Piques et répliques – 2

Quelques réflexions critiques sur tout et rien

4
avr 2011
Démocratie corrompue
Posté dans Politique par Dani à 12:13 | Commentaires fermés

 L’Hebdo du 3 avril 2011 : Financement occulte des partis : L’insoutenable omerta

http://www.hebdo.ch/financement_occulte_des_partis___omerta_95558_.html

Démocratie corrompue dans Politique

 

Enfin… j’ai vraiment envie de dire : enfin ! Les élections fédérales 2007 avaient été dominées par les millions d’une gigantesque campagne publicitaire du premier parti de Suisse. Sous le choc du macro-marketing-politique, les adversaires de l’UDC avaient un petit peu réagi pendant les semaines qui suivirent en se demandant s’il était bien normal que les moyens financiers des partis soient aussi disproportionnés. Puis, le sujet fut assez rapidement oublié… la presse avait d’autres faits divers à fouetter. Six mois avant l’échéance fédérale suivante, le sujet revient à la une de l’actualité…

Mais il est probablement trop tard. Les élections fédérales 2011 vont pouvoir confirmer, voire amplifier les constats faits en 2007. Le dossier proposé cette semaine par « l’Hebdo » articule quelques chiffres intéressants, basés sur les éléments fournis par Media Focus quant au financement des cinq principaux partis entre 2007 et 2010 : UDC 34 649 000.-, PLR 19 515 000.-, PS 9 260 000.-, PDC 7 770 000.-, VERTS 2 059 000.-.

L’Hebdo précise que ces chiffres ne tiennent pas compte d’un tous-ménages de l’UDC qui a coûté 3,9 millions de francs. Dans ces conditions, en tenant compte de ce dernier élément, l’UDC arrive à 38,5 millions alors que les quatre autres grands partis atteignent ensemble la somme de 38,6 millions. L’UDC dispose d’autant d’argent que l’ensemble de ses adversaires, de droite comme de gauche. Un autre calcul montre que la droite dispose de 65,8 millions alors que la gauche n’a que 11,3 millions. Même si on retire le PDC de la droite (en le plaçant alors au centre), on a encore 58 millions à droite. La disproportion des moyens est stupéfiante.

Omerta, financement occulte… l’Hebdo pose ici les bonnes questions : « La Suisse peut-elle continuer à se croire une démocratie modèle  alors qu’elle dispose d’un des systèmes de financement des partis parmi les plus opaques d’Europe ?« . Et c’est sans évoquer le gigantesque réseau de lobbys économiques qui irradie le palais fédéral… La majorité est régulièrement détenue par un parti bancaire, un parti atomique ou un parti chimique. Ce ne sont pourtant pas ceux qui se sont présentés devant les électeurs…

Bien sûr, on peut toujours soutenir que l’argent ne fait pas gagner une votation ou une élection. Il y a évidemment un lot de contre-exemples qui empêche de faire un lien systématique entre financement et résultat. Cela dit, celui qui a le meilleur porte-voix peut mieux se faire entendre. Disposer de moyens importants, ou carrément dominants, permet d’imposer les thèmes, de fixer l’agenda politique ou encore d’entretenir un certain climat de campagne. Et puis, il faut arrêter d’ergoter : si la publicité ne marchait pas, cela ferait longtemps qu’on aurait renoncé à gaspiller des millions en vain.

Cette particularité de la démocratie suisse est en train de déraper dangereusement et expose à plusieurs dangers :

1) Le secret

Par définition, le secret sur les enjeux importants colle mal avec la démocratie. Les citoyens ont le droit de savoir qui est derrière les décisions prises au gouvernement ou au parlement. L’omerta est le fait de la mafia, pas de la démocratie.

2) L’inéquité

Comme dans le sport, le financement occulte agit ici comme une forme de dopage. On est très loin de l’équité sportive et les meilleurs arguments ne servent à rien s’ils restent confidentiels. C’est même assez immoral.

3) La tentation de la surenchère

Pour se défendre, les partis actuellement défavorisés vont être tentés de mettre beaucoup d’énergie dans des recherches de fonds, au détriment des programmes et de la réflexion. Et nous finirons par avoir des campagnes à l’américain, flonflons et paillettes en prime.

4) La corruption

Celui qui finance en secret un parti politique ne le fait pas gratuitement. Il attend un renvoi d’ascenseur. Cette façon de procéder s’apparente à de la corruption. Combien coûte une décision favorable ?

5) L’influence rédactionnelle

Lorsqu’un parti devient un annonceur important dans les médias, il finit par avoir une influence sur le contenu rédactionnel. Pas explicitement, mais par effet d’autocensure. Difficile de sortir un scandale si on prend le risque de perdre une partie du budget du journal…

 

Combien ont déjà baissé les bras ? La publication des comptes serait facilement contournable, le financement public inacceptable pour les électeurs, des fondations et comités de soutien feraient diversion… Arguments d’autant plus faciles qu’on n’a tout simplement pas essayé de moraliser le système !

Et puis, il y a bien évidemment tous ceux qui n’ont pas envie de changer parce qu’ils sont les gagnants du système. L’UDC, d’abord, mais aussi le parti libéral-radical. Son secrétaire Stefan Brupbacher, cité par l’Hebdo : « Il n’y a que le président Fulvio Pelli et moi qui connaissons la provenance des fonds« . Comme je n’aimerais pas être militant ou candidat d’un parti dont on ne peut pas savoir s’il est financé par des gens peu fréquentables…

Il existe pourtant des voies qui pourraient être explorées, afin de revenir à une démocratie qui ne dérive pas vers la ploutocratie. Mais cela demandera du courage et de la volonté… Et comme ces qualités sont souvent à vendre, la démocratie risque bien d’être corrompue.

Daniel


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