Piques et répliques – 2

Quelques réflexions critiques sur tout et rien

Archive pour la catégorie 'Au fil des lectures'


Le best of de la bêtise !

7 novembre, 2014
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Quand le « n’importe quoi » réussit à se faire éditer… :-/

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Quelle honte ! Comment peut-on écrire ou publier un truc pareil ??? 

Voilà un type qui prétend collectionner une liste des lois les plus bizarres du monde, qu’il classe par thèmes et regroupe ensuite par pays. Ses sources ? Une série de site web plus obscurs les uns que les autres et surtout sans aucun véritable site contenant des textes de loi. Et pour cause… Il s’agit manifestement d’un tissu d’âneries et de choses complètement farfelues et fausses. De la pure légende urbaine en boîte !

Je connaissais déjà l’existence de listes de ce type sur Internet (dont j’avais d’ailleurs déjà pu éprouver le peu de crédibilité), mais j’ai découvert ce livre par hasard cet après-midi en librairie. J’ai donc regardé ce qu’il proposait pour la Suisse, puisque j’y réside et que je donne des cours de droit dans une école professionnelle. Il m’était donc plus facile de tenter de vérifier la véracité éventuelle du propos.

J’ai notamment relevé les éléments suivants en ce qui concerne la Suisse :

- Il est interdit de rouler avec des pneus neige à plus de 160 km/h.

Sachant que la vitesse maximum générale sur les autoroutes est de 120 km/h, je doute de voir autoriser une course à 150 km/h en pneus neige…. pas vous ?

- L’absinthe est interdite de production, stockage et vente

Là, le gars retarde juste de plus de 10 ans… Le livre est édité en 2014… On rigole ?

- Il est interdit de laver sa voiture le dimanche.

Aha…. Et quoi encore ? Est-il autorisé de faire le plein le lundi matin ?

- Il est illégal de tirer la chasse d’eau après 22h.

Je serais curieux de savoir quelle « loi » contient de pareils éléments de détail… Je lui demande la base légale ?

Et les propositions sont du même acabit pour les autres pays cités. Peut-être qu’il y a quelques propositions qui sont vraies, peut-être qu’il s’agit dans certains cas de jurisprudences (parfois mal comprises ?)… En tous les cas, les « lois » proposées pour la Suisse permettent de douter de toutes les autres et ce ne sont certainement pas les sites proposés comme sources qui vont donner confiance.

En bref, il s’agit d’un pur foutage de gueule. A moins qu’il s’agisse d’un canular (une sorte de Gorafi livresque ?) ou d’un livre d’humour… Apparemment non, cela semble se vouloir sérieux.

Daniel

Le savoir du chauffeur

15 novembre, 2012
Au fil des lectures | 3 réponses »

Quant un savoir apparent mime le vrai savoir…

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Toujours soucieux de stimuler mon esprit critique, malgré les forts vents contraires, je suis tombé presque par hasard dans une librairie française sur  un petit livre intitulé « Arrêtez de vous tromper ! » (sous-titre : 52 erreurs de jugement qu’il vaut mieux laisser aux autres…). L’auteur, un certain Rolf Dobelli, m’était complètement inconnu. Comme son nom ne l’indique pas, il est d’origine allemande et semble un peu plus connu là-bas pour des chroniques dans des journaux. La spécialité qu’il a développé : le recensement des « biais cognitifs » ou erreurs de jugement typiques du cerveau humain.

Parmi les nombreux exemples et anecdotes que ce livre contient, une petite histoire m’a beaucoup plu, celle du « Savoir du chauffeur« . Dobelli raconte que le prix Nobel de physique Max Planck avait entrepris une tournée de conférences en Allemagne peu après avoir obtenu son prix en 1918. Tous les soirs, il répétait la même conférence devant des publics de spécialistes et de passionnés de physique sur la science de la mécanique quantique. A force, son chauffeur personnel, qui l’accompagnait et assistait aux conférences, avait fini par en connaître le texte par coeur. Un jour, il a donc proposé à Max Planck d’inverser les rôles : lui ferait la conférence et le physicien se tiendrait assis au premier rang, avec la casquette de chauffeur sur la tête. Et Planck d’accepter cette amusante idée…

Le chauffeur récita donc son texte avec conviction devant un public de physiciens très calés.  A un moment, un professeur de physique leva la main pour poser une question. Alors, le chauffeur répondit ceci : « Je ne pensais pas que l’on me poserait une question aussi facile, alors je vais laisser mon chauffeur y répondre !« .

