérieur, Tobias Billström.

Le Monde : Le vote suisse, « insulte à l’islam » et « signe de haine »
Le Monde : L’extrême droite européenne lorgne la Suisse

Le Soir (Bruxelles)

Un minaret est un élément architectural de la mosquée. Comme le clocher d’une église ou le toit d’une synagogue. C’est donc un sujet qui relève de l’aménagement du territoire : cet édifice s’inscrit-il dans le paysage urbain ? Est-il conforme aux règles en vigueur ? etc. Le frapper d’interdiction dans la Constitution – imaginez : la loi fondamentale d’un État ! –, c’est aller bien au-delà des briques. (…)

La consultation populaire peut être utile et, parfois, oxygénante pour la démocratie. En particulier lorsqu’elle traite de questions de société. Dans pareil cas, c’est tout l’inverse. Elle déforme par une simplification excessive du propos. Pire : elle fait d’un sujet marginal (le nombre de lieux de culte avec minaret est ultra-minoritaire) un symbole de tous les excès et de toutes les peurs – comme dans le cas du débat autour du foulard islamique. Prendre pour cible des tours verticales en s’attaquant, en réalité, aux fidèles qui sont en bas, c’est hypocrite et fallacieux. Et par les temps qui courent, un jeu dangereux.

Bakchich (Hebdomadaire français)

Alors que la majorité des 400 000 musulmans, qui vivent en Suisse, sont aussi anciennement européens que Le Pen, et sont venus des Balkans islamisés par l’Empire ottoman, les affiches, épouvantail du référendum, représentent les femmes cachées de noir du Roi Abdallah, quand il vient ici cacher ses dollars !

Nouvel Observateur

Minarets interdits : l’ONU voit une « discrimination évidente »

L’Organisation des Nations-Unies se dit « profondément inquiète » à la suite du référendum sur les minarets en Suisse, dénonçant « une restriction injustifiée de la liberté de manifester sa religion ». (…)
Fait parlant, quelques minutes après la divulgation des résultats officiels, le Front national a été le premier, en France, à applaudir ce résultat par la voix de sa vice-présidente Marine Le Pen (…)

Au Vatican, « Les évêques ne sont pas contents ». Ils s’élèvent contre ce résultat qui sonne comme un « coup dur pour la liberté religieuse et l’intégration », a déclaré Mgr Félix Gmür dans un entretien à Radio Vatican. « Les gens ont peur de ceux qui viennent de loin, de ceux qu’ils ne comprennent pas », explique-t-il pointant également « une propagande assez dure ».

RTL info (Belgique)

Les électeurs, eux, ont voté pour. C’est toute la limite des référendums. Face à un problème compliqué, on finit par apporter une réponse simpliste et passionnelle. (…)

Derrière les minarets, les mosquées, la burqa, le voile, les partis populistes ont compris depuis longtemps qu’ils pouvaient rebondir sur les ressorts d’une peur de l’étranger et que cette peur est un argument électoral très rentable. Voilà comment un problème qui en apparence relève de l’urbanisme, est devenu un enjeu de société.

Le Soir d’Algérie

Ce vote est choquant parce qu’il s’est déroulé dans un Etat qui prône la laïcité et qui se prévaut de traiter toutes les religions sur un pied d’égalité ! (…)

Les Suisses accusent les minarets d’être le «symbole apparent d’une revendication politico-religieuse du pouvoir, qui remet en cause les droits fondamentaux». En réalité, ce qui menace leurs droits fondamentaux est cette intolérance qui monte doucement mais sûrement, poussée par des partis qui ont démontré l’intérêt qu’ils portaient aux libertés des peuples. C’est contre eux qu’il faut se mobiliser et non contre des lieux de culte où l’écrasante majorité des musulmans accomplissent leurs prières dans la paix et la sérénité. (…)

«La bêtise insiste toujours.» (Albert Camus)

Le quotidien (Luxembourg)

Officiellement, les deux partis opposés aux minarets ont présenté leur campagne comme une mesure «propre à maintenir la paix entre les membres des diverses communautés religieuses».
Et c’est bien évidemment le contraire qui risque d’arriver. Les extrémistes de tous bords ne l’ignorent pas, ce genre d’initiative ne peut que renforcer les crispations et servir de catalyseur aux islamistes disposant désormais d’un argument de poids pour légitimer leurs prêches de haine à l’égard de l’Occident.

Les arguments de l’extrême droite sur «l’islamisation rampante de la société» étaient d’autant plus stupides que les musulmans pratiquants sont estimés à moins de 1% de la population suisse, soit 50000 personnes pour 7,5 millions d’habitants. Du reste, les 450000 musulmans présents dans le pays alpin sont souvent originaires de Turquie et des Balkans, deux régions pas franchement connues pour être des sanctuaires d’Al-Qaïda ou des talibans.

Frankfurter allgemeine Zeitung

Die Schweiz will ihre direkte Demokratie verteidigen und verzweifelt manchmal an ihren Folgen. War es richtig, über ein Verbot der Minarette überhaupt abstimmen zu lassen?

Berliner Zeitung

Das Bau-Verbot ist nun zunächst bindend für die Regierung. Nach deren Ansicht widerspricht es aber dem Diskriminierungsverbot der Europäischen Menschenrechtskonvention. Die Islamische Glaubensgemeinschaft Langenthal südlich von Basel, wo ein Minarett gebaut werden soll, will notfalls den Europäischen Gerichtshof für Menschenrechte in Straßburg anrufen.

Der Spiegel

« Im land der Freiheit Angst vor dem Minarett »

Türkische Zeitungen kommentierten die Entscheidung der Eidgenossen mit scharfen Worten. So schrieb die Zeitung « Bugün », die Schweiz sei beim « Toleranz-Test durchgefallen ». Die Zeitung « Taraf » zeigte wenig Verständnis für die Ängste der Schweizer und stellte die Sorgen als vollkommen irrational dar. « In einem Land, in dem 400.000 der acht Millionen Einwohner Muslime sind, hat der Verbotsgeist schwer zugeschlagen. » (…)

Die Nachricht dürfte am Dienstag Schlagzeilen in allen Zeitungen in islamischen Ländern machen.

