Piques et répliques – 2

Quelques réflexions critiques sur tout et rien

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Archive pour le 29 janvier, 2011


Anticiper octobre 2011

29 janvier, 2011
Politique | 6 réponses »

Le Temps du 28 janvier 2011 : Sondage choc, l’UDC approche les 30% d’électeurs, le PS recule

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/d67e74a2-2af5-11e0-bb6a-b5ed9cb75e4e/Sondage_choc_lUDC_approche_les_30_d%C3%A9lecteurs_le_PS_recule

sondagelections2011.jpg         (Graphiques ici).

 

Un sondage près de 10 mois avant les élections ne devrait pas être trop pris au sérieux : les électeurs ne se préoccupent pas encore de l’échéance et les questions qui sont dans l’air ne sont pas celles qui seront en évidence lors de la campagne électorale. Cela n’empêche pas les médias de s’emparer de ces sondages qui permettent toutes sortes de développements (sur le site de la TSR, par exemple).

Il n’est donc pas encore possible de prévoir les résultats des élections fédérales d’octobre 2011. C’est entendu. Mais un sondage de ce type peut fournir un prétexte pour réfléchir aux stratégies politiques des partis. Je vais donc utiliser les résultats de ce sondage comme s’il s’agissait tout simplement d’un scénario… parmi d’autres scénarios possibles. Que dit alors celui-ci : l’UDC à 29,8 % (qui réussit donc encore à gagner) et la gauche en perte de vitesse, le PS à 18,0 % et les Verts à 8,8 % (soit26,8 % pour les deux partis de gauche).

La fiche technique du sondage concède une marge théorique d’erreur de 2,5 %. Il s’ensuit donc que l’UDC pourrait tout aussi théoriquement atteindre 32,3 % et la gauche tomber plus bas encore. L’inverse est évidemment aussi possible, une UDC en baisse par rapport aux élections de 2007 (28,9 % alors) et une gauche qui maintiendrait ses positions. Mais le scénario qui ressort de cette enquête, c’est la probabilité d’une nouvelle avancée de l’ultra-droite UDC et un recul de la gauche. Et c’est sur ce scénario que je voudrais réfléchir, parce qu’il serait neuf, contrairement à un maintien des positions actuelles des partis.

Le président du PS, Christian Levrat, évoque un « glissement inquiétant« . A juste titre : si le sondage voit juste, les pertes de la gauche l’empêcheraient désormais de faire passer certains projets en s’appuyant sur des alliés au PDC ou dans les franges les plus modérées des radicaux. Les seules alliances efficaces resteraient les « alliances contre-nature » avec l’UDC, mais on sait que celles-ci ne fonctionnent que négativement, pour couler un projet et non pour mettre en place des propositions constructives.

Etant donné que ce scénario n’est pas complètement farfelu et pourrait devenir réalité, il est indispensable de le prendre en compte. L’impression qui se dégage depuis quelques années est que les partis gouvernementaux (PS, PDC et PLR) vont aux élections fédérales comme à l’abattoir. La certitude de se faire battre par un parti qui dispose d’un budget supérieur à celui de tous les autres partis et l’impression d’une montée inexorable semble accabler les politiciens qui ont dirigé la Suisse depuis des décennies. A titre personnel, je suis révolté par l’impression que personne ne tente rien contre la montée de l’extrême-droite.

Dans ces conditions, la question de la participation des partis de gauche au gouvernement devrait se poser, mais pas forcément comme elle s’est posée à l’occasion des gifles reçues lors d’élections au gouvernement. Les dirigeants socialistes ont coutume de dire qu’ils ont plus à gagner à être présent au gouvernement qu’à ne pas y être. En admettant qu’ils aient raison, peut-on demander si le peuple suisse est lui aussi gagnant ? Des conseillers fédéraux socialistes voués à la dégustation de couleuvres et contraints d’accepter les départements que la droite ne veut pas, est-ce que c’est une perspective stimulante pour tous ceux qui souhaitent faire évoluer notre société ? Et si un des sièges socialistes venait à être donné aux Verts par la droite, qu’est-ce qu’on y gagnerait ?

Mon sentiment est ici celui d’une gigantesque constipation politique. Personne ne bouge en espérant garder le peu de pouvoir qui reste à ceux qui devraient ambitionner de réformer la société. Il est vrai que la gauche se voit dépouiller peu à peu d’une grande partie du vote des classes populaires en faveur de l’UDC et qu’elle ne sait plus si elle doit glisser vers le centre pour conforter un électorat centriste de classe moyenne ou glisser vers la gauche pour motiver un électorat populaire. Un coup à droite, un coup à gauche, sans aller de l’avant…

A ce stade, j’ai envie d’évoquer le souvenir du fameux « gouvernement monocolore » du canton de Genève, élu en 1993. A l’époque, des libéraux brûlant d’enthousiasme pour le néolibéralisme à l’américaine avait réussi à entraîner les autres partis de droite pour bouter hors du conseil d’Etat les deux socialistes qui y siégeaient depuis des années. Je suis personnellement convaincu qu’une partie des dirigeants de l’UDC rêve secrètement de réussir une opération analogue, même si les moyens seront différents étant donné la différences des modes d’élection). La gauche doit-elle sagement attendre la baffe ou adopter une stratégie d’anticipation ?

Il faut se souvenir que le « gouvernement monocolore » n’a pas duré plus qu’une législature (4 ans). Depuis, la gauche genevoise a toujours eu au moins trois représentants au gouvernement. Dès lors, est-ce que la gauche fédérale ne pourrait pas imaginer d’être un peu plus ambitieuse que le mouton conduit à l’abattoir ? Rien n’empêcherait le PS et les Verts de conduire une campagne offensive, en expliquant qu’ils visent un résultat déterminé (par exemple 30 ou 33 % des voix ensemble) qui leur permettrait de faire appliquer au moins une partie de leurs programmes, mais qu’ils renonceraient à participer au gouvernement si la population ne leur accordait pas une confiance suffisante. Après tout, si « le peuple » vote à 75 % à droite, il n’est pas complètement illogique qu’on lui accorde un gouvernement clairement orienté à droite.

Cela permettrait à la gauche de se profiler à nouveau clairement. Un petit tour sur les sites de quotidiens montre une quantité invraisemblable de commentaires associant sans distinction le PS à la politique de droite menée par la majorité parlementaire fédérale. Redonner un peu de clarté aux clivages politiques permettrait au PS et aux Verts de mieux montrer qui dit quoi et qui fait quoi, que ce soit lors de la campagne électorale ou ensuite dans une opposition déterminée à coups de référendums (ce qui s’était passé pendant 4 ans à Genève, avec un Conseil d’Etat plusieurs fois désavoué). Mais il faudrait pour cela oser prendre quelques risques pour tenter de redonner une envie de gauche à une partie de l’électorat.

Moi-même, je ne me sens plus très motivé à voter pour ceux qui baissent la tête en attendant tristement la défaite et la perspective de gouverner avec trois conseillers fédéraux blochériens. Mes suffrages pourraient dès lors s’égarer ailleurs en octobre 2011…

Daniel

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