Piques et répliques – 2

Quelques réflexions critiques sur tout et rien

Archive pour la catégorie 'L’idée reçue'


A quand des leçons de vocabulaire… ?

25 mars, 2013
L'idée reçue, Sur internet | Commentaires fermés

 

A quand une leçon de vocabulaire économique et politique pour les responsables des médias ?

Voir ici, trouvé à l’instant : http://www.rts.ch/info/economie/4767225-chypre-trouve-un-accord-avec-l-ue-et-le-fmi-pour-eviter-la-faillite.html
Un Etat ne fait pas « faillite » ! Ou alors, où est l’organisme mondial des faillites, où est le juge des faillites, qui s’occupera de la liquidation, de la vente aux enchères du territoire ?

 

C’EST DU GRAND N’IMPORTE QUOI !!!  

Et cela se répète jour après jour, avec ce mot, avec d’autres… Allez ensuite donner des cours de droit et/ou d’économie à des jeunes qui lisent ces bêtises tous les jours. On finit par passer plus de temps à déconstruire les idées reçues fausses qu’à présenter les réalités.

Un Etat est souverain, peut se déclarer en cessation de paiement… mais ne peut pas faire faillite !

Daniel

L’idée reçue : le sauvetage d’UBS s’est révélé avantageux pour les Suisses

4 décembre, 2012
L'idée reçue | Commentaires fermés

L'idée reçue : le sauvetage d'UBS s'est révélé avantageux pour les Suisses dans L'idée reçue sagesse_tout

Je l’ai encore entendue à plusieurs reprises dans les semaines qui viennent de passer, à l’occasion de discussion à bâtons rompus sur l’économie et la finance : l’idée veut que la Suisse, ou la Confédération (c’est selon…) aurait finalement été gagnante dans l’histoire du  sauvetage d’UBS et que les Suisses n’auraient rien perdu dans l’affaire.

C’est une variante du bonneteau, où le quidam se fait avoir parce que l’objet poursuivi des yeux n’est jamais sous le bon gobelet. Là aussi, avec le sauvetage d’UBS, la diversion a été suffisamment opportune pour que nombre de gens ne voient plus  la scène avec assez de netteté.

J’entends dire, autour de l’une ou l’autre table, que la Confédération a fait un bénéfice sur l’argent qu’elle avait confié à l’UBS…. mais si… : elle n’aurait donc rien perdu et nous non plus. Victoire et champagne ! Et en effet, la Confédération, qui avait engagé 6 milliards de francs dans le sauvetage de la grande banque, est repartie avec 7,28 milliards de francs en revendant ses actions et obligations à bon prix (voir ici). Bingo… puisqu’on vous le dit : « On a gagné, on a gagné… ! »

Sauf que, quand on lui montre la lune, l’idiot regarde le doigt. A fortiori quand on essaie de mettre en vue un gros doigt et que la photo laisse apparaître la lune plus discrètement dans un coin.

Les mêmes articles de presse (cf. le lien ci-dessus), s’ils parlent abondamment du gain réalisé par la Confédération, mentionnent très pudiquement que « les actifs toxiques demeurent dans le fonds que la BNS a créé à cet effet« . Le doigt est bien dodu, la lune microscopique… et le lecteur inattentif n’y voit que du feu. Mieux, on finit même par apprendre  (en mars 2012) que « les actifs toxiques d’UBS sont devenus rentables pour la BNS« . Wouaaaah ! Après avoir commencé par entraîner des pertes, voici que les fameux titres subprimes et toxiques génèrent des bénéfice pour le fonds de stabilisation géré par la Banque nationale suisse. Double bingo !

Bon, cela dit, fini de rigoler. De quoi  s’agit-il en fait ? Si la Confédération s’était engagée à hauteur de 6 milliards, la Banque nationale suisse y est allée d’un chèque de « 39 milliards de dollars » (après que 60 milliards aient été initialement prévus). Sensiblement plus que les 6 milliards de la Confédération… mais les petits montants semblent toujours plus intéressants que les gros lorsqu’il s’agit de débat politique. De fait, la BNS a racheté des titres qui ne valaient plus grand chose pour 39 milliards de dollars, qu’elle a préalablement dû emprunter à la Réserve fédérale américaine, qui les émet. En clair, l’UBS a ramassé de l’argent tout frais et laissé des titres pourris à la Banque de tout le monde… sans que le parlement ne décide pour autant de la mettre sous tutelle ou ne lui fixe des conditions. Take the money and run !

