A propos de l’ATS et de ses utilisateurs…
L’Hebdo du 21 janvier (et 20 minutes du 22 janvier 2009) et 20 minutes du même jour…
http://www.hebdo.ch/injectons_plus_public_dans_telegraphique_suisse_42637_.html
http://www.20min.ch/ro/news/suisse/story/31452771 (attention, ce n’est pas le même texte que dans la version papier !)

.
L’ATS est une « Institution » dans le petit monde du journalisme suisse. Ses dépêches, en plus de figurer sur les sites de la quasi-totalité des médias du pays, sont également envoyées de par le monde. Et pourtant, cet organe de presse rencontre lui aussi des difficultés. L’Hebdo du 21 janvier contient justement une page rédigée par la Conseillère aux Etats Géraldine Savary : « Injectons plus d’argent public dans l’Agence télégraphique suisse« . C’est un soutien ferme. Et c’est sans doute une bonne idée si on veut un peu consolider le petit monde de l’information…
Cela dit, et je m’en étais déjà ouvert, il vaudrait peut être mieux que les journalistes adoptent un minimum de prudence aussi vis-à-vis de l’ATS, comme de toutes les autres sources d’information. A plusieurs reprises, j’ai rencontré des journalistes disant : « Si l’ATS le dit, c’est que c’est vrai et on ne fait pas plus de recherches…« . Et c’est ainsi qu’à plusieurs reprises, de fausses informations avaient fait le tour. Cela donnait des choses comme celles-ci :
Une info qui va très vite, mais fausse
Information : une maladie contagieuse et endémique
… et tant d’autres !
Mais il y a encore plus fort : ce sont ceux qui reçoivent une dépêche d’agence évoquant une « proposition » et qui réussissent à la transformer en « décision« . Vous savez…, ces gens qui portent le RP de journalistes mais sont occupés à copier-coller des dépêches d’agence, à les raccourcir de manière plus ou moins heureuse et à optimiser le remplissage des pages autour des publicités.
Et voilà le résultat :
Dépêche de l’ATS :
« Plutôt que d’interdire les voitures les plus polluantes, le Conseil fédéral propose de faire passer à la caisses les amateurs de quatre-roues qui ne respectent pas la cible fixée« .
« Dans le contre projet qu’il soumet au Parlement (…)« .
« Dès 2015, la limite de 130mg CO2/km s’appliquerait à toutes les voitures neuves (…) »
« Réagissant à la prise de position gouvernementale, le comité d’initiative souligne que « les propositions du Conseil fédéral » (…) »
Dans « 20 minutes » :
« Acheter une auto polluante coûtera bonbon dès 2015 » (c’est le titre)
« Dès 2015, celles qui dépassent ce plafond pourront continuer d’être vendues et immatriculées (…) »
« Les recettes engrangées par ce biais seront reversées à la population »
Si on lit attentivement, on a quand même une petite chance de comprendre qu’il s’agit d’un « contre-projet« . Mais il vaut mieux pour cela bien comprendre le fonctionnement du système politique suisse, ce qui n’est pas forcément le cas de tous les lecteurs du journal (pensez à tous ces gens qui vous expliquent qu’il est si difficile de savoir s’il faut mettre un « oui » ou un « non » dans l’urne…).
Alors, s’agit-il de lacunes en conjugaison qui empêcheraient le rédacteur de « 20 minutes » de s’exprimer autrement qu’avec les temps de l’indicatif ?
La mécanique institutionnelle suisse est relativement compliquée. La participation aux votations est chroniquement faible, notamment parce que de nombreux citoyens concluent généralement « qu’ils font de toute manière ce qu’ils veulent » (question bête en passant : c’est qui, « ils » ?). Dans ces conditions, ce journal ne fait que renforcer ce genre de sentiment en favorisant encore plus la confusion déjà existante.
J’accuse « 20 minutes » de désinformation chronique. Ce journal devrait désormais se contenter des pages « People » et autres distractions amusantes, car il fait plus de mal que de bien lorsqu’il s’essaie à aborder les sujets plus sérieux en reprenant des dépêches de l’ATS. Et cela fait aussi du mal à l’ATS en passant, puisque l’article dans sa version papier est courageusement signé : « ATS/AP« .
Comme me le disait un de mes collègues il y a quelques jours, il vaudrait mieux que les jeunes ne lisent rien que pareil torchon.
Daniel
Etrange précision !
