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Pour l’amour de Kadhafi…

L’Hebdo du 9 décembre 2010 : Les oublis du rapport

http://www.hebdo.ch/libye__les_oublis_du_rapport_75631_.html

Pour l'amour de Kadhafi... dans Magazines 1294887964

Non, l’affaire libyenne n’est pas close : elle fait encore des vagues et a probablement joué un rôle déterminant dans l’élection à la raclette de la présidente de la Confédération 2011. Kadhafi, lui, est plié en quatre…

Du côté suisse, le « syndrome de Stockholm » fait des ravages comme le démontre la conclusion d’un article de la dernière livraison de l’Hebdo. A la fin de quatre colonnes consacrées aux « oublis du rapport« , le rédacteur termine son article par les lignes suivantes :

« Après les Kadhafi qui ont déjà touché 1,5 million de francs et qui en réclament d’autres pour régler le litige, les deux anciens otages pourraient eux aussi faire valoir leurs droits à des dédommagements pour avoir perdu deux ans de leur vie dans l’enfer libyen. A cause de l’incompétence du Conseil fédéral et de nombreux fonctionnaires… »

L’auteur de l’article utilise pourtant à 5 reprises le terme « otages ». Donc, il estime très clairement qu’il s’agissait là d’une prise d’otages qui impliquait un chantage et une demande de rançon. Mais cela ne l’empêche pas de considérer que c’est de la faute « du Conseil fédéral et de nombreux fonctionnaires« . C’est une interprétation scandaleuse de la situation, qui consiste à trouver équitable que le régime Kadhafi prenne des innocents en otages pour laver un affront qui ne les concerne en aucune façon. Comme s’il était normal, en relations internationales, de prendre des otages…
Il y a de quoi critiquer l’action du Conseil fédéral et de l’administration fédérale dans cette affaire, là n’est pas la question. On peut estimer qu’ils auraient pu être plus efficaces, plus cohérents, plus déterminés. On peut même leur trouver des « fautes graves » le cas échéant. Mais il est tout simplement inadmissible de considérer que « les otages ont perdu deux ans de leur vie dans l’enfer libyen à cause de l’incompétence du Conseil fédéral et de nombreux fonctionnaires« . La prise d’otages était le fait du régime Kadhafi et c’est lui le seul coupable. Nos autorités ont joué le rôle des policiers maladroits courant après les kidnappeurs et accumulant les bourdes. Incapables, peut-être, criminels, sûrement pas !

Est-ce que ce journaliste, si un jour un des membres de sa famille venait à être enlevé par une bande criminelle (ce que je ne lui souhaite pas), considérerait aussi que cela est dû aux autorités plutôt qu’aux salauds ? Est-ce qu’il faut en arriver à ce genre de comparaison pour remettre un peu de logique et de cohérence dans des raisonnements à la noix ?

Mais au fond, ce « rédacteur-carpette à Kadhafi » est bien dans la ligne d’une classe politique lâche. A peine les « otages » rentrés, elle ne rêve que de reprendre des relations normales avec ses « rançonneurs de grand chemin »…

Daniel

 

PS : Dans la même édition de l’Hebdo, un esprit plus futé (Chantal Tauxe) formule une idée un peu moins « lâchement correcte » : « Je défie quiconque d’écrire un vace-mecum sur la parfaite attitude à adopter lorsque  l’on a Kadhafi en face« .

L’Hebdo : retour au sexisme

L’Hebdo du 26 août 2010 : Candidates interchangeables

http://www.hebdo.ch/candidates_interchangeables_55880_.html

L'Hebdo : retour au sexisme dans Magazines

 

Lorsque la conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey estime qu’une majorité trop nette de femmes au Conseil fédéral ne serait pas idéale, c’est le tollé, en particulier dans la presse. Et pourtant, même si c’était maladroit, c’était un questionnement politique sur l’équilibre au sein du collège gouvernemental (lire cette intervention).

Micheline Calmy-Rey a-t-elle fait vraiment du tort aux femmes… la question reste ouverte. A titre personnel, je m’accomoderais sans problèmes de 5 femmes le 22 septembre prochain, en rappelant au passage que la présence des conseillères Calmy-Rey et Widmer-Schlumpf ne durera plus forcément longtemps. Les 5 femmes pourraient très vite redevenir trois, soit minoritaires…

Tout ça pour ça ?