Si le chauffeur savait son texte par coeur, il était cependant totalement incapable de répondre à des questions précises. Dans son propre domaine (un chauffeur de 1918 avait de solides connaissances en mécanique automobile), il aurait été très à l’aise. Mais en physique quantique… Il était là hors de son domaine de compétence. Habilement, il a alors su se sortir d’une situation qui aurait pu devenir gênante. Or, tous les jours, nous rencontrons de nombreuses personnes animées du « savoir du chauffeur« , récitant par phrases toutes faites un savoir présumé qu’il vaut mieux ne pas trop questionner. Je ne sais pas pour vous, mais je fais ce constat tous les jours ou presque. J’ai aussi envie d’ajouter qu’il arrive à tout le monde de jouer le chauffeur de temps en temps…

Comment éviter de se trouver dans ce rôle ? En essayant de connaître les limites de ses propres domaines de compétences et d’adopter une position résolument modeste lorsqu’on sort de ces limites. C’est surtout nécessaire quand on ne possède pas son texte comme le possédait le chauffeur de Max Planck et qu’on risque alors de dire d’énormes bêtises.

Tous les jours, je vous dis… ;-)

Daniel 

 

L’UDC passée au crible

9 octobre, 2011
Au fil des lectures | 4 réponses »

Une brochure publiée aux éditions Vigousse : l’UDC en 7 leçons

http://www.vigousse.ch/guide_udc.php

L'UDC passée au crible dans Au fil des lectures cover_guide_udc

Campagnes électorales ou votations : l’UDC provoque par des affiches scandaleuses, ou alors par des propos délibérément violents. Ses adversaires sont pris dans la nasse d’un « double bind » : soit ils réagissent et font ainsi la promotion à leur dépens de la campagne de l’UDC, soit ils se taisent dans un silence complice… Comment en sortir ?

En fait, l’erreur est généralement de vouloir réagir sur la forme. Critiquer une affiche ne mène nulle part. Ce qui manque, c’est la réponse sur le fond. L’UDC a réussi à coloniser progressivement beaucoup d’esprits et à répandre une culture politique populiste, néolibérale et nationaliste. L’UDC a réussi à faire en sorte que des gens en difficulté fassent le beurre électoral d’une bande de milliardaires zurichois. Joli travail d’artiste, à coups de millions et de campagnes marketing.

Alors, il reste bien quelques moyens de mieux répondre à la politique de l’UDC. L’un de ces moyens consiste à montrer l’UDC telle qu’elle est vraiment : ses excès, son opacité, ses contradictions, ses difficultés avec la démocratie de base, son absurdité parfois. C’est l’objectif que s’est donné cette brochure « l’UDC en 7 leçons » en permettant à chaque citoyen, dans un langage accessible et parfois très amusant, de mieux comprendre l’essence du « phénomène UDC ».

Alors, n’hésitez plus : ruez vous sur cette publication !  Et LISEZ !!!

Daniel

P.S. : Allez… j’avoue… c’est un petit peu de l’autopublicité, parce que je figure parmi les auteurs et que c’est bien la première fois que je participe à une publication de ce genre. En tout modestie, puisque je n’ai commis que 3 pages sur 77 !

Une presse qui se vend comme du Popcorn

20 janvier, 2011
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Un livre de Richard Aschinger et Christian Campiche : « Info popcorn »  (article paru sur Domaine public)

Une presse qui se vend comme du Popcorn dans Au fil des lectures popcorn

Dans un livre à deux voix, les journalistes Richard Aschinger et Christian Campiche présentent une «enquête au cœur des médias suisses» dans deux versions différentes: News Fabrikanten en allemand et Info popcorn en français. La version française propose une approche historique, une enquête et un réquisitoire.

Au cœur de l’ouvrage, un historique de la descente aux enfers de la presse écrite suisse, emportée dans le tourbillon de la concentration économique. On y retrouve le scénario de la fin des quotidiens La Suisse, la Gazette de Lausanne, le Journal de Genève, l’échec du Nouveau quotidien, la reprise de plusieurs journaux par le groupe français Hersant, la disparition des journaux régionaux vaudois, mais surtout aussi les conquêtes de Tamedia, d’abord en Suisse alémanique, puis sa victoire sur Edipresse à coups de journal gratuit.

La crise économique ouverte en 2001 constitue aux yeux des auteurs une rupture importante, car les journaux profitent peu de la reprise qui suit et la manne publicitaire maigrit au profit des médias audiovisuels. Quant à la Commission de la communication, elle reste spectatrice de ces évolutions. Et le futur n’est pas plus rassurant: «Il n’est pas insensé de penser qu’en 2020, la plupart des quotidiens imprimés sur papier auront disparu». Les auteurs s’interrogent en particulier sur le sort que réservera à terme le groupe Tamedia aux journaux romands dont il est devenu propriétaire. Quant aux derniers titres restés indépendants comme La Liberté et Le Courrier, leur situation reste très fragile.

Les auteurs ont aussi mené l’enquête pour étayer un constat de baisse de qualité. Les exemples concrets ne manquent pas des cas de publicités déguisées en articles, de mises en pages humiliantes pour séduire des annonceurs, d’articles de complaisance, de fausses informations ou d’arrangements complices entre un titre de première page et une publicité redondante. L’information cède la place au divertissement et à l’anecdote. Et ce qui reste d’informations est livré sans décodage. En somme, la presse ne fait plus son travail de quatrième pouvoir: «L’info popcorn mène tout droit aux communicateurs et aux manipulateurs». Ce n’est plus le citoyen qui est ciblé, mais le consommateur, une évolution incarnée à la perfection par la diffusion des journaux gratuits.

