Piques et répliques – 2

Quelques réflexions critiques sur tout et rien

8
fév 2011
UDC = menteurs !
Posté dans Propagande par Dani à 1:11 | 14 réponses »

Une annonce payante de l’UDC dans les quotidiens – Février 2011

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.
J’affirme : « L’UDC ment ! »

 

Et je le démontre… :

Dans une annonce parue  le 5 février 2011 dans le quotidien vaudois « 24 heures », l’UDC titre :

« Voici ce que nous devons à la gauche et aux partis du centre :

4 milliards de francs d’impôts, de redevances et de taxes supplémentaires depuis le début de l’année !« 

Puis, elle complète en affirmant que « depuis le 1er janvier 2011, l’Etat tire presque 4 milliards de francs supplémentaires des poches de la population« , que « cela fait 450 francs par habitant » ou « 1800 pour une famille de quatre personnes« . Puis arrive l’estocade : la faute en est à la gauche et aux partis du centre « qui ont imposé cette hausse des impôts et redevances » que seule l’UDC a combattue. Suivent deux sortes de notes de bas de page en petits caractères serrés (que personne ne lira…). La première indique que les 4 milliards sont issus de la hausse de la TVA de 0,4 % à partir du 1er janvier, des augmentations des primes d’assurance maladie, ainsi que du 0,2 % de prélèvement en faveur de l’assurance chômage. La seconde signale que « l’UDC s’est battue seule contre la hausse de la TVA voulue par les autres partis » et a également combattu les autres dispositions. Voilà.

Où est le mensonge ?

Il est là, dans l’assertion suivante : « La gauche et les partis du centre ont imposé cette hausse des impôts et des redevances« . Pourquoi ? Parce que c’est la population suisse elle-même, qui a pris ces décisions, en votation populaire !

La hausse de 0,4 % de la TVA (pour rééquilibrer les finances de l’AI) a été acceptée en votation populaire le 27 septembre 2009 (attestation du résultat ici). La hausse de 0,2 % (0,1 % pour l’employé et 0,1 % pour l’employeur) a elle été acceptée en votation populaire le 26 septembre 2010. La deuxième note de bas de page fait aussi allusion à d’une disposition rejetée dans le domaine de l’assurance maladie et l’acceptation de l’assurance maternité. Il s’agit là aussi de résultats de votations populaires. Il n’y a donc eu aucun parti pour « imposer » ces décisions : elles sont le fruit d’un débat national et d’une votation populaire, soit la ratification la plus légitime qui soit en démocratie. Nulle part l’annonce n’indique qu’il s’agissait de votations populaires; l’intention de tromper l’électeur est donc manifeste. L’UDC pense probablement que ses électeurs ont une mémoire de poisson rouge et ont déjà oublié depuis longtemps ces votations… Il est terrible de penser qu’elle a peut-être raison.

Il ne faut pas oublier que le système de démocratie directe permet aux citoyens suisses de verrouiller le système fiscal : le taux de TVA maximal figure dans la constitution (référendum obligatoire) et les diverses taxes et impôts sont basés sur des lois soumises au référendum facultatif. C’est donc bien le peuple suisse qui accepte ou non des hausses et aucun parti ou aucune alliance de partis ne peut les imposer. Impôts et taxes…. mais de quelles « redevances » l’UDC peut bien parler dans son annonce… Encore un truc.

Le toupet incroyable du parti ressort encore mieux lorsqu’on poursuit l’examen de l’annonce jusqu’au bout : on y découvre le slogan démagogique du parti : « Les Suisses votent UDC« - « pour moins d’impôts, de redevances et de taxes« . Au passage, on rappellera qu’une majorité de Suisses (environ 70 %) NE VOTENT PAS POUR L’UDC. Mais surtout, il faut remarquer à quel point le slogan tombe ici à plat : ce sont justement « les Suisses » qui ont accepté les augmentations en question. Mais l’UDC n’a que faire de la démocratie quand elle ne va pas dans son sens. Si quelqu’un ose critiquer la décision populaire sur les minarets, c’est tout de suite un concert de hauts cris contre les « anti-démocrates ». Mais lorsqu’il s’agit de décisions fiscales contre des recommandations de l’UDC, exit la démocratie. Un peu comme quand Blocher était allé en Turquie critiquer une disposition pourtant adoptée en votation populaire…