Mais en matière de sexisme, il y a des choses tellement plus sournoises. La presse, qui se pique de rappeler à l’ordre tout politicien qui exprimerait des réticences à un déséquilibre – pour une fois en faveur des femmes, devrait prendre le temps d’observer sa magnifique poutre avant de se préoccuper des pailles !

L’exemple du jour, dans l’Hebdo : l’élection du 22 septembre y est traitée selon l’angle de la « coupe de cheveux » des candidates. Question : quand a-t-on vu pour la dernière fois un article se préoccupant des costumes, des cravates, des coupes de cheveux ou de l’apparence physique en général des candidats masculins au gouvernement ?

Et l’article ne fait pas dans la dentelle : Karin Keller-Sutter a masculinisé son image pour qu’on lui fasse confiance au niveau des idées (quel niveau !), Simonetta Sommaruga échoue à se mettre en valeur, Hildegard Fässler frôle la catastrophe et projette une image de gentille voisine, voire de maman (quelle horreur !), . Et on finit par expliquer la défaite de Ségolène Royal à la présidentielle française par la longueur de ses cheveux…

Il est là, le sexisme, dans cette perpétuelle réduction des femmes à leur apparence physique. Que les candidates en vue pour le 22 septembre aient des coupes de cheveux semblables… qu’est-ce qu’on s’en fout. Pour tout dire, je n’avais même pas remarqué !

Avec une presse pareille… l’égalité est encore bien loin.

Daniel

Plutôt vigoureux !

L’hebdomadaire « Vigousse » atteindra le numéro 25 cette semaine

Plutôt vigoureux ! dans Magazines cover_une

Pas facile, par les temps qui courent, de créer un nouveau journal. Et surtout, encore moins facile de le publier à l’ancienne, sur du papier… C’est le pari lancé par l’équipe de « Vigousse » qui s’apparentait à une nouvelle forme de suicide, étant donné ce qu’il était advenu des journaux satiriques précédents que la Suisse romande a connus. Un autre journal satirique, « La distinction« , avait même lancé un concours de paris pour déterminer après combien de numéros « Vigousse » disparaîtrait…

En effet, il n’est pas facile de faire rire… surtout en Suisse. or, « Vigousse » a déjà tenu plus de 6 mois et atteint le numéro 24. Combien de temps durera ce journal… personne ne le sait, mais l’horizon est en train de se dégager. Un journal satirique chaque semaine, il ne faut pas bouder son plaisir.

Et pourtant, j’étais moi aussi sceptique. Surtout lorsque j’ai acheté le pris le numéro 1 en kiosque (il était gratuit) : c’était vraiment pas terrible… peut-être justement parce que c’était gratuit (c’est une règle de la presse gratuite). Puis, j’ai tenté le numéro 2 qui était un peu meilleur et je me suis laissé convaincre après les numéros 3 et 4 (bien meilleurs) de m’abonner. Je ne regrette rien, parce que j’ai droit à de la saine rigolade, beaucoup d’esprit critique, de la critique médiatique (j’aime !) et quelques « scoops » surprenants ou intéressants (autre chose que les sempiternels meurtres, accidents et scandales d’une grande partie de la presse actuelle). De l’info.

Bien sûr, tout n’est pas parfait… Mais on peut apprécier que la presse suisse romande se soit enrichie d’un nouvel intervenant… cela se fête. Et moi, je vous propose tout simplement quelques lignes extraites des derniers numéros :

4 juin

L’UDC, toujours prompte à défendre mordicus l’intégrité nationale suisse, la « culture suisse », les « valeurs suisses », « ma maison notre Suisse », est prête à brader les frontières et à noyer l’actuelle population helvète sous l’afflux massif de nouveau citoyens étrangers. C’est bien la peine de dénoncer à grands fracas « l’invasion des Allemands » à Zürich si c’est pour englober le Bade-Würtemberg (11 millions d’habitants) ! Et de s’acharner contre les frontaliers à Genève, si on est prêt à accueillir l’Ain et la Savoie…  (Pour ceux qui ne suivent pas : c’est à propos de la motion Baettig aux chambres fédérales, signée par le ban et l’arrière-ban de l’UDC).

