Piques et répliques – 2

Quelques réflexions critiques sur tout et rien

9
avr 2010
Sites des journaux : sus à la bêtise, sus à l’anonymat !
Posté dans Sur internet par Dani à 1:59 | 10 réponses »

Le Courrier du 9 avril 2010 : »L’anonymat, la première cause de dérapages sur internet

http://www.lecourrier.ch/index.php?name=News&file=article&sid=445489

Sites des journaux : sus à la bêtise, sus à l'anonymat ! dans Sur internet lettrecodee
C’est un des combats que j’ai menés depuis presque l’ouverture de ce blog : la dénonciation de l’insanité des commentaires en ligne sur les sites des journaux. Je m’étais plus particulièrement consacré au cas du Matin qui me paraissait particulièrement catastrophique. Depuis, il semblerait que les autres journaux réussissent à rassembler autant d’horreurs que le pourtant déjà pitoyable quotidien orange.

Mais le combat a été relancé récemment par le quotidien genevois « Le Courrier » dans un article dénonçant les réactionnaires qui « se lâchent sur les sites des journaux« . Aujourd’hui, le même quotidien revient sur le sujet en donnant la parole au médiateur de l’éditeur Edipresse, Daniel Cornu, que j’avais déjà sollicité à l’occasion de mes démarches auprès du Matin.

Et alors ? Eh bien, je suis heureux de voir ce médiateur, en page 2 d’un quotidien romand, énoncer qu’il faudrait renoncer à l’anonymat que confèrent les pseudos sur les sites internet des journaux (J’avais été suffisamment critique auparavant, comme ici  – Voir aussi ici et .). Il y considère que « le recours à des pseudonymes semble donner des ailes à l’expression des sentiments les plus vils comme en témoigne l’agressivité de certains commentaires« . Comme le signale le Courrier, le médiateur fait un pas de plus que son employeur qui avait déclaré au quotidien qu’il voulait maintenir la pratique des pseudos « au nom de la liberté d’expression et de la réactivité que permet internet » (arguments qui conviennent parfaitement aux « corbeaux » qui usent de lettres anonymes !). Et la voix deDaniel Cornu, dans le monde de la presse en Suisse romande, ce n’est pas n’importe quelle voix.
Le médiateur énonce un argument que je trouve particulièrement intéressant en réponse à une question sur la « liberté qu’offre internet » : « Je pense que plus il y aura de transparence dans les propos, moins il y aura de censure. Pas besoin de justifier le retrait de propos insultants s’ils ne sont pas signés. En revanche, s’ils le sont, ils appartiendront à leur auteur qui pourra tenter de les défendre s’ils sont retirés« . C’est un point crucial : si les commentaires ne sont plus anonymes, ce sont les auteurs qui en sont directement responsables, alors que s’ils le restent, ils engagent la responsabilité du journal.

Cette réflexion est particulièrement bien illustrée par ma propre bataille sur ce thème, menée à l’égard du site du Matin. Dans un premier temps, je m’étais élevé contre des commentaires insoutenables qui appelaient à la violence et au meurtre contre des êtres humains et qui restaient tranquillement visibles sur le site internet du Matin. Après mon intervention à la radio, le responsable du site du Matin avait promis de mieux modérer. On retrouve le déroulement de cette aventure dans les billets suivants :

Site du Matin : supprimez les commentaires !  -  Commentaires sur le site du Matin, enfin une réaction  -  Commentaires du Matin, suite et fin  -  Commentaires du Matin, réaction du médiateur d’Edipresse  -  Commentaires du Matin (V) – la réponse de la rédaction  -  Le Matin, l’hôpital qui se fout de la charité  -  Commentaires sur les roms, le Matin ne s’améliore pas

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Par la suite, les commentaires relevant expressément du code pénal avaient été soigneusement éliminés (en tout cas la plupart du temps) par les modérateurs du Matin. Mais il subsistait un nombre étonnant de propos affligeants, relevant de la bêtise la plus crasse et faisant état du racisme et des préjugés les plus primaires.