Site de la Tribune de Genève, le 25 juillet 2009 : Un alpiniste britannique se tue dans le massif du Mont-Blanc
http://www.tdg.ch/geneve/actu/alpiniste-britannique-tue-massif-mont-blanc-2009-07-25

C’est une dépêche de l’agence ATS mise en ligne le 25 juillet à 21h02. Le genre d’information qu’il faut mettre au plus vite en ligne, parce qu’en dehors du petit jeu de « qui a dit quoi en premier »…
Le sous-titre est étrange : un alpiniste britannique de 44 ans et un randonneur de 17 ans : la conjonction « et » semble les associer dans le même accident, mais la précision liée aux termes « alpiniste » et « randonneur » permet de comprendre qu’il s’agit probablement de deux accidents distincts, à deux altitudes différentes.
On est assez habitué à des précisions concernant la nationalité des personnes impliquées dans les événements rapportés par les médias. Ici, Pourtant, c’est de l’âge qu’il s’agit. Et cela ne va pas s’arrêter au titre. En effet, après l’essentiel du texte portant sur l’accident de l’alpiniste, le dernier tiers s’intéresse au randonneur. Et rebelote, c’est encore l’âge qui fait l’objet d’une précision : le jeune homme de 17 ans faisait une randonnée « avec un ami de 65 ans« . On ignore tout de ces deux personnes, mais on connaît désormais leurs âges…
Que vient faire l’indication de l’âge de l’ami dans cette histoire ? S’agit-il d’une allusion un peu scabreuse ? Que veut nous dire le journaliste de l’ATS, repris mot pour mot par les rédacteurs de la Tribune ?
C’est étrange… presque odieux !
Daniel
Les performances kilométriques de l’ATS
Dépêches de l’ATS (Agence télégraphique suisse, de mai à septembre 2008
Le moteur de recherche de Swissinfo permet de retrouver toute une série de dépêche de l’ATS sur la base d’un critère choisi. Alors, intrigué par le retour plusieurs fois ces derniers temps d’informations brèves concernant des chauffards dans les dépêches de l’ATS, j’ai tenté une petite recherche avec le mot-clé « km/h ». Après un tri permettant d’écarter les articles sur les ouragans ou le sport, il reste tout de même un constat assez étonnant. Voici une série de « brèves » trouvées sur une période de 2 mois seulement :
29.9 Autoroute A12: il roule à 241 km/h entre Flamatt et Guin (FR).
18.9 Fribourg: le nouveau radar fixe cartonne : trois automobilistes roulant à plus de 200 km/h au lieu des 120 autorisés, a indiqué la police.
17.9 Bertschikon (ZH): un chauffard flashé à 246 km/h sur l’A1.
12.9 Zurich: il roule à 213 km/h – voiture saisie par la police.
16.8 Deux chauffards dépassent des voitures de police banalisées : Le premier automobiliste à 211 km/h et le second à 204 km/h.
3.8 Deux chauffards russes arrêtés sur l’A2 : 182 km/h.
Et ainsi de suite… Pas moins de 22 citations de ce genre depuis le mois de mai, avec à chaque fois la vitesse réalisée par les conducteurs et leurs nationalités. Parfois, l’ATS s’égare en France ou en Russie pour trouver un chauffard digne de figurer dans son palmarès ! C’est la valse des superlatifs avec des vitesses impressionnantes : 241 Km/h, 246 km/h, 213 Km/h, 237 km/h, 276 km/h, 236 km/h, 260 km/h. Les concurrents sont tour à tour suisses, russes, anglais, portugais, italiens, pakistanais ou canadiens : la compétition est internationale. On pourrait tenter un classement comme dans les compétitions sportives : il ne manque en définitive que les noms et les marques des véhicules.
On peut s’interroger sur les motivations des rédacteurs de l’ATS qui souhaitent faire partager à tous les performances de ces meurtriers potentiels. N’oublions pas que ces nouvelles seront reproduites fidèlement par l’ensemble des quotidiens, payants ou gratuits. En quoi cela constitue-t-il une information digne d’être publiée ? A quoi cela va-t-il servir de savoir qu’un portugais a réussi 237 Km/h et qu’un suisse a fait mieux en atteignant 246 km/h ?
