Piques et répliques – 2

Quelques réflexions critiques sur tout et rien

10
mai 2011
Le sentencieux de 24heures
Posté dans Divers par Dani à 6:53 | 2 réponses »

24 heures du 7 mai 2011 : Oussama ben Laden et les sentencieux

http://archives.24heures.ch/VQ/LAUSANNE/-/article-2011-05-778/oussama-ben-laden—et-les-sentencieux

Le sentencieux de 24heures baillon

.
Editorial enflammé dans « 24 heures » de samedi 7 mai ! Pas content, l’éditorialiste… même franchement fâché si j’en juge à ses termes…. : le voilà qui épingle « les pisse vinaigres de tous bords« , « ceux qui, à l’instar du conseiller aux Etats radical Dick Marty, pluriparlementaire qui sait tout sur tout et toujours mieux que quiconque« , « les donneurs de leçon » et tant d’autres, occupés à discuter l’intervention américaine au Pakistan et la politique de communication d’Obama… S’il le pouvait, il leur interdirait peut-être même de s’exprimer. En tout cas, voilà bien un éditorial en forme de : « vos gueules ! ».

Qui sont tous ces gens attaqués sans être nommés ? A l’exception notable du conseillers aux Etats  Dick Marty (une haine particulière envers lui ?), on ne le saura pas. Mais on devine un peu… Ce qui est toutefois frappant, c’est de voir un éditorialiste jouer les « donneurs de leçons » tout en reprochant à d’autres d’être des « donneurs de leçons« . Je me demande bien au nom de quoi les interventions de ceux qui doutent seraient plus stupides que celle de M. Camponovo, éditorialiste de cette édition du weekend.

Qu’est-il donc reproché à cette horde de « pisse-vinaigre » ? Le journaliste accepte tout d’abord de « passer sur ceux qui se lèvent le matin en se demandant ce qu’on va leur cacher et quels complots ils devront déjouer« . Il est vrai que les théoriciens du complot pullulent à notre époque… mais faut-il pour autant renoncer systématiquement au doute et croire tout le monde sur parole (enfin, surtout les « gentils », autrement dit les dirigeants occidentaux…) . On peut toujours se moquer, bien sûr, mais il faut bien admettre qu’Obama demandait à être cru uniquement sur sa bonne mine tout au long de la semaine passée. Aucun début de preuve n’était alors avancé et les autorités américaines ont au moins avancé trois versions différentes du récit de l’assaut du 1er mai (cf. la Liberté des 4 et 6 mai 2011). Le président Bush avait aussi auparavant « inventé » des armes de destructions massives irakiennes… Dans ces conditions, il ne faut pas systématiquement moquer ceux qui doutent dans un réflexe de rejet  : il vaut mieux leur répondre !

Accessoirement, le métier d’un journaliste devrait être de vérifier l’information plutôt que de jouer les porte-parole…

Après les « théoriciens du complot » vient le tour de Dick Marty, qui a accordé une longue interview au même « 24 heures » la veille. Selon Camponovo, celui-ci « sait tout sur tout« . Bizarre, il me semblait avoir simplement lu l’opinion d’une personnalité, ni plus ni moins prétentieuse qu’une autre. Quel crime de lèse-politiquement correct aurait donc commis Dick Marty dans cette interview ?Je n’ai pas trouvé… Toujours est-il que notre éditorialiste estime que les Etats-Unis sont un « pays en guerre » et qu’ils « ont perdu des milliers de citoyens par la faute de l’un des plus grands salauds de l’Histoire« . Et voilà, pour M. Camponovo, cela justifie « en soi » des méthodes expéditives et tous ceux qui se permettent de discuter le bien-fondé de l’attitude des autorités américaines sont des imbéciles. C’est très clairement ce que cet éditorial laisse entendre.

Pourtant, ces affirmations sont assez largement discutables : on peut aussi estimer que Ben Laden est un criminel de droit commun qui devrait passer devant une cour de justice et y livrer au passage toutes sortes d’informations fort intéressantes (qui auraient pu gêner certains…). On peut bien sûr aussi estimer que l’attentat du 11 septembre relevait de l’acte de guerre, comme l’intervention du 1er mai 2011. On peut aussi observer que d’autres « salauds » de guerre ont été jugés à La Haye. Sur l’affaire américaine, différentes thèses sont défendables. Sauf pour M. Camponovo… car lui, il sait !

