Piques et répliques – 2

Quelques réflexions critiques sur tout et rien

Archive pour la catégorie 'Divers'


Désamour d’enseignant ?

26 février, 2011
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Le Temps du 26 février 2011 : Anne-Catherine Lyon à l’heure du désamour

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/dbe025b0-4127-11e0-8732-9789c3dce95e/Anne-Catherine_Lyon_%C3%A0_lheure_du_d%C3%A9samour

Désamour d'enseignant ?

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L’an prochain, en 2012, auront lieu les élections cantonales dans le canton de Vaud. Des articles apparaissent çà et là, tournant autour des sortants pour évaluer leurs intentions et leurs chances. Ce samedi, « Le Temps » s’intéresse au cas de la ministre responsable du Département de la formation, de la jeunesse et de la culture « à l’heure du désamour« .

« Désamour« … Après l’amour, le désamour. On est dans le « j’aime, j’aime pas ». Toute la première partie de cet article évoque des « grognes » ou  « des enseignants qui ne peuvent plus la voir ou en tout cas plus l’entendre« . Ce portrait oppose de fait un exposé des faiblesses supposées de la ministre (sa voix monocorde, ses phrases saccadées, des formules de technocrates, l’exposition des aspects ingrats de sa personnalité) à une présentation plus en finesse des dossiers qu’elle a fait aboutir ou des solutions mises en place. En résumé : une ministre compétente et efficace, mais un « désamour » dû aux apparences. Les enseignants, premiers visés ici, sont des simplets de première catégorie qui jugent la ministre sur le ton de sa voix…

Loin de moi l’idée de contester la qualité du travail réalisé dans bien des domaines. Les compromis trouvés n’étaient pas faciles à mettre en place et ce département est connu pour ses chausses-trappes. Mais la façon dont cet article met en scène les réticences d’une partie des enseignants à soutenir la ministre m’incite à réagir.

Lorsqu’on travaille dans un département, on voit les choses un peu différemment de ce qui paraît dans la presse ou de ce qui est discuté sur la place publique. On voit surtout d’autres choses…  Je me contenterai de quelques exemples :
- Il y a quelques temps, le département de la formation a décidé d’imposer un nouveau logiciel « qui fait tout » pour la gestion des écoles. Les cadres de Mme Lyon ont décidé de commencer son introduction par les écoles les plus compliquées (à cause de la diversité des offres), soit les écoles professionnelles. Ce fût une véritable Berezina. Les 8 millions prévus  se sont très vite vus suivis par d’autres millions pour colmater des brèches et sauver des têtes. On a usé un certain nombre de doyens et de secrétaires pour s’escrimer avec un programme qui aurait paru juste à jour dans les années 80. Il semble d’ailleurs en train de mourir discrètement dans un coin pendant que des secrétaires doivent maintenant resaisir des notes que les enseignants avaient au préalable saisis dans un fichier Excel. Un vrai merdier !

- Les responsables cantonaux de l’enseignement professionnel ont aussi imaginé en toute hâte une série de nouvelles règles pour venir compliquer des dispositifs qui étaient déjà compliqués. Ainsi, le TIP (travail interdisciplinaire) des maturités professionnelles doit désormais nécessairement recevoir des notes qui seront inscrites dans deux branches enseignées. Ignorant complètement le fait que ce travail sollicite très naturellement plus certains enseignements (le français, les sciences humaines, les sciences naturelles) que d’autres (l’allemand, l’anglais, les mathématiques), le nouveau dispositif conduit à des bricolages complètement absurdes. Des élèves recevront ainsi une note d’anglais pour un travail traitant d’histoire (et n’ayant bien sûr rien à voir avec l’anglais !) parce qu’il aura été évalué par un enseignant d’anglais, plus disponible que l’enseignant d’histoire déjà trop chargé. Ce n’est un exemple : ces directives cumulent les absurdités…

- Tous les apprentis reçoivent un enseignement dit de « Culture générale ». Les programmes de base, définis lors d’une réforme en 1996, contiennent généralement beaucoup de thèmes en rapport avec l’instruction civique et le droit (mais aussi du français, un peu d’économie et d’histoire). Mais les connaissances juridiques en sont l’élément central, pour préparer les jeunes apprentis aux difficultés de leur vie d’adulte. Mais Mme Lyon a décidé que les titulaires de diplômes en droit et en sciences politiques ne seraient plus sélectionnés pour enseigner cette branche. Peut-être dans le but de favoriser l’embauche de gens issus des facultés de lettres rencontrant des difficultés sur le marché du travail… C’est sympathique, mais c’est ainsi que de jeunes enseignants s’arrachent les cheveux pour enseigner des matières pour lesquels ils ne sont pas du tout préparés. L’idéal, dans une branche composée généralement d’une équipe assez nombreuse serait d’avoir à disposition des gens issus de branches diverses – droit, lettres, économie, sciences politiques – qui collaborent pour proposer un programme riche. Loin du terrain, cela a été purement et simplement ignoré.