Certains de ces petits articles contiennent des éléments pouvant contribuer à la prévention : la présence des voitures banalisées, les retraits de permis de conduire immédiats, une estimation de la distance d’arrêt… Mais dans l’ensemble, on doit aussi se demander quel peut être l’effet de ces annonces sous forme de « performances » sur des esprits un peu simples, prêt à braver l’interdit et le danger…
La presse évite généralement de parler des suicides pour éviter les imitations. Cette disposition ne pourrait-elle pas aussi s’appliquer à la « connerie sur route » ?
Dani
La « dette de la Suisse » selon le Matin bleu…
Le Matin bleu du 17 septembre 2008 : En 2009, la dette de la Suisse va tomber à 15’000 francs par habitant
Dépêche AP – Non disponible sur le site de 20 minutes
Relevé dans un article de deux colonnes sur l’endettement de la Confédération : le budget 2009 de la Confédération (…) prévoit une diminution de la dette de 5 milliards (…). Après avoir atteint près de 130 milliards de francs en 2005, l’endettement du pays devrait passer au-dessous des 115 milliards en 2009, ce qui représentera en moyenne « plus que » 15’000 francs par habitant.
Encore un exemple de l’incorrigible imprécision des journaux gratuits, en particulier lorsqu’ils parlent des « choses sérieuses ». Quand on parle de « dette de la Suisse« , il faudrait préciser s’il s’agit bien de la dette publique (autrement dit de l’Etat) ou alors de la dette de la Suisse en général (donc en incluant la dette privée, celle des ménages et des entreprises). Ici, c’est bien de la dette publique qu’il s’agit… (on le devine plus loin).
De plus, l’article prétend parler de la « dette de la Suisse » mais ne tient compte que de la dette de la Confédération. Or, dans un Etat fédéral comme le nôtre, les finances cantonales représentent une part importante de l’ensemble de la dette publique. Généralement, pour les comparaisons internationales, on additionne les dettes de toutes les entités publiques, c’est-à-dire pour la Suisse : Confédération, cantons, communes, mais aussi AVS et AI. Au fond, il ne serait pas gênant que « le Matin bleu » ne parle que de la dette publique, mais il faudrait alors le dire sans ambiguïté.
Pour bien faire, on pourrait même revendiquer la distinction entre dette intérieure et dette extérieure, selon que l’endettement implique ou non une dépendance vis-à-vis de l’étranger. Il est rassurant de savoir que la Suisse n’est pas endettée vis-à-vis de l’extérieur…
Pas si simple de déterminer ce qu’est « la dette de la Suisse« … On remarque ici que « le Matin bleu » s’aventure dans un thème inadapté à son information en quelques lignes. Ou alors, qu’il faudrait prendre la précaution de bien préciser de quoi il est question.
Voilà ce qui arrive quand on se contente de prendre une dépêche sans y prêter attention…
Dani
Couac de ministre, couac de journaliste… ?
Dans les médias des deux dernières semaines…
La petite phrase, sous forme de question, prononcée par Micheline Calmy-Rey à propos d’un hypothétique dialogue avec Ben Laden a fait le tour de la planète suite à la version qui en a été donnée par l’AFP (Agence France Presse). Depuis, c’est la guerre des communiqués et des réactions entre les services du département des affaires étrangères et une partie du monde de la presse, afin de déterminer qui a gaffé dans cette histoire. Mon propos ici n’est pas de défendre ou d’accuser la ministre, mais d’examiner ce qu’il faut retenir de toute cette affaire sur le plan médiatique.
Il vaut la peine de reprendre tout d’abord les textes de chacun, afin de repartir des faits premiers. Tout d’abord, Mme Calmy-Rey :
« Aujourd’hui, les moralistes ont la part belle: à suivre leurs conseils, Israël n’aurait jamais entamé le dialogue avec les Palestiniens, le roi du Népal avec les maoïstes, le gouvernement colombien avec les FARC ; aucun canal de communication ne se serait ouvert entre le gouvernement sri lankais et les LTTE ; le secrétaire général de l’ONU n’adresserait pas la parole au président soudanais. La communauté internationale se contenterait d’arroser de sanctions et de bombes la Corée du Nord, le Myanmar, l’Iran, le Zimbabwe, le Hamas, le Hezbollah, les chiites radicaux d’Irak, la LRA du nord de l’Ouganda et quelques autres encore. Et bien sûr, elle aurait boycotté les Jeux olympiques.
