Piques et répliques – 2

Quelques réflexions critiques sur tout et rien

8
nov 2009
Faut-il croire les journalistes ?
Posté dans Au fil des lectures par Dani à 11:48 | Commentaires fermés

Un livre paru aux éditions Mordicus : Faut-il croire les journalistes

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En plein dans mon thème : il m’est donc difficile de résister. Voici un livre en forme de « gros morceau » ! Non seulement, une question qui tue, « Faut-il croire les journalistes ? », mais aussi trois des journalistes les plus emblématiques. On va voir ce qu’on va voir…

Commençons donc par le titre du livre. Pourquoi « croire » ? C’est à l’église qu’on croit, pas dans la République. Voici un ouvrage dont la première phrase, dans l’introduction, dit « le doute est un droit, et la méfiance un réflexe vital en démocratie« . Bien sûr, cela s’applique ici au métier de journaliste vis-à-vis des pouvoirs institués. Mais cela peut aussi tout à fait s’appliquer à la nécessaire vigilance des destinataires des médias, vis-à-vis des médias. Alors, qu’elle drôle d’idée que de vouloir « croire » ou « ne pas croire » ce que disent les journalistes ? Le mieux reste de comparer, contrôler, discuter… parce que personne n’est infaillible et certains sont même très faillibles. Et ensuite, pourquoi « les » journalistes ? Comme s’il s’agissait d’un milieu homogène auquel il faudrait faire confiance ou pas « en bloc ». Non, décidément non. Osons donner notre confiance de manière individuelle !

L’introduction du livre annonce assez bien la couleur. Son auteur y évoque les médias en forme de contrepouvoir, qui seraient selon certains « tout puissants« , mais dont les libertés ne seraient pourtant pas illimitées et qui vivrait en fait sous la pression de leurs lecteurs, des lobbies communautaires et de l’arrivée d’Internet. Il parle aussi des difficultés actuelles de la presse face à la concurrence de l’information gratuite sur papier ou en ligne, de médias « très critiqués« , de « gens méfiants » face à un « manque d’indépendance » supposé. Face à cette face sombre, les trois journalistes interviewés sont présentés comme des « ardents défenseurs de la démocratie et de la République laïque« , faisant preuve d’un « idéal d’un journalisme libre, pluraliste, indépendant » et d’un « amour lyrique du journalisme« . Pas de doute, nous sommes en de bonnes mains. Pas de doute non plus, nous avons affaire ici à un plaidoyer pour les journalistes. Après tout, pourquoi pas ?

Mais le livre est critiqué vertement ici par Paul Villach (sur Agoravox). Les journalistes interviewés dans le livre semblent croire aux « faits » là où il s’agit plutôt de la « représentation d’un fait plus ou moins fidèle« . On aurait en effet pu attendre plus d’autocritique dans ce livre. Tel n’est apparemment pas son but. Est-ce grave ? Pas forcément. Si on aime les livres sous forme d’interviews, riches d’évocations d’expériences journalistiques, traitant de l’arrivée d’Internet, du contrôle des médias, de la censure, de la vie privée des personnalités, de la pensée unique, de la publicité, de l’engagement politique, de la dictature de l’instant ou de la presse anglo-saxonne… on peut passer un bon moment et se souvenir de toutes ces situations médiatiques problématiques. Mais c’est vrai, ce n’est pas dans un tel livre qu’il faut venir chercher de grandes remises en question.

Au début de chacune des trois interviews, la même question est posée : « Faut-il faire confiance aux journalistes ? » (C’est déjà mieux que « croire » !). Voici donc quelques échos des réponses.

Serge July s’efforce de rappeler que la presse du passé n’était pas plus indépendante, bien au contraire. Il évoque ces batailles de la guerre d’Espagne qui n’étaient même pas mentionnées par les médias, en particulier un reportage sur le bombardement de Guernica tout simplement censuré. Confiance, ça dépend. Il relève que la communication remplace aujourd’hui trop souvent l’information : « Beaucoup de journalistes ne vont jamais au-delà du premier plan; ils ne connaissent pas la profondeur de champ ». Pour lui, le journaliste auquel on peut faire confiance est celui qui voit « les choses qui sont derrière les choses« . Yes !
Jean-François Kahn rappelle aussi la presse « contrôlée » du passé. L’affaire des ratonnades du 17 octobre 1961 contre les algériens du FLN manifestant dans Paris : plus d’une centaine de morts (les chiffres sont encore aujourd’hui discutés…) que la presse accepte de couvrir. Pas de doute, le « c’était mieux avant » n’a pas sa place ici, et Jean-François Kahn estime qu’une « telle censure n’est pas pensable aujourd’hui« . Mais le grand thème de Kahn est le concept de pensée unique, dont il revendique la paternité. Suite à l’évocation de la phrase de Mitterrand comparant implicitement les journalistes à des chiens, il répond à la question « Qu’en pensez-vous ? Les journalistes, des chiens ? » par « Ce sont plutôt des moutons« . Tout JF Kahn est dans cette phrase !

Puis vient le tour d’Edwy Plenel. Faut-il faire confiance aux journalistes ? « Oui, s’ils remplissent la fonction démocratique qui légitime leur existence« . Et, lorsque le manque de moyens est évoqué à la décharge de la presse qui ne pratique plus assez un journalisme d’enquête rigoureux : « Non. L’enquête rigoureuse, audacieuse et impertinente n’a jamais été prioritairement une affaire de moyens, mais surtout d’état d’esprit, de volonté et d’engagement. La preuve, c’est qu’en général, dans notre pays, elle n’est pas l’apanage des médias les plus riches et les plus puissants« . On ne saurait lui donner tort sur ce point…

Trois journalistes, trois préoccupations, trois défenses de leur métier. Un livre à décharge, sans surprise époustouflante. Mais un bon moment quand même.

Daniel


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