Cette annonce est un tissu de mensonges éhontés. L’UDC confirme de la plus belle des manières son statut de parti menteur, manipulateur et démagogique. Et je m’interroge : faut-il que « 24 heures » et/ou Edipresse soit vraiment sur la paille pour accepter d’intégrer à sa page de tels mensonges « payants ».

Daniel

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14 réponses:

  1. Ben oui, pauvre UDC, ils sont bien obligés de passer par la pub pour se faire entendre puisque tous les journalistes sont des homosexuels de gauche

  2. Après « violeur et bientôt suisse » l’UDC n’est finalement plus à un mensonge près.

  3. xavier écrit:

    Merci pour ce petit mot. La seule chose que je regrette, c’est que tant qu’on parle de l’UDC et des ces mensonges, on ne parle pas de problèmes de fond, d’idée de société (notament celle de gauche), etc.

    Bref, nous faisons le jeu de l’UDC en lui faisant de la pub.

  4. @Xavier :

    L’UDC n’a plus besoin de pub : lorsqu’on demande aux gens de citer des noms de partis, c’est le premier auxquels ils pensent. Par contre, il est indispensable de montrer à ses victimes (je pense ici aux classes populaires qui se font déshabiller socialement par l’UDC au parlement…) qu’il s’agit de manipulateurs et non de défenseurs de leurs causes.

    Cela n’empêche pas de parler AUSSI des vrais problèmes dans les domaines social, économique et écologique. Ce serait la tâche des partis (!), alors qu’un blog de critique de l’info et de la communication cherche à redresser les contre-vérités.

    Question bête : est-ce que les Egyptiens qui tiennent la place Tahrir font de la publicité à Moubarak ?

  5. Cidrolin écrit:

    Merci pour ce très bon papier.

    Une remarque toutefois: il est faux de dire que 30% des Suisses votent UDC, car ces 30% (selon les sondages, rappelons-le!) correspondent à des citoyenNEs faisant usage de leur droit de vote. Or, au niveau suisse (il y a de fortes variations d’un canton à l’autre), le taux d’abstention avoisine généralement 50%. Donc, il convient de dire que 15% des citoyens votent UDC (selon les sondages) ou que 30% des électeurs actifs votent UDC.

  6. Excellent article, merci ! Lorsque les agences de presse citent l’UDC dans un communiqué international, elle précisent UDC (extreme droite) ou UDC (extreme droite nationaliste). Il n’y a pas de faux étiquetage, comme dans la consommation intérieure : union démocratique du centre ?…. bien peu démocratique, encore moins du « centre ».
    Dommage qu’on ne puisse faire les condamner pour usurpation illégale d’identité, faux et usage de faux.

  7. @Cidrolin :

    Sur le principe, je suis d’accord avec vous. Seuls 15 % des citoyens/citoyennes suisses ont effectivement voté UDC lors des dernières élections fédérales. Mais cela signifie que seuls 5 % ont voté pour les verts, seuls 10 % ont voté pour le PS, etc. On pourrait effectivement chaque fois diviser tous les chiffres par deux.

    Cela dit, les abstentionnistes ont choisi de s’abstenir, soit de laisser les autres décider pour eux. Par extension, il n’est donc pas illégitime de considérer qu’ils ont renoncé (temporairement) à leur rôle de citoyen. Sur les citoyens réellement actifs en octobre 2007, environ 30 % ont voté UDC (en fait, 28,9 %…)

    J’ai une autre raison pour quand même dire 30 %…. mais elle est assez terrible. La seule étude (à ma connaissance) qui ait étudié quel serait le vote des abstentionnistes donnait 40 % à l’UDC… :-(

  8. Pascal écrit:

    @ Chris,

    D’après vous, est-ce démocratique de vouloir faire annuler une votation parce qu’elle ne correspond pas à son avis ? Est-ce démocratique de demander l’annulation d’un scrutin alors que 52 % des votants l’ont accepté.