Alors, faut-il écouter ces bien-pensants? Ou alors rechercher le dialogue sans discrimination – quitte à s’asseoir à la table d’Oussama Ben Laden? Que faire lorsque des personnes, des groupements ou des États violent le droit international et ses principes ? Qui va-t-on appeler terroriste, qui combattant de la liberté ? Quels sont les moyens légitimes de l’action politique, lesquels faut-il proscrire ? Toutes ces questions sont incontournables, et la Suisse se doit de les poser, comme tout autre pays. »
Et maintenant, la dépêche de l’AFP :
La ministre suisse des Affaires étrangères prête “à s’asseoir à la table de Ben Laden.” La ministre suisse des Affaires étrangères Micheline Calmy-Rey s’est déclarée lundi “prête à s’asseoir à la table du dirigeant d’Al-Qaïda, Oussama ben Laden”, pour engager un dialogue. Devant les ambassadeurs suisses réunis à Berne, Mme Calmy-Rey a appelé à discuter avec “les acteurs politiques de poids” sur la scène internationale, même lorsqu’ils sont considérés comme infréquentables par certains. “Quitte à s’asseoir à la table du dirigeant d’Al-Qaïda Ben Laden”.
La question posée s’est muée en affirmation ferme ! On est passé d’une interrogation dans le cadre d’une présentation nuancée et complexe des difficultés et des voies de la diplomatie suisse à une affirmation lapidaire et provocante !! Le titre de la dépêche d’agence est énorme : sûr qu’un tel scoop se vendra très bien !!!
Et alors, forcément, on doit se reposer des questions devenues familières : le journaliste a-t-il écouté le discours jusqu’au bout (la partie citée se trouve sur la première des 20 pages de la version écrite du discours) ? A-t-il bien écouté ou était-il à moitié en train de bavarder avec ses pairs ? Pourquoi n’a-t-il pas essayé de vérifier cette information, au moins auprès des services de la conseillère fédérale ? Au fond, souhaitait-il surtout réussir un coup ?
Aujourd’hui, les ravages de l’information-spectacle sont tels qu’on ne peut pas innocenter sans conditions le journaliste en question. Ce n’est pas la première fois qu’on verrait une information « mal transmise ». On ne peut pas dire que la fidélité aux faits soit toujours la qualité première de nos journaux. J’ai d’ailleurs plusieurs fois stigmatisé ce genre de manquements dans ce blog, notamment :
http://pikereplik.unblog.fr/2008/08/28/le-matin-etude-volontairement-tronquee/ http://pikereplik.unblog.fr/2008/08/22/attention-danger-copains-decole/ http://pikereplik.unblog.fr/2008/08/05/grossesses-scoutes-delire-chiffre-du-blick-et-du-matin-bleu/ http://pikereplik.unblog.fr/2008/05/24/statistiques-la-presse-veut-simplement-aller-trop-vite/ http://pikereplik.unblog.fr/2008/06/24/brelaz-et-le-temps-le-malentendu/
A vouloir toujours aller vite, vite, vite et faire passer son information avant les autres, on risque de raconter n’importe quoi ! Et comme, en plus, on ne prend plus le temps de vérifier… Et, par dessus le marché, lorsque « l’information » vient d’une agence, tout le monde copie sans broncher ! Bien sûr, ici on doit aussi admettre qu’un ministre qui s’exprime doit tout faire pour éviter les malentendus. Autrement dit, une certaine responsabilité de la conseillère fédérale est bien engagée, et elle aurait dû anticiper les risques liés à l’évocation du terroriste le plus célèbre du monde. La preuve, le risque s’est réalisé… (sur les difficultés liées à la rhétorique de la conseillère fédérale et pour analyser en finesse ce « malentendu », lire cet article).
Mais il ne faut pas aller trop vite en besogne. Dans l’Hebdo du 4 septembre 2008 (sous le titre « Bombe rhétorique », on peut lire les propos suivants : « Lors du débat à huis clos qui a suivi l’exposé de Micheline Calmy-Rey, aucun des 200 diplomates présents n’a manifesté sa perplexité. La polémique est née de l’interprétation que le bureau de l’Agence France Presse a donnée à la phrase. » Alors quoi ? Aucun des diplomates n’a trouvé scandaleux les propos de la ministre… et il a donc fallu attendre « l’erreur » du journaliste pour que le scandale éclate ! Quand on vous dit que la presse peut fabriquer l’information… Et l’AFP n’en est pas à son coup d’essai ! Vous vous souvenez de la fausse victime d’agression dans le RER parisien ? Et la photo trafiquée d’une manifestation en Belgique ?