- Les responsables du département se sont encore efforcés de compliquer l’accès à l’enseignement pour les gens qui auraient auparavant travaillé dans d’autres domaines. Ceux-ci font face à des exigences tatillonnent et dénuées de fondement sérieux la plupart du temps. Pourtant, la formation professionnelle en particulier aurait tout à gagner à l’embaucher de gens qui ont roulé leur bosse et qui apportent un surcroît de crédibilité à l’enseignement donné à des jeunes en train d’apprendre un métier. On préfère jouer avec les subtilités des règlements…

Alors, le journaliste du Temps peut toujours gloser sur « le désamour« , « la voix monocorde » ou « les aspects ingrats de la personnalité« , je lui réponds qu’une enquête plus minutieuse aurait révélé bien d’autres motifs de scepticisme à l’égard de la conduite du département. Une direction qui impose au pas de charge des solutions bricolées sans concertations favorise souvent des aberrations kafkaïennes. Mais les enseignants qui vivent ces réalités au quotidien n’entendent que rarement la voix de leur cheffe de département. Il semble qu’il soit plus facile de tout expliquer par les « apparences »…

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Daniel

Sélection de la semaine : 14 – 20 février

21 février, 2011
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Dans la presse et les médias, du 14 au 20 février 2011

Petite sélection dans les parutions de la semaine écoulée :

 

Dans le journal économique « La Tribune », le 15 février 2011 : Pourquoi la survie à long terme de l’euro est improbable

Une intéressante interview du professeur Niall Ferguson sur les tendances longues de l’évolution économique, au-delà de « la crise ».

 

Sur « Domaine public », le 18 février 2011 : Secret bancaire, tempête dans un verre d’eau

La presse en fait ses gros titres, mais les récentes décisions du Conseil fédéral ne sont que la suite des mesures prises en 2009 au plus chaud de la crise. Mais nous sommes en période électorale…

 

Sur « Swissinfo », le 19 février 2011 : « La Suisse n’a plus d’atouts dans sa manche »

La Suisse, face à l’Europe, a une stratégie dilatoire. Que reste-t-il d’autre ?

 

Dans « le Temps » du 17 février 2011 : Ces pays riches en panne d’enfants

Démographie des pays riches : le déclin.

 

Sur Telos, le 15 février 2011 : Que veulent les militaires égyptiens ?

L’armée est l’acteur-clé de la nouvelle situation post-Moubarak de l’Egypte. Quelles sont les possibilités ?

 

Sur « Domaine public », le 20 février 2011 : Le (mal)traitement des initiatives populaires par le Parlement

Comment fait-on pour retarder une initiative qui gêne…

 

Bonne lecture !

Daniel

Ses gardes du corps…

18 février, 2011
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 Blogs de Pascal Décaillet et Philippe Barraud, 13 et 14 février 2011 :en défense de Marie-Hélène Miauton

http://www.commentaires.com/griffures/une-plume-qui-honore-le-temps  -  http://pascaldecaillet.blog.tdg.ch/archive/2011/02/14/marie-helene-miauton-l-etincelle-d-un-style.html

Ses gardes du corps... Ils-trouvent-10-000-dollars-dans-une-boite-de-conserve_closer_news_xlarge

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Au risque de trop bien enfoncer le clou dans la planche, je reviens encore une fois sur la chronique de Mme Miauton dans « Le Temps ». Parce que le débat a continué sur l’intérêt de sa présence dans ces colonnes. Pour mieux suivre ces développements, je vous propose d’abord de reprendre la chronologie :

4 février 2011 : Le Temps publie une chronique intitulée « Qu’elle est jolie, la révolution ! » (mon billet sur le sujet).

4-7 février 2011 : Insertion de trois commentaires par des lecteurs sur le site du Temps.

10 février 2011 : Publication d’une lettre de lecteur très critique face à la chronique du 4 février.

11 février 2011 : Marie-Hélène Miauton se défend dans sa chronique : « Dictature intellectuelle » (mon billet sur le sujet).

Mes propres billets sont semble-t-il restés inaperçus. Ma foi… ce n’est qu’un modeste blog. Par contre, ce qui est à mon avis à relever, c’est la promptitude de la réaction de ceux que je nommerai les « gardes du corps » de Mme Miauton : Pascal Décaillet et Philippe Barraud (qui étaient nommés dans la lettre de lecteur) viennent à la rescousse de la chroniqueuse attaquée par ses assaillants (« Mme Miauton est truffée d’ennemis » selon Pascal Décaillet…) : trois commentaires et une lettre de lecteur. Les deux défenseurs sont journalistes, je suis dans mon thème… Alors, examinons les arguments de la défense.