11 juin :

Les zélateurs suisses de l’atome, UDC en tête, répètent qu’une production accrue de courant nucléaire indigène nous rendrait moins dépendants de l’étranger. Encore faudrait-il déposer nos stocks et nos déchets ailleurs qu’à l’étranger. (à la fin d’un article qui montre comment nos déchets nucléaires sont traités/entreposés à l’étranger….).

On se coupe du monde quand des milliards d’êtres humaines regardent 22 milliardaires en cuissettes jouer à la baballe, alors que le Sage  montre la lune et que l’imbécile regarde le doigt.

18 juin :

Le football, donc, est particulièrement riche en superstitions. Comme les bleus d’antan qui baisaient le crâne de Barthez, bien des stars du ballon ne se séparent pas de leur gri-gri, ne changent pas de sous-vêtements pendant tout un championnat, suivent un rituel élaboré pour mettre et lacer leurs chaussures, etc. Et que dire des innombrables signes de croix qu’on doit se farcir à chaque match, comme si le créateur de l’univers était concerné par un tournoi dérisoire au milieu d’une minable planète perdue dans une galaxie mineure…

 

Voilà. Quelques échantillons, parce que c’était ma page « publicité ». Je souhaite que cette expérience satirique dure.

Daniel  

Tous au centre ?

L’Hebdo du 1er avril 2010 : Cinq partis au centre-droit, c’est trop !

http://www.hebdo.ch/michael_hermann_cinq_partis_au_centredroit_cest_trop_44437_.html

Tous au centre ? dans Magazines flan

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C’est publié le 1er avril, on aurait donc pu mettre cela sur le compte des blagues poissonnières… Mais non, c’est bien une interview qui se veut sérieuse et qui propose une analyse politique étrange.

Le titre de l’article cite les mots de l’interviewé lui-même, désigné comme « politologue », Michaël Hermann : « Cinq partis au centre-droit, c’est trop !« .  Et le rédacteur de l’Hebdo renchérit en sous-titre : « La victoire du Parti bourgeois démocratique pose la question de la recomposition du centre-droit de l’échiquier politique suisse« . Et si on suit l’hebdomadaire romand, toutes les pièces de l’échiquier se trouveraient ainsi placées sur les cases centrales (du moins, à droite)…

Et il ne s’agit pas de quelques mots égarés. Cela continue sur deux pages : « C’est désormais la cohue au centre-droit (…) où se bousculent cinq partis entre l’UDC et le bloc rose-vert« , « Cinq partis au centre-droite (…), c’est trop ?« .. puis plus loin encore le « centre politique« . Bref, à droite, les partis seraient tous au centre ?

Parce que cinq, cela donne : le PDC, le PLR, le Parti bourgeois démocratique, les Verts libéraux et… l’UDC. Drôle de manière de faire disparaître la droite de l’échiquier politique (on joue avec un demi échiquier de voyage, replié ?).

Eh bien, non, cela ne joue pas. S’il est encore possible de classer le PDC (démocrate-chrétien) au centre-droite en vertu de certaines de ses positions et d’alliances ponctuelles avec la gauche au parlement, il faut admettre que le parti libéral-radical se situe clairement « à droite », de même que le PBD de Mme Widmer-Schlumpf. Et pour accorder à l’UDC une place au centre, il faudrait accepter de croire à son nom mensonger d’ « Union démocratique du centre« . Comment laisser classer au centre-droite un parti qui souhaite supprimer la norme anti-discrimation raciale, qui inonde le pays d’affiches xénophobes et qui affecte globalement un positionnement aligné sur celui de Jean-Marie Le Pen ?

Ce n’est pas digne d’un politologue, ni d’un journaliste. D’ailleurs, le profil de Michaël Hermann indique qu’il est porteur d’une licence en Géographie. On ne saurait donc que lui recommander de s’intéresser aussi à l’histoire des doctrines politiques. Après cela, on verra aussi des articles de presse qui classeront le POP à l’extrême-gauche, avec parfois les Verts. Injuste.
Alors, tous au centre, à part la gauche ? Non, cela ne tient pas debout : je souhaite que les journalistes arrêtent de répéter ce genre de fadaises complaisantes à la suite d’habiles démagogues. Retour à l’esprit critique, SVP !