On peut aussi tout simplement relever des erreurs, par exemple à propos de la votation sur les naturalisations en Suisse : l’AFP racontait des bêtises et la presse suisse suivait, bêtement. Quand il s’agit de la Suisse, ne devrait-on pas s’attendre à un regard critique sur l’information qui vient d’une agence française et des efforts accrus de vérification ?
Eh bien non, et nos journalistes nationaux vont même pour une partie d’entre eux jusqu’à soutenir le rédacteur potache de l’AFP et son interprétation sur l’accroche Ben Laden. Un exemple édifiant est donné par Pascal Descaillets (Radio cité, Léman bleu, Tribune de Genève, etc.) sur son blog :
« Chasse aux sorcières contre l’impudent agencier, qui avait osé un titre interprétatif. L’AFP, à très juste titre, a rappelé à la ministre que les rédacteurs des dépêches étaient des journalistes, avec un devoir de décodage et de mise en perspective, et non des greffiers au service du Prince. (…) L’agencier de l’AFP n’a fait que son travail : au lieu de n’être que l’écho moutonnier du pouvoir, il a élargi le champ en pointant le titre vers l’essentiel. Ce qui gênait. Il a juste fait, en cela, son travail de journaliste. »
Là, on n’en est plus à déplorer un discours difficilement compréhensible parce que trop subtil (pour un journaliste ?) de Mme Calmy-Rey, mais on en arrive à justifier l’injustifiable. Pour ce journaliste reconnu dans sa profession, le travail d’un rédacteur est de pratiquer la « lecture de pensée », d’imaginer ce que peut bien avoir dans la tête un acteur politique, puis de livrer sa petite interprétation (délirante ?) à la face du monde. Et il n’est pas le seul : j’ai pu lire ce genre de réflexion à plusieurs reprises ces derniers temps, notamment sous la plume de Denis Rousseau de l’AFP : « Nous ne sommes pas des greffiers. Nous revendiquons le droit à la mise en perspective des propos et à une marge d’interprétation éditoriale« . On passe de l’information vérifiée à la rumeur autorisée. On s’octroie le droit de dire n’importe quoi, sans respecter les faits, sans vérifier non plus. Où est donc passée la déontologie ? Finalement, n’importe qui risque de voir ses propos déformés…
C’est finalement en se tournant vers des journalistes étrangers qu’on retrouve un peu de sagesse, loin des positions trop partisanes et engagées de certains de nos journalistes (3 vidéos sur le site de la TSR). Suite à ces événements, ma confiance envers les propos de l’AFP et des journalistes comme Descaillets est toute relative…
Au fond, si les méthodes professionnelles des journalistes permettent de transformer ainsi des questions rhétoriques en affirmations pures et dures, et de venir ensuite soutenir que c’est du « bon travail », il ne me reste plus qu’à vous proposer un petit jeu journalistique : « Rédiger des scoops internationaux ».
Voici comment procéder :
1. Chercher sur internet des discours, interviews ou autres interventions de ministres ou autres serviteurs de l’Etat.
2. Une fois le document trouvé, effectuer une recherche avec le signe « ? ».
3. Examiner ensuite les questions trouvées en les retournant à la forme affirmative. Choisir les plus scandaleuses, les plus incongrues ou les plus provocantes.
4. Rédiger une dépêche d’agence et la faire circuler partout. Attendre les effets du gigantesque copier-coller qui s’ensuivra.
Et chacun trouvera, à coup sûr, de quoi imputer des gaffes monumentales à tous les acteurs politiques. Tous à vos plumes !
Dani
Sondage : l’ATS est-elle crédule ?
Dépêche de l’Agence télégraphique suisse sur Edicom.ch – Belgique : près de la moitié des Flamands veut l’éclatement du pays
http://www.edicom.ch/fr/news/international/belgique-pres-de-la-moitie-des-flamands-veut-l-eclatement-du-pays_1188-5437867
Faut-il toujours croire les sondages ? L’ATS (Agence télégraphique suisse), elle, a choisi d’y croire dur comme fer et sans conditions, et le site internet d’Edipresse suit dans la foulée. Sur la base d’un sondage auprès de 1000 personnes résidant dans la partie flamande de la Belgique, l’organe de presse titre au présent de l’indicatif, comme une certitude : « Près de la moitié des flamands veut l’éclatement » (49,7 %).
