Piques et répliques – 2

Quelques réflexions critiques sur tout et rien

21
nov 2009
L’idée reçue : « On vote sur des phrases tordues »
Posté dans L'idée reçue par Dani à 7:40 | 3 réponses »

Une idée qui tourne en boucle : « Ils tournent exprès les questions de manière à ce qu’on se trompe en votant« 

urne1.jpg

Le week-end prochain, les citoyens achèveront de voter sur trois sujets fédéraux, dont deux initiatives populaires. Après de nombreux votes par correspondances, les derniers votants s’exprimeront dans les isoloirs. Comme souvent, on entendra les récriminations si souvent répétées : « Vous vous rendez, ma bonne dame, ils font exprès de tourner les questions de façon à ce qu’on se trompe en votant !« . Et les braves gens de stigmatiser au passage « tous ces politiciens » qui ne font rien que tromper le bon peuple !

Et si on examinait un peu plus sérieusement l’affirmation… Première question : qui sont ces « ils » qui s’amusent ainsi à « tourner les phrases » ? Eh bien, ces « ils » ne sont pas toujours les mêmes. Lorsqu’on vote sur une initiative, « ils » est le groupement qui a rédigé le texte de l’initiative et il peut s’agir d’un parti, d’un syndicat, d’une association, d’un groupe de citoyens… Par contre, lorsqu’on vote sur un référendum (facultatif ou obligatoire), le texte vient « d’en haut », soit du Conseil fédéral et de l’Assemblée fédérale. Le fameux « ils » n’est donc a priori pas très constant. Essayez quand vous entendrez cette phrase rituelle de demander : Qui est ce « ils » ? Les réactions stupéfaites et désarmées sont amusantes…

Ces phrases n’ont donc pas toujours la même origine. Et justement, elles reflètent les diverses intentions de ceux qui proposent un texte constitutionnel ou législatif. Il s’agit parfois d’une proposition « positive », d’une autorisation, de la création d’un nouveau droit. D’autres fois, c’est une proposition « négative », par exemple une interdiction. Rien de très extraodinaire.

Le prochain week-end, les citoyens sont appelés à se prononcer sur deux initiatives populaires prônant des interdictions (attention, ce sont des « ils » différents : l’extrême-droite pour l’une et la gauche pour l’autre… ne confondez pas !). La première propose l’insertion du texte « la construction de minarets est interdite » dans la constitution et la seconde l’interdiction de l’exportation de « matériel de guerre« . Dans les deux cas, le citoyen qui souhaite soutenir l’interdiction doit voter OUI et celui qui s’oppose à l’interdiction doit voter NON. Cela donne donc l’impression à celui qui veut dire « Non aux minarets » ou « Non aux exportations d’armes » qu’il devrait paradoxalement voter OUI.

Mais ce n’est pas paradoxal du tout : la démocratie passe par un « Etat de droit » qui suppose que les citoyens ou leurs représentants se prononcent sur des textes (qu’il faudrait songer à lire, d’ailleurs… ce sont les pages roses de la brochure d’information) et non sur des questions lancées à la cantonade comme à une table de bistrot ! Trimestre après trimestre, on entend pourtant revenir la plainte rituelle : « ils » tournent… L’initiative « contre le bruit des avions de combat à réaction dans les zones touristiques » invitait ainsi ceux qui sont pour l’interdiction de survol de ces zones à soutenir ce texte avec un OUI et ceux qui s’opposeront à cette mesure doivent simplement voter NON. Il ne s’agissait pas de voter POUR ou CONTRE les avions de combat, mais bien POUR ou CONTRE un texte proposant une mesure d’interdiction. Il en allait de même avec l’initiative « Pour l’imprescriptibilité des actes de pornographie enfantine » : il ne s’agissait pas de voter POUR ou CONTRE les pédophiles (!), mais de s’exprimer sur l’insertion d’un nouveau texte dans la Constitution fédérale. Et la votation du week-end prochain n’offre pas de s’exprimer POUR ou CONTRE les minarets (ou pire : pour ou contre les musulmans…), mais sur l’opportunité d’interdire la construction de minarets. Une nuance que certains s’efforcent de faire perdre de vue aux esprits simples. Triste !

Au fond, je ne fais ici que rappeler des principes de base d’instruction civique et de la grammaire française et je suis sidéré du nombre de gens que j’entends répéter en boucle la même idée reçue sans fondement. La démocratie directe est pourtant fondée sur le postulat de la capacité de l’électeur de juger des enjeux politiques. En ce sens, elle confie une grande responsabilité aux citoyens suisses. Plus qu’ailleurs, en tout cas.
Alors, je m’interroge… Si vraiment de si nombreux citoyens ont de la peine à savoir s’ils doivent déposer un OUI ou un NON dans les urnes pour exprimer leurs choix, comment font-ils pour comprendre les enjeux lorsque des votations portent sur des problèmes de fiscalité, sur les assurances sociales, sur la politique énergétique ou les accords bilatéraux avec l’Union européenne.

Daniel


Fil RSS 2.0. Réponses et trackbacks sont desactivés.

3 réponses:

  1. Scipion écrit:

    « …je suis sidéré du nombre de gens que j’entends répéter en boucle la même idée reçue sans fondement. »

    Fondement ou pas, il reste, de toute manière, que DES gens se trompant dans les deux sens, on peut penser que leurs votes s’annulent et que les erreurs ne pèsent d’aucun poids sur le résultat final.

    Pour ma part, j’ai toujours vu ça comme ça.

  2. C’est en effet tout à fait probable…. mais il est aussi probable que les votations portant sur des interdictions (comme celles de ce week-end) incitent plus à l’erreur en portant des partisans des interdictions vers le NON. En tout cas, il est difficile d’en avoir le coeur net.

    Je me souviens toutefois que l’analyse VOX sur les résultats de la votation portant sur le « moratoire nucléaire » avait mis en évidence un nombre étonnant de bulletin « tournés à l’envers ».

    Malgré l’impossibilité de quantifier le phénomène, ce qui me frappe, c’est cette sorte d’unanimité (parfois) pour dénoncer les « phrases tournées exprès ». Ce n’est pas une preuve de maturité dans la compréhension du système.

  3. Hier matin, sur Couleur 3 : « Nous recevrons aujourd’hui quelqu’un qui soutient l’initiative et qui est donc contre les minarets et demain, un opposant, qui est donc pour les minarets. »

    Alors je suis un peu embêté, depuis, parce que j’ai beau avoir voté non, je ne suis pas particulièrement pour les minarets, juste contre leur interdiction…

kass les nuts !!!! |
CDI Toulouse-Lautrec |
NEW DAY RELOOKING |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | hhrmo
| Pourquoi boycotter le Danem...
| ronni