Billet de P. Décaillet : « Marie-Hélène Miauton : L’étincelle de la différence » (14.2)

La sincérité d’abord : « On aime ou non. Moi j’aime« . A mon sens, c’est son meilleur argument : personnel et incontestable.La suite est bien moins convaincante : « Mme Miauton est truffée d’ennemis. C’est bien la preuve de son talent« . En somme, si je suis sa logique (la preuve…), il suffit de compter beaucoup d’ennemis ou de critiques pour se voir reconnaître du talent. S’il est cohérent, il devra alors reconnaître l’immense talent de personnalités comme Jean Ziegler ou Josef Zyziadis qui comptent eux aussi beaucoup d’ennemis. Mouammar Kadhafi, si on sonde les Suisses, devra aussi être enregistré parmi les talentueux… sans parler des dictateurs les plus honnis du XXe siècle. Au fond, pour M. Décaillet, le rôle de la chroniqueuse du vendredi, c’est de « déranger, heurter, grattouiller, chatouiller…« . Il ne lui demande pas grand chose : juste faire réagir. Je crois que certains de mes élèves sont très talentueux !

Son billet se termine en concluant que « les médiocres » (terme qui désigne les critiques de Mme Miauton… je suis donc moi aussi un « médiocre » ;-) ) « n’ont plus qu’un argument à brandir : celui de la disparition : elle nous dérange, qu’on la chasse« . Alors, je m’interroge sur les capacités de lecture du grand journaliste : s’il avait lu attentivement la lettre de lecteur, les commentaires et les billets sur ce blog, il saurait que les réactions ne sont pas dues au fait que Mme Miauton dérange, mais qu’elle soit au raz des pâquerettes depuis plusieurs années dans un journal dont on attend un peu autre chose… Que la chroniqueuse dise des choses qui lui font plaisir retient peut-être son esprit critique pourtant souvent aigu.

Billet de Ph. Barraud : Une plume qui honore Le Temps (13.2)

L’enthousiasme de Barraud vis-à-vis de Mme Miauton est impressionnant : « la meilleure chroniqueuse du journal Le Temps » (les François Gross, Beat Kappeler, Frédéric Kohler, Joëlle Kuntz et compagnie apprécieront la comparaison…). Elle est aussi « la seule plus, ou presque, qu’il est indispensable de lire dans ce journal« . Je ne sais pas ce qu’il apprécie tant… si c’est l’attribution aux noirs américains de la responsabilité du racisme envers eux ou l’idée que les arabes ne méritent que de saines dictatures. A moins que ce soit l’éternel retour des socialistes dans le rôle des méchants rapetous (dans une logique simpliste à la Walt Disney). Une chose est sûre dans ces conditions : si Philippe Barraud devait un jour reprendre la barre du Temps et généralisait cette « qualité »… il est certain que j’investirai l’argent de mon abonnement ailleurs.

Pour terminer, Philippe Barraud propose que « Mme Miauton prenne cette médiocre agressivité comme un compliment« . Pour lui, la « virulence stupéfiante, voire haineuse » des commentaires est causée par les qualités de la chroniqueuse. Tout simplement.

 

Ces deux blogueurs se retrouvent sur le mot « médiocre« . J’ai un peu l’impression de retrouver une ambiance de préau d’école primaire : « Médiocre, toi même ! ». Parce qu’en effet, autant les commentaires que la lettre et les billets critiquaient précisément la médiocrité des chroniques de Mme Miauton, faites à la va-vite et très simplistes. Les « gardes du corps » ont cru que leur chère alliée en conservatisme étaient attaquée pour ses idées, alors qu’elle était attaquée pour son manque d’idées… ou son trop-plein d’idées reçues (voir dans ce billet une liste de chroniques simplistes ou affligeantes que j’ai relevées par le passé).

Il y a deux jours, j’ai découvert que Mme Miauton avait participé à la radio à une discussion en forme de bilan suite aux résultats de la dernière votation. Je me suis demandé s’il était meilleure à l’oral qu’à l’écrit. Alors, j’ai écouté. Cela a bien confirmé mon impression. Je l’ai notamment entendue expliquer que les personnes de plus de 60 ans ne pouvaient pas faire pencher la balance d’une votation, parce qu’elles n’étaient pas majoritaires dans la population. Je me suis alors dit qu’elle n’avait probablement jamais entendu parler de la notion de participation. Les votations en Suisse obtiennent généralement un taux de participation qui tourne autour d’un maigre 50 %. Mais cette participation n’est pas homogène et varie même fortement selon les tranches d’âge. J’ai trouvé par exemple un petit graphique qui illustre ces taux de participation à Genève pour la votation du 29.11.2009 : les moins de 30 ans sont à 40 % environ alors que les plus de 60 ans montent à 70 %. Une nouvelle affirmation à l’emporte-pièce de Mme Miauton qui ne tient pas la route… Encore.