La dépêche évoque le « fossé de plus en plus profond entre néerlandophones et francophones » comme une évidence basée en fait sur des préjugés. Or, si on se donne la peine de lire quelque peu la presse belge, on se rend compte qu’il n’en est rien en réalité. Ce « fossé » existe en somme depuis longtemps, mais rien n’indique une aggravation, si ce n’est particulièrement au sein du microcosme politique. Cela peut bien évidemment suffire à faire éclater un pays, mais de là à le généraliser à l’ensemble de la population…
Le rédacteur ne se donne d’ailleurs pas la peine de nous dire d’où vient cette enquête, par qui elle a été réalisée, ni qui l’a financée. D’autre part, le sondage n’est pas daté ! Le seul élément qu’on nous indique est que les personnes interrogées devait répondre par oui ou non à la question « Souhaitez-vous que la Belgique éclate ? ». Autant dire qu’on ne nous donne pas les éléments permettant d’en apprécier la crédibilité et qu’il devient difficile d’évaluer sérieusement la situation.
Souvenons-nous en : un sondage indiquait la victoire du « oui » à l’initiative de l’UDC sur les naturalisations alors qu’elle a finalement été largement rejetée. D’autres sondages, longtemps à l’avance, avaient annoncé l’élection de Ségolène Royal à la présidence de la République française. Cela ne découle pas d’une incapacité des sondeurs, mais simplement du fait que les gens ne répondent pas aux questions de la même manière lorsqu’il s’agit de la décision effective ou s’il s’agit d’une simple supposition longtemps avant une échéance. Ici aussi, la question est posée alors qu’aucun projet n’est formellement en cours : la réponse indique donc une humeur, rien de plus…
Dans ces conditions, les médias se doivent alors de rester prudents, d’utiliser un conditionnel montrant que c’est une hypothèse et surtout de donner des indications suffisantes permettant d’apprécier la valeur de ce sondage. Ceci d’autant plus qu’il s’agit ici de l’agence de presse la plus reprise, souvent sans retouches, par la plupart des médias du pays. Une fois de plus, on théâtralise, on exagère et on devra bien finir par admettre que titrer avec « près de la moitié des Flamands veut… » est un abus de langage.
Dani
Votations en Suisse : l’AFP s’y perd….et Edipresse suit !
Site internet Edicom (Edipresse) – 1er juin 2008 : A propos des votations fédérales
Que les français aient de la peine à saisir toutes les subtilités de notre système de votations et de notre culture politique, cela se conçoit. Mais que les organes de presse suisses reprennent les erreurs de nos voisins à leur compte sans les corriger mérite un blâme. Une dépêche de l’Agence France-Presse (AFP) vient en effet d’être reprise sur le site du plus grand éditeur de journaux de Suisse romande.
Tout commence par le titre « Les Suisses appelés à voter un durcissement des conditions de naturalisation ». Cela commence fort mal : l’objet de la votation n’est nullement un durcissement des conditions (elles demeureront inchangées), mais l’insertion d’une possibilité pour les communes d’ajouter aux critères de sélection déjà existants une sorte de veto populaire en fin de procédure. Les conditions ne changent donc pas; on y ajoute uniquement la possibilité de refuser des gens ayant pourtant satisfaits aux conditions énoncées par la loi.
Mais cette erreur ne leur suffit manifestement pas. Le chapeau de l’article énonce encore que ce « durcissement » se fera « en soumettant chaque procédure au vote des citoyens sans possibilité de recours ». Ce qui est également complètement faux : les communes auront la possibilité de mettre en place ce genre de dispositif, mais ne le feront pas forcément (ouf !). Il est idiot d’affirmer des choses comme celle-ci.
Enfin, l’article affirme encore que l’UDC tente « de faire approuver une loi » sur la « surpopulation étrangère présumée ». Belote et rebelote. L’article est court mais cumule les erreurs : il ne s’agit ici aucunement de loi, mais d’un article constitutionnel (ce qui n’a vraiment pas la même portée) et il ne s’agit pas non plus de limiter la population étrangère, mais seulement de mettre un obstacle de plus à sa naturalisation. Ce qui, soit dit en passant, devrait au contraire légèrement gonfler la proportion d’étrangers dans les statistiques nationales.
Cela fait beaucoup de boulettes pour un seul court article . D’autant plus que l’objet de votation tient en réalité en deux phrases ! Il serait vraiment souhaitable que l’AFP choisisse un rédacteur compétent lorsqu’il s’agit de politique étrangère et que les médias suisses dépassent le niveau du perroquet…
Dani