Die Zeit

Angst siegt über Argumente oder Mehr direkte Demokratie wagen

Deux angles différents…

Die Welt

« Hass tritt unter der Decke von Harmonie hervor »

Nach der Abstimmung haben die Schweizer mit Erschrecken aber auch ein wenig geschmeichelt zur Kenntnis genommen, welche Aufregung sie ausgelöst hatten. Der Volksentscheid erntet weltweite Schelte. (…)

Time

The image of Switzerland abroad is of a place where peace, democracy and human rights are valued above all else. The Swiss were even instrumental in setting up the U.N. Human Rights Council, which is based in Geneva. But this reputation has taken a massive hit now that a majority of residents have voted to ban minarets on mosques, which a right-wing political party likened to missiles on campaign posters.

Et ça continue… partout. Jamais on a parlé autant de la Suisse… j’aurais préféré d’autres circonstances.

Daniel

Le vote antiminarets à l’international

30 novembre, 2009
Scène médiatique | 15 réponses »

Réactions dans la presse et les médias internationaux suite au vote suisse contre les minarets

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Quelques articles glânés çà et là, avec quelques extraits piqués mis en évidence (en toute subjectivité !). Si j’en trouve d’autres, j’allongerai la liste. J’attends en particulier de trouver des réactions dans les journaux publiés en français et en anglais dans des pays musulmans, mais ce dimanche soir est resté très calme sur leurs sites internet (à part quelques dépêches d’agence très neutres).

Le Monde

« En Europe, des mouvements d’extrême droite se sont réjouis, à l’image de la vice-présidente du Front national français, Marine Le Pen, qui a demandé aux « élites de cesser de nier les aspirations et craintes des peuples européens ».

Libération

L’UDC, qui ne manque jamais une occasion d’attiser la peur de l’étranger, a donc convaincu une majorité écrasante de Suisses en accusant les minarets d’être le «symbole apparent d’une revendication politico-religieuse du pouvoir, qui remet en cause les droits fondamentaux».

Le Figaro

La campagne n’a pas été exempte de dérapages. Les affiches de l’UDC et l’UDF ont représenté une femme complètement voilée devant le drapeau suisse couvert de minarets, dont la silhouette stylisée évoque des missiles.

Mediapart

Le minaret de la discorde n’a jamais été qu’un écran de fumée. Son rôle et sa présence anecdotique en Suisse le prouvent facilement.(…)

Si la Suisse est citée en exemple aujourd’hui, c’est par le bloc identitaire. (…)

Comme un coming out politique et populaire grâce auquel une nébuleuse d’idées approximatives et étriquées fait surface. (…)

Ce vote lève pour la première fois le voile sur une Suisse qui ne voulait plus se cacher. Une Suisse loin des clichés idylliques qu’elle vendait, bienveillante. Ce soir, Heidi a la morve au nez.

Marianne

La juxtaposition même des deux initiatives — l’interdiction du commerce de matériel de guerre et de la construction d’édifices religieux musulmans trop visibles — et leurs scores respectifs en dit déjà long sur l’état d’esprit de nos-voisins-helvètes : les Suisses, s’ils ne dédaignent pas les bénéfices sur les ventes d’armes aux étrangers (dont les pays musulmans), ne veulent en revanche pas que ces derniers s’installent chez de façon trop voyante.

Rue89

C’est le résultat d’« une propagande extrêmement bien faite, qui a joué sur les préjugés ».

Le Soir (Bruxelles)

Ce vote va entraîner la modification de la Constitution suisse, dont le préambule proclame, « au nom de Dieu Tout-Puissant », l’esprit « de solidarité et d’ouverture au monde » du peuple et des cantons suisses.

Le Monde diplomatique

Suisse, une victoire de l’islamophobie, une défaite de la raison !

Et tous nous en portons la responsabilité. Une partie de la gauche a agité le chiffon rouge de la menace islamique, pour avoir fait croire que la laïcité était ébranlée, que « nos » valeurs étaient menacées. Elle a participé, avec nombre d’éditorialistes, à la création d’un climat qui permet à la droite de triompher et aux idées du choc des civilisations de progresser. (…)

Les médias aussi qui utilisent n’importe quel prétexte, d’une burqa dans une banlieue à un foulard dans le public de l’Assemblée, pour « faire événement », pour créer les amalgames entre islam, immigration, identité nationale, délinquance et terrorisme. (…)

Désormais, il n’est plus possible de discuter sereinement des musulmans en Europe et de leur place dans notre société. Il est ironique de constater que les Suisses, par leur vote, ont infligé une terrible défaite à la raison elle-même… (…)

Die Welt

Die Schweiz fällt hinter die Aufklärung zurück !

Es wirft die Schweiz aber hinter das Niveau von Aufklärung und Toleranz zurück, das Europa sich in der Vergangenheit so mühsam erarbeitet – und das etwa die multiethnische Schweiz auch zu solch einem Erfolgsmodell gemacht hat.

Suddeutsche Zeitung

Wut und Frust in der Schweiz !

Eine erschreckend klare Mehrheit der Schweizer lehnt den Bau von Minaretten ab. Das Votum ist eine Katastrophe für ein Land, das im Herzen weltoffen und liberal ist. (…)
Das ist besonders traurig für ein Land, das auf den Ausgleich der Interessen angewiesen ist, das Kulturräume, Sprachen und Mentalitäten vereint, die einander beleben. Das hat stets funktioniert, und auch der Umgang mit den knapp 400.000 Muslimen im Lande verlief bisher weitgehend reibungslos. (…)

Eine Erklärung hat mit dem annus horribilis zu tun, das die Schweiz hinter sich hat. Dies war auch ein Wut-und-Frust-Votum. Das Ende des Bankgeheimnisses empfanden viele Eidgenossen als demütigend. Und noch immer wird ihr Land in der Geiselaffäre von Gaddafi an der Nase herumgeführt. « Das Ausland » steht nicht hoch im Kurs in der Schweiz. Und weil die Berner Regierung in den genannten Fällen keine gute Figur machte, mag das Votum auch ein Denkzettel für sie sein. (…)

Der Spiegel

Die Schweiz wählt die Islam-Angst !