C’est fini ? Non, il reste actuellement (chiffres de juin 2012, en attendant les suivants…) pour 10 milliards de francs (un quart de la somme engagée au départ)  de ces titres dans les comptes de la Banque nationale suisse. L’affaire n’est donc pas terminée et la crise UBS n’est pas encore digérée. Et même lorsqu’elle le sera (si c’est finalement le cas !), il restera toujours que la Suisse, par l’entremise de sa Banque centrale, aura investi à fonds perdus près de 40 milliards de dollars dans une banque dont les propriétaires sont des privés. Le trop fameux « too big to fail » !

Compte tenu de cela, il m’apparaît donc difficile de dire que « l’affaire UBS n’a rien coûté » ou encore qu’elle a rapporté. Je n’arrive pas à ne voir que le gain de la Confédération, aussi impressionnant soit-il exprimé en termes de rendement. Les montants astronomiques injectés pour l’occasion par la banque centrale sont aussi du domaine de la politique économique : la planche à billets a fonctionné au bénéfice d’une entreprise privée, après que certains aient empoché le magot des opérations subprimes et avant qu’on ne frôle la catastrophe. D’autres recommencent les bonnes affaires après, comme si de rien n’était. Entre deux, les braves Suisses paient en ayant l’impression d’avoir gagné, et vont le chanter fièrement autour d’eux. Très fort.

Daniel

Le raisonnement boiteux de Schneider-Ammann

30 octobre, 2012
L'idée reçue | 8 réponses »

Le conseiller fédéral en charge de l’économie ne distingue pas entre corrélation et causalité

Le raisonnement boiteux de Schneider-Ammann  dans L'idée reçue topelement

 

Polémique. Le ministre suisse de l’économie considère qu’il y a trop de bacheliers (porteurs de maturités) en Suisse. A son avis, c’est parce qu’il y a plus d’étudiants dans les cantons romands qu’on y trouve aussi les taux les plus élevés de chômage. Au-delà d’une prise de position pour le moins surprenante en ce début de XXIème siècle, celui qui sera bientôt aussi ministre de la formation et de la recherche (ces domaines passeront dans son département dès le 1er janvier 2013) montre surtout  ici qu’il ne fait pas la différence entre corrélation et causalité.

En effet, Johann Schneider-Ammann compare deux séries de statistiques : celle de la proportion de jeunes porteurs de maturité et celle des taux de chômage cantonaux. Et que constate-t-il ? Que les cantons qui font état des taux les plus élevés de sans-emploi sont justement ceux qui favorisent l’accès aux études supérieures. Bingo ! Eurêka ! Le ministre bernois a trouvé pourquoi les cantons latins sont plus affectés par le chômage !

Mais son raisonnement est affecté par un biais cognitif bien connu : Schneider-Ammann veut voir un lien de causalité là où il n’y en a pas, en comparant deux séries de statistiques sans lien direct. Il aurait tout aussi bien pu remarquer que la natalité en Europe avait diminué à peu près au même rythme que la disparition des cigognes ou que le taux de délinquance est plus élevé dans les quartiers ou l’on mange plus de pâtes et de pommes de terre. Il en aurait donc déduit en conséquence que le nombre de bébés était influencé de manière décisive par le nombre de cigognes disponibles et que la consommation de féculents favorise la délinquance.

De fait, c’est idiot : si l’on consulte les statistique du chômage, on constate que ce ne sont pas les gens qui ont fait des études qui sont le plus souvent au chômage, mais au contraire ceux qui ont le moins de diplômes. L’équation Schneider-Ammann n’a donc aucun sens. La statistique suisse fait état actuellement de 6,8 % de demandeurs d’emploi parmi les gens qui ont terminé des études secondaires I (école obligatoire), de  3,6 % parmi les porteurs de titres du secondaire II (maturités) et de 2,4 % pour ceux qui ont achevé une formation tertiaire (universités, école polytechniques et HES). Mais sa corrélation directe, simple et sans recul a si vite séduit notre homme qu’il n’a pas jugé bon d’aller vérifier.