L’enquête permet aussi de mettre en évidence le cercle vicieux des mesures d’économies: moins d’argent,moins de postes rédactionnels, moins de lecteurs, moins d’argent… Par ailleurs, à la concentration horizontale par rachat de journaux s’ajoute désormais une concentration verticale qui permet à un même groupe de médias de maîtriser toutes les étapes de la commercialisation d’un produit comme un concert: organisation de l’événement, vente des billets, promotion, articles de presse exclusifs, revente du son et de l’image.

Ces constats amènent les auteurs à dresser un réquisitoire contre ceux qu’ils identifient comme les responsables de cette triste situation: des éditeurs mégalomanes et incompétents qui ont tout sacrifié à leurs projets personnels. La fin du livre semble laisser place à un espoir ténu. Internet pourrait offrir des solutions d’avenir, en redonnant plus d’espace pour les textes, en offrant un accès facilité à des documents complémentaires et en permettant une diminution des coûts d’infrastructure, ce qui libérerait des moyens financiers pour un réel travail journalistique. Les exemples récents de Rue89 et Mediapart, en France, pourraient servir de modèle.

Si l’ouvrage fournit de nombreuses informations sur l’évolution des médias, on peut toutefois regretter un plan quelque peu difficile à suivre et l’absence de perspectives d’avenir plus explicites. Quant à la nostalgie des auteurs pour la presse d’antan, elle paraît relever d’une certaine idéalisation du passé.

Il faut surtout considérer ce livre comme un appel de détresse adressé aux lecteurs. Le financement de la presse ne peut passer que par les lecteurs, le pouvoir économique et les autorités politiques. Les premiers n’ont pas intérêt à laisser trop de place aux deux autres.

Daniel Schöni Bartoli

Article paru le 18 janvier 2011 sur le site Domaine public

 

« Pointes, piques et répliques »

3 octobre, 2010
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Un recueil de citations de Guy Bedos : « Pointes, piques et répliques », J’ai lu, 1998

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Grosse semaine… des cours jusqu’à samedi début de soirée. J’ai vraiment lu la presse en diagonale… et j’ai dû louper bien des merveilles ! ;-)

Je vais donc parler d’autre chose. Ceux d’entre vous qui sont déjà arrivés sur ce blog en tapant scrupuleusement « Piques et répliques » dans leur moteur de recherche ont déjà dû rencontrer des pages consacrées à l’humoriste Guy Bedos et à son ouvrage « Pointes, piques et répliques« . Eh bien, non : je ne m’en suis pas inspiré et je ne le connaissais pas avant d’ouvrir mon blog. C’est le hasard qui m’a fait tomber sur les mêmes termes et je m’étais en fait plutôt inspiré de Mix & Remix.

Et je suis tombé tout à coup sur ce livre, vendu d’occasion sur la place de l’Europe à Lausanne. Je me suis senti le devoir de l’acheter. Et de le parcourir en rentrant en bus… Parmi les diverses citations de l’humoriste, à la télévision, à la radio, dans des journaux, ailleurs, une partie du recueil est consacrée à « La presse en revue« , dont voici quelques extraits :

« Je croirai vraiment à la liberté de la presse le jour où un journaliste pourra écrire ce qu’il pense vraiment de son journal. Dans son journal » (1996)       [Si déjà ils pouvaient parler franchement des annonceurs...]

- « Vous lisez le Figaro ? Oui, surtout le courrier des lecteurs. J’en suis friand. Tous beaucoup plus à droite que leur journal. A mon avis, ils lisent Minute et écrivent au Figaro » (1977)     [Pareil chez nous pour "Le Matin"...]

« Il y a des journalistes qui ont appris leur métier à l’école hôtelière. Ils posent les questions comme on passe les plats« . (1975)      [Que personne ne se sente visé !]

Cela dit, les phrases les plus tonitruantes et les plus cruelles ne sont pas pour la presse dans cet ouvrage. Est-ce que Bedos lui aussi assurerait ses arrières ?

Daniel

Quelques lectures en 2009

31 janvier, 2010
Au fil des lectures | 2 réponses »

Quelques lectures que je souhaite conseiller – Année 2009

 

Tous les gens soucieux d’une bonne information ont de la peine à se contenter de l’actualité au fil du temps. Il est donc bon de s’arrêter aussi plus longuement sur certaines problématiques en y consacrant plus de temps. Or, des ouvrages thématiques paraissent par saccades sur les mêmes questions que celles qui sont brièvement abordées par les médias.