La modération, de trop laxiste, était devenue beaucoup plus interventionniste. Résultat : la haine continuait à régner dans les commentaires, mais les commentaires critiques qui remettaient en cause les articles ou l’attitude du Matin étaient rapidement supprimés. Les responsables du Matin n’étaient pas capables de trouver une juste attitude entre la complaisance vis-à-vis des idées les plus glauques et la censure des propos critiques. Les billets suivants illustrent une  deuxième série d’interventions sur ce thème :

Ignorance, stupidité, haine  -  Nouvelle lettre au médiateur, commentaires sur le site du Matin  -  Lettre ouverte à Luc Petitfrère, responsable du Matin online  -  Chez Edipresse, la censure se porte mieux que la modération  -  Modération ou censure, enfin tiré au clair ?

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Toutes ces aventures m’ont définitivement convaincu que l’anonymat des commentaires sur les sites des journaux n’apportait rien de bon. Je suis donc enchanté que les voix se multiplient pour militer en ce sens, avant que nous ne tombions définitivement trop bas. Maintenant, il faudrait encore que les journaux acceptent de passer à l’action. Le fait que le médiateur de l’éditeur du Matin, de la Tribune de Genève et de 24 heures (autrement dit, les lieux où s’accumulent les dérapages haineux…) s’engage personnellement et ouvertement donne peut-être une petite chance à cette mesure.Quels avantages concrets aurait l’identification personnelles des auteurs de commentaires ?

- Il y aurait moins d’étalage de racisme primaire, de haine indistincte, de xénophobie vulgaire, de préjugés aussi stupides d’infondés. Identifiés, leurs auteurs en auraient quand même un peu honte, et cela les retiendrait certainement !

- On verrait disparaître les propos à la limite (parfois franchie) du délit pénal, sous la forme d’injures, de diffamations et de  calomnies.

- La grossierté et la vulgarité pourraient aussi être partiellement endiguées. Etre identifié incite généralement à un vocabulaire plus courtois et respectueux.

- Les interventions massacrant allègrement les règles de la langue française seraient probablement aussi moins nombreuses, leurs auteurs s’abstenant ou se donnant la peine de se faire relire s’ils sont obligés de signer.
Bien sûr, il y aurait certainement moins de commentaires. Mais ceux-ci permettraient alors (peut-être) un véritable débat, sans invectives inutiles, qui valoriserait un peu mieux le travail des journalistes. Pour cela, il faudra toutefois que les responsables acceptent de s’intéresser à nouveau un peu à la déontologie et  de mettre un peu de côté l’objectif prioritaire de maximiser le rendement des publicités sur leurs sites internet (auquel les commentaires semblent contribuer).

Un espoir ?

Daniel

Pour info : la réflexion de cet article a été prolongée par un journaliste sur son blog. Allez lire, c’est intéressant et ça regarde vers l’avenir !

 

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10 réponses:

  1. anonyme écrit:

    Le voile du pseudonyme ne dissimule pas uniquement des pulsions racistes ou violentes.

    Il protège la liberté d’expression des sans parole par exemple. Les personnes ne maitrisant pas parfaitement la langue française peuvent ainsi s’exprimer sans honte. Les mettre sous les projecteurs, c’est les faire taire.

    Et les personnes qui travaillent dans des banques, des grandes entreprises ou même à l’Etat ne s’exposent-elles pas à des mesures de rétorsion si elles critiquent leur employeur ou dénoncent des pratiques douteuses ?

    Ces personnes-là aussi seront privées de leur liberté d’expression.

    Etc… etc… On pourrait multiplier les exemples à l’infini.

    Cette minorité de commentaires infâmes distillée par quelques individus ne doit pas nous faire renoncer à notre liberté d’expression.

    Sinon, c’est eux qui auront gagné.

  2. Vous parlez d’une minorité de commentaires infâmes… mais la minorité est plus grande et plus fortement présente que vous ne le pensez.

    Mais puisqu’on parle de « minorité », il faut noter les gens que vous citez forment aussi une minorité (et après lecture de commentaires, je peux vous assurer que ceux émanant d’employés d’Etat ou d’entreprises et révélant une information sensible sont extrêmement rares !). Je ne serais personnellement pas complètement opposé à ce que ces personnes puissent demander à bénéficier de l’anonymat (pour certaines des raisons que vous évoquez), mais ce serait alors à condition d’une modération « a priori » serrée. Pas question de profiter de l’anonymat pour déverser l’actuel flot d’insanités !