Bien sûr, les études coûtent cher et notre très libéral ministre voit peut-être aussi l’opportunité de faire des économies. On ira ensuite chercher les spécialistes qui manquent dans les pays voisins (ingénieurs, mathématiciens, médecins, etc.), ce qui laisse porter le coût de leur formation aux autres pays. Le ministre a d’ailleurs reconnu qu’il était prêt à accepter les diplômés bien formés « d’où qu’ils viennent ». Les voisins apprécieront…

Au fond, Schneider-Ammann aurait tout aussi bien pu proposer une autre corrélation qui pourrait aussi bien expliquer le taux de chômage de certains cantons : la pratique d’une langue latine. En effet, le Tessin et les cantons romands ont traditionnellement un taux de chômage plus élevé et les cantons romands qui s’en sortent le mieux sont précisément ceux qui comptent une minorité alémanique (Valais et Fribourg). Il semblerait que le dessinateur du Temps ait aussi pensé à cette possibilité.

« Le Temps » a finalement bien résumé l’affaire : « Dans sa défense de l’apprentissage, Johann Schneider-Ammann réagit comme le patron de l’entreprise d’engins de chantier Ammann qu’il est resté« . Un ministre qui ne voit pas beaucoup plus loin que les murs de son ancienne boîte, en somme.

Peut-on espérer que le ministre finira par reconnaître une gaffe ? Peu probable… On sait depuis longtemps que le système politique suisse coupe les têtes qui dépassent et que ce sont rarement les meilleurs qui sont élus au Conseil fédéral. Mais je reste un peu estomaqué de pareille bêtise.

Daniel

L’idée reçue : la presse est de gauche

6 mars, 2011
L'idée reçue | 23 réponses »

A propos d’un article paru sur Swissinfo, le 3 mars 2011 : La couleur politique de la presse francophone en débat

http://www.swissinfo.ch/fre/societe/La_couleur_politique_de_la_presse_francophone_en_debat.html?cid=29626122&rss=true

L'idée reçue : la presse est de gauche dans L'idée reçue

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Un sujet qui pourrait donner à causer…

Pour bien des gens (de droite surtout, parfois aussi du centre), l’affaire est entendue : « La presse est de gauche« . La répétition à multiples reprises du poncif jouant apparemment un rôle de confirmation… Mais comme avec bien des sentences, le simple fait que beaucoup de monde les répète sans jamais les discuter devrait mettre la puce à l’oreille et inciter à discuter un peu l’affirmation. J’y songeais depuis quelques temps… Swissinfo m’en donne l’occasion.

Celui qui a fait un peu de bruit ces derniers temps, c’est Ueli Windisch, avec son projet d’un média vraiment réellement complètement assurément « de droite« . Il affirme que la presse est presque uniformément de gauche, sans être beaucoup contredit (exception toutefois ici, dans l’Hebdo). Pendant ce temps, les choristes répètent : « la presse est de gauche, de gauche, de gauche« … Parfois, c’est encore pire, l’ensemble des journalistes est catalogué « gauchiste« , alors que le gauchisme n’est qu’un courant d’extrême-gauche… Cette perte de nuance entre « de gauche » et « gauchiste » peut être due à l’ignorance ou à une volonté délibérée de biaiser le débat… Allez savoir !

Il y a bien sûr cette étude (mentionnée ici) faisant état des préférences politiques concrètes des journalistes : environ 60 % d’entre eux privilégieraient les listes du PS ou des Verts lors d’une élection. C’est une information, un élément à prendre en compte. Au fond, ce n’est guère étonnant : pour la plupart d’entre eux, les journalistes appartiennent au peuple des gens bien formés, mais mal payés. Dans ces conditions, un vote à gauche n’est pas une surprise incommensurable. Sans compter qu’il s’agit souvent aussi d’une population urbaine, aujourd’hui plus souvent à gauche. Les journalistes seraient donc majoritairement (pas uniformément, donc !), de gauche. Cela induit-il pour autant que « la presse » soit « de gauche » ?