    Et c’est pourtant que votre gauche, soi-disant démocratique, à tenter de faire par 2 fois ces 2 dernières années.

    Jusqu’à nouvel avis, jamais l’UDC n’a demandé l’annulation d’un scrutin qu’elle avait perdu (à sa décharge, elle n’en a pas perdu bcp ces dernières années !). Alors qui est le plus anti-démocratique ?

  9. @Pascal :

    - Pourriez-vous m’indiquer pour quelles votations « la gauche » aurait demandé une ANNULATION ?

    A ma connaissance, aucun parti (de gauche ou de droite ou des extrêmes) n’a demandé une annulation de scrutin depuis bien longtemps. Mais il est possible que vous ne maîtrisiez pas tout à fait le sujet et que vous parliez d’autre chose… :-) Merci de bien vouloir être plus précis.

    En attendant, le parti qui se prétend démocratique et qui ment aux électeurs et qui vient de se faire prendre les doigts dans le pot de confiture, c’est bien l’UDC !

  10. Cidrolin écrit:

    La question de l’abstentionnisme pose des difficultés tant intellectuelles que politiques. Je me borne ici à quelques remarques

    Premièrement, on ne peut pas réduire l’abstentionnisme à un choix de ne pas participer aux élections et votations. Certes, pour une minorité d’abstentionnistes, il s’agit d’un choix politique (revendiqué comme tel) qui traduit un rejet des institutions de la démocratie représentative. Mais les travaux disponibles sur la question soulignent surtout que la majorité des abstentionnistes s’autoexcluent « spontanément » de la prise de décision car ils ne se sentent pas habilités ou en mesure d’émettre une opinion sur la politique en général ou sur un sujet particulier. Pour le dire autrement, les personnes concernées ne se reconnaissent pas la capacité ni la légitimité à voter.

    Deuxièmement, je souhaitais surtout vous rendre attentif au fait qu’en ne prenant pas en compte les abstentionnistes on les réduit au silence et à l’invisibilité une seconde fois et ? à mon sens, c’est le problème le plus grave ? on nie purement et simplement le phénomène. Or, l’abstentionnisme (quelles qu’en soient les causes) met à mal bon nombre de croyances et de mythes concernant la démocratie. Pour ne prendre qu’un exemple, dès lors qu’on admet le fait que la moitié des citoyens ne participent pas aux votations et élections, la représentativité et, partant, la légitimité des autorités élues et des décisions « populaires » ne peuvent que s’en trouver affaiblies. On a affaire là à un taboo au sens propre du terme. En effet, avez-vous entendu des politiques se soucier de cette question récemment? À l’inverse, certains partis (notamment l’UDC) s’opposent même aux campagnes de sensibilisation visant à inciter les électeurs à voter…

    En conséquence, de même qu’il est factuellement juste de dire que 15% des électeurs suisses votent pour l’UDC (10% pour le PS, etc.), il l’est tout autant d’affirmer que le premier parti de Suisse n’est pas l’UDC, mais l’abstention. Et je le fais d’autant plus volontiers que nos « élites » (i.e. tous les partis politiques sans exception) nient ce fait extrêmement problématique pour toute société prétendument démocratique.

    Enfin, concernant l’étude dont vous parlez, je me bornerai à relever son absurdité: cette étude n’a pas d’objet, puisque les sujets par définition ne votent pas… C’est un peu comme si des biologistes cherchaient à savoir si, dans l’hypothèse où ils se tiendraient debout sur leurs pattes arrières et se déplaçeraient ainsi, les chiens pratiqueraient plutôt le football ou le basketball…

  11. Cidrolin écrit:

    Desole pour les accents.