Fiction : imaginons un commando irakien qui ferait irruption de nuit dans le ranch de Georges W. Bush au Texas et qui éliminerait manu militari (l’Irak est un « pays en guerre« , n’est-ce pas ?) celui qu’il considère comme « un des plus grands salauds de l’Histoire« . Comment réagirait M. Camponovo ? Après tout, d’un point de vue purement comptable, Bush a provoqué plus de morts que Ben Laden : son terrorisme d’Etat bénéficie simplement d’un plus gros budget. Mais ce n’étaient que des arabes… N’ayons donc pas peur des mots : cet éditorial est insultant pour tous ceux qui font métier de réfléchir sur les questions sous-tendues par le terrorisme international et la justice internationale.

Fondamentalement, il n’y a pas lieu de regretter Ben Laden, un homme qui avait beaucoup trop de sang sur les mains. Mais un procès en bonne et due forme aurait aussi été intéressant. On ne saura jamais comment les choses se seraient passées s’il n’avait pas été tué sur le moment. Beaucoup ont expliqué qu’il était trop dangereux pour les Etats-Unis de garder Ben Laden vivant… Mais si c’est trop dangereux pour la première puissance mondiale, quel Etat pourra alors encore se permettre de garder vivant des terroristes capturés ? Faut-il comprendre que tous devront dorénavant systématiser les exécutions sommaires par crainte de représailles ou de prises d’otages ? Ces différents éléments devraient en tout cas inciter à l’humilité : l’histoire alternative n’existe pas.

On peut aussi s’interroger sur le manque d’esprit critique de nos médias. Cela commence par la répétition (comme des perroquets dressés !) de l’expression « inhumé en mer » (sic !). Ensuite, il y a la somme d’argent trouvée sur Ben Laden et évaluée en euros plutôt qu’en dollars, sans que cela ne semble intriguer personne. Puis, il y a les paroles d’Obama (« Justice est faite« ) qui devrait inciter à la réflexion, à moins de renoncer tout de suite à distinguer lynchage et justice. Ce bel exemple sera un jour suivi par un assassin qui viendra lui aussi proclamer devant un tribunal que « justice est faite ».

Bref, les motifs de discussion autour des événements du 1er mai sont nombreux. Nous avons tout à gagner, dans des démocraties, à un débat ouvert sur ces questions. J’avoue personnellement rester très perplexe face à un certain nombre d’éléments et je suis reconnaissant aux divers intervenants de ce débat qui éclairent ma lanterne, que ceux-ci soient favorables à la manière d’agir des autorités américaines ou qu’il y soient hostiles. Je ne sais pas encore si Obama a bien fait ou non. Osons douter, réfléchir, confronter nos impressions : c’est nécessaire.

On peut juste regretter que certains n’aient rien de plus à dire dans leur éditorial que : « fermez vos gueules ».

Daniel


Fil RSS 2.0. Réponses et trackbacks sont desactivés.

2 réponses:

  1. Lenoir écrit:

    entièrement d’accord avec vous (comme quoi tout arrive !). Je me rappelle qu’à la lecture de cet « article » (qui plus est diffusé en 1ère page !), j’ai carrément été choqué par son côté « café du commerce » à peine digne de certains blogs qui pullulent sur la toile.

    Quand je pense que certains sont persuadés que l’ensemble des médias est gangrené par la gauche, voilà au moins un individu qui doit leur plaire !

  2. Lenoir,

    Cela me fait plaisir que nous soyons d’accord (je suis sincère !). Et je suis convaincu que nous pourrions être d’accord sur plus de choses que ce que les apparences pourraient laisser supposer (une fois que nous aurions déposé les malentendus au vestiaire…). :-)

kass les nuts !!!! |
CDI Toulouse-Lautrec |
NEW DAY RELOOKING |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | hhrmo
| Pourquoi boycotter le Danem...
| ronni