Es war eine virtuelle Debatte, die von der Realität in der Schweiz weitgehend losgelöst war: Denn das Land hatte bisher trotz eines Ausländeranteils von rund 22 Prozent relativ wenige Probleme mit der Integration seiner rund 400.000 Muslime. Die meisten von ihnen sind wenig orthodoxe Bosnier, Kosovo-Albaner und Türken, ihre gut 160 Moscheen sind praktisch unsichtbar. (…)

Das Votum wird zweifellos das Bild der Schweiz in der Welt verändern. Das Land, das sich gerne als neutrale Hüterin der Menschenrechte sieht, das Land, in dem das Rote Kreuz gegründet wurde und die Genfer Konvention beschlossen wurde – dieses vermeintliche demokratische Musterland missachtet das Menschenrecht der freien Religionsausübung und diskriminiert eine einzelne Religionsgruppe, die Muslime.

Financial Times

Some party leaders described the anti-minaret referendum as the start of a drive to roll back Islam, suggesting moves to ban the Burka – the full length dress worn by devout Muslim women – and female circumcision could follow.

However, other SVP politicians took pains to distinguish between political Islam – the target of their campaign – and the Muslim faith.

The Times

Women lead Swiss in vote to ban minarets

“If we give them a minaret, they’ll have us all wearing burqas,” said Julia Werner, a local housewife. “Before you know it, we’ll have sharia law and women being stoned to death in our streets. We won’t be Swiss any more.”A spoof video game on the internet called Minaret Attack shows minarets popping up all over the idyllic Swiss countryside, after which a message proclaims: “Game over! Switzerland is covered in minarets. Vote to ban them on November 29.” (…)

Swiss business is horrified. There are fears of a reaction against Swiss products similar to the one suffered by Denmark over the publication of cartoons depicting the prophet Muhammad in 2005. “The brand ‘Swiss’ must continue to represent values such as openness, pluralism and freedom of religion,” said Hanspeter Rentsch, a member of the board of Swatch, the watchmaker. The government, for its part, is worried about reprisals plunging Switzerland into the front line of the war against terror.

Al Jazeera

« There is concern in Switzerland undoubtedly about what is being seen as the spread of radical Islam, but the Muslim community here has always been regarded as fairly moderate.

Eventeo

Tiu ĉi surpriza rezulto estas tre malbona novaĵo por la svisa registaro kiu ankaŭ timasagitadon inter la Islama komunumo. Balotantoj ŝajne zorgas pri altiĝanta enmigrado - kaj kun ĝi pri la leviĝo de Islamo - kaj ignoris la registaran konsilon.

Antaŭ la voĉdono, Amnestio Internacia avertis, ke la malpermeso malobservus svislandajndevontigojn al libera religia esprimo.

 

Voilà provisoirement la récolte…

Daniel

L’UDC genevoise fait parler de la Suisse…

6 octobre, 2009
Scène médiatique | 16 réponses »

Les médias français du 6 octobre 2009 : A propos de l’encart publicitaire de l’UDC

Notamment : http://www.mediapart.fr/club/blog/camilleguillaume/061009/la-tribune-de-geneve-se-vautre-dans-la-pub

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La Suisse n’ayant pas de difficultés à gérer son image actuellement ( ;-) ), l’UDC genevoise a décidé de proposer sa modeste contribution grâce à une délicate initiative de son président. En plus, c’est bien : on ne parle pas très souvent de la Suisse dans les médias français, alors cela fait une occasion… Après le secret bancaire, l’affaire Kadhafi, Polanski, les affiches à venir sur les minarets, voici une nouvelle manière de nous mettre en évidence.

Et voici ce que cela donne une fois « exporté » :

Nouvel Observateur : Quand un parti politique suisse parle des racailles d’Annemasse

L’Express : Des xénophobes suisses contre les « racailles » d’Annemasse

Mediapart : La Tribune de Genève se vautre dans la pub

Europe 1 : Un parti suisse qualifie de « racaille » les habitants d’Annemasse

Rue 89 :« Racailles d’Annemasse » : Le maire veut porter plainte contre le parti suisse UDC

Le Point : En Suisse, cette publicité qui dénonce les « racailles » françaises

Arrêts sur image : Publicité xénophobe dans la Tribune de Genève

Le Dauphiné libéré : Les Haut-savoyards insultés dans une publicité suisse

Le Progrès : « La racaille d’Annemasse » : en Suisse une pub politique dérape

Le Monde : Des Suisses s’en prennent à « la racaille d’Annemasse »

L’Alsace : L’UDC traite les frontaliers français de « racaille »

(Je tâcherai de compléter la liste au fur et à mesure…) 

Par contre, il y a bien une rançon du scandale, et ce sont les évocations d’exportation de l’UDC :

- « Le parti controversé « d’extrémistes qui s’arc-boutent sur des positions xénophobes et rétrogrades »

- « Les couplets changent un peu mais le refrain se fredonne sur le même air (trompettes, grosse caisse et chemises brunes ?) »

- « L’UDC, l’équivalent suisse du Front National »

- « Le parti xénophobe suisse UDC »

- « La publicité en question montre le vrai visage de l’UDC, sans fard ni artifice »

- « Nettoyer au karcher l’esprit de Genève, de fraternité et de tolérance et le dépolluer des idées fascistes de l’UDC et du MCG »

- « C’est de la surenchère entre les partis suisses d’extrême droit »

 

Les membres du parti et leurs sympathisants pourront bien trouver cela injuste…. mais c’est bien fait pour eux !!!

Quant à la « Tribune de Genève » qui a publié cet encart, elle en prend aussi pour son grade à juste titre. Ce journal accepte d’encaisser l’argent de la publicité sans trop se poser de questions. Cela rappelle de tristes attitudes de collabos… Beurk !
Et il est un peu facile de se défausser sur les électeurs…

Daniel

« Presse futile, presse inutile » : adieux à un grand journaliste

23 septembre, 2009
Scène médiatique | 3 réponses »

La presse romande perd un de ses meilleurs journalistes. Puisse-t-il laisser une empreinte aussi durable que possible ?

