Piques et répliques – 2

Quelques réflexions critiques sur tout et rien

12
déc 2012
L’obligation de servir… pour ceux qui restent !
Posté dans Politique par Dani à 10:17 | 2 réponses »

L'obligation de servir... pour ceux qui restent ! dans Politique charlot-soldat-1918-04-g

 

Le Conseil national a donc commencé ses débats sur l’initiative du GSSA qui propose l’abrogation de l’obligation de servir. C’est donc l’occasion pour tout ce que la Suisse compte d’adeptes de la chose militaire obligatoire de multiplier les superlatifs, dans la veine du « remettre en cause l’obligation de servir et l’armée de milice, c’est atteindre à l’identité suisse » que le Temps du 12 décembre relaie comme « l’idée qu’une très large majorité de parlementaires se fait du lien entre le pays et le système de milice« .

On y revient encore et toujours : la Suisse n’a pas seulement une armée, elle est une armée… Comme si la suppression du système militaire obligatoire en France avait porté un coup fatal à l’identité française. Il faut dire que la Suisse officielle a ses mythes : Morgarten et ses troncs d’arbres, Näfels et ses avalanches, Sempach et Winkelried, le réduit et son Emmental de béton… J’en passe, et des meilleurs. Mais la France pourrait aller rechercher Bouvines, Marignan, Valmy, les conquêtes de Napoléon,  le Conseil national de la résistance… Bref, tout cela pour dire qu’il va falloir affronter une campagne de votation très émotionnelle, surtout du côté de ceux qui chérissent leurs souvenirs de vieux non-combattants !

Les diverses propositions constructives pour faire sortir la « meilleure armée du monde » d’Ueli Maurer de sa torpeur passéiste (en train de préparer la seconde guerre mondiale, matinée de reliefs de la première) sont repoussées d’un revers de manche vert-de-gris sans y réfléchir. Quant aux menaces autres que celles des chars d’assaut ennemis, celles qui correspondraient vraiment aux risques de ce XXIe siècle, elles sont priées de se faire oublier. Par contre, on peut repérer des arguments amusants au passage, comme Yvan Perrin qui explique que le modèle du GSSA n’existe pas ailleurs (un gouvernement collégial non plus !) ou l’UDC Roland Büchel qui ne veut pas « remplacer le soldat-citoyen par des rambos » (quand on sait le nombre de rambos autoproclamés que comptent les rangs du parti !). Bref, on a pas fini de rigoler.

C’est pourtant un autre aspect que l’enjeu purement militaire que j’aimerais évoquer ici. Un élu PDC valaisan a eu les propos suivants : « En supprimant l’obligation de servir, on supprime la cohésion nationale et sociale » (Excusez du peu !). Alors, parlons-en. Et en chiffres, si vous le voulez bien… L’article du Temps mentionne 40’000 jeunes appelés chaque année au recrutement, parmi lesquels 25’000 seront déclarés aptes au service militaire ou au service de remplacement (c’est le service civil péniblement obtenu après des années consacrées à emprisonner les objecteurs de conscience !). 25’000 sur 40’000, cela fait 62,5 %, soit déjà 37,5 % des appelés qui ne participeront pas à cette grande fête de la « cohésion nationale et sociale« …

Mais ce n’est pas tout. Il vaut la peine d’aller visiter le site de l’Office fédéral de la statistique et ses chiffres sur la structure par âges de la population suisse. Il en ressort que la population en âge d’être recrutée tourne autour de 95’000 personnes. Dans ce chiffre, on trouve plus de 46’000 femmes, pour qui le service militaire n’est pas obligatoire. On trouve aussi près de 18’000 étrangers (hommes et femmes confondus, qui ne sont évidemment pas convoqués sous les drapeaux). Les femmes et hommes étrangers correspondent donc grosso modo aux 55’000 qu’il faut soustraire des 95’000 pour arriver aux 40’000 appelés. Mais il faudrait, pour bien faire, tenir aussi compte des double-nationaux qui bénéficient d’une convention leur permettant d’assurer leurs « obligations militaires » dans un pays étranger où l’armée n’est pas obligatoire (la France ou l’Argentine, notamment).

Il reste donc 25’000 personnes qui vont participer à un service obligatoire sur un total de 95’000. Pour déterminer le nombre de soldats, il faudrait encore déduire les civilistes, plusieurs milliers par année (disons environ 5’000). J’en arrive donc à considérer que les militaires sont 20’000 sur 95’000 d’une classe d’âge, soit 21 %. Et on voudrait me faire  croire que l’armée est le creuset de la cohésion nationale et sociale !!!