Comme chaque année, j’ai avalé en 2009 une série d’ouvrages sur diverses matières. Voici une petite sélection d’ouvrages récents que j’ai envie de recommander (les anciens sont probablement déjà connus ou… perdus) :

 

Michel Aglietta – La crise

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Une des meilleures vulgarisation des mécanismes de la crise financière. C’est un ouvrage court (à peine plus d’une centaine de pages) et qui arrive pourtant à faire le tour des aspects essentiels de la question.

Hervé Kempf – Pour sauver la planète, sortez du capitalisme

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J’avais déjà bien apprécié le précédent : « Comment les riches détruisent la planète ». Ses titres sont un peu accrocheurs et provocateurs, mais les livres de Kempf restent d’une modération politique étonnante tout en abordant de front les principaux problèmes écologiques et sociaux. Surtout, il met le doigt où ça fait mal en pointant la dynamique d’un système économique qui est incapable de faire face aux catastrophes en train de se développer. Beaucoup de faits et de chiffres bien présentés à utiliser.

Jean-Marc Jancovici et Alain Grandjean _ C’est maintenant ! 3 ans pour sauver le monde

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Encore un livre sur lequel je me suis jeté parce que j’avais beaucoup apprécié un précédent intitulé « Le plein, s’il vous plaît ! ». Pour ceux qui ne réaliseraient toujours pas l’urgence en terme de crise écologique et énergétique, le livre comprend un chapitre tout à fait édifiant présentant une miniature métaphorique de l’économie mondiale posée sur l’île de Pâques. Un livre qui peut contribuer à construire une nouvelle vision de l’avenir…

 

Bertrand Meheust – La politique de l’oxymore

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C’est mon « coup de coeur 2009″, assurément. Voici un livre qui montre aussi les évolutions délétères de notre système social, mais avec une largeur de vue particulièrement étonnante. Au fond, pour Méheust, c’est toute notre société qui se retrouve en « oxymore ». Un livre qui aide en tout cas à mieux comprendre les obstacles humains qui se lèvent devant la résolution des problèmes de notre époque.

Eric Sadin – Surveillance globale

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Voici un ouvrage qui aborde la surveillance sous une pluralité d’angles. La question des espaces privés et publics y est posée à l’aune des évolutions très rapides que connaissent aujourd’hui les rapports entre les gens à coups de nouvelles technologies, de développement de l’Internet et de passivité généralisée devant les dérives. Sadin montre à quel point nous nous retrouvons tous coupables de la mise en place d’un système orwellien.

Edouard Husson et Norman Palma – Le capitalisme malade de sa monnaie

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Pour voir la crise financière « d’un peu plus loin ». Voici un ouvrage qui met la monnaie au centre du problème, en reprenant son histoire à travers les évolutions du capitalisme au niveau mondial. On y comprend mieux le rôle du dollar en particulier. Un ouvrage utile pour réfléchir aux possibilités et aux limites des politiques monétaires.

Daniel Cohen – La prospérité du vice

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Un livre d’histoire économique qui interroge celle-ci de façon souvent surprenante et vivifiante. Il part de l’antiquité et utilise toute la profondeur de l’histoire pour nous amener à prendre en compte des constantes dans les tendances à la dérive des systèmes économiques. A l’ordre du jour, des problématiques désormais mondiales.

Jean-Claude Guillebaud – Comment je suis redevenu chrétien

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Pause avec l’économie et l’écologie : voici un livre sur la religion. Guillebaud n’est pas chrétien au départ et effectue un cheminement intellectuel et éminemment rationnel pour « devenir chrétien ». Je ne suis absolument pas croyant, mais j’ai été sensible à cette démarche honnête consistant à défendre et donner du sens aux 2000 ans d’histoire du christianisme qui ont fécondé nos sociétés. Même sans « redevenir chrétien », ce livre peut aider à se situer dans une société « post-chrétienne ».

Paul Jorion – L’argent

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Voici un iconoclaste des théories sur la monnaie. Son ouvrage est controversé, car il s’attaque à une conception de la monnaie incluant les crédits des banques commerciales. Tout son ouvrage est écrit pour défendre cette position. Qu’on soit ou non d’accord avec lui, c’est au fond sa démarche consistant à découper en petits morceaux tout le processus de création monétaire et de crédit qui est intéressant. Parce que la monnaie reste un phénomène très mystérieux.

 

Tommaso Padoa-Schioppa et Beda Romano – Contre la courte vue
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Un livre d’entretiens avec cet ancien banquier central et ministre des finances italien. Avec une largeur de vue remarquable, il propose une lecture de la crise financière avec recul et sagesse. Et ce ne sont pas les exemples tirés de son expérience qui viendraient faire de l’ombre à ses démonstrations. L’ensemble des mécanismes ayant conduit à la crise y est mis en lumière de façon saisissante.

 

Bonnes lectures ! N’hésitez pas à signaler en commentaire des lectures que VOUS souhaiteriez vous aussi conseiller !!

Daniel

Faut-il croire les journalistes ?