Daniel

Livres : le compte n’est pas fait

Tout compte fait No 1, janvier 2010 : Rares mais avantageux, les livres virtuels

http://www.toutcomptefait.ch/index.php

Livres : le compte n'est pas fait dans Magazines 509

Tout compte fait est un petit mensuel, cousin de « Bon à Savoir« . Si comme moi vous êtes abonné à ce dernier, vous recevez de temps en temps le petit cousin comme incitatif à l’abonnement. Le numéro de janvier est donc arrivé dans ma boîte hier.

Je ne suis pas priopriétaire, je ne boursicote pas, je remplis une déclaration d’impôt relativement simple sans me prendre la tête et une partie significative des articles ne me concerne pas, à l’instar des articles d’une revue comme « Bilan » (et ses « gagnez plus« , « payez moins d’impôts« , « rentabilisez mieux« , « optimisez« )… Du coup, c’est à d’autres articles que je donne un peu d’attention.

En voici un qui parle des livres : il y est question de « lecteurs électroniques » ou « e-book » pour ceux qui sont fatigués de la langue française. Alors, je me laisse intriguer et je découvre que :

- ce genre d’appareil « gagne du terrain » sur un marché suisse dominé par deux modèles

- ces « lecteurs » coûtent entre 270 et 400 francs

- la plus grande part du catalogue est en anglais (pour ceux qui sont fatigués de…)

- les livres sont moins chers que dans leur version papier (24.10 au lieu de 37.1o pour le dernier Goncourt)

- les vieux « classiques » sont trouvables gratuitement

- les bibliothèques restent fidèles au papier parce que l’offre peine à suivre et qu’on ne peut pas télécharger plusieurs fois simultanément le même ouvrage (un peu comme pour les « vrais » bouquins… la bibliothèque est bien avancée !)

Jusque-là, pas de grande surprise. Mais je relève une phrase qui me fait réagir : « En Suisse, les livres électroniques sont nettement plus avantageux que la version papier« . C’est juste avant de donner la comparaison entre le Goncourt électronique et le Goncourt papier. Et voilà, la notion d’avantage (adjectif : avantageux) ne s’applique plus qu’au prix : tout compte fait, comme dirait l’autre. Le livre n’est plus considéré que comme une marchandise. Ce qu’il est aussi, c’est évident. Mais, comme pour les journaux, lorsque le livre n’est plus qu’une marchandise, c’est la culture et la démocratie qui finissent par en pâtir.

Alors, je m’interroge :

- Il s’agit ici de faire payer un objet pour lire des livres qui se lisent fort bien juste avec les yeux. C’est un aspect qui n’est jamais relevé dans l’abondance d’articles de presse qui évoquent le « livre électronique« .

- Le livre papier ne tombe jamais en panne !

- Le livre papier se retrouve tôt ou tard dans des librairies d’occasion ou au marché aux puces. On a ainsi la chance de retrouver des choses qui n’intéressent depuis fort longtemps plus les éditeurs (je suis tombé amoureux des manuels de français des deux premières décennies du XXe siècle…). Qu’en sera-t-il avec les livres électroniques ?

- Quid de la fatigue liée à la lumière qui vient de la page de lecture et non sur la page de lecture ?

 dans Magazines

 

Cela n’empêche évidemment pas les « livres électroniques » d’avoir aussi des avantages. Par exemple pour la diffusion des périodiques. Mais je reste stupéfait de voir à quel point les avantages et inconvénients sont régulièrement limités à la question du prix. Tout est vendu sur la ligne du « plus vite, moins cher ».

A quand une technophilie moins superficielle ?

Daniel

Genève a sa page dans « Charlie Hebdo »

Charlie Hebdo du 21 octobre 2009 : Genève, tu l’habites ou tu la quittes !

http://www.charliehebdo.fr/

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Genève a donné du score aux populistes lors de l’élection au Grand Conseil : environ un quart de ceux qui se sont exprimés ont donné leurs voix à l’UDC (ceux qui se battent avant tout contre la « racaille » d’Annemasse) ou au MCG (ceux qui se battent avant tout contre les frontaliers tout court). Pour une ville qui souhaite toujours beaucoup soigner son image internationale, c’est super : les médias étrangers en parlent…

Il est rare, très rare, que « Charlie Hebdo » publie un article sur la Suisse. Pour le coup, on est gâtés : une page entière ! En bas de page, une série de dessins s’interrogeant : « Pourquoi Annemasse fait-elle peur aux genevoix ? » (non, ce n’est pas l’écrivain, juste une faute d’orthographe… ;-) ) Au dessus, un article qui tente de trouver ce qui peut tant faire peur et susciter l’hostilité de l’électeur genevois vis-à-vis des frontaliers.

