Piques et répliques – 2

Quelques réflexions critiques sur tout et rien

6
mai 2010
Euro : le match Grèce – Allemagne
Posté dans Scène médiatique par Dani à 1:12 | 3 réponses »

Autour des informations relatives à la crise financière en Grèce

Euro : le match Grèce - Allemagne dans Scène médiatique dbef6c2a-125a-11df-8b12-0616ee84ffb6

.
On se croirait dans le championnat d’Europe de football (que la Grèce avait remporté en 2004 - l’Allemagne ayant été éliminée avant les quarts de finale…). Il y a les Allemands, il y a les Grecs… qu’on oppose comme s’il s’agissait de compétition sportive, en opposant globalement un pays à l’autre et en faisant fi des conflits internes. Comme quand votre voisin vous croise dans l’escalier en déclarant : « On a gagné !« .

Et il en va de même lorsqu’on évoque les risques financiers touchant le Portugal, l’Espagne, l’Irlande et tant d’autres. Ce sont les autres équipes en lice… Je reste ébahi à quel point on évoque peu les différences entre acteurs économiques au sein d’un même pays : tous les Grecs ne sont pas à la même enseigne. On assiste à une gigantesque réification… comme au foot : la Grèce joue contre l’Allemagne ! (Et ce n’est certainement pas la finale…).

Ce n’est pas la seule chose étonnante dans les informations quotidiennes relatives à cette crise de la dette publique. Les commentateurs rivalisent d’imagination dans le champ lexical du bon samaritain : il est question d’aide, de soutien, de solidarité, d’assistance, de sauvetage, de secours et même de subsides et de générosité envers la Grèce. Oserait-t-on tout de même rappeler que les montants en dizaines de milliards mobilisés sont des prêts et non des dons…. Il y a deux jours, une de mes collègues de travail évoquait sa compréhension pour les pauvres allemands qui ne voulaient pas « donner » de l’argent à la Grèce. Pas de doute, un peu plus de clarté dans l’information pourrait contribuer à une bonne compréhension.

D’ailleurs, il est piquant de constater que ces aides sous forme de prêts sont avant tout une manière de contourner les « marchés » (j’y reviens de suite…) : en fait, l’Allemagne et les autres Etats européens vont simplement emprunter l’argent sur les marchés (à des taux plus bas que les Grecs), puis reprêter ce même argent aux Grecs un peu plus cher en réalisant une marge au passage (ben oui…. il y a un risque qui est rémunéré !). Mais si votre banquier refinance une partie de votre hypothèque à un taux plus élevé… est-ce que racontez à vos amis qu’il vous a « aidé » ?

« Les marchés » font ceci ou cela, exigent, décident, etc. « Les marchés » sont personnifiés. Mais ils restent toutefois assez mystérieux… ces gens-là. Les journaux parlent d’eux sans trop de précisions. Eh bien, « les marchés« , ce sont ici notamment ceux qui possèdent, ou ont possédé, les titres de la dette grecque. Ce sont entre autres des banques (principalement allemandes et françaises) qui peuvent emprunter à des taux très bas auprès de la Banque centrale européenne (ce que les Etats n’ont pas le droit de faire) et qui reprêtent ensuite à des taux plus élevés aux Etats en achetant leurs obligations. Ces titres peuvent d’ailleurs encore servir aux banques à obtenir de nouveaux prêts lorsqu’ils sont déposés comme garantie auprès de la Banque centrale. Bingo pour les marchés !

maillot-foot-europe dans Scène médiatique

.
A longueur de pages ou de téléjournal, on parle de « l’aide à la Grèce« . Mais maintenant que le plan a été adopté, on est en droit de se demander qui a été le plus aidé : les habitants, rentiers, travailleurs, fonctionnaires grecs ou les banquiers allemands et français qui détiennent les titres de l’Etat grec. Poser la question, c’est en quelque sorte y répondre. Parce qu’une alternative aurait consisté à rééchelonner la dette grecque… mais cela aurait été moins rigolo pour les banques. Au passage, on remarquera que le programme d’économies de l’Etat grec ne touche pas du tout les dépenses militaires, pourtant les plus élevées de l’Union européenne…

Et tout cela sans s’attarder encore sur l’avalanche de stéréotypes proposés à longueur de page, avec une Allemagne « vertueuse » et une Grèce « laxiste« . A cet égard, il est intéressant de lire cette série d’articles de Jacques Sapir qui s’attaque aux mythes de cette crise (1,2 et 3) : cela relativise bien des choses. Et le comble c’est bien cette trouvaille acronymique : « les PIGS » (Portugal, Irland, Greece, Spain). Faut-il comprendre que les Allemands ont l’intention de les transformer en Bratwurst ?

S’il faut vraiment retenir la métaphore footballistique, il faudrait alors noter que le match réel a opposé la Finance aux Etats et qu’il se termine sur un score de 2 à 0 : les financiers sont en train de réussir à échapper à une régulation plus contraignante tout en dictant leurs conditions aux Etats.

Et je viens juste de découvrir cet article sur Largeur.com qui complètera mon propos.

Daniel


Fil RSS 2.0. Réponses et trackbacks sont desactivés.

3 réponses:

  1. RST écrit:

    @ Daniel
    La « mal-information » est le cancer qui ronge nos démocraties.
    Pas grand-chose à rajouter à cet excellent papier (que j’ai cité dans une réponse à un commentaire chez moi) si ce n’est qu’en France, très peu d’hommes politiques se sont opposés à la dictature des banques. Les députés ont voté comme un seul homme (ou presque) l’ « aide » à la Grèce.

    Pour la petite histoire, j’ai été stupéfait d’entendre sur Europe 1 ce matin, le « journaliste » dire en gros que l’attitude actuelle de l?Allemagne s’expliquait par le fait que les Allemands n’avaient surmonté leurs complexes issus de leur passé. De là à dire qu’ils préparent le 3ème guerre mondiale ?..

  2. brassweb écrit:

    ils aident la Grèce tout en déteriorant sa situation financière; ma chronique à ce sujet:
    http://www.youtube.com/watch?v=q05stcrwDO8

  3. Et une chronique qui va dans le même sens… une : http://www.hebdo.ch/la_grece_leurope_et_nous_45270_.html

kass les nuts !!!! |
CDI Toulouse-Lautrec |
NEW DAY RELOOKING |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | hhrmo
| Pourquoi boycotter le Danem...
| ronni