L’oral de rattrapage n’ayant pas été convaincant… j’espère toujours voir apparaître un nouveau chroniqueur du vendredi. Pas une disparition (enfin si… aussi), mais surtout une apparition… avec idées, arguments, réflexion. Cela nous changera.

Daniel    

Sélection de la semaine . 7 – 13 février

15 février, 2011
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Dans la presse et les médias, du 7 au 13  février 2011

Petite récolte la semaine passée… la lecture sera rapide.

 

Sur Slate.fr, le 7 février 2011 : La grande crise alimentaire de 2011

C’est un ensemble de causes qui toutes conduisent à se faire de gros soucis pour l’alimentation dans le monde. Mais toutes ou presque sont dues à la généralisation d’un mode de vie impossible à généraliser. On continue ?

 

Sur « Domaine public », le 13 février 2011 : Elections fédérales : cartes sur table, svp.

Retour pédagogique sur la concordancequ’il vaudrait mieux redéfinir avant d’être le nez sur les résultats en octobre 2011.

 

Dans « Le Monde » du 13 février 2011 : Révolution post-islamiste

Les nouveautés des soulèvements dans le monde arabe.

 

Daniel

M.H. Miauton se défend… en chroniquant

13 février, 2011
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Le Temps du 11 février 2011 : Dictature intellectuelle

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/b3fbb4a6-355b-11e0-a83c-72c9481907e8/Dictature_intellectuelle

M.H. Miauton se défend... en chroniquant paquerettes

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Les chroniques de Marie-Hélène Miauton dans « le Temps » m’ont déjà plusieurs fois fait réagir et la dernière en date mérite à nouveau une petite attention. De fait, M-H Miauton réagit à un courrier de lecteur publié la veille de sa chronique hebdomadaire, soit le 10 février 2011. La chroniqueuse a donc réagi au quart de tour… ou sur un coup de sang. Qui sait, peut-être était-elle justement à la recherche d’une idée ? Toujours est-il qu’elle utilise sa propre chronique pour se défendre, ce qu’elle avait déjà fait au moins une fois par le passé. Sa défense est accompagnée cette fois-ci par celle du rédacteur en chef Pierre Veya.

Que dit donc ce simple « courrier de lecteur » qui mérite une chronique à lui tout seul ? Voici un résumé « maison » :

D’abord il questionne : « Jusqu’à quand le lectorat du Temps devra-t-il supporter ses chroniques (celles de M-H M.) à l’emporte-pièce ? ». Ensuite il propose de « congédier sur-le-champ cette pseudo-intellectuelle médiatique » et la compare à messieurs Barraud, Derder, Décaillet, Poncet et Windisch qui « font les choux gras de publications avides de verser dans le populisme et le sens commun« . Il évoque son institut de sondage sans aucun sociologue en son sein et estime que M.H. Miauton « s’autoproclame égyptologue, criminologue, spécialiste de l’enseignement supérieur, politologue« , ayant un avis sur tout, « un avis digne d’autres quotidiens de l’Arc lémanique » (Devinez lesquels, NDLR). Il conclut ainsi : « Alors que les pages Opinions du Temps comptent parmi les plus stimulantes, cette chronique discrédite totalement le quatrième pouvoir et pollue l’idéal démocratique« .

Pas de doute, c’est une charge violente. Mais je soupçonne Mme Miauton de s’énerver autant surtout parce que quelqu’un lui a piqué son « emporte-pièce« . Les miroirs sont bien souvent cruels. Et il y a bien sûr aussi le fait que ce courrier ait été diffusé à tous les lecteurs du Temps. En effet, mon blog ou celui de Kalvin Whiteoak n’ont semble-t-il jamais fait réagir Mme Miauton, en tout cas jamais dans une chronique…

Cela dit, utiliser sa propre chronique hebdomadaire pour se défendre n’est pas tout à fait banal. Elle dispose ainsi d’un espace gratuit – et probablement payé – pour sa cause personnelle quand d’autres se contentent d’un blog personnel (de nombreux journalistes). Alors, je me propose d’examiner plus en détail son système de défense à partir de quelques points relevés :

1) Dès la première ligne de son texte, M-H. Miauton cite ses coaccusés, soit Miauton, Derder, Décaillet, Poncet, Windisch. Au passage, elle oublie « Barraud » que je considère personnellement comme le plus pertinent de la liste. Pourquoi ? Ceci explique peut-être cela…

