Le Temps du 26 février 2010 : Lausanne hors la loi
http://www.letemps.ch/Page/Uuid/115e63f6-2256-11df-8df6-f79402581405/Lausanne_hors_la_loi

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Le sujet local qui fait couler l’encre à flots : la proposition de la municipalité lausannoise d’engager des apprentis dont les parents sont travailleurs clandestins. Une occasion rêvée de placer l’une ou l’autre chronique journalistique stigmatisant les méchants d’un bord politique ou d’un autre.
Marie-Hélène Miauton excelle dans cette activité. Après un appel culturel à Sophocle, elle pose la contradiction entre « le droit de tout jeune à une formation » et le fait que « tout résident doit être déclaré et que le travail au noir est interdit« . A cette contradiction, elle propose son argument permettant de trancher le noeud gordien (restons-en aux références d’origine grecque, tant qu’elles ne sont pas clandestines…) : « Seul l’individu peut se permettre de braver l’autorité politique et d’en assumer les conséquences« . C’est plutôt juste et bien observé. Elle aurait pu en rester là et conclure sur cette maxime une bonne chronique.
Mais voilà : la tentation était trop grande. Alors, elle égrène que les migrants sont venus pour des raisons économiques (des « travailleurs » clandestins, on s’en serait douté…), qu’ils forment des communautés illégales, qu’ils sont soignés sans payer leur assurance-maladie, qu’ils sont « aimablement » prévenus de leurs droits par des collectifs sans-papiers et assistés par des avocats et qu’ils verront désormais leurs enfants se faire offrir des places d’apprentissage « sous prétexte démagogique qu’ils sont mieux au travail que dans la rue« . En somme, Mme Miauton crie : « Au voleur ! ».
Alors, elle enfonce le clou et attaque « la politique du grignotage de la Gauche » (avec une majuscule, s’il vous plaît !) et résume : « En un mot, tous les droits de ceux qui sont en règle sans le devoir de la respecter« . Le petit monde de la chroniqueuse du vendredi est au fond assez simple : c’est tout de la faute des méchants de la Gauche !
Alors, on fera observer que les travailleurs illégaux préfèreraient travailler légalement et bénéficier de réelles protections sociales, que les Suisses et immigrés des pays de l’Union européenne n’ont aucune envie de se charger des sales boulots que font les illégaux et que l’existence de ces clandestins arrange beaucoup de monde, car elle fournit une main d’oeuvre et pas trop chère, taillable et corvéable à merci dans des conditions souvent très peu convenables et qui ne se révoltera pas par peur de devoir disparaître rapidement (ou alors, cela finira comme à Rosarno !).
Au fait, Mme Miauton, les « employeurs clandestins », vous voulez sans doute aussi nous faire croire qu’ils sont de gauche ? Parce que c’est un peu à cause d’eux (et la plupart sont bien des « gens de droite ») qu’il y a des clandestins…
On pourrait attendre un peu plus d’honnêteté d’une chroniqueuse d’un journal qui se veut « de référence ». Cet article n’est pas seulement hypocrite et démagogique, il est aussi « menteur, par omission ».
Daniel
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