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/1fd1f48a-a767-11de-ace1-e842cc0ba7b4

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Roger de Diesbach nous a quittés. Trop tôt. Il aurait encore eu beaucoup à dire pour défendre une presse de qualité qui a occupé toute sa vie. Les hommages sont nombreux dans tous les médias, y compris ceux qu’il n’a pas hésité à critiquer sévèrement pour leur dérive vers l’information-spectacle anecdotique.

Quant à moi, je ne vais pas ajouter un hommage de plus, mais je propose ici, à défaut de fleurs, un petit florilège. Pour commencer, quelques citations de Roger de Diesbach :

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« Ce que j’attendrais de certains hommes politiques, c’est qu’ils s’inquiètent pour la démocratie. Donc pour la presse.  » (Swissinfo, 20 décembre 2007)

« Les journalistes n’ont pas le droit d’accepter qu’on baisse le niveau de leurs médias. Et pas seulement pour le public, aussi pour eux. Parce que sinon, les éditeurs finiront par faire des médias sans journalistes. » (Swissinfo, 20 décembre 2007)

« D’abord, je n’aime pas le terme de journal gratuit, parlons plutôt de journal payé par la pub.  » (A bon entendeur, TSR, 20 décembre 2005)

« Je pense notamment aux tendances prises par Le Matin ou par les gratuits. Sans condamner les journalistes qui y travaillent, je constate qu’ils ne font jamais de recherche d’informations. L’acte fondamental est de se demander à quoi ça sert, le journalisme. Les fesses des plus belles femmes du monde font peut-être rêver, mais ce n’est pas notre tasse de thé. » (La Gruyère, 3 novembre 2007)

« Et quand un journal orange consacre ses trois premières pages à un bagagiste de luxe, je me pose des questions. » (La Gruyère, 3 novembre 2007)

« Je n’aime pas le terme de journalisme d’investigation. Pour moi, c’est un pléonasme. » (La Gruyère, 3 novembre 2007)

« Ça m’agace d’entendre dire que la qualité ne paie pas. » (La Gruyère, 3 novembre 2007)

« Si on prend les lecteurs pour des demeurés, on ne va pas se donner la peine de vulgariser des sujets aussi difficiles que la garantie des risques à l’exportation. En revanche, on va leur proposer des pages et des pages sur le divorce des Sarkozy. » (La Gruyère, 3 novembre 2007)

« Je ne suis pas opposé aux journaux populaires, à condition qu’ils traitent de sujets importants et d’intérêt public. En revanche, les gratuits me font peur pour deux raisons. Je doute qu’ils donnent aux jeunes l’envie de lire les journaux. » (Mediablog, 2 novembre 2007)

« Aujourd’hui, les journalistes ne sont pas moins bien formés. Ils sont simplement dans des cadres où la recherche de la vérité n’est pas au programme« . (Mediablog, 2 novembre 2007)

 

Et voici quelques hommages trouvés aujourd’hui même sur internet :

Le radeau de la méduse : Salut Roger, et merci !
http://www.radeaudelameduse.ch/presse/2009/09/salut-roger-et-merci/617

Mediablog : L’appel de Roger de Diesbach
http://mediablog.romandie.com/post/2132/169720

La Liberté : Roger de Diesbach, journalistes d’exception
http://www.laliberte.ch/?contenu=article&article=473729

 

Et enfin, je ne pourrai pas terminer sans évoquer le dernier livre publié par ce grand journaliste aux éditions Slatkine :

 

PRESSE FUTILE PRESSE INUTILE
PLAIDOYER POUR LE JOURNALISME

pressefutile.jpg

Entrez dans l’aventure! Dans l’histoire vécue de cette Suisse, déchirée entre ses bons sentiments et ses intérêts moins avouables. Affaires d’espionnage, scandales bancaires, marchands de canons, fonds juifs, fiches, le portrait de l’Helvétie brossé par ces enquêtes de presse n’est certes pas toujours flatteur, mais la Suisse est tellement plus belle sans fard, plus vraie, plus hum aine. Et la Suisse a le bras long. Ce pays minuscule est une puissance économique mondiale. Impossible de vivre ici sans aller voir ce qu’elle fait là-bas, au Tchad, en Afrique du Sud, en Cote d’Ivoire, en Algérie, en Libye, au Rwanda. Notre objectif ambitieux est de vous entraîner dans ce monde très dur de la presse, de vous dévoiler les règles des journalistes, de défendre leur l égitimité. La légitimité de lire sous les cartes des pouvoirs, de rechercher la vérité dans l’intérêt général, d’être de véritables agents de transparence de la démocratie. Les mégaphones des pouvoirs, moralistes, juges ou voyous ne sont pas des journalistes… Avec la baisse des recettes publicitaires, la vraie presse, celle qui n’oublie pas d’informer, est menacée par toute sorte de gadgets gratuits. Coûteuse, dérangeante, la recherche d’informations est laminée par les coupes budgétaires. Certains éditeurs choisissent de donner dans le facile, les tripes, l’instinct primaire. Leurs rêves: des médias sans journalistes. Mais la panique de ces derniers n’y changera rien. Il est temps que les lecteurs eux- mêmes se révoltent contre cette presse qui les traite en demeurés. Qu’ils défendent l’esprit critique, la liberté d’expression,la démocratie. C’est tout le combat de l’info-passion contre l’info-marchand. Souvent débile, la presse futile est inutile. Si elle perd sa crédibilité, la presse finira en paillasson. Ce livre est une prière: « Ne cassez pas la presse! »

Une critique du livre sur Domaine public :

http://www.domainepublic.ch/files/articles/html/9695.shtml

Une interview de Roger de Diesbach à l’occasion de la sortie du livre :

http://www.swissinfo.ch/fre/a_la_une/detail/La_presse_barometre_de_la_democratie.html?siteSect=105&sid=8515199&cKey=1198133991000&ty=st

Un hommage à Roger de Diesbach sur la RSR (Médialogues) :

http://podcast.rsr.ch/media/la1ere/medialogues/20090923-hommage-a-roger-de-diesbach.mp3

Série d’émissions radiophoniques avec Roger de Diesbach sur la RSR :

http://info.rsr.ch/fr/news/Le_journaliste_Roger_de_Diesbach_est_decede.html?siteSect=2010&sid=11251644&cKey=1253619795000

 

Un livre qui se lit facilement petits bouts par petits bouts… 42 articles d’une dizaine de pages à chaque fois qui nous rappellent l’affaire Pilatus, la famine au Sahel, les barrages « éléphants blancs », Mobutu, la fin du Journal de Genève, les fonds juifs, le génocide du Rwanda ou encore l’affaire des fiches. A chaque fois, c’est l’occasion de s’interroger sur le rôle de la presse. A lire, assurément !