2) Ces « néo-conservateurs qu’il est urgent de faire taire« , voici selon elle la « teneur du courrier de M. Gonin, enseignant d’extrême-gauche (bientôt un pléonasme) paru hier dans le Temps« . C’est manifestement plus fort qu’elle : elle vit par les poncifs simplistes. Tous les enseignants (ou presque) seraient d’extrême-gauche. Alors, je me rebiffe, car je ne me situe pas à l’extrême-gauche, bien qu’enseignant, et j’observe auprès de mes collègues une grande diversité de sympathies politiques qui couvre presque l’entier du spectre gauche-droite. Une fois de plus, c’est du « n’importe quoi » digne d’un pilier de bistrot.

3) Elle insiste en particulier sur son droit de chroniquer sans devoir présenter une légitimité particulière. Je lui donne raison sur ce point, car c’est le cas de la plupart des chroniqueurs qui s’expriment sur une grande variété de thèmes.

4) « Ce courrier ne mérite guère que l’on s’y attarde » ajoute-t-elle en y consacrant toute sa chronique hebdomadaire. Heureusement qu’il en est ainsi, sans quoi elle en ferait une dizaine…

5)  Elle s’en prend aussi à la rédaction qui a accepté de publier ce « courrier injurieux« , d’où le texte joint par le rédacteur en chef. Pour elle, le »vrai problème, c’est que ce courrier ait pu paraître« . Si on considère le courrier injurieux, la question peut en effet se poser. Mais quid de la liberté d’expression qu’elle s’attribue à elle-même, sans hésiter à diffamer l’ensemble des enseignants ?

6) Enfin, elle termine par : « Les médias sont ainsi devenus les otages de leur propre idéologie. Ils chantent tous la même musique (…)« . Et vlan : un poncif simpliste de plus !!! Mais si on peut lire régulièrement Charles Poncet (dans l’Hebdo), Marie-Hélène Miauton (dans Le Temps), Ueli Windisch (dans le Nouvelliste et d’autres) ou Fathi Derder (dans 24 heures jusqu’à son récent engagement en politique), c’est bien que les médias ne correspondent pas à l’idéologie unique de centre-gauche que vilipende Mme Miauton. Manifestement, les « néo-réacs » ont aussi bien leur place dans les médias.

Tentons donc une petite synthèse après attaque et défense. M. Gonin, l’auteur de la lettre de lecteur, a la dent dure, c’est certain. Cela dit, sa critique, si on la lit attentivement, s’en prend avant tout au simplisme « à l’emporte-pièce » des chroniques plutôt qu’à ses positions bien à droite. C’est le « niveau » qui est en cause. D’ailleurs, je dis la même chose dans les divers billets que j’ai consacrés à ces chroniques miautonesques :

Quand les noirs américains sont responsables du racisme à leur encontre… (21.22.2008)

Quand les coûts de la santé s’expliquent entre bons et méchants… (15.05.2009)

Quand il vaut mieux ne pas trop punir les délits en costard-cravate… (22.01.2010)

Quand c’est la gauche qui est coupable de l’emploi des clandestins par des profiteurs… (26.02.2010)

Quand le centre-droit – les gentils – sauve le pays… (03.12.2010)

Quand les arabes ne méritent que la dictature… (05.02.2011)

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Le problème, avec les chroniques de Mme Miauton, ce n’est pas qu’elles expriment une pensée de droite ou conservatrice. Cela paraît même plutôt normal dans un journal de droite comme « Le Temps ». Non, ce qui coince, c’est qu’elles jurent franchement avec la qualité des interventions des autres rédacteurs de ce quotidien en confinant trop souvent à la discussion de troquet, à coups d’idées reçues éculées et de réactions simplistes. Quand je paie mon abonnement au Temps, j’espère recevoir des réflexions qui dépassent un tant soit peu le sens commun. D’ailleurs, je tiens à préciser que j’apprécie la lecture d’opinions distantes des miennes, voire très conservatrices, qui viennent me déranger et me forcent à réfléchir « un peu plus loin ». C’est par exemple assez souvent le cas avec les articles signés par Olivier Delacrétaz dans « La Nation« . L’organe de la Ligue vaudoise est très conservateur, mais sait proposer des réflexions d’un certain niveau.

En conclusion, il ne m’appartient pas de décider qui doit faire les chroniques de mon quotidien, mais j’apprécierais beaucoup que « Le Temps » finisse par trouver un chroniqueur/une chroniqueuse capable de me donner à réfléchir plutôt qu’à pleurer…

Daniel 

Sélection de la semaine : 31 janvier – 6 février

7 février, 2011
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Dans la presse et les médias, du 31 janvier au 6 février 2011

Quelques lectures :

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Dans « le Temps » du 1er février 2011 . Le PS en mal de thèmes mobilisateurs

Intéressant réflexion autour des difficultés à faire campagne du parti socialiste.