8 novembre, 2009
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Un livre paru aux éditions Mordicus : Faut-il croire les journalistes

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En plein dans mon thème : il m’est donc difficile de résister. Voici un livre en forme de « gros morceau » ! Non seulement, une question qui tue, « Faut-il croire les journalistes ? », mais aussi trois des journalistes les plus emblématiques. On va voir ce qu’on va voir…

Commençons donc par le titre du livre. Pourquoi « croire » ? C’est à l’église qu’on croit, pas dans la République. Voici un ouvrage dont la première phrase, dans l’introduction, dit « le doute est un droit, et la méfiance un réflexe vital en démocratie« . Bien sûr, cela s’applique ici au métier de journaliste vis-à-vis des pouvoirs institués. Mais cela peut aussi tout à fait s’appliquer à la nécessaire vigilance des destinataires des médias, vis-à-vis des médias. Alors, qu’elle drôle d’idée que de vouloir « croire » ou « ne pas croire » ce que disent les journalistes ? Le mieux reste de comparer, contrôler, discuter… parce que personne n’est infaillible et certains sont même très faillibles. Et ensuite, pourquoi « les » journalistes ? Comme s’il s’agissait d’un milieu homogène auquel il faudrait faire confiance ou pas « en bloc ». Non, décidément non. Osons donner notre confiance de manière individuelle !

L’introduction du livre annonce assez bien la couleur. Son auteur y évoque les médias en forme de contrepouvoir, qui seraient selon certains « tout puissants« , mais dont les libertés ne seraient pourtant pas illimitées et qui vivrait en fait sous la pression de leurs lecteurs, des lobbies communautaires et de l’arrivée d’Internet. Il parle aussi des difficultés actuelles de la presse face à la concurrence de l’information gratuite sur papier ou en ligne, de médias « très critiqués« , de « gens méfiants » face à un « manque d’indépendance » supposé. Face à cette face sombre, les trois journalistes interviewés sont présentés comme des « ardents défenseurs de la démocratie et de la République laïque« , faisant preuve d’un « idéal d’un journalisme libre, pluraliste, indépendant » et d’un « amour lyrique du journalisme« . Pas de doute, nous sommes en de bonnes mains. Pas de doute non plus, nous avons affaire ici à un plaidoyer pour les journalistes. Après tout, pourquoi pas ?

Mais le livre est critiqué vertement ici par Paul Villach (sur Agoravox). Les journalistes interviewés dans le livre semblent croire aux « faits » là où il s’agit plutôt de la « représentation d’un fait plus ou moins fidèle« . On aurait en effet pu attendre plus d’autocritique dans ce livre. Tel n’est apparemment pas son but. Est-ce grave ? Pas forcément. Si on aime les livres sous forme d’interviews, riches d’évocations d’expériences journalistiques, traitant de l’arrivée d’Internet, du contrôle des médias, de la censure, de la vie privée des personnalités, de la pensée unique, de la publicité, de l’engagement politique, de la dictature de l’instant ou de la presse anglo-saxonne… on peut passer un bon moment et se souvenir de toutes ces situations médiatiques problématiques. Mais c’est vrai, ce n’est pas dans un tel livre qu’il faut venir chercher de grandes remises en question.

Au début de chacune des trois interviews, la même question est posée : « Faut-il faire confiance aux journalistes ? » (C’est déjà mieux que « croire » !). Voici donc quelques échos des réponses.

Serge July s’efforce de rappeler que la presse du passé n’était pas plus indépendante, bien au contraire. Il évoque ces batailles de la guerre d’Espagne qui n’étaient même pas mentionnées par les médias, en particulier un reportage sur le bombardement de Guernica tout simplement censuré. Confiance, ça dépend. Il relève que la communication remplace aujourd’hui trop souvent l’information : « Beaucoup de journalistes ne vont jamais au-delà du premier plan; ils ne connaissent pas la profondeur de champ ». Pour lui, le journaliste auquel on peut faire confiance est celui qui voit « les choses qui sont derrière les choses« . Yes !
Jean-François Kahn rappelle aussi la presse « contrôlée » du passé. L’affaire des ratonnades du 17 octobre 1961 contre les algériens du FLN manifestant dans Paris : plus d’une centaine de morts (les chiffres sont encore aujourd’hui discutés…) que la presse accepte de couvrir. Pas de doute, le « c’était mieux avant » n’a pas sa place ici, et Jean-François Kahn estime qu’une « telle censure n’est pas pensable aujourd’hui« . Mais le grand thème de Kahn est le concept de pensée unique, dont il revendique la paternité. Suite à l’évocation de la phrase de Mitterrand comparant implicitement les journalistes à des chiens, il répond à la question « Qu’en pensez-vous ? Les journalistes, des chiens ? » par « Ce sont plutôt des moutons« . Tout JF Kahn est dans cette phrase !