    Est-il possible d’editer son message pour corriger ce genre de choses?

  12. @Cidrolin : apparemment, vous ne pouvez pas éditer. Moi, je peux, mais en me loguant comme « propriétaire du blog ». Donc, vous pouvez m’envoyer par la page « contact » un message pour éditer si c’est important… (franchement, je ne vous en voudrai pas pour les accents… ;-) ).

    Vos interventions sont intéressantes. Au fond, je me sens en accord avec le fond de votre pensée, mais en désaccord sur certains points plus précis.

    En fait, mon propos n’est certainement pas d’exclure encore plus les abstentionnistes (que je définis personnellement comme les gens qui ne s’intéressent pas à la politique et ne s’investissent donc dans les décisions : ils ne manifestent donc pas, ne discutent pas, ne se syndiquent pas, ne revendiquent pas, etc. – Il ne s’agit donc pas que de mettre un bulletin dans l’urne, nous sommes bien d’accord sur ce point). Tous les jours, je bataille dans des classes d’apprentis ou de candidats à la maturité professionnelle pour susciter un intérêt pour la « chose publique », pour leurs droits, etc. Mon intention n’est donc certainement pas d’enfoncer une deuxième fois les soumis…

    Je crois avec vous que les politiques n’ont pas grand chose à « foutre » de l’abstention, puisqu’elle n’empêche pas de gouverner. Ce qui retient mon attention dans votre dernier commentaire, c’est ce statut de « sujet ». Je pense que je n’avais jamais vraiment vu les choses ainsi : cela me fait réfléchir…

    Cela dit, cette réflexion a ses limites. Les abstentionnistes d’une votation ou d’une élection ne sont pas ceux d’une autre. De nombreuses personnes participent occasionnellement. Il s’ensuit que le nombre de « participants » au moins occasionnels est sensiblement supérieur à 50 % et doit probablement approcher les 75 %. Il est donc difficile pour moi d’estimer a priori les quantités respectives de « sujets » et de participants occasionnels. En fait, cela pose la question de la capacité de choisir.

    Or, cette question se pose également en ce qui concerne ceux qui vont réellement déposer un bulletin dans l’urne… Pensez simplement au nombre de personnes qui font part de leur difficulté à comprendre s’il faut mettre un OUI ou un NON pour soutenir une interdiction ! Ces gens se sentiront-ils capables de décider sur une loi concernant la fiscalité ou les assurances sociales ? Je suis personnellement convaincu que l’UDC a « capté » tout un électorat complètement déboussolé qui se laisse attirer par des slogans faciles (ou des mensonges comme dans l’annonce incriminée dans ce billet) et finit par voter complètement contre son intérêt. Je ne suis plus vraiment sûr de voir une différence aussi nette entre participants et abstentionnistes. Du coup, l’étude dont j’ai parlé (j’avais assisté à une présentation du professeur Kriesi, politologue, qui l’avait mentionnée… mais je ne suis pas sûr de la retrouver) peut paraître absurde… c’est vrai… mais je pense aussi qu’elle met bien en évidence le phénomène. Ces abstentionnistes sont suffisamment déboussolés pour risquer de tomber dans les filets les plus attirants au premier regard…

    Cela dit, je retiens l’idée de fond : peut-être vaut-il la peine de prendre en compte et de mettre en évidence l’importance de l’abstention. La sujétion qui sous-tend le phénomène devrait donner lieu à un travail de fond.

  13. Nicolas écrit:

    Votre débat est très intéressant.

    Je me permets de vous poster un lien concernant le thème de cette article, puisqu’il a été «caricaturé» par Couleur 3 ce mercredi matin dans «120 secondes».

    http://www.rsr.ch/#/couleur3/programmes/120-secondes/

  14. Merci Dani pour cet article, trop rares sont ceux qui prennent le temps et la peine de clarifier et démystifier le discours du populisme.

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