 

Dans « le Monde » du 5 février 2011 : Les défis de la révolution

Où vont les révoltes dans le monde arabe : analyse des situations tunisienne et égyptienne.

 

Sur le blog de Paul Jorion, le 5 février 2011 : Faudra-t-il encore sauver les banques ?

La crise financière est finie et tout est rentré dans l’ordre… détrompez-vous !

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Sur le site « Mémoires de luttes », le 1er février 2010 : Ces « dictatures amies »

Longtemps « régimes modérés », voici plusieurs pays arabes devenus « dictatures ». Au moins, les masques tombent.

 

Dans « le Temps » du 5 février 2011 : L’épouvantail communiste

Face aux révoltes dans le monde arabe, un retour bienvenu sur l’attitude des démocraties face aux changements historiques dans d’autres régions du monde.

M.H. Miauton et les dictatures

5 février, 2011
Divers | 4 réponses »

Le Temps du 4 février 2011 : La jolie révolution

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/d24d237a-2fe0-11e0-8ce3-09bbe608bf14/Quelle_est_jolie_la_r%C3%A9volution

M.H. Miauton et les dictatures democratie_sous_la_botte-ce234

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Encore une fois, « Le Temps », journal pourtant généralement de bonne qualité, accueille une chronique lamentable de Madame Marie-Hélène Miauton, plus spécialisée dans le sondage téléphonique que dans la réflexion sur des matières complexes. Nous avions déjà vu que son monde était fort simple et nous avions été sidérés par une théorie pour le moins surprenante : les noirs américains sont responsables du racisme envers eux. Aujourd’hui, ce qui me laisse pantois, c’est que la rédaction du Temps continue à autoriser cette dame à occuper une partie de sa page « débats » chaque semaine.

Cette fois, c’est la « jolie révolution » égyptienne qui anime Madame-la-sondeuse. A juste titre, elle relève une forme de « romantisme » qui affecte les commentateurs occidentaux face à une révolte populaire dont on ne sait pas vraiment à quoi elle aboutira. Il est en effet bon de rester éveillé et de se poser des questions avant de s’enflammer. Mais Mme Miauton ne se pose pas de questions, elle connaît les réponses !

Et, dès le romantisme dénoncé, elle fonce vers le diable : la « récupération islamiste » des révoltes populaires en Tunisie et en Egypte. Il suffit que « les partisans en nombre de Rached Ghannouchi » aient accueilli celui-ci à Tunis en criant « Allah Akbar » pour que la Tunisie soit mûre pour devenir une république islamiste à l’iranienne. Quant à l’Egypte, les « frères musulmans » incitent la foule à repousser « les propositions somme toute acceptables de Moubarak« . On pourrait discuter ce dernier point, mais on peut tout de même comprendre que les manifestants égyptiens, et pas seulement les frères musulmans, ne soient pas forcément prêts à tout poser pour laisser Moubarak reprendre la main. Les propositions pourraient être des leurres… et celle qui passe son temps à dénoncer la naïveté des autres affiche la sienne en gros plan.

Mais le pire est à venir. « Nous les occidentaux sommes sans doute masochistes« . Pourquoi ? Parce que « nous nous ingénions à porter atteinte directement ou indirectement aux pays arabes qui font rempart à l’extrémisme« . Oui, vous avez bien lu : le sondeuse-chroniqueuse estime qu’il faut soutenir, ou du moins ne pas déranger, les dictatures qui ont le bon goût de faire barrage à l’extrémisme (le musulman, donc… pas celui des tortionnaires de Moubarak ou de Ben Ali). Déplacé dans le temps, cela consisterait à dire qu’il faut soutenir les régimes d’Hitler et de Mussolini – au début des années 30 – parce qu’ils font barrage au communisme. Et elle enchaîne en affirmant que c’est à cause des occidentaux que le Shah d’Iran (ce démocrate merveilleux…) a dû laisser la place à Khomeiny. Or, un régime plus respectable en Iran n’aurait peut-être pas conduit à la révolution iranienne… Et pour être sûr que chacun comprenne bien où elle veut en venir, elle évoque encore « notre aveuglement démocratique« … vous savez, cette tendance à préférer la démocratie aux dictatures chez les autres. Car pour Mme Miauton, les arabes ne sont pas dignes et mûrs pour la démocratie : si les dictateurs flanchent, ce sera forcément pour laisser la place à des gens bien pires : des despotes islamistes. Aucune autre issue n’est possible. Alors, mieux vaut nos copains les dictateurs…