Puis vient le tour d’Edwy Plenel. Faut-il faire confiance aux journalistes ? « Oui, s’ils remplissent la fonction démocratique qui légitime leur existence« . Et, lorsque le manque de moyens est évoqué à la décharge de la presse qui ne pratique plus assez un journalisme d’enquête rigoureux : « Non. L’enquête rigoureuse, audacieuse et impertinente n’a jamais été prioritairement une affaire de moyens, mais surtout d’état d’esprit, de volonté et d’engagement. La preuve, c’est qu’en général, dans notre pays, elle n’est pas l’apanage des médias les plus riches et les plus puissants« . On ne saurait lui donner tort sur ce point…

Trois journalistes, trois préoccupations, trois défenses de leur métier. Un livre à décharge, sans surprise époustouflante. Mais un bon moment quand même.

Daniel

Combat pour une presse libre

6 août, 2009
Au fil des lectures | 8 réponses »

Un petit livre d’Edwy Plenel, ancien journaliste du « Monde » : Combat pour une presse libre

http://www.galaade.com/oeuvre/combat-pour-une-presse-libre

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Un petit livre qui ne mâche pas ses mots et qui expose le combat d’un groupe de journalistes français pour une presse qui resterait fidèle à son histoire et à son rôle de quatrième pouvoir au sein des démocraties. Un texte court (moins de 50 pages) pour dire l’essentiel. Je ne suis pas très fort pour chronique, je vais me contenter de « picorer » !

L’auteur, parmi d’autres, est animateur du site français Mediapart qui essaie de faire vivre un véritable journal sur Internet en fonctionnant sur le principe de l’abonnement (9 €) , parce que la fidélité de lecteurs désireux d’une information de qualité est le meilleur soutien à leurs yeux de leur activité économique.

Le propos est clair et ambitieux : « Car le journalisme dont nous nous réclamons s’inscrit dans une longue tradition, indissociable de l’exigence démocratique. Son ambition est de fournir les informations d’intérêt public qui nous sont nécessaires afin de rester libre et autonomes, maîtres et acteurs de nos destins, individuel et collectif. Sa première obligation est à l’égard de la vérité, sa première loyauté envers les citoyens, sa première discipline la vérification et son premier devoir l’indépendance« . On aurait envie de le crier sur les toits, de l’imprimer sous forme d’autocollant et d’en parsemer les caissettes de nos journaux… Parce que si Edwy Plenel parle avant tout de la presse hexagonale, la nôtre est aussi concernée. Ces valeurs sont bien souvent oubliées au profit du racolage, du journalisme de révérence et de la distraction du lecteur par le biais d’informations totalement sottes…

« L’information qui fait sens, la nouvelle qui enseigne, le débat qui instruit et construit, l’échange des savoirs et le partage des connaissances. Bref, une presse qui ne renonce ni à la qualité ni à la référence« . Plus loin, c’est Albert Camus en personne qui est convoqué comme référence dans son journal « Combat » : « Notre désir (…) était de libérer les journaux de l’argent et de leur donner un ton et une vérité qui mettent le public à la hauteur de ce qu’il y a de meilleur en lui. Nous pensions alors qu’un pays vaut souvent ce que vaut sa presse. Et s’il est vrai que les journaux sont la voix d’une nation, nous étions décidés (…) à élever ce pays en élevant son langage« . A la lecture de plusieurs de nos quotidiens, on finit par avoir envie de proposer des cours de français et de mener nous aussi un « combat » pour élever le langage !

Edwy Plenel illustre aussi ce qu’il entend par cette tradition de la qualité qu’il évoque : « la qualité contre la superficialité, la référence contre l’insouciance, la hiérarchie contre le flux, le public contre l’audience, la fidélité contre le zapping, l’historicité contre le présentisme, la mémoire contre l’oubli, l’irrévérence contre la soumission, la liberté contre l’asservissement« . A nouveau, Camus est invité comme témoin : « Tout ce qui dégrade la culture raccourcit les chemins qui mènent à la servitude. Une société qui supporte d’être distraite par une presse déshonorée (…) court à l’esclavage ». Etant donné l’époque dont l’écrivain et journaliste français fût le contemporain, l’avertissement devrait être pris au sérieux. Et ce petit livre le fait, en citant notamment Marc Bloch qui montre à quel point la perte de qualité de la presse de l’entre-deux-guerres a contribué à préparer le malheur… On l’aura compris, le souci de Plenel est de faire survivre une presse qui informe vraiment le citoyen plus qu’elle n’amuse le consommateur. Ce n’est pas le chemin que nous prenons depuis quelques décennies… mais Internet permettra peut-être un retournement de tendance.