J’espère de tout coeur que le journalisme « à la Roger de Diesbach » n’appartient pas au passé.

Daniel

Politique spectacle !

11 août, 2009
Scène médiatique | 5 réponses »

Sur la TSR, le téléjournal du 11 août 2009

http://www.tsr.ch/tsr/index.html?siteSect=500000&channel=info#program=15;vid=11060971

Politique spectacle ! dans Scène médiatique moutons

.

La succession de Pascal Couchepin au Conseil fédéral occupe les médias depuis la fin du printemps. Les articles se succèdent à peu près tous les jours dans les quotidiens et la télévision en fait un sujet de son journal télévisé au moindre frémissement d’une candidature ou d’une non-candidature.

Les politiciens alimentent consciemment ce petit jeu. L’un d’entre eux, Fulvio Pelli, est non-candidat déclaré candidat à la candidature en cas de besoin de candidat. D’autres sont ouvertement partants et certains ont déjà pris une décision sans vouloir la communiquer pour l’instant (Schwaller). Tous les ingrédients sont Là pour jouer sur le registre du suspense. A plus d’un mois de l’élection complémentaire, la TSR réussit à consacrer le tiers de son journal en ouverture. On suppute et on re-suppute les chances de chacun…

Au delà du choix de la perle rare pour ce poste, l’enjeu est clairement de savoir si ce 7e siège gouvernemental va rester dans l’orbite du parti libéral-radical ou si les démocrates chrétiens vont réussir à s’interposer et à placer l’un des leurs. On est ici dans une logique quasi-sportive : qui va gagner ? Du coup, les journalistes se transforment en pronostiqueurs et les citoyens doivent de toute manière se contenter du rôle de spectateurs.

C’est entendu : l’élection est le fait des 246 élus fédéraux. Le citoyen n’est pas appelé à désigner les membres du gouvernements. Mais à partir du moment où il est bombardé chaque jour d’informations et de discussions sur ce thème, on pourrait s’attendre à ce qu’on lui parle d’autre chose que de pronostics. En effet, le citoyen est en droit de se demander : au fond, qu’est-ce que cela change d’installer un PDC ou un radical dans le siège de Couchepin ?

Cela fait maintenant des semaines et des semaines qu’on parle de cette succession. On compare les candidats sur les plans de leurs âges (« je suis trop vieux, il est trop jeune« ), de leurs connaissances linguistiques, leurs origines profondes, leur représentativité, leur proximité à l’UDC ou au centre, leur expérience politique, leur masculinité ou leur féminité… que sais-je encore. Or, le Conseil fédéral est un organe exécutif et il ne s’agit pas avant tout d’y représenter qui que ce soit, mais bien de diriger effectivement le pays. Le citoyen est donc fondé à se demander : qu’est-ce que cela changerait qu’untel ou untel soit élu ?

Le travail de médias méritant le titre de « quatrième pouvoir » serait d’essayer d’éclairer les citoyens et les membres des partis impliqués dans les désignations, d’enquêter sur les intentions et les priorités des candidats et des partis. Pour l’instant, il faudra apparemment se contenter du théâtre guignol…

Daniel

Quelques ramassages de 1er août…

2 août, 2009
Scène médiatique | 2 réponses »

Divers médias : le 1er août donne l’occasion à quelques réflexions politico-historiques…

Quelques ramassages de 1er août... dans Scène médiatique 226152654

Sur le site Swissinfo, le 1er août 2009 : Le Pacte de 1291 sous la loupe des historiens (interview de l’historien Georges Andrey)

http://www.swissinfo.ch/fre/a_la_une/Le_Pacte_de_1291_sous_la_loupe_des_historiens.html?siteSect=108&sid=10985345&cKey=1249029873000&ty=st

Quelques précisions sur l’historicité de la chose.

 

L’éditorial de l’Hebdo du 30 juillet 2009, par Chantal Tauxe : L’Etat de la Nation

http://www.hebdo.ch/Edition/2009-31/Chronique/editorial/edito_letat_de_la_nation.htm

Bon, on fait quoi ? La souveraineté de la Suisse… on n’a vu de quoi il en retournait avec l’affaire UBS et le secret bancaire. On monte d’un cran ?

 

Sur le blog de Pascal Décaillet, le 30 juillet 2009 : 1er août ou 12 septembre ?

http://pascaldecaillet.blog.tdg.ch/archive/2009/07/30/1er-aout-ou-12-septembre.html

La question de la date de la fête nationale : la Suisse se singularise avec sa référence au Moyen-âge, là où tous les Etats européens se reconnaissent dans des fondations entre le XVIIIe et le XXe siècle. « Nos ancêtre les Waldstätten, ça a un petit côté « Nos ancêtre les gaulois pour élèves sénégalais » quand on regarde ça depuis la région lémanique… Ma proposition : 2 fêtes nationales ! Et deux jours fériés, évidemment.

 

Dans Le Temps du 31 juillet 2009 : Une Suisse sans but et sans rôle

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/65088c52-7d47-11de-b99f-2f32bbac36d8

Réflexion de fond, historique et politique des traités de Westphalie à aujourd’hui (tiens, où est passé 1291 ? ;-) ) : la souveraineté suisse, qu’en est-il réellement ?