Je ne lui trouve qu’une excuse possible pour écrire des choses pareilles : la peur que lui inspire ce qu’elle considère probablement comme un gigantesque Bougnoulistan au sein duquel elle n’arrive pas à faire de différence entre la situation de la Tunisie de 2011 et celle de l’Iran de 1979. Partout, elle préférerait continuer à voir régner les dictateurs, quitte à les adoucir un chouïa en leur proposant des échanges économiques (avec combien de pots-de-vin… ?). Tian’anmen 1989, voilà le modèle ! Pour conclure sa chronique, et parce que cela fait partie de son cahier des charges – ou parce que c’est un « mot d’ordre » reptilien – Mme Miauton finit par moquer « les gauchistes entraînés par Zisyadis débarqués à Tunis » pour exprimer la solidarité de notre pays à la population tunisienne. Je ne sais pas ce qu’ils vont faire là-bas, mais une chose est sûre : eux au moins iront sur le terrain prendre connaissance de la situation plutôt que de pérorer à coups d’idées reçues et de schémas éculés.

J’ignore de quoi l’avenir des pays arabes sera fait et j’admets que l’on peut à juste titre s’inquiéter de certaines situations. Mais une chronique antidémocratique par principe n’est pas digne d’un journal comme « Le Temps ».

Daniel

Le moins objectif !

1 février, 2011
Divers | 1 réponse »

20 minutes du 31 janvier 2010: 3 articles de la même édition

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Au moment de l’apparition des journaux gratuits en Suisse romande (à l’époque, il y en avait deux, le Matin bleu et 20 minutes), leurs promoteurs allaient répétant que leurs journaux seraient objectifs, ne rapporteraient que des faits et ne s’embarrasseraient pas de commentaires « subjectifs » comme le font les journaux traditionnels. En d’autres termes, ils promettaient la sacro-sainte « objectivité« . Il vaut la peine d’examiner comment les « faits » sont rapportés par le représentant résiduel des journaux gratuits.

Sous le titre « Jeunes femmes de moins en moins disposées à voter« , « 20 minutes » rapporte sur une étude montrant que les jeunes femmes voteraient de moins en moins. Le résumé des éléments de cette étude est très succinct, mais il n’empêche pas de faire appel à l’ineffable UDC. Mais là, on évoque des jeunes hommes qui votent pour le parti d’extrême-droite, permettant une habile transition pour laisser la conclusion au secrétaire générale de l’UDC, Martin Baltisser, qui met en rapport cette participation nouvelle avec la « politique cohérente » de son parti sur les thèmes de la violence et de la criminalité des étrangers. La participation électorale ne dépendrait donc que de cela ? « 20 minutes » sert ouvertement la soupe à l’UDC…

Quelques pages plus loin, on rencontre le titre suivant : « Les banques n’ont pas misé sur la baisse de l’euro« . Ouf, elles sont quand même gentilles nos banques, et prévenantes, parce qu’elles auraient pu saisir là une opportunité de gain facile. Et on passe la parole au président de Crédit suisse qui affirme que les grandes banques n’ont pas spéculé sur l’euro et qu’elle n’ont aucun intérêt à voir s’affaiblir l’euro. Puis à Kaspar Villiger, le bon Kaspar Villiger, qui assure que les accusations selon lesquelles sa banque (qui ne spécule jamais… foi de subprime !) aurait spéculé contre l’euro sont absurdes. Et voilà, m’sieur-dames… c’était une dépêche de l’ATS qui informait sur un démenti des banques. Point barre. Mais pour « 20 minutes », cela devient de l’or en barres, la pure vérité que l’ont traduit donc avec un titre catégorique. Vérifier d’une manière ou d’une autre cette affirmation ? Mais vous n’y pensez pas… Les banques suisses incarnent la pureté même.

Un troisième titre m’intrigue aussi : « Détenus pas égaux en chaînes« . Peut-être à cause du jeu de mots… On y évoque une inégalité entre détenus de différentes prisons qui n’auraient pas accès au même nombre de chaînes de télévision : 55 chaînes à Lenzbourg contre 29 à Witzwil. Première réaction : on s’en fout ! Après tout, les habitants des cantons de montagne ont aussi accès à moins de chaînes de télévision que ceux des grandes agglomérations du pays. On est loin d’un scoop. Autre hypothèse : le sujet n’a aucun intérêt, mais il permet de remettre la compresse sur l’antienne populiste qui veut que les prisons soient trop confortables… Vous vous rendez compte, « ils ont même la télé » !