Les journaux obéissent aujourd’hui un peu trop souvent à une remarque faite par un des conseillers de Nicolas Sarkozy lors de la campagne présidentielle : « La réalité n’a aucune importance. Il n’y a que la perception qui compte« . C’est le B-A-BA d’une certaine « communication ». Or, plutôt que de contribuer au « storytelling » généralisé, la presse se devrait justement d’éclaircir les situations, de montrer le rôle de chacun, de traduire la langue de bois, de vérifier les assertions des politique, etc. Plenel le dit haut et fort : « La bataille de l’information n’est donc pas secondaire, et les journalistes sont en première ligne de cet affrontement pour la démocratie« . Je remarque d’ailleurs que les journalistes épris de qualité apprécient l’existence de blogs de critique médiatique. Par contre, ceux qui font dans la « feuille de chou » semblent plus dérangés… (voir les commentaires ! ;-) ) L’exigence d’une information de qualité, qu’elle vienne du journaliste, du lecteur ou du blogueur est une exigence de démocratie. Noyer les lecteurs sous une pluie de faits divers dégoûtants ou effrayants, venus souvent du bout du monde, est un geste antidémocratique qui contribue à susciter des émotions négatives plutôt qu’une réflexion constructive.

Edwy Plenel dit encore « qu’aujourd’hui, ce n’est pas la demande d’information qui fait défaut dans le public, mais l’offre qui n’est pas au rendez-vous de ses attentes« . J’espère qu’il a raison ! Je suis moi aussi convaincu que la plupart des gens souhaitent mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent. Mais seront-ils prêts à continuer à payer, voire à payer plus, pour sauvegarder la qualité de l’information ? Nous sommes aujourd’hui au danger d’une forme nouvelle de totalitarisme nettoyée des archaïsmes de ceux du XXe siècle et donnant les apparences du bonheur : un totalitarisme de la consommation, de la publicité, de la distraction, de la technologie envahissante… qui envahit toutes les sphères de la vie. Consommez, oubliez !

Le combat mené par Plenel et ses amis est noble. Espérons qu’il fasse des émules aussi en Suisse romande.

Daniel

Porc ou cochon : les faux semblants

14 juin, 2009
Au fil des lectures | 3 réponses »

Un petit livre de Jean-Loup Chiflet : Porc ou cochon ? Les faux semblants

http://www.amazon.fr/Porc-cochon-faux-semblants-Chiflet-Jean-Loup/dp/2351640802/ref=sr_1_1?ie=UTF8&s=books&qid=1244909286&sr=8-1

 

Porc ou cochon : les faux semblants dans Au fil des lectures 516pZcY3oLL._SS500_

 

Voici un petit livre qui devrait faire partie du matériel de bases des rédactions : il s’agit d’une série de mots présentés deux par deux en raison du risque de confusion qui existe entre eux (comme macabre et morbide, décade et décennie ou encore blanchiment et blanchissage). Or, il se trouve justement que les quotidiens laissent régulièrement passer de telles confusions… Lecture recommandée !

J’ai déjà eu l’occasion de faire allusion à ces erreurs qui appauvrissent l’information dans deux billets passés sur des faux-synonymes envahissants et le français malmené. J’ai surtout régulièrement signalé de telles confusions lors de collectes de « petites sottises médiatiques » quand la filière remplace la filiale (Matin bleu), ou qu’une photo de lièvre illustre un article sur les lapin (Matin bleu). La confusion entre dépénalisation, légalisation et libéralisation (20 minutes) devient presque un classique du genre, mais on rencontre aussi des confusions entre réfuter et refuser (20 minutes), fumier et compost (Matin bleu) ou analphabète et illettré (20 minutes). Je me souviens aussi d’une incroyable histoire d’alligators et de crocodiles (20 minutes)… Comme on peut le remarquer, les champions de la confusion de vocabulaire se rassemblent dans certaines rédactions en particulier.

Et le phénomène a tendance a devenir fréquent ! La clarté du propos impose pourtant de faire les nuances nécessaires et on ne peut que regretter cette évolution. En effet, l’apparence de synonymie entre certains termes empêche de vraiment comprendre certaines informations, comme on n’a pu assez souvent le remarquer dans le cadre de la politique suisse lorsque des termes comme concordance, consensus ou compromis sont assimilé sans aucune nuance. Le résultat, c’est un appauvrissement de la pensée.

Jean-Loup Chiflet fait donc oeuvre utile. Mais il livre aussi un ouvrage amusant et distrayant qui peut se lire par petits tronçons à des moments perdus (il vaut d’ailleurs mieux ne pas trop en lire d’un seul coup si on souhaite mémoriser plus facilement). Voici quelques exemples des confusions que l’auteur nous invite à éviter : abstinence et jeûne, acteur et comédien, agonir et agoniser, amoral et immoral, angoissé et anxieux, aromate et épice, attractif et attrayant, bâtard ou corniaud, carrefour et croisement, corbeille et panier, éthique et déontologie, grillon et criquet, mulet et bardot, funèbre et funéraire, pingouin et manchot, prémices et prémisses, tarte et tourte, terrine et pâté et tant d’autres que je vous laisserai découvrir…

Parfois, l’auteur s’évade quelque peu du vocabulaire français et se met en tête de nous aider à distinguer Carla de Cécilia, les deux présidents Roosevelt, les SimoneWeil et Veil, le FBI et la CIA ou encore les DOM et les TOM. Voici un ouvrage qui se lit tout seul, par petits bouts… comme une distraction instructive !

