Piques et répliques – 2

Quelques réflexions critiques sur tout et rien

9
mai 2010
Scientifiques contre scientifiques ?
Posté dans Divers par Dani à 1:25 | 21 réponses »

24 heures du 7 mai 2010 : Le changement climatique échauffe les scientifiques

Scientifiques contre scientifiques ? arton7

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L’édition du 7 mai de « 24 heures » consacre une page entière à la question du réchauffement climatique(cette page n’est malheureusement pas disponible en ligne).Le ton est donné d’emblée dans l’en-tête : controverse, mise en cause, pierres d’achoppement. Il s’agit en fait d’un »entretien croisé » entre deux « scientifiques » : Serge Galam, chercheur au CNRS et présenté comme « chef de file des climatosceptiques » et Martin Beniston, climatologue et présenté comme « proche du GIEC« .

« Climatosceptiques« , « Proche du GIEC« … voilà bien des positionnements assez peu relatif à la prépondérance scientifique de la question. En fait, Serge Galam est « épistémologue » et Martin Beniston est « climatologue« . Bon, c’est court une page… mais il est intéressant de confronter les manières d’aborder le sujet des deux intervenants. Je ne me permettrai pas de trancher un débat fort éloigné de mes domaines de compétences, mais je souhaite par contre discuter certains des procédés de communication utilisés.

Tout au long de ses interventions, le climatologue Martin Beniston évoque avant tout les démarches scientifiques, les découvertes déjà réalisées, les limites de sa « science« , les enjeux. Il finit aussi par déplorer l’inaction des gouvernements et l’échec complet de la conférence de Copenhague. Il signale aussi qu’il y a en fait « peu de scientifique sceptiques« . A la question de savoir si les climatosceptiques sont des « criminels qui mettent en danger la planète« , il répond de manière plus nuancée qu’ils seraient plutôt « des irresponsables, car les mesures à prendre pour limiter le réchauffement sont des mesures qui seront de toute façon bénéfiques pour l’assainissement de la pollution de l’air, de l’eau et des sols, avec des avantages pour de nombreux secteurs économiques, pour la santé de l’humain et de l’environnement« . En effet, il semble qu’un certain nombre de personnes n’ait pas encore remarqué que c’est le même genre de mesure qui est à même de répondre à la fois à la crise énergétique, à la crise écologique, à la crise climatique et à la crise économique et sociale… Merci à Martin Beniston de le rappeler. Le climatologue, qui évite donc les attaques personnelles ou les pétitions de principe, s’est donc surtout concentré sur des réponses factuelles et scientifiques avant tout et comme il aime à le rappeler : « les incertitudes ne sont pas occultées, ni par le GIEC, ni par les scientifiques« . En effet, si on lit les rapports, on constate que des éléments d’incertitude sont régulièrement mentionnés.

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Son interlocuteur croisé par « 24 heures » aborde les choses de manière assez différente. D’emblée, il précise que « la climatologie n’est pas une science et qu’elle n’en est qu’aux balbutiements« . Dire « ce n’est pas une science » consiste ici surtout à signifier qu’il s’agirait d’une « idéologie« . Mais l’évocation des balbutiements vient en parallèle contredire l’assertion… D’une certaine manière, toutes les sciences en sont aux balbutiements… et il faut signaler que les premiers à le reconnaître sont bien les climatologues !

Plus loin, Serge Galam passe à l’attaque : « Croire qu’il existerait une clé unique, la quantité de CO2 anthropque dans l’atmopshère, pour régler tous les problèmes de l’hmanité, relève d’une croyance de culte idolâtre« . Ici, le procédé est quasi transparent pour un lecteur attentif : le climatosceptique de service invoque « la croyance idolâtre » de celui qui ne pense pas comme lui (alors qu’on se rend très bien compte en lisant Beniston qu’il s’agit au contraire d’une approche prudente, nuancée et argumentée), parle de « clé unique » (ce que personne n’a jamais prétendu), se limite au CO2 anthropique (alors que les climatologues parlent bien de l’ensemble des gaz à effet de serre, parmi lesquels le CO2) et simplifie à l’extrême en accusant ses adversaires de vouloir « régler tous les problèmes de l’humanité » par ce biais (ce que personne n’a jamais dit non plus !). Si par hasard vous avez besoin de cours de manipulation, pensez à vous adresser à Serge Galam… il a l’air très fort !