    Quand aux personnes qui ne maîtrisent pas parfaitement le français, elles n’ont qu’à faire comme je le fais moi-même lorsque je veux insérer une remarque en anglais ou en allemand : se faire relire (c’est à la portée de tout le monde !).

    Les journaux n’acceptent pas de lettres de lecteurs anonymes et ne permettent pas non plus de bénéficier de l’anonymat même en déclarant son identité. Pourquoi une attitude différente sur internet ?

    On trouve beaucoup de mauvaises excuses pour tolérer l’actuelle course à l’ignominie sur internet. Au profit de qui ?

  3. Sokiosque (Luc-Olivier Erard) écrit:

    Dans les faits, la plupart des titres ne « modèrent » pas vraiment les commentaires anonymes et signés de manière différenciée. Trier, classer, hiérarchiser les interventions de ses lecteurs, tout en laissant s’exprimer les sentiments et les opinions de manière libre et bienveillante, avec doigté, fait partie de ce nouveau métier que devrait être la diffusion en ligne de l’actualité. Comme journaliste, je n’aime pas voir mon travail cohabiter avec les éructations haineuses irréfléchies. Mais je le trouve valorisé lorsqu’il s’enrichit de faits inconnus, de contradictions stimulantes et d’opinions nouvelles.

  4. @sokiosque :

    Comme je comprends que vous n’ayez pas envie de voir « pollués » (j’assume le terme… il est de moi) vos articles !

    Cela dit, il est possible que les commentaires ne soient « pas vraiment modérés ». Mais j’ai fait à de nombreuses reprises une expérience différente dans le cas particulier du Matin : mes commentaires étaient supprimés, alors qu’ils respectaient scrupuleusement la charte, parce qu’ils étaient critiques à l’endroit du journal ou de l’article publié. Mais des commentaires nauséabonds, ajoutés au même article, restaient en lignes…

    Du coup, ma confiance dans les modérateurs, même s’ils sont actifs, est très limitée.

    Et j’aimerais mieux voir chacun assumer personnellement ses propos. Avec courage.

  5. halcyon écrit:

    Il existe des personnes douées pour la modération et le Matin n’est certainement pas un exemple qu’on pourrait généraliser à l’ensemble du web. Les modérateurs du Matin ne sont pas stupides et je doute que les commentaires haineux aient été « oubliés »: tout est bon pour faire du trafic. Le site qui publie les commentaires tombe sous le coup de la loi, et personnellement ça me semble logique. C’est pareil sur les plate-formes de blogs gratuits, une action en justice va viser avant tout la plate-forme qui s’occupera de faire le ménage avec ses membres. Je peux vous garantir qu’une simple dénonciation pour diffamation avec menace de poursuites judiciaires permet de faire bouger les choses rapidement. Si le matin publie des commentaires qui enfreignent les lois, ils sont responsables. Il faudrait juste commencer à appliquer la loi, tout simplement, et c’est là que le bât blesse…

    De plus, je ne vois pas comment on pourrait instaurer une procédure d’identification des intervenants sur un site: demander une photocopie d’une carte d’identité, ou une vérification d’adresse comme pour vendre et acheter sur ricardo.ch? D’une part cela tuerait dans l’oeuf toute envie de commenter sur ce site, quelle que soit la qualité de l’intervention, et d’autre part, ce n’est pas une vision d’internet qui me ravit au plus haut point.

    Le seul moyen de l’appliquer efficacement à l’ensemble du web suisse (et mondial, même si c’est plutôt chimérique) nécessiterait des identifiants uniques sur une plate-forme de connexion universelle, une centralisation des données qui ne sentirait pas très bon pour la vie privée. Personnellement, je préfère qu’on responsabilise les médias plutôt qu’on étende l’obsession sécuritaire et le flicage généralisés au web, qui est un des derniers espaces où on nous fiche la paix.