 

Dans « Le Courrier » du 31 juillet 2009 : 1891, l’invention du 1er août

http://www.lecourrier.ch/index.php?module=NewsPaperPDF#Rechercher (que pour les abonnés)

Comment un pacte daté de « début août » et un serment du Grütli légèrement plus tardif ont fusionné pour donner une fête nationale à partir de 1891… Et pourquoi ? La date convenait bien : le Pacte de Brunnen, historiquement plus solidement établi, aurait conduit à attendre 1915. Cela urgeait…

 

Bonnes lectures

Daniel

 

Petit décompte amusant des cas de A/H1N1

28 mai, 2009
Scène médiatique | 4 réponses »

Le Matin du 28 mai 2009, ainsi que la TSR et les autres quotidiens

http://www.lematin.ch/actu/suisse/grippe-porcine-quatrieme-cas-confirme-suisse-125639

porcsafp2mai2009.jpg

 

La peur des maladies fait vendre. Pour rien au monde les médias ne manqueraient la « criée aux poisons » ! L’arrivée d’une nouvelle forme de grippe, d’abord baptisée quotidiennement « porcine« , puis devenue « mexicaine » avant de se cacher sous le sigle de A/H1N1 a d’abord donné lieu à une orgie d’informations pendant quelques jours, puis avant de presque disparaître de la « Une » de l’actualité et de finalement se stabiliser sous la forme d’un décompte unitaire des cas suisses…

Du 25 avril au 3 mai, la grippe A/H1N1 a été le premier ou le deuxième sujet présenté lors du téléjournal de la TSR. Le temps consacré à ce thème tenait entre 6 et 7 minutes pendant les premiers jours avant de se stabiliser dans une fourchette entre 3 et 5 minutes les jours suivants. Le 27 avril, 5 sujets différents étaient consacrés à la maladie. Parallèlement, on constatait une abondance de premières pages et de pages spéciales dans les quotidiens. Mais, depuis le 4 avril, plus rien ou presque. La maladie a disparu ! Un petit sujet réapparaît en deuxième partie du téléjournal le 12 mai, les 18 et 19 mai, puis le 22 mai. La grippe s’est normalisée et les quotidiens relèguent ce sujet dans des pages intérieures.

Ces derniers temps, un nouveau phénomène est apparu. Cette grippe, mondiale et dispersée, devenait trop abstraite et on l’a donc nationalisée et rapprochée du simple péquin. Désormais, on compte les cas avérés en Suisse, méthodiquement. On en est au 4ème cas et on peut se demander jusqu’à combien les quotidiens du groupe Edipresse auront la patience de compter ou à partir de quel nombre on estimera que les lecteurs vont être lassés.

Un premier cas de grippe porcine avéré en Suisse

Dans le Matin, mais aussi dans la Tribune de Genève ou sur les sites de la TSR et de RSR.

Grippe A: deuxième cas confirmé en Suisse

Dans 24heures, mais aussi sur le site de Swissinfo ou dans la Tribune de Genève.

Troisième cas de grippe A/H1N1 en Suisse

Dans 20 minutes, mais aussi dans 24 heures, la Tribune de Genève ou sur le site de la TSR.

Grippe porcine: un quatrième cas confirmé en Suisse

Dans le Matin, mais aussi sur le site Romandie.ch et sur celui de la TSR.

 

Et qu’apprend-on grâce à ces différentes actualités fracassantes ?

Le premier patient se trouve à l’hôpital à Baden et que son cas a été diagnostiqué « dans un temps record« . Par contre, un avion en provenance du Mexique avec 300 passagers n’a apparemment déposé aucun malade. Ouf !

Le deuxième cas, c’est une jeune femme de retour du Mexique qui se trouve à l’hôpital de Berne. Ses proches sont soignés préventivement. On nous rassure en précisant que malgré ces deux cas, la grippe A/H1N1 ne représente pas pour l’instant un danger élevé pour la population suisse. Ouf !

La troisième grippe est due à une femme de retour des Etats-Unis et soignée à Bâle-campagne. La famille est sous traitement antiviral. On signale que le cas numéro 2 a pu quitter l’hôpital. Et on conclut sur le risque « peu élevé en Suisse« . Ouf.

Et enfin, le quatrième cas : un homme qui revient des Etats-Unis. Diable, mais dans quel hôpital se trouve-t-il…. ce n’est pas indiqué ! Puis un bref rappel des trois cas précédents, et le fait qu’il y a aussi 4 cas « suspects« . Pas ouf ?

Qu’il est difficile de se faire une opinion sur cette maladie ! Et ce ne sont pas les informations que nous recevons jour après jour qui vont nous aider… Bon, on peut commencer à se rassurer en constatant qu’ils sont tous dans des hôpitaux suisse-allemands ( ;-) ) et que les autorités suisses sont capables de compter très méthodiquement les cas de grippe A/H1N1.

Il n’en reste pas moins que cette maladie a fait les gros titres des médias pendant deux semaines avant de retourner à un quasi-anonymat et à un comptage grotesque. On aura ainsi donné l’impression d’une affaire très grave et très urgente dans un premier temps avant de rassurer la population par l’oubli. Celle-ci risque donc de garder l’impression d’une panique inutile et vaine…

Et le jour où l’affaire sera vraiment sérieuse, on entendra dire : « Ouais, c’est comme les autres fois, avec la grippe aviaire et la grippe mexicaine… C’est pas grave, dans deux semaines on n’en parlera plus !« . A trop crier au loup…

Daniel

La TSR et le scandale des blogs rémunérés

26 mai, 2009
Scène médiatique, Télévision | 13 réponses »

Sur la Télévision suisse romande, le 24 mai 2009 : Les auteurs de certains blogs sont rémunérés pour faire de la publicité

http://www.tsr.ch/tsr/index.html?siteSect=500000&channel=info#program=15;vid=10733611

La TSR et le scandale des blogs rémunérés dans Scène médiatique humour-blog2
Un blog… ça a un petit côté amateur, gratuit, bricoleur. Alors, quand un journaliste de la TSR entend que des blogueurs sont rémunérés, il s’inquiète et monte un sujet. Qu’est-ce que c’est que cette équipe de gâche-métier qui tente de piquer de la place !? Reprenons, dans l’ordre…

Entrée en matière du présentateur du TJ : « Polémique autour des blogs sur internet, vous savez, ces sites sur lesquels souvent des personnalités s’expriment, sur la pluie, le beau temps, la vie, la mort, le sport, l’actualité… Des blogueurs dont on sait maintenant que certains sont rémunérés pour vanter les mérites d’un produit ou d’un service sous couvert de simplement livrer leur opinion« .