Ces 21 %, en tout cas ceux qui ne s’enthousiasment pas à l’idée d’aller courir déguisés dans les bois, sont ainsi condamnés à des mois de privation de liberté auxquels n’est pas astreinte la majorité de leurs camarades du même âge. Parce que c’est bien de privation de liberté qu’il faut parler ici : laisser en plan les études, la formation professionnelle et tous les autres projets pour aller attendre, attendre, encore attendre, faire des exercices idiots, ranger des objets dans un sens, puis dans le sens inverse, puis de nouveau dans le sens premier, s’aligner et aboyer très fort, changer de tenue dix fois par jour. Du temps perdu, tout le contraire de l’efficacité managériale encensée par les mêmes qui votent les budgets militaires au garde-à-vous. S’il y a un endroit où chaque jeune Suisse peut imaginer à quoi ressemble une prison, c’est bien à l’armée. Alors, on pourrait les libérer, cela serait bon pour eux et pour l’économie suisse. Ou alors proposer des services réellement utiles et efficaces, loin du folklore actuel.

Daniel

PS : J’avais tenté, il y a deux ans, d’imaginer une façon d’intégrer tout le monde dans un service national et égalitaire.


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2 réponses:

  1. Cornelius écrit:

    Histoire d’éviter de polluer ton blog avec des débats interminables, je me permets juste de glisser ici un commentaire, axé sur le dernier paragraphe de ton article.

    On ne va pas se leurrer, je suis d’accord avec toi sur le fond, quant au principe des exercices répétitifs, astreignants, et du contexte qui peut s’apparenter à une prison.

    Je passerai aussi sur les gains que l’on peut trouver à vivre en communauté « serrée » et de ce qu’on y apprend du principe de la communauté, de la camaraderie, etc., surtout dans notre monde où l’individualisme a la part belle et où l’on a oublié ce que c’est de devoir partager et penser à autrui avant de considérer ses petites fesses rosées. Pour avoir vu l’évolution des recrues, de ceux qui comprennent et de ceux qui s’obstinent, pour avoir compris la raison profonde de ces contraintes.
    Ça va de soi, et je te pense assez intelligent pour faire la part des choses.

    Non, en fait, je voulais peut-être glisser un commentaire sur « l’inutilité » de l’armée :

    Sans être une éminence, je me suis constitué un petit bagage dans le contexte, et je pense que taxer l’armée d’activité inutile, c’est vite dire et c’est vite résumer.
    Peut-être serait-il bon de nuancer, en disant que « pour qui n’en veut pas », il s’agit d’une longue suite de jours inutiles, pesants et particulièrement astreignants.

    Pour qui se décide à en tirer profit, il s’agit d’une voie expresse vers la prise de responsabilités, la capacité de conduire hommes et matériel, le développement d’un réseau humain qui peut se trouver partout en Suisse, voire à l’étranger, et l’opportunité de se constituer un joli bagage personnel et professionnel qui ne demande qu’à être rentabilisé au sortir de ces contingences. Pour reprendre tes termes – et là je suis en butte avec toi – c’est précisément de l’efficacité managériale que de savoir reprendre ces éléments de son parcours militaire et chercher à rendre utile cette longue suite de jours assommants.

    Évidemment, on est loin de l’époque où le « prestige de l’uniforme » (le bien connu) nous octroyait les places les plus enviées dans la bonne société.
    Je reste pourtant persuadé qu’il y a matière à sonder et à utiliser dans ce que l’on peut acquérir dans ce contexte et surtout qu’il y a matière à réutiliser au civil par la suite. Pour qui le souhaite, et pour qui se bat avec ces armes.
    Voilà, c’est un point de vue.

  2. Hello !

    Ecoute, tant mieux pour toi si tu as pu y trouver matière à apprentissage, progression personnelle et aptitude à manager l’humain…

    En ce qui me concerne, je me réfère avant tout à mon vécu propre, mais il date un peu : 1985-1988. Depuis, je reçois toutefois de nombreux témoignage qui me laissent imaginer que la réalité a peu changé de ce que j’avais pu constater, soit un océan de bêtise, très souvent, trop souvent… J’ai aussi pu constater que la manière de « diriger des hommes » de l’armée, précisément, ne correspondait pas du tout à celle que l’on utilise ailleurs, dans l’administration, dans les entreprises ou dans les organisations civiles. Mais admettons, les choses ont pu évoluer en un quart de siècle. Du moins, je l’espère…

    Cela dit, j’ai une longue expérience du scoutisme, très longue même (18 ans, en tout). Cette expérience m’a offert beaucoup plus en matière de vécu de groupe, de leadership et d’expériences valorisantes que ce que l’armée m’a montré. L’armée a tenté, heureusement sans succès, de me faire désapprendre ce que j’avais appris…

    Au fond, vu les expériences que j’ai faites et vu les témoignages que j’ai recueilli et que je continue à recueillir, j’estime que c’est désormais l’armée qui porte le fardeau de la preuve : à elle de démontrer son utilité et son bien-fondé.

    Je reste très très très sceptique…

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