Bref, un petit opuscule recommandé à tous ceux, notamment journalistes, qui écrivent publiquement et qui souhaiteraient éviter des confusions malheureuses.

Bonne lecture !

Daniel

Leurres et illusions

22 mai, 2009
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Un livre de Pierre-Yves Chereul : « Les médias, la manipulation des esprits, leurres et illusions  »

http://www.amazon.fr/Leurres-illusions-Pierre-Yves-Chereul/dp/2750412935/ref=sr_1_3?ie=UTF8&s=books&qid=1242981467&sr=8-3

 

Leurres et illusions  dans Au fil des lectures 2-7504-1293-5

 

La lecture critique des médias demande des moyens intellectuels particuliers qui stimulent et guident l’esprit critique. Depuis que je me suis lancé à bloguer sur ce thème, je découvre régulièrement de nouveaux guides sur ce thème et la pile de futures lectures monte tranquillement. Voici une de mes dernières lectures.

L’auteur propose régulièrement des articles critiques sur les médias sur le site d’information Agoravox. Là où je procède (pour l’instant) avec un amateurisme de débutant, lui est nettement plus méthodique. C’est d’ailleurs une part de sa méthode qu’il présente dans ce livre. Après avoir examiné des illusions propres par nature aux médias et ce qu’est en réalité la notion d’information, il nous propose une forme de classement des leurres et illusions. Dans une deuxième partie, il propose ensuite d’analyser plus particulièrement les diverses apparences que peuvent prendre les leurres les plus pratiqués par les médias : les leurres de l’information unique, de l’égalité en performances des mots et des image, de l’énoncé unique, de la mise hors-contexte, de l’appel sexuel, de l’appel humanitaire, d’appel autoritarien, d’appel conformiste, de flatterie, de l’euphémisme, de l’information donnée déguisée en information extorquée. Ces différents types de leurres sont exposés systématiquement avant d’être explicités par des exemples.

Cette présentation très méthodique est utile pour les médias, mais elle peut très bien être accommodée dans d’autres situations d’information, en particulier avec la publicité. De nombreux aspects sont évoqués, comme les figures de styles, l’omission de faits, les amalgames, ou encore l’utilisation des mythes. Ce livre est très riche et très dense, mais c’est aussi ce qui risque de le rendre pas forcément très accessible. Je dois avouer qu’il ne convenait pas à la lecture aux dernières heures du jour. Le langage est tout à fait compréhensible, mais les démonstrations demandent un certain effort de concentration. Celui-ci est finalement récompensé par un meilleur pouvoir de lecture de l’information.

L’auteur n’hésite pas à convoquer divers aspects de notre culture pour illustrer certaines de ses réflexions et je ne résiste pas à vous livrer ici l’utilisation qu’il fait des fables de Lafontaine.

Quelles sont les deux premières fables du recueil de Jean de Lafontaine ? « La Cigale et la Fourmi » et « Le Corbeau et le Renard« . Elle ne sont peut-être pas pour rien à cette place privilégiée… Habituellement, on met en garde contre l’imprévoyance coupable de la Cigale et on se moque de la naïveté stupide du Corbeau, mais Pierre-Yves Chereul va nous proposer une autre lecture : la Cigale et le Renard sont deux personnages affamés à la recherche de nourriture qui vont utiliser deux moyens très différents pour parvenir à leurs fins et le but est de comparer. La Cigale avoue très naïvement son insouciance estivale alors que le Renard va utiliser le « leurre de la flatterie« . Et c’est lui qui a choisi la meilleure voie, puisqu’il est récompensé par un fromage.

Mais l’auteur ne s’arrête pas là dans la comparaison de fables. Un autre leurre de flatterie est discernable dans une troisième fable : « Le Lion malade et le Renard« . Le lion invite ses sujets avec des promesses de traitement de faveur et y ajoute un « leurre d’appel humanitaire » en prétextant une maladie. Là où le Corbeau se laisse piéger par la flatterie, le Renard de cette autre fable pratique le « doute méthodique« et remarque que « toutes les empreintes de pas se dirigent vers la grotte du Lion et qu’aucune n’en ressort » : les bêtes sont donc dévorées par le Lion. Il ne s’est pas contenté de « l’information donnée » mais s’est emparé d’une « information extorquée » qui lui sauve la vie.

Tous ces concepts relatifs aux informations et aux leurres sont bien explicités au fur et à mesure de l’ouvrage, mais on ne boudera son plaisir avec les explications faisant usage des classiques de notre culture.

Bref, une lecture instructive pour qui cherche à ne pas se laisser leurrer. Une lecture qui serait particulièrement utile à tous ceux qui croient encore un peu à une information brute, faite d’images, d’actes, de paroles rapportées, de faits « objectifs ». Il est tellement plus facile de croire que de vérifier par soi-même…

Daniel

 

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