Je n’avais pas remarqué qu’il y avait à proprement parler une « polémique« … On commence par une confirmation : ces blogs, ce n’est pas très sérieux (la pluie, le beau temps,…). Mais vous vous rendez compte ? Il y en a qui sont payés pour vendre un produit sous couvert de reportage ou d’opinion…. Dingue, cela n’arriverait jamais avec la presse traditionnelle. Ah oui ? Vous vous souvenez de cet article sur Easy Jet :

24 heures : Publicité gratuite pour Easy Jet ?

L’article du quotidien a disparu des archives en ligne, mais ma critique est toujours là… ;-)

On poursuit ? Une « blogueuse à succès » apparaît à l’écran et avoue un revenu de 1200 euros brut. Combien d’articles ? Combien d’heures de travail ? Cela aurait été intéressant pour effectuer quelques comparaisons… « Cécile est payée pour vanter sur son blog les mérites d’un produit ou d’un service. Elle a même fait récemment la promotion de la Suisse. » Elle ajoute à son billet la mention [Ceci est un billet sponsorisé]. Cela ressemble donc furieusement à ces pseudo-articles de plus en plus fréquents dans la presse quotidienne, dont la mise en page nous induirait assez facilement en erreur, mais qui portent la mention « Ceci est une publicité« . Rien de vraiment neuf sous le soleil, non ?

Et, tout au long du reportage, on entend revenir le tintement de la monnaie en train de tomber, comme dans « Money » des Pink Floyd…

Et puis, le scandale qui fait frémir le journaliste auteur du sujet : « La blogueuse française, qui n’a jamais mis les pieds en Suisse, recommande chaudement le Valais et le domaine des Portes du Soleil. Elle remarque aussi que faire ses courses à la Migros est terriblement exotique« . Et on précise que pour elle, parler de la Suisse sans la connaître, « ce n’est pas tromper le lecteur« .

Vous vous rendez compte ? Elle ose même, en plus d’être rémunérée, parler d’un pays qu’elle ne connaît pas ! Là encore, je vous propose un petit retour en arrière vers un de mes anciens billets :

La Finlande : ses tueurs, ses sportifs et ses compétitions insolites

Sûr que les journalistes de « 20 minutes » avaient fait un déplacement en Finlande pour découvrir que ce pays était celui des tueurs et des concours idiots ! Les lecteurs des journaux gratuits sont-ils donc trompés tous les jours par des journalistes planqués derrière leur ordinateur ? La blogueuse du jour a appelé sa mère au téléphone, comme l’aurait fait n’importe quel rédacteur assis devant son écran. En somme, elle a presque fait « un vrai travail journalistique ». Et on conclut avec le spécialiste du jour : « Le blogueur, normalement, a une indépendance, une opinion. Il exprime cette opinion et cette opinion ne doit pas être altérée par des facteurs externes tels que le financement d’un article ou des biens qui seraient échangés en échange de propos plutôt positifs que négatifs« .

C’est drôle… On pourrait ici remplacer « blogueur » par « journaliste ». Un travail altéré par des facteurs externes comme le financement… quel scandale ! Au fait, ils vivent comment, la plupart de nos médias ? L’info n’est jamais « altérée » ?
« Si le lecteur n’est pas intéressé par l’information… eh bien, qu’il ne la lise pas !« .Tiens, c’est rigolo, c’est un truc qu’on m’a déjà dit lorsque je critique certains journaux…

Et pour finir, on apprend encore qu’il faut « occuper le terrain« , que c’est peu coûteux (10 fois moins cher qu’une campagne de publicité traditionnelle). C’est, selon la conclusion du reportage, « efficace, mais sans scrupules« .

Oui, comme les journaux gratuits, comme les émissions aguicheuses de la course à l’audience, comme les publicités au milieu des films, comme les fausses Unes de certains quotidiens, comme les article à la limite entre la publicité et l’information, comme les fausses informations qui apparaissent en ligne avant le premier début de commencement de vérification, comme…

Bref… Si les médias veulent survivre dans cette jungle commerciale où tous les coups sont permis, il va falloir qu’il réfléchissent sérieusement à la qualité de leur « marchandise » !

Daniel

Un autre blogueur s’amuse aussi de ce sujet de la TSR : ouvertures.info.

Et je repère à l’instant (26.5 à 18h) un autre ici : cmic.ch.

Revue d’Edipresse

5 mars, 2009
Scène médiatique | 4 réponses »

Dans les journaux romands du 4 mars 2009 : à propos du rachat d’Edipresse par le groupe Tamedia

 

Un gros mouvement dans le paysage de la presse suisse et plus particulièrement romande. L’occasion de voir comment une partie des journaux actifs sur la place rapporte ce type de nouvelle : des gratuits aux indépendants, en passant par les journaux d’Edipresse…

« 20 minutes » fait sa Une sur le sujet : « Bientôt plus qu’un journal gratuit« , et insiste sur le fait que c’est bien « 20 minutes » qui sera le seul quotidien gratuit romand et que « le Matin bleu disparaîtra d’ici fin 2009« . Difficile de bouder une impression de victoire chez Tamedia ! Mais à l’intérieur du journal, on va apprendre que le gratuit restant sera composé par des gens émanant des deux équipes. En tout et pour tout, « 20 minutes » ne consacre à la nouvelle du jour qu’un petit article d’une demi-page centré sur la question des journaux gratuits. La disparition d’un groupe de presse dominant en Suisse romande ne les intéresse pas…

Au « Matin bleu », la Une est consacrée à autre chose et seule une petite photo accompagnée de quelques mots explique que « les gratuits fusionnent » (ici, il n’y a pas de gagnant !). En page 2, on explique que « Edipresse et Tamedia se marient » et on insiste sur le fait que le nouveau titre devrait naître de la « fusion des deux gratuits existants« . Il s’agit ici d’assurer le lecteur que l’union est faite dans l’égalité et on promet même que les deux noms des gratuits figureront sur la couverture du gratuit résiduel. Ici aussi, c’est la question des gratuits qui monopolise l’attention, comme s’ils étaient seuls au monde (et des fois que les lecteurs pressés auraient la mauvaise idée d’aller s’intéresser à d’autres journaux…).