Et « Charlie » n’y va pas de main morte. On y évoque le « parti des flics » (le MCG comprend un tiers d’élus policiers) et « la formation d’extrême-droite Union démocratique du centre (UDC)« . D’aucuns y verront une injustice crasse, mais il est toujours intéressant de consulter un miroir extérieur. Lorsqu’on prend conscience que les règles actuelles de l’octroi de la nationalité suisse dépassent les ambitions depuis toujours claironnées par Jean-Marie Le Pen, on mesure sans peine les raisons qui poussent les médias français à classer aussi clairement le parti de Blocher à l’extrême droite. En Suisse, cela surprend peut-être parce qu’on a fini par s’y habituer…

Le rédacteur enfonce le clou : « Les slogans du MCG rappellent sans équivoque une mélodie frontiste bien connue de l’autre côté du Léman« . Il est ensuite question d’un parti dont « deux thèmes font le gras« , les « quartiers de non-loi » (Pâquis) et le « problème des frontaliers » et qui recherchait un « bouc émissaire ». Eh oui, les frontaliers font du dumping social, en acceptant des salaires inférieurs, envahissent Genève et provoquent des embouteillages. Mais le rédacteur s’amuse aussi des chiffres : les slogans du MCG évoquent 70’000 frontaliers et 20’000 chômeurs, mais on ne parle pas beaucoup des 20’000 Suisses résidant en France que comprend ce chiffre de 70’000. Et qui s’est demandé si ces gens faisaient les mêmes métiers ? De manière générale, cet article s’amuse de la préoccupation extrême de la ville des banques pour des problèmes qui semblent tout relatifs aux deux journalistes en visite. Sur les conseils d’un élu du MCG, ils vont visiter « la version suisse de la jungle de Calais » et découvrent un « banal espace de stationnement à moitié vide« , sans « aucune trace de campements montés par des romanichels de la Canebière« . L’article est moqueur… à juste titre. Petit pays, petit soucis… comme chantait « Le Beau lac de Bâle ».

Il serait parfois intéressant que nos journaux sollicitent plus souvent des plumes étrangères pour s’exprimer sur ce qui se passe en Suisse. Il est toujours intéressant de voir « l’air qu’on a » vu d’ailleurs. Même si ce n’est pas toujours plaisant…

Daniel

Nullité productive de la presse

PME Magazine du mois d’août 2009 : La presse romande survivra-t-elle à la crise

http://www.pme.ch/de/artikelanzeige/artikelanzeige.asp?pkBerichtNr=178947

Nullité productive de la presse dans Magazines

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Le mensuel « PME magazine » consacre son dossier du mois, ainsi que son éditorial et sa Une, à la crise de la presse romande. Difficile de résister à la tentation d’aller lire quelque peu un magazine que je n’ai que rarement l’occasion de consulter…

Cela commence en fanfare avec un éditorial intitulé en toute simplicité « La presse est nulle« . Pourquoi ? Parce qu’elle s’avère incapable de « faire du lobbyisme pour sauver sa peau« . Sachez donc que si vous ne faites pas de lobbyisme, quelle que soit votre activité, vous êtes nul ! Un premier paragraphe pour énoncer le constat : la crise touche plus la presse que d’autres secteurs, mais personne ne le sait (je m’excuse, m’sieur, mais moi j’avais quand même un peu remarqué… !) parce que « la presse n’aime pas parler d’elle-même« . Après cette mise en jambe, l’éditorial d’Olivier Toublan attaque tout de suite sur l’essentiel à ses yeux : « Les chiffres sont là, cruels, impitoyables : le marché publicitaire, en Suisse, est en baisse d’au moins 30 % pour la presse écrite« . Lobbyisme et publicité représenteront ensuite l’essentiel de cet éditorial.