Pour répondre à cette question, il faudrait pouvoir observer les choses plus en finesse. Les 60 % de journalistes de gauche ont-ils la responsabilité de signer les éditoriaux et les commentaires ? Sont-ce eux qui se chargent des sujets sensibles qui définissent l’orientation politique de leur journal ? Ou sont-ils au contraire sur-représentés dans les rubriques culturelles ou sociétales ? Ce ne sont là que des hypothèses, pas complètement imaginaires. Les directeurs, les rédacteurs en chef et les chefs de rubriques sont-ils bien de gauche ? Petite comparaison : on dit aussi souvent que les enseignants sont « de gauche » (quand on ne dit pas carrément que tous ou presque sont d’extrême-gauche, comme Mme Miauton, simpliste certifiée). Pourtant, les directeurs d’établissement sont eux assez souvent « de droite« … Compte tenu de ces remarques, il me semble difficile de soutenir sans mener plus avant la réflexion que « tout le monde le sait, la presse est de gauche« … comme certains n’hésitent jamais à le répéter.

Au fond, beaucoup se contentent de considérer que la presse favorise leurs adversaires politiques. Ainsi, l’UDC considère que la presse est uniformément de gauche à partir de son propre positionnement, vers l’extrême-droite. D’un tel point de vue, même la presse libérale devient « gauchiste« . A gauche, on aura au contraire tendance à considérer que la presse est de droite parce qu’elle est liée au pouvoir économique. Difficile de trancher le noeud gordien à partir de positionnements aussi catégoriques tout en étant très relatifs.

Il convient aussi de définir ce qu’on entend par gauche et droite, ce qui pourrait nécessiter au moins une dizaine de pages, tant la notion est complexe et fluctuante au cours du temps. Des éléments comme la Nation, le Libéralisme, l’Etat, la Solidarité ou la Liberté ont tour à tour pu faire partie du patrimoines des deux versants politiques. Toujours est-il que l’opposition gauche-droite se cristallise aujourd’hui en Suisse surtout autour de l’économie, de la solidarité sociale, du rôle de l’Etat, de l’écologie et de la relation à l’étranger. Je me propose donc de simplement passer au crible certains des principaux journaux de Suisse romande, en toute subjectivité, et d’essayer de les classer.

Le Temps : Ce quotidien est ouvertement d’obédience libérale. Il suffit de lire les éditoriaux pour s’en convaincre aisément. Sa rubrique économique du lundi est sous-traitée à des banquiers et des chroniqueurs comme Kappeler ou Miauton sont là pour rappeler avec ferveur les vertus du libéralisme. Cela n’empêche toutefois pas ce journal d’ouvrir ses colonnes à divers intervenants de tous horizons et de prendre des positions humanistes sur le rapport aux étrangers ou sur les droits fondamentaux. Mais on peut être humaniste et de droite. A classer dans « droite libérale », occasionnellement au centre-droite.

24 heures : Le quotidien vaudois n’affiche pas ouvertement une tendance politique. Mais les échanges de cadres entre lui et le parti radical ont à plusieurs reprises fait jaser. Ici aussi, les éditoriaux penchent le plus souvent en faveur d’une droite modérée. Cela n’exclut toutefois pas des prises de position différentes à l’occasion de votations. Cela était notamment plus souvent le cas lorsque le rédacteur en chef, il y a quelques années, s’appelait Jacques Poget. Actuellement, je le classe dans « centre-droite ». Le positionnement de la « Tribune de Genève » est à mon sens similaire, ce qui semble logique.

Le Matin : Ce quotidien racoleur et boulevardier est assez difficile à classer. Au fond, tout ce qui fait scandale le motive et le satisfait. On peut donc y trouver à l’occasion à manger pour toutes les tendances politiques. Avec Peter Rothenbuhler, les éditoriaux étaient assez uniformément de droite, voire très très à droite. Aujourd’hui, c’est un peu plus nuancé. Cela dit, l’intérêt marqué pour les problématiques de l’UDC manifesté par ce journal tend à le marquer à droite. Je le classe dans « populiste » surtout de droite.

