Piques et répliques – 2

Quelques réflexions critiques sur tout et rien

23
nov 2012
Les mots ont-ils encore un sens ?
Posté dans Divers par Dani à 11:40 | 8 réponses »

 

Les mots ont-ils encore un sens ? mots-dits.1179079695

C’est de plus en plus fréquent, dans la publicité, dans les médias audio-visuels, dans les journaux, dans la bouche des politiciens et des autres publicistes : les mots sont utilisés au petit bonheur, sans plus trop se préoccuper de leur sens véritable. L’un prend la place de l’autre, comme s’ils étaient substituables ou synonymes…

La criminalité est invoquée là où il s’agit de délits, donc de délinquance. Des politiciens condamnés reconnaissent une erreur alors qu’ils ont commis une faute. La crise dure et remplace la récession économique. Le racisme prend la place de la xénophobie, même chez ceux qui sont animés d’un simple rejet sans imaginer une quelconque supériorité. Les gens « de gauche » finissent par être classés « gauchistes » alors qu’ils n’ont aucun goût  pour l’extrémisme politique. La confusion entre requérant d’asile et réfugié est fréquente, comme si la distinction n’avait plus de sens. Le terme de fasciste est accolé à des politiciens dont les visions, quoique parfois d’extrême-droite, ne se rattachent en rien à la tradition du fascisme. Les compromis sont étiquettés consensus comme s’il s’agissait de la même chose. Les employés de banque deviennent banquiers, comme s’ils étaient propriétaires.

Je pourrais sans difficulté allonger encore la liste si je tendais l’oreille dans ce but pendant quelques jours seulement. Au passage, j’ai aussi mis de côté quelques coupures de presse ces derniers temps :

- « Le Temps » du 2 novembre parle de la Grèce qui dispose de quinze jours pour éviter la « faillite« . Mauvais usage : un Etat souverain peut se retrouver en cessation de paiement, mais il ne peut pas être mis en faillite. Cet emploi malheureux revient une semaine plus tard…

- « Le Temps« du 2 novembre toujours, dans son supplément Carrières et Management, évoque des banquiers qui tentent de baisser leurs prétentions de salaires pour retrouver un emploi. Un banquier salarié ou sans emploi. Une confusion que l’on peut tolérer dans la bouche d’un adolescent, mais qui est ahurissante sous la plume d’une journaliste.

- « La Liberté » du 20 novembre annonce que « chaque suisse » boit 58 litres de bière (par année). L’emploi du mot « chaque » est malheureux sachant qu’il s’agit ici d’une moyenne.

- « 24 heures » évoque un rapport qui recense 562 îles (grecques) susceptibles d’être « vendues« .  Or, il ne s’agit pas d’une vente comme on finit par le découvrir plus loin : « ce ne serait pas une véritable vente, mais une cession sur des décennies« . Une vente qui n’est pas une vente… allez comprendre !

Et j’en ai manqué beaucoup, à coup sûr…

Il faut tenter de lutter contre cette tendance qui consiste à galvauder le sens des mots. D’abord, cela induit une mauvaise compréhension de plusieurs domaines qui participent à l’édification du citoyen. Mais c’est aussi une pratique anesthésiante pour la pensée. Il faut se lancer au secours des mots.

Daniel 


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8 réponses:

  1. Karinesperanto écrit:

    J’ai pensé à toi il y a 3 jours : en Bretagne aussi les îles sont à vendre !!!
    http://www.ouest-france.fr/actu/actuLocale_-Une-ile-est-a-vendre-dans-le-golfe-du-Morbihan_40832-2135011——56260-aud_actu.Htm

  2. Masse critique écrit:

    Bien vu. C’est d’autant plus inexcusable dans le Temps, dit « journal de référence ».
    J’ai écrit plusieurs billets récemment sur divers exemples de mauvais usage des mots dans les médias (notamment au sujet de la dette souveraine des Etats), y compris au TJ de la RTS:
    - Imaginez une famille…
    - Une pépite gratuite
    - Un incompétent à Paris

  3. Masse critique écrit:

    Bien vu ! C’est d’autant plus inexcusable dans le Temps, journal dit « de référence ».
    J’ai écrit plusieurs billets récemment sur l’emploi erroné des mots dans les médias suisse, y compris au TJ de la RTS:
    - Imaginez une famille…
    - Une pépite gratuite
    - Un incompétent à Paris

    Je vous recommande également le Petit Lexique Satirique de Novlang, projet en construction. N’hésitez pas à contribuer, si vous vous sentez inspirés ;)

  4. hello!
    c’est une très bonne chose que ce blog revive.

    bonnes constatations en tout cas :)

  5. cyrille, le praticien du bilinguisme écrit:

    Salut Daniel,

    Je pense que ceux qui font ces fautes conséquentes devraient être décimés. Pour l’exemple. A moins que le mot « conséquent » ne signifie pas « important », le mot « faute d’orthographe » ne soit finalement que le fruit d’erreurs et que « décimer » ne signifie pas « les tuer tous ».
    Ce n’étaient que quelques suggestions d’ajouts à ta liste.
    Je suis content de te revoir sur le net.
    Cyrille

  6. Bonjour et merci à tous !

    @Masse critique : enchanté de découvrir votre blog. Je vais prendre un peu de temps pour sa lecture ! :-)

  7. Brice SOUMILLE écrit:

    Les premières fois où j’ai constaté ce genre de choses sur des faits criminels, j’ai parlé de minoration. En effet, pour améliorer leur bilan en matière de sécurité, les politiciens en France ont une fâcheuse tendance à utiliser « incivilité » pour « délit », ou « délit » pour « crime ».
    Un journaliste qui fait son travail, et qui, en principe, devrait savoir écrire, devrait relever systématiquement ces confusions qui n’en sont pas, car elles sont faites de propos délibéré.

  8. @Brice :

    Absolument. Mais je crains que les journalistes ne soient pas plus attentifs que n’importe qui et qu’ils aient tendance à reprendre les termes tels quels sans les examiner… ce qui serait pourtant leur tâche.

    Un jour, j’avais écrit un billet sur ces euphémismes : http://pikereplik.unblog.fr/2008/05/18/les-euphemismes-du-politiquement-correct/

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