Le voilà en pleine lumière, ce journal soi-disant objectif et factuel : il sert la soupe à l’UDC, assure la propagande des grandes banques sans vérifier leurs affirmations et conforte les propos de café du commerce à propos des conditions de vie des détenus. On ne saurait reprocher à un journal d’avoir une ligne éditoriale, mais on pourrait au moins attendre une séparation entre information et commentaire de la part de gens qui se prétendent journalistes. Question de déontologie !

Quant au citoyen, il peut aussi s’interroger : est-il normal qu’un organe de propagande et de racolage publicitaire soit disponible partout dans le pays gratuitement. Est-ce qu’on tolérerait des caissettes de prospectus de Greenpeace ou d’un syndicat dans toutes les gares et à tous les arrêts de bus ?

Daniel

Sélection de la semaine : 24 – 30 janvier

31 janvier, 2011
Divers | Commentaires fermés

Dans la presse et les médias, du 24 au 30 janvier 2011

La sélection habituelle… comme chaque semaine.

 

Sur « Telos », le 24 janvier 2011 : Tunisie : « Oui mais nous ne savions pas ! »

Sur la complaisance à l’égard des dictatures du monde arabe. Aveuglement : jusqu’ici, tout va bien…

 

Sur Largeur.com, le 25 janvie 2011 : Un exécutif plus bête que méchant

Politique suisse : sur la petitesse des mesures gouvernementales.

 

Sur « Marianne 2″, le 25 janvier 2011 : Une falsification de la science au nom de la démocratie

Les questions scientifiques sont de plus en plus soumises au débat d’opinion dans les médias, négligeant complètement la méthode scientifique. Etes-vous pour ou contre le réchauffement climatique ?

 

Dans « Le Temps » du 29 janvier 2011 : «Quand un rêve se répète, c’est qu’il cherche son interprète»

Interview de Tobie Nathan à propos de son dernier livre sur l’interprétation des rêves. J’aime ses portes ouvertes plutôt que fermées…

 

Dans « Le Temps » du 29 janvier 2011 : Le blocage d’Internet est quasi total en Egypte

On parle souvent de blocage d’Internet (partiel ou total) par des dictatures. Mais comment ça marche ? Un journaliste du Temps a eu la bonne idée de donner des explications.

 

Sur « Slate.fr », le 27 janvier 2011 : La Chine au bord du désastre écologique

La Chine se charge désormais de produire, et d’assumer la pollution corollaire, des biens que nous consommons. Cela peut-il durer ?

 

Bonne lecture !

Daniel

Sélection de la semaine : 17 – 23 janvier

25 janvier, 2011
Divers | Commentaires fermés

Dans la presse et les médias, du 17 au 23 janvier 2011

Quelques lectures issues de la semaine passée :

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Sur Largeur.com, le 18 janvier 2011 : Le torticolis de la femme UDC

Dur… dur d’être femme dans un parti d’hommes, des vrais avec flingue à la main et poils sur le torse…

 

Dans « Le Monde » du 17 janvier 2011 : « L’un des grands dangers est l’alliance FN-droite »

Une interview de l’historien Michel Winock sur les évolutions politiques récentes en France, en particulier le semblant de normalisation de l’extrême-droite.

 

Sur « Marianne 2″, le 21 janvier 2011 : La Tunisie n’est ni l’Algérie, ni le Maroc, ni l’Iran

Les limites des comparaisons et des tentations de généraliser, en examinant les spécificités de la « révolution tunisienne ».

 

Sur « Domaine public », le 22 janvier 2011 : Les critiques de la BNS préfèrent tirer sur le pompier plutôt que sur les incendiaires

La BNS ne complète tout à coup plus les budgets cantonaux et se retrouve sous les feux croisés. Mais elle se débat dans des difficultés dont elle n’est pas responsable. Et si on s’attaquait à la source de ces problèmes ?

 

Sur « Domaine public « , le 23 janvier 2011 : Par ici les bénéfices de la Banque nationale

Une deuxième article sur le même thème qui complète bien le premier.

 

Dans « Libération » du 22 janvier 2011 : Une ère conditionnée

L’anthropocène… nouvelle ère géologique. Un mot pour enfin prendre conscience ? J’ai acheté le bouquin de Lorius… reste à terminer les trois déjà ouverts et je m’y mettrai.

 

Dans « L’Hebdo » du 20 janvier 2011: Ce que savaient vraiment les Suisses

L’extermination des juifs : « On ne savait pas »… L’Hebdo revient une nouvelle fois sur cette « croyance » en la défaisant. C’est certainement encore utile tant la tentation de la bonne conscience est forte. Notamment lorsque l’UDC tente d’empêcher l’enseignement des pages les moins favorables de l’histoire suisse.

 

Bonne lecture !

Daniel 

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