20 minutes : Le quotidien gratuit s’était présenté en expliquant qu’il ne voulait pas faire de commentaires et se borner à énoncer des faits. Dans la pratique, il ne parle pas beaucoup de politique, puisque son attention est monopolisée par l’anecdotique le plus trivial. Pas de commentaires, mais tant d’autres moyens de marquer des préférences, d’autant moins franchement qu’il n’y a justement pas de commentaires. Son insistance quasi pathologique à présenter sous un mauvais jour les étrangers, les musulmans, les chômeurs, les fonctionnaires et tant d’autres m’incitent à le classer « à l’extrême-droite ».

L’Hebdo : Le magazine romand du jeudi a surtout un positionnement pro-européen. Ses rubriques économiques sont clairement marquées à droite, mais plusieurs des commentateurs n’hésitent pas occasionnellement à prendre des positions ouvertement « de gauche ». Il y a en tout cas une certaine diversité qui permet même à l’ultra-libéral Charles Poncet s’exprimer régulièrement. A classer, à mon avis, au « centre », voire au « centre-gauche ».

Le Nouvelliste : Le quotidien valaisan se positionne sur un créneau conservateur, comme son canton de résidence. Au surplus, il a souvent des plumes invitées qui n’hésitent pas à marquer résolument leur positionnement à droite, parmi lesquelles Ueli Windisch en personne. Pas de doute, quotidien à classer « à droite ».

La Liberté : Le quotidien fribourgeois est le plus important des journaux qui échappent à l’emprise de l’empire Tamedia/Edipresse. Ses prises de position oscillent entre le centre-droite et le centre-gauche, selon les sujets. Je le classe volontiers au « centre ».

Le Courrier : Cet ancien quotidien catholique-conservateur a subi une étonnante mutation durant les années 80 et 90. , C’est désormais un journal qui se positionne ouvertement à gauche, proche des associations. Je n’hésite donc pas à le classer « à gauche ».

Bilan : Le mensuel économique du groupe Tamedia/Edipresse est difficilement soupçonnable de pencher vers la gauche. Là aussi, la tendance est globalement libérale, ce qui n’empêche pas un certain esprit critique vis-à-vis de la vulgate. Tendance « droite libérale ».

Je ne connais pas assez les journaux qui restent, ceux de Neuchâtel et du Jura notamment, ni les journaux régionaux comme « La Côte » ou « La Gruyère ». J’en resterai donc là. Ce qui ressort, c’est qu’on peut difficilement asséner de façon péremptoire que la presse est systématiquement à gauche (et à propos de la presse de gauche, voir cet article de Swissinfo). Elle est même plutôt à droite, même si c’est une droite plutôt centriste et raisonnable. C’est peut-être d’ailleurs cela qui dérange réellement « à droite » : qu’il n’y ait pas une presse franchement à droite, comme la Weltwoche ou le projet à venir d’Ueli Windisch. Au-delà d’une droite libérale assez bien représentée, il manque en effet un organe (en laissant de côté l’exception pitoyable de « 20 minutes ») pour représenter une droite « décomplexée » de type UDC.

Je le répète : ces classements sont uniquement le fait de ma propre subjectivité. Ils sont donc « discutables » par définition. Cette série de descriptions n’a pas la prétention de clore le débat sur le positionnement politique des organes de presse suisses romands, mais elle peut inciter à un peu plus de nuances. Il est trop facile et trop simpliste de se borner à répéter sempiternellement le même préjugé sans essayer de le confronter aux réalités. Ceux qui répètent comme des perroquets que la presse, de toute façon, est « de gauche » sont trop souvent ceux qui, à choix, ne la lisent pas, ne savent pas faire la différence entre gauche et droite ou, pire encore, ne savent pas vraiment lire… Ceux qui échappent à ces trois catégories seront, j’en suis certain, capables de plus de nuance.

Daniel

L’idée reçue : « Le peuple a toujours raison »

10 décembre, 2009
L'idée reçue | 33 réponses »

Une idée qui tourne en boucle : “Le peuple a toujours raison

L'idée reçue :

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Je continue mon exploration des idées reçues qui flottent autour de nous. Et je passe à celle qu’on entend presque à coup sûr au lendemain des votations en Suisse. Il se trouve toujours un gros malin, généralement du côté des vainqueurs, pour la prononcer doctement, un peu comme une sorte de « Ta gueule ! » poliment lancé à ses interlocuteurs. Et personne n’osera s’y opposer… En réalité, cette phrase est une parfaite idiotie, comme beaucoup de sentences répétées sans jamais être examinées sérieusement. Et même doublement idiote : 1) « le peuple » est une notion indéfinissable et insaisissable 2) la notion de « raison » est ici utilisée complètement à contre-emploi. Lorsque 58 % des votants acceptent une initiative pour interdire des minarets, ils ne sont pas « le peuple » : ils ne représentent qu’une majorité de ceux qui ont décidé de s’exprimer. De même, les minoritaires ne sont pas rejetés « hors du peuple », ils sont seulement minoritaires.