Il convient alors de pousser plus avant la lecture et d’entrer dans le dossier : 10 pages (tout de même !) consacrées à la « crise de la presse« . Le sujet s’ouvre sur une carte de la Suisse romande affublée des logos des principaux journaux et magazines actifs sur la région, avec indication du recul de leurs pages publicitaires. Première surprise pour l’abonné que je suis, le quotidien « Le Courrier » n’y figure pas ! Par contre, les publications d’Edipresse y sont toutes… Pourquoi ?
L’ensemble du dossier se penche donc, et exclusivement, sur les difficultés économiques de la presse. Il y est question de « stratégie publicitaire« , des « annonceurs » pour financer le « produit » d’une « industrie« . Sur les deux pages du deuxième article, le terme de « produit » revient même à 5 reprises sur à peine quelques paragraphes. On y évoque encore un « pensum industriel » (jolie trouvaille !) avant de laisser la place à un troisième article intitulé « La surcapacité de production est de 35 % en Suisse« . Puis, un dernier article est entièrement consacré à l’agence « Publicitas« …

Alors, bien sûr, il n’est nullement question de négliger ces questions lorsqu’on s’interroge sur la crise que connaît la presse. Mais ce dossier a priori alléchant ne s’intéresse lui vraiment QUE à cet aspect des choses. La crise de la presse ne serait ainsi que celle du produit d’une « industrie« …

Il vaudrait peut-être la peine de se demander si l’une des causes de la crise de la presse ne réside pas justement dans cette conception un peu simpliste des choses. Parce que si le marché publicitaire se rétrécit, le lectorat en fait de même. Réduire la « presse », traditionnel quatrième pouvoir d’une démocratie, à une activité commerciale comme une autre, cela contribue précisément en réduire l’attrait. Sauf quand il s’agit des « gratuits » (paradoxalement !), un journal n’est pas simplement un objet de consommation.

Peut-être qu’il serait bon d’y penser (un peu).

Daniel

PS : … et le fait de lire chaque jour dans les journaux des avis « pas plus réfléchis que cela » n’est pas fait pour les enrichir et motiver un quelconque achat : http://www.mediateur.edipresse.ch/?p=92

Les anonymes de l’Hebdo en Libye…

L’hebdo du 27 août 2009 : Crise libyenne – Les dessous d’une libération

http://www.hebdo.ch/Edition/2009-35/Actuels/liberation_des_otages/les_dessous_dune_liberation.htm

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Plus un sujet est sensible, plus il est difficile pour un journaliste de toujours citer clairement ses sources. Il arrive donc que des sources soient juste évoquées tout en le garantissant l’anonymat. L’inconvénient, naturellement, est que cela ne renforce en rien la crédibilité des faits qui sont énoncés. A ce titre, la crise libyenne offre un exemple assez frappant dans l’Hebdo du 27 août.

Dans un éditorial, par exemple, un journaliste propose une vision des faits ou une opinion qui est la sienne. On ne lui demande ni de prouver ni démontrer quoi que ce soit. Dans un article informatif, on attend en général au contraire qu’il appuie ses affirmations sur des faits vérifiables et tangibles. Cette distinction est peut-être un peu manichéenne, mais elle correspond grosso modo à ce qu’on serait en droit d’attendre.

Parfois, une « source autorisée » est mentionnée dans un article. Personne n’est choqué quand ce n’est qu’une seule fois. Mais si la pratique se généralise tout au long d’un article, on se dit alors qu’il faut avoir sacrément confiance dans le rédacteur. L’article de l’Hebdo intitulé « Les dessous d’une libération » constitue un exemple particulièrement frappant. Voici diverses expressions que j’y ai recueillies :

- …, analyse un Suisse proche du dossier. (p.16)

- …, souligne une source libyenne. (p.16)

- …, indique une source libyenne. (p.16)

- …, tranche une source helvétique. (p.16)

- …, analyse une source diplomatique suisse. (p.16)

- …, tranche un homme d’affaires suisse. (p.17)

- …, insiste un spécialiste. (p.17)

- …, analyse un diplomate européen. (p.17)

- Et, selon nos informations… (p.17)

- …, clame notre homme d’affaires suisse. (p.18)

- …, répond un autre Suisse proche du dossier. (p.18)

- …, estime un autre juriste. (p.18)

- …, confirme un observateur attentif. (p.20)

- Or, selon nos informations… (p.20)

- …, déplore une de nos sources. (p.20)

- …, constate une de nos sources. (p.20)

- …, se demande un homme d’affaires suisse. (p.20)

[NB : la page 19 est une page du publicité...]