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.
Le Matin (orange) annonce lui aussi qu’il n’y aura plus qu’un seul gratuit romand et sa manchette s’épanche sur le « moment d’émotion » de Pierre Lamunière. L’éditorial se charge quant à lui de rassurer les romands qui auraient « peur de Zürich » en précisant que la liberté rédactionnelle sera reconnue et en se réjouissant du fait qu’ « on se sent Suisse lorsqu’on travaille avec les alémaniques« . Le Matin admet tout de même quelques bémols et évoque le syndicat Comedia qui s’inquiète du respect de la convention collective et souhaite un refus de la fusion par la commission de la concurrence (Comco). Presque étonnant !

Les autres journaux d’Edipresse, soit « 24 heures » et la « Tribune de Genève » consacrent tous deux leurs éditoriaux à l’affaire. Il y est question des transformations importantes que subit la presse et de la nécessaire adaptation à cette nouvelle situation. A la Tribune, on assure que « la pérennité des titres sera mieux assurée » grâce à cette fusion. Les deux journaux proposent une double page sur le sujet avec interview longue de Pierre Lamunière et une documentation détaillée sur les mutations de la presse ainsi que des détails sur les deux groupes de presse concernés. A noter que la Tribune de Genève propose un dessin d’Hermann qui en dit long sur la valeur qu’on donne aux gratuits : on y voit une première caissette (20 minutes) et un individu qui se rapproche d’une deuxième caissette éloignée de trois mètres sur laquelle il est écrit « jeter ici » !

« Le Temps » consacre moins d’espace à ce sujet que les journaux purement Edipresse : une seule page. Mais l’éditorial plutôt optimiste estime qu’il s’agit « d’une chance plutôt que d’un risque« . La Une proclame que « l’union nationale s’impose aux médias« , mais l’éditorial rassure en estimant qu’il n’y a pas de risque de téléguidage depuis Zürich et que l’enjeu est aujourd’hui surtout numérique. A l’inverse des journaux Edipresse, le journal évoque aussi les craintes des politiques et des syndicats dans un article de ses pages « régions » et propose encore un « historique d’Edipresse » et un article écrit en collaboration entre un journaliste romand et un alémanique (heureux présage ?).

Les journaux indépendants des grands groupes vont faire preuve quant à eux d’une plus grande liberté de ton. Il est vrai qu’ils ne parlent pas, eux, de leurs employeurs… ça aide ! « La Liberté » titre cruellement en Une : « Et la presse lémanique devint alémanique… » (A privatif ?). A l’intérieur du journal, on enfonce le clou avec « le principal éditeur de Suisse romande devient ainsi alémanique » et on rappelle ironiquement à propos des gratuits que « la guerre qu’ils se sont menée ces dernières années s’achève par un mariage« . L’éditorial remarque que ce sont la télévision et la radio qui ont eu « la primeur de l’information« . Bien lancé, l’éditorialiste estime (en parlant de la Comco qui a déjà accepté une conquête récente de Tamedia) que « l’eunuque ne lèvera pas le petit doigt cette fois non plus« . A « La Liberté », on pense que la Romandie va perdre un important centre décisionnel au profit de Zürich. Le journal fait également preuve de plus d’esprit critique en démasquant la langue de bois (« il est évident qu’à terme, la stratégie de Tamedia est d’imposer le titre 20 minutes/20 minuten dans tout le pays« ) et en rappelant que Tamedia avait déjà proposé à Edipresse de s’associer pour ne lancer qu’un gratuit en 2005. Marrant : personne n’a évoqué cela dans les journaux Edipresse…

Enfin, « Le Courrier » reprend les deux pages de « La Liberté » sur ce sujet, mais y ajoute une colonne entière d’interview d’une syndicaliste qui s’oppose à la fusion et souhaite que la Comco la refuse. Ce journal est le seul à véritablement consacrer un espace pour que les syndicats aussi puissent s’exprimer (on rappelle au passage que des licenciements sont prévus). L’éditorial est sévère, parlant d’une « capitulation d’Edipresse » et n’hésite pas à clouer la politique éditoriale des grands groupes en rappelant (à propos de 20 minutes) que « sous l’apparence d’un vecteur d’info, ce produit a uniquement servi à s’emparer de nouveaux leviers pour la récolte publicitaire« . « Le Courrier » pense à rappeler que le divorce entre Publicitas et Edipresse, évoqué la veille, était probablement un préalable (tiens, personne d’autre n’en a parlé !) et pose la question qui tue : « Après le Matin bleu, qui sera la prochaine victime ? »

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Et en effet, on peut se demander, étant donné les changements sociaux et techniques en cours, jusqu’où ira la réorganisation du paysage médiatique en Suisse romande. On ne va pas regretter la disparition d’un des deux jumeaux gratuits, qui s’adressait de toute manière plus aux annonceurs qu’aux lecteurs, contribuait puissamment à la désinformation ambiante et finissait sur le sol ou sous les sièges d’autobus. On a beaucoup parlé des gratuits suite à l’annonce de ce rachat, mais on peut tout de même formuler des voeux quant à une presse qui propose un information plus sérieuse et plus complète :

- que la diversité de titres résistent

- que les indépendants des grands groupes tirent leur épingle du jeu

- que la qualité y gagne

- que les synergies entre journaux romands et alémaniques puissent nous faire bénéficier de meilleures infos sur l’autre côté du pays (pourquoi pas une page quotidienne d’articles traduits ?)

Le pire, le meilleur ? C’est l’avenir qui le dira.

Daniel

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