La raison implique un jugement réfléchi, une démarche intellectuelle. Si l’être humain est doué de raison, nul ne peut démontrer qu’il en fait toujours usage, bien au contraire. Et c’est souvent pire lorsqu’il s’agit d’une foule… Il faut donc impérativement récuser cette fausse évidence inventée par un imbécile heureux un soir de votation et répétée depuis sans réfléchir par tant de gens.

Parce qu’en effet, si « le peuple a toujours raison« , on aura de la peine à expliquer les faits suivants :

- le peuple, en Suisse, a accepté à une large majorité l’inscription dans sa constitution fédérale d’une « initiative générale » qui s’est révélée inapplicable. Il a donc récemment accepté de la supprimer, confirmant qu’il avait eu tort lors de sa première décision.

- le peuple, aux Etats-Unis en 2003 , acceptait à la majorité une guerre en Irak qu’il a amèrement regrettée ensuite.

- le peuple appenzellois, en 1990, refusait le droit de vote cantonal pour les femmes, avant de se faire remettre à l’ordre par le tribunal fédéral. Il n’a jamais tenté de s’y opposer. Qui soutiendra que le peuple appenzellois avait raison ?

- le peuple allemand, en 1933, portait au pouvoir une majorité constituée des nazis et de leurs alliés nationaux-allemands. Il s’en est abondamment mordu les doigts.

- et si le peuple acceptait à la majorité d’expulser tous les juifs de Suisse ou de réintroduire la torture, est-ce que les beaux esprits qui répètent en boucle que « le peuple a toujours raison » répèteraient encore ?

Et On peut encore relever les faits suivants :
- « le peuple » n’est appelé à s’exprimer que par OUI ou par NON. On lui demande donc de faire usage de sa raison de manière parfaitement binaire. Difficile d’ailleurs de connaître avec précisions les « raisons » de ses choix.

- si on estime que « le peuple a raison » lorsqu’il accepte à 58 % l’interdiction des minarets, osera-t-on aussi prétendre que les 42 % qui ont refusé ont « tort« , ce qui serait le corollaire logique de cette affirmation ?

- le peuple, encore lui, ne s’était absolument pas préoccupé des minarets jusqu’à ce que la bande d’Egerkingen décide d’agiter tout le monde avec cette histoire. Indépendant en suivant l’UDC, mais raisonnant en s’opposant au gouvernement ? Soyons sérieux…
D’ailleurs, cette dernière votation sur les minarets donne tout particulièrement l’occasion de s’interroger sur la raison. Et on serait tenté de douter….

Combien d’intervenants sur des forums, sur des blogs ou dans les espaces de commentaires des quotidiens se sont répandus en remarques à travers lesquelles filtrait une ignorance crasse de la réalité des musulmans en Suisse et dans le monde ? Combien de fois a-t-on a pu lire des commentaires prétendant mordicus des choses qui ne tiennent pas debout ?

Je ne résiste pas à la tentation de citer l’un d’eux, qui affirme que les musulmans usurpent Abraham quand ils commémorent le sacrifice du mouton, parce que le patriarche était juif (rire jaune…). Combien d’islamologues et de théologiens autoproclamés ont hanté le courrier des lecteurs ? Combien de ces personnes qui ne voient qu’un gigantesque « Bougnoulistan  » s’étendant de la Mauritanie jusqu’au Pakistan et qui ne font aucune différence entre les divers Etats de cette immense région ? Combien d’amalgames absurdes ? Combien de personnes votant contre Ben Laden, contre Kadhafi, contre les burkas en Afghanistan, contre des terroristes, pour se venger d’un cabanon de jardin refusé, pour répondre aux moqueries contre le pape ? Combien de personnes ignorant encore que la votation consistait à amender la Constitution ? Combien de personnes croyant tout savoir… (pour réaliser toute l’étendue de cette ignorance, réécouter les réactions d’auditeurs sur « médialogues » le 4 décembre ou relire les commentaires sur le site du Matin : édifiant !)