Mais ce n’est pas tout. Serge Galam estime encore qu’il faut « se réjouir » de l’échec de Copenhague parce qu’un accord aurait été « le début d’une dynamique hasardeuse ouvrant la voie à des dérives totalitaires et colonialistes« . Et un point Godwin pour Galam ! Totalitaire, colonialisme… rien que ça. Et pour couronner le tout, Galam assène que cette « communauté a réussi à imposer à l’opinion publique et aux politiques sa « vision » de l’évolution du monde« . A nouveau, on aurait envie de lui répondre que tout ce qui est excessif est dérisoire. A constater l’échec de Copenhague malgré la petitesse des ambitions, l’augmentation de la production-consommation de CO2 et le je m’en foutisme général sur la question du dérèglement climatique… on cherche en vain où pourrait être observée « l’imposition d’une vision du monde » par les climatologues. En plus, pas juste une opinion sur un thème scientifique donné…. non, une « vision du monde« , carrément. Galam n’a pas peur des mots.

On dit souvent que « l’idéologue, c’est l’autre« . Serge Galam en fait ici une démonstration particulièrement éclatante. Là où Martin Beniston a répondu sur les faits et les démarches scientifiques, lui s’est livré à des attaques parfaitement idéologiques en attribuant justement  l’épithète d’idéologue à l’adversaire théorique.

A partir de là, on peut avoir l’opinion qu’on veut sur la question du dérèglement climatique (tous le monde a un anus, tout le monde a un avis…normal !), mais on ne peut s’empêcher d’être frappé par les façons d’argumenter des uns ou des autres. A cet égard, un Claude Allègre est d’ailleurs encore plus effarant qu’un Serge Galam… Je terminerai donc en citant les propos (de la rédactrice) qui accompagnent cette interview croisée : « On sait que le courant ultraminoritaire qui fait grand bruit est soutenu par les lobbys, notamment celui du pétrole. On voit aussi souvent que les scientifiques qui prennent la parole ont leur carrière derrière eux. Ils sont en outre rarement dans leur domaine de compétences« . A eux de prouver le contraire… s’ils le peuvent.
Daniel


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21 réponses:

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  1. Richard Golay écrit:

    « C?est bien là le problème des climatosceptiques : ils se contentent de pointer les défauts des travaux des climatologues (il y en a forcément?), mais sont bien en peine de présenter un début de commencement de théorie alternative. »

    Bonjour Dani,

    Il y a les questions autour du fonctionnement du GIEC (organisme à la croisée de la politique et des sciences; on voit ce que cela peut donner parfois –> OMS/grippe A-H1N1) et les théories scientifiques pour expliquer l’évolution observée du climat. C’est personnellement le second point qui m’intéresse.

    Pour info, il existe actuellement deux théories alternatives à celle du CO2 anthropique:

    1. L’influence des oscillations océaniques : plusieurs CLIMATOLOGUES internationaux de haut niveau, dont Mojib Latif, professeur de Physique du Climat à l’Institut Leibniz de Sciences Marines de l’Université de Kiel et membre du GIEC, ont mis en évidence ces trois dernières années l?influence des oscillations océaniques multidécennales, estimée à 50% (!), sur le réchauffement de notre climat au cours des années 1980 à 2000.

    http://www.electron-economy.org/article-judith-curry-nous-avons-probablement-sous-estime-le-role-des-oscillations-oceaniques-discovermagazine-com-46968532-comments.html

    2. L’influence des rayons cosmiques sur la formation des basses couches nuageuses en tenant compte de l’activité magnétique du soleil. Un documentaire exceptionnel, diffusé sur Arte début avril, présente les travaux d?un physicien danois Henrik Svensmark. Je vous le recommande… chaudement ! Vous verrez, cette théorie est très « poétique ». Sachant qu’en sciences, les meilleures théories sont souvent les plus belles, perso, je parie sur celle-ci ! ;-)

    http://www.dailymotion.com/video/xcteyl_1-5-le-secret-des-nuages_news
    http://www.dailymotion.com/video/xctetz_2-5-le-secret-des-nuages_news
    http://www.dailymotion.com/video/xctepg_3-5-le-secret-des-nuages_news
    http://www.dailymotion.com/video/xctele_4-5-le-secret-des-nuages_news
    http://www.dailymotion.com/video/xctehq_5-5-le-secret-des-nuages_news

    De ce que j’ai suivi, certains propos de Galam se justifie parce que ces théories alternatives n’ont pas voie au chapitre (ou trop peu) alors qu’elles sont très sérieuses et débattues par les climatologues actuellement. Des spécialistes comme Monsieur Beniston se gardent bien de les évoquer en public, parfois en aparté. L’aspect « communication », objet de votre billet, est bien un élément très important sur ce sujet (comme sur d’autres bien evidemment). Lire, sur les aspects politiques, les récents articles à ce sujet, très instructifs, du sulfureux Thierry Meyssan.

    http://www.voltairenet.org/article164792.html

    Cordialement

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