 

Il y a ceux qui constatent, ceux qui déplorent, ceux qui analysent, ceux qui tranchent… Parmi eux, l’Hebdo distingue entre Suisses et Libyens, entre hommes d’affaires et diplomates, mais certains restent des « observateurs attentifs » (les autres sont-ils distraits ?), ou des « proches du dossier » (qui sont ceux qui regardent de loin ?) alors que plusieurs sont restés des « sources » ou des « informations« . A côté de tous ces anonymes évoqués sur 4 pages, seuls deux personnes sont citées explicitement pour appuyer leurs propos : l’avocat du gouvernement libyen Charles Poncet et le porte-parole de Pascal Couchepin, Jean-Marc Crevoisier. Cela fait bien peu…

A ce tarif-là, on se demande : cela a-t-il encore un sens de citer des anonymes à longueur d’article, si ce n’est pour donner l’impression d’un auteur passant son temps à recevoir des « confidences » dans des couloirs sombres ? Ou alors, on se demande simplement s’il ne met pas dans la bouche de puissants inconnus ses propres déductions.

Il pourrait tout aussi bien assumer personnellement le texte entier, plutôt que de s’acharner à attribuer les paroles à untel ou untel. Parce que… franchement, c’est un peu fort de café.

Daniel

« Toute l’économie » dans Bilan ?

Magazine économique Bilan du 14 au 27 janvier 2009

http://www.bilan.ch/

Les magazines économiques constituent une espèce un peu à part dans le monde de la presse écrite. Une espèce qui fait presque peur : « ça doit être compliqué, non ? ». En fait, pas tant que cela en réalité. Mais, en Suisse et en français, il existe assez peu de choix : c’est la couverture en papier glacé de « Bilan » qui domine physiquement dans les kiosques (malgré l’existence de quelques autres).

Bien qu’enseignant l’économie, je lis assez rarement cette revue et j’ai un certain a priori que je pourrais résumer comme suit : on trouve dans ce magazine comment gagner plus d’argent, comme le placer le plus opportunément et comment payer ensuite le moins d’impôt possible. Il est vrai qu’ils font très souvent leurs couvertures avec ce genre de préoccupations. Alors, aujourd’hui, je m’empare du dernier numéro pour voir ce qu’il en est…

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Le magazine fait 92 pages, en tenant compte de la couverture, dont 16 pages entières de publicité, ce qui correspond à plus de 17 %. Un sixième du magazine quand même ! Ces publicités sont relatives à des montres, des bijoux, des voitures, de l’alcool, des banques, du matériel de montagne et d’autres revues ou rendez-vous économiques. Jusque-là, je ne suis pas du tout surpris. Le magazine compte ensuite 16 pages de nouvelles brèves, d’éditoriaux, de petits articles figurant à plusieurs sur les mêmes pages. On trouve cela dans tous les magazines, mais il n’y a pas de réel approfondissement ici. C’est donc le restant des pages sur lequel mon attention va se porter.

Ce qui domine, ce sont les articles sur les entreprises ou sur le milieu des entreprises : 4 pages pour Logitech, 2 pages sur le haut de gamme à Genève, 2 pages sur Vibro-meter face à la chute du dollar, 6 pages sur Richemont, 2 pages sur Jura, mais aussi 8 page sur un classement « Bilan » des meilleurs employeurs de Suisse, 6 pages sur les 20 ans du magazine et 5 pages sur la fondation Gianadda. En tout cas, le domaine de l’économie d’entreprise est bien représenté.

Mais qu’en est-il du reste ? Parce que la devise qui figure en tête de la « Une » est la suivante : « Toute l’économie un mercredi sur deux« . Alors, « toute l’économie », cela ne peut quand même pas n’être que la vie des entreprises… Que trouve-t-on d’autre alors : une page de graphiques généraux (déficit public, endettement, emploi), 2 pages sur Obama, une interview d’un avocat en rapport avec l’affaire Madoff sur 1 page, 2 pages sur l’immigration en Suède, 3 pages sur l’énergie solaire, 2 pages sur les risques financiers affectant la Suisse (comparaison avec l’Islande), 3 pages sur des voyages luxueux, 1 page sur le Smartphone et enfin 3 pages de conseils pour « conserver son emploi« .