Et ce sont ces gens dont on voudrait me faire croire qu’ils « ont toujours raison« . Dans le cas précis de cette dernière votation, la question elle-même n’était pas raisonnable. Du coup, à question bête, réponse stupide… Et un vote d’humeur qui n’a vraiment rien à voir avec la « raison« , sauf à vouloir insulter celle-ci.

Pour mieux illustrer à quel point on a navigué dans une affaire qui n’avait rien, mais absolument rien de rationnel, je cède la parole à Louis de Saussure, auteur d’une intervention dans « Le Temps » du 9 décembre : « Dans le vote qui nous concerne, toutes proportions gardées, les choses se sont un peu passées comme dans le fameux reportage de Philippe Vandel lorsqu’il avait demandé aux passants s’ils étaient inquiets du fait que, selon les calculs, le Nouvel An 2000 tomberait un vendredi 13: nombreux étaient ceux qui élaboraient et commentaient la question sans voir qu’elle était dénuée de pertinence. Ils devaient pourtant pour cela écarter de leur conscience une information évidente: un premier de l’an ne peut être un treize. Dans le cas qui nous intéresse, tout se passe comme si les votants s’étaient tenus un raisonnement inconscient qui impliquait, pour accéder à une présupposition donnant de la pertinence à la question, la mise entre parenthèses d’éléments pourtant relativement évidents: il y a de longues procédures d’autorisation de construire, il ne s’agit guère que d’un détail de construction, il n’y a que très peu de musulmans en Suisse, ils ont droit à leurs symboles comme les chrétiens ont droit à leurs clochers et les israélites à leurs synagogues, etc« .

La règle de la majorité s’applique en démocratie, mais ne permet pas de déterminer qui a « raison« . Le fait d’être plus nombreux ne donne pas raison ! Il faut oser le dire, ou alors admettre que la majorité avait aussi raison quand elle était convaincue que la Terre était plate et datait de 5000 ans au plus !

Mais la démocratie peut aboutir à des votes de raison. Cela a d’ailleurs été assez souvent le cas. Si la majorité des votants a voté contre les minarets en pensant à beaucoup d’autres choses, rien n’empêche de faire en sorte que « le peuple » se prononce sur des vraies questions, mais à condition que les enjeux soient mis en évidence.

Notre constitution dit (à l’article 5) que la Suisse respecte le droit international. A la place de jouer à cache-cache avec l’extrême-droite, ne vaudrait-il pas mieux oser l’affronter directement en posant la vraie question qui se cache sous une initiative comme celle des minarets : Faut-il renoncer à respecter le droit international et dénoncer la Convention européenne des droits de l’homme ? Voilà peut-être la vraie question qu’il faut poser en montrant bien tout ce qu’il y aurait à perdre à s’isoler complètement du reste de l’Europe. Et en tirer ensuite les conclusions logiques.

En fin de compte, celui qui aura toujours raison en définitive, c’est le temps qui passe. En effet, c’est avec du recul qu’on sait qui a eu raison. Ceux qui s’empressent de se coucher devant la majorité devraient y songer avec prudence… et ne pas tomber dans le simplisme de cette maxime proposée ironiquement par Joëlle Kuntz : « Oui peuple ! Bien peuple ! A vos ordres, peuple ! »

Daniel

L’idée reçue : « On vote sur des phrases tordues »

21 novembre, 2009
L'idée reçue | 3 réponses »

Une idée qui tourne en boucle : « Ils tournent exprès les questions de manière à ce qu’on se trompe en votant« 

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Le week-end prochain, les citoyens achèveront de voter sur trois sujets fédéraux, dont deux initiatives populaires. Après de nombreux votes par correspondances, les derniers votants s’exprimeront dans les isoloirs. Comme souvent, on entendra les récriminations si souvent répétées : « Vous vous rendez, ma bonne dame, ils font exprès de tourner les questions de façon à ce qu’on se trompe en votant !« . Et les braves gens de stigmatiser au passage « tous ces politiciens » qui ne font rien que tromper le bon peuple !