  6. @halcyon :

    Je constate que le ménage n’a jamais été véritablement fait pour l’instant et que les choses ont tendance à empirer. Ce n’est pas pour rien que le médiateur d’Edipresse lui-même s’en inquiète plus qu’avant.

    Pour l’identification, je vois de mon côté une solution toute simple et qui n’aboutit pas à un flicage généralisé. Il suffirait de demander aux gens de s’inscrire en mentionnant leur nom, prénom et adresse. Ensuite, on vérifie que la personne existe bien et habite bien à cet endroit-là. Pas si compliqué.

    Et si quelqu’un usurpe l’identité d’un autre, déposer une plainte contre l’individu en question, comme cela se fait aujourd’hui si on écrit une lettre en signant du nom de quelqu’un d’autre. Après un ou deux « exemples », seuls les téméraires continueront…

    Parce que si on continue dans la voie actuelle… la couleur risque de tourner au brun.

  7. @ Dani

    D’accord avec vous qu’il y a un problème et qu’il faut le régler. Sur le site du journal Marianne par exemple, les commentaires ne sont pas nécessairement racistes ou injurieux mais ils sont la plupart du temps débiles, sans aucun intérêt. On a l’impression que certains viennent se défouler pour évacuer leur frustration.
    Pour préserver la qualité du débat, il faut effectivement trouver un moyen qui passe sûrement par la fin de l’anonymat. D’accord pour l’inscription préalable (en donnant son état civil) mais le pseudo pourrait néanmoins demeurer (garantissant un premier niveau d’anonymat). Ensuite au premier dérapage, vérification d’identité et exclusion définitive si nécessaire.

    Pour le reste, comme j?ai déjà eu l?occasion de le dire je crois, il ne faut pas exiger systématiquement la fin de l?anonymat car il protège ceux qui, comme moi, tiennent un blog où j?exprime des opinions que je ne souhaite pas voir connues de mon employeur par exemple ;-)

  8. amedia écrit:

    Il faut cesser d’accabler encore une fois de plus Internet et les lecteurs.
    C’est moins un problème d’anonymat que de ligne éditoriale.
    Quand les journalistes de la Tribune de Genève qui signent leurs articles de leur propre nom dans un journal en papier tiennent des propos même pas dignes du café du commerce, il ne faut pas s’étonner que les lecteurs « se lâchent »:
    http://www.lecourrier.ch/index.php?name=NewsPaper&file=article&sid=445452

    Faut-il encore rappeler cette publicité parue dans la Tribune qui traitaient les frontaliers de racaille et dont la publication a été défendue par le rédacteur en chef.

    C’est aussi deux poids deux mesures. Combien y a-t-il eu d’articles autour du « dérapage » de ce journaliste dont les propos ont été publiés à plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires ? Et combien d’articles à propos de ces commentaires certes infâmes, mais si peu lus ?

  9. @amedia :

    Il ne s’agit pas ici d’accabler particulièrement Internet et les lecteurs. Si vous lisez ailleurs dans mon blog, vous verrez que ce sont bien les médias qui en prennent pour leur grade avant tout. D’ailleurs, c’est aussi des médias, voire des autorités politiques, que j’attendrais personnellement des décisions.

    Le cas que vous citez, je l’ai loupé parce que j’étais en vacances. C’est en effet plus grave que quand il s’agit des lecteurs. Toutefois, cela arrive encore relativement rarement chez les journalistes, alors qu’il s’agit vraiment parfois d’un torrent de haine à la suite de certains articles du Matin, de 24 heures ou de la Tribune.

    Cela dit, la ligne éditoriale ne fait pas tout. Il y a aussi eu des messages atroces sur le site du « Temps ». Simplement, là, un nettoyage a eu lieu de manière plus claire.

    Au fond, il ne s’agit pas ici de jouer les uns contre les autres. J’estime qu’il faut attendre de tout le monde une attitude décente dans le domaine public. Les médias doivent donc agir sur eux-mêmes, mais aussi sur les insanités écrites par leurs lecteurs. Ces derniers ne sont nullement excusables simplement parce que le journal aurait à plusieurs reprises lui-même franchi les limites.

  10. fabrice écrit:

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