Finalement, je ne retrouve pas beaucoup (mais quand même un peu) les trois termes de mon préjugé de départ. Par contre, il faut bien admettre que c’est uniquement une certaine vision de l’économie, à travers les entreprises et la vie de ceux qui en tirent des revenus plutôt confortables. A l’exception des articles sur l’immigration en Suède et l’énergie solaire, les thèmes d’intérêt général sont à peu près absents. Où est donc passé la récession qui commence ? Où sont le chômage, les difficultés liées au 2ème pilier, les problèmes écologiques et leurs coûts, les accords bilatéraux, les working-poor, le sur-endettement, l’indice des prix à la consommation, le déficit de l’assurance invalidité et tant d’autres questions d’économie actuelles. A lire, le magazine, on a l’impression qu’il touche un public qui plane au dessus de ces réalités-là, qui vit tranquillement sa petite vie économique bien au-delà de ces contingences logistiques.

En somme, c’est avant tout un magazine sur les entreprises et sur les questions économiques intéressant un lectorat composé de cadres et de chefs d’entreprise. Ses informations semblent sérieuses et fiables et le magazine est assez souvent cité dans la presse de qualité. Mais le slogan prétendant évoquer « Toute l’économie » est très présomptueux. A moins de considérer, à l’instar du lobby des grands patrons « economiesuisse », que l’économie n’est pas AUSSI constituée des travailleurs et des consommateurs qui constituent la grande masse des habitants de ce pays…

Dani

P.S. :  Petit passage sur Médialogues (RSR), ce matin 23 janvier :


Presse masculine, presse féminine

Petite visite dans un kiosque de la gare de Lausanne

Presse masculine, presse féminine dans Magazines entree-principale-de-la-gare-de-lausanne

 

Le classement des revues dans un kiosque offre parfois des surprises. Ainsi, lors de déplacements à l’étranger, par exemple en France ou en Belgique, il peut nous arriver d’avoir de la peine à retrouver un magazine pourtant familier, tout simplement parce qu’il est rangé en fonction d’autres critères que ceux des kiosques romands qui nous sont familiers.

Mais l’étonnement et la perplexité n’exigent pas forcément un long voyage. Ainsi, il suffit de porter attention à un lieu fréquenté par de si nombreux romands : la gare de Lausanne. Aux côtés de catégories comme « Presse spécialisée », « Sports » ou « Actualités », le classement des revues implique un tri par genres (je devrais plutôt dire par sexes !) : d’un côté, la presse féminine et de l’autre, la presse masculine.

Un rapide coup d’oeil permet de comprendre ce qu’on nomme ici « presse masculine » et « presse féminine ». Voyez plutôt :

 

PRESSE FEMININE

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On distingue en bas quelques revues relatives à la santé, à la grossesse ou à la psychologie. Mais c’est le haut de l’échantillon qui attire l’attention : la mode et la beauté. Sois belle et tais-toi ! Bon, les femmes s’en tirent finalement assez bien avec ces différentes revues divertissantes, si on compare avec la presse de l’autre sexe !

 

Voyons donc la presse masculine :

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Ici, pas de magazines de beauté (masculins) ou de psychologie : du sexe !!! Allez, je suis sûr que vous vous y attendiez… En glissant vers le bas de la photo, on repère aussi la mécanique et le tuning, preuve que les hommes n’en ont pas que pour la pornographie… Objets de substitution ?

L’observation des hommes et des femmes qui entrent dans le kiosque révèle que les femmes se servent allègrement dans « leur » rayon, feuillètent les magazines et en discutent bruyamment avec leurs amies, puis présentent celles-ci à la vendeuse. Les hommes, par contre, semblent se désintéresser complètement de « leur » rayon à eux. Mais, alors, que fait-il là ?

De lourds préjugés nous poursuivent donc jusque dans les rayons. Au-delà des conceptions des genres qui font privilégier de tels intitulés pour des magazines, les clients semblent aussi s’intéresser à d’autres lectures : la presse quotidienne, les magazines d’actualités, la science, les revues historiques, les jeux et mots croisés, la presse « people » et Picsou magazine ! Ouf !

Dani