Et si on examinait un peu plus sérieusement l’affirmation… Première question : qui sont ces « ils » qui s’amusent ainsi à « tourner les phrases » ? Eh bien, ces « ils » ne sont pas toujours les mêmes. Lorsqu’on vote sur une initiative, « ils » est le groupement qui a rédigé le texte de l’initiative et il peut s’agir d’un parti, d’un syndicat, d’une association, d’un groupe de citoyens… Par contre, lorsqu’on vote sur un référendum (facultatif ou obligatoire), le texte vient « d’en haut », soit du Conseil fédéral et de l’Assemblée fédérale. Le fameux « ils » n’est donc a priori pas très constant. Essayez quand vous entendrez cette phrase rituelle de demander : Qui est ce « ils » ? Les réactions stupéfaites et désarmées sont amusantes…

Ces phrases n’ont donc pas toujours la même origine. Et justement, elles reflètent les diverses intentions de ceux qui proposent un texte constitutionnel ou législatif. Il s’agit parfois d’une proposition « positive », d’une autorisation, de la création d’un nouveau droit. D’autres fois, c’est une proposition « négative », par exemple une interdiction. Rien de très extraodinaire.

Le prochain week-end, les citoyens sont appelés à se prononcer sur deux initiatives populaires prônant des interdictions (attention, ce sont des « ils » différents : l’extrême-droite pour l’une et la gauche pour l’autre… ne confondez pas !). La première propose l’insertion du texte « la construction de minarets est interdite » dans la constitution et la seconde l’interdiction de l’exportation de « matériel de guerre« . Dans les deux cas, le citoyen qui souhaite soutenir l’interdiction doit voter OUI et celui qui s’oppose à l’interdiction doit voter NON. Cela donne donc l’impression à celui qui veut dire « Non aux minarets » ou « Non aux exportations d’armes » qu’il devrait paradoxalement voter OUI.

Mais ce n’est pas paradoxal du tout : la démocratie passe par un « Etat de droit » qui suppose que les citoyens ou leurs représentants se prononcent sur des textes (qu’il faudrait songer à lire, d’ailleurs… ce sont les pages roses de la brochure d’information) et non sur des questions lancées à la cantonade comme à une table de bistrot ! Trimestre après trimestre, on entend pourtant revenir la plainte rituelle : « ils » tournent… L’initiative « contre le bruit des avions de combat à réaction dans les zones touristiques » invitait ainsi ceux qui sont pour l’interdiction de survol de ces zones à soutenir ce texte avec un OUI et ceux qui s’opposeront à cette mesure doivent simplement voter NON. Il ne s’agissait pas de voter POUR ou CONTRE les avions de combat, mais bien POUR ou CONTRE un texte proposant une mesure d’interdiction. Il en allait de même avec l’initiative « Pour l’imprescriptibilité des actes de pornographie enfantine » : il ne s’agissait pas de voter POUR ou CONTRE les pédophiles (!), mais de s’exprimer sur l’insertion d’un nouveau texte dans la Constitution fédérale. Et la votation du week-end prochain n’offre pas de s’exprimer POUR ou CONTRE les minarets (ou pire : pour ou contre les musulmans…), mais sur l’opportunité d’interdire la construction de minarets. Une nuance que certains s’efforcent de faire perdre de vue aux esprits simples. Triste !

Au fond, je ne fais ici que rappeler des principes de base d’instruction civique et de la grammaire française et je suis sidéré du nombre de gens que j’entends répéter en boucle la même idée reçue sans fondement. La démocratie directe est pourtant fondée sur le postulat de la capacité de l’électeur de juger des enjeux politiques. En ce sens, elle confie une grande responsabilité aux citoyens suisses. Plus qu’ailleurs, en tout cas.
Alors, je m’interroge… Si vraiment de si nombreux citoyens ont de la peine à savoir s’ils doivent déposer un OUI ou un NON dans les urnes pour exprimer leurs choix, comment font-ils pour comprendre les enjeux lorsque des votations portent sur des problèmes de fiscalité, sur les assurances sociales, sur la politique énergétique ou les accords bilatéraux avec l’Union européenne.

Daniel

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