Piques et répliques – 2

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déc 2012
L’idée reçue : le sauvetage d’UBS s’est révélé avantageux pour les Suisses
Posté dans L'idée reçue par Dani à 10:59 | Commentaires fermés

L'idée reçue : le sauvetage d'UBS s'est révélé avantageux pour les Suisses dans L'idée reçue sagesse_tout

Je l’ai encore entendue à plusieurs reprises dans les semaines qui viennent de passer, à l’occasion de discussion à bâtons rompus sur l’économie et la finance : l’idée veut que la Suisse, ou la Confédération (c’est selon…) aurait finalement été gagnante dans l’histoire du  sauvetage d’UBS et que les Suisses n’auraient rien perdu dans l’affaire.

C’est une variante du bonneteau, où le quidam se fait avoir parce que l’objet poursuivi des yeux n’est jamais sous le bon gobelet. Là aussi, avec le sauvetage d’UBS, la diversion a été suffisamment opportune pour que nombre de gens ne voient plus  la scène avec assez de netteté.

J’entends dire, autour de l’une ou l’autre table, que la Confédération a fait un bénéfice sur l’argent qu’elle avait confié à l’UBS…. mais si… : elle n’aurait donc rien perdu et nous non plus. Victoire et champagne ! Et en effet, la Confédération, qui avait engagé 6 milliards de francs dans le sauvetage de la grande banque, est repartie avec 7,28 milliards de francs en revendant ses actions et obligations à bon prix (voir ici). Bingo… puisqu’on vous le dit : « On a gagné, on a gagné… ! »

Sauf que, quand on lui montre la lune, l’idiot regarde le doigt. A fortiori quand on essaie de mettre en vue un gros doigt et que la photo laisse apparaître la lune plus discrètement dans un coin.

Les mêmes articles de presse (cf. le lien ci-dessus), s’ils parlent abondamment du gain réalisé par la Confédération, mentionnent très pudiquement que « les actifs toxiques demeurent dans le fonds que la BNS a créé à cet effet« . Le doigt est bien dodu, la lune microscopique… et le lecteur inattentif n’y voit que du feu. Mieux, on finit même par apprendre  (en mars 2012) que « les actifs toxiques d’UBS sont devenus rentables pour la BNS« . Wouaaaah ! Après avoir commencé par entraîner des pertes, voici que les fameux titres subprimes et toxiques génèrent des bénéfice pour le fonds de stabilisation géré par la Banque nationale suisse. Double bingo !

Bon, cela dit, fini de rigoler. De quoi  s’agit-il en fait ? Si la Confédération s’était engagée à hauteur de 6 milliards, la Banque nationale suisse y est allée d’un chèque de « 39 milliards de dollars » (après que 60 milliards aient été initialement prévus). Sensiblement plus que les 6 milliards de la Confédération… mais les petits montants semblent toujours plus intéressants que les gros lorsqu’il s’agit de débat politique. De fait, la BNS a racheté des titres qui ne valaient plus grand chose pour 39 milliards de dollars, qu’elle a préalablement dû emprunter à la Réserve fédérale américaine, qui les émet. En clair, l’UBS a ramassé de l’argent tout frais et laissé des titres pourris à la Banque de tout le monde… sans que le parlement ne décide pour autant de la mettre sous tutelle ou ne lui fixe des conditions. Take the money and run !

C’est fini ? Non, il reste actuellement (chiffres de juin 2012, en attendant les suivants…) pour 10 milliards de francs (un quart de la somme engagée au départ)  de ces titres dans les comptes de la Banque nationale suisse. L’affaire n’est donc pas terminée et la crise UBS n’est pas encore digérée. Et même lorsqu’elle le sera (si c’est finalement le cas !), il restera toujours que la Suisse, par l’entremise de sa Banque centrale, aura investi à fonds perdus près de 40 milliards de dollars dans une banque dont les propriétaires sont des privés. Le trop fameux « too big to fail » !

Compte tenu de cela, il m’apparaît donc difficile de dire que « l’affaire UBS n’a rien coûté » ou encore qu’elle a rapporté. Je n’arrive pas à ne voir que le gain de la Confédération, aussi impressionnant soit-il exprimé en termes de rendement. Les montants astronomiques injectés pour l’occasion par la banque centrale sont aussi du domaine de la politique économique : la planche à billets a fonctionné au bénéfice d’une entreprise privée, après que certains aient empoché le magot des opérations subprimes et avant qu’on ne frôle la catastrophe. D’autres recommencent les bonnes affaires après, comme si de rien n’était. Entre deux, les braves Suisses paient en ayant l’impression d’avoir gagné, et vont le chanter fièrement autour d’eux. Très fort.

Daniel


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