“Racisme durable” dans le Courrier

Le Courrier du 3 novembre 2009 : Pour un racisme durable

http://www.lecourrier.ch/

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Le Courrier est un journal résolument sérieux. Malgré des prises de position très fermes et un engagement résolument à gauche, les rédacteurs pèsent leurs mots et savent garder toute la mesure nécessaire pour transmettre une information équilibrée. Voici un journal qui sait montrer qu'on peut conjuguer engagement politique explicite avec rigueur journalistique. En plus, c'est un des derniers journaux indépendants de Suisse romande, vraiment indépendant puisqu'il est géré par une association (cela ne s'achète pas !) et qu'il contient très peu de publicités.

Mais voilà, comme tous les journaux, il peut faire sursauter son lecteur. Sur la page 3 de cette édition du 3 novembre, on peut lire une série de “brèves” rangées dans une colonne intitulée “Pêché rue de la truite“. J'y trouve une attaque très directe et étonnante contre deux conseillers nationaux verts qui me surprend. D'abord, parce que la source de l'information se trouve être un article paru dans Le Matin (en fait, une dépêche de l'ATS), ensuite parce qu'on y accuse ouvertement les deux verts de “racisme“. Cela donne envie d'aller voir plus loin si c'est du sérieux.

Voici le contenu de cette “brève” (de comptoir ?) :

“Pour un racisme durable

Deux conseillers nationaux verts alémaniques, Bastien Girod et Yvonne Gillie, veulent limiter l'immigration. Les étrangers, ce n'est pas bon pour les espaces verts, comme le relève un article du Matin (25 octobre). Les sites d'extrême-droite comme novopresse applaudissent. Après écologie libérale, écologie nationale ?”

L'article du 25 octobre est suffisamment court pour qu'ils soit difficile d'en avoir le coeur net. Par contre, Bastien Girod est interviewé, en compagnie d'Antonio Hodgers, le 31 octobre, également dans le Matin. On y trouve de quoi se faire une idée plus précise des intentions du jeune vert zurichois. Interrogé sur les vagues produites par ses interventions, il fait d'abord remarquer qu'il “faut distinguer entre ceux qui ont lu le document et ceux qui n'ont vu que les titres dans les médias“. Cela serait-il aussi valable pour le Courrier ?

En fait, si on lit avec bonne foi l'interview, on découvre que la préoccupation de Bastien Girod va vers l'évolution de la croissance démographique de la Suisse (qui se trouve être fortement alimentée par l'immigration, c'est vrai). Mais le même Girod montre très bien que l'origine nationale ou la couleur de peau des habitants ne pose pas problème pour lui, et que ce qui le préoccupe, c'est d'imaginer à l'avenir une population beaucoup plus nombreuse avec le même niveau de consommation élevé sur un petit territoire. Nulle trace de “racisme” ou de relents d'extrême-droite dans son discours. C'est la croissance démographique et économique qui est remise ici en cause, pas le droit des étrangers.

Du coup, le titre du Courrier “Pour un racisme durable” est complètement hors de propos. De même pour la chute en “écologie nationale“. On peut être d'accord ou pas avec la réflexion de Bastien Girod, mais il est injuste de le taxer de “racisme” (voir les définitions du mot “racisme“, ici celles du Petit Robert : “Théorie de la hiérarchie des races, qui conclut à la nécessité de préserver la race supérieure de tout croisement, et à son droit de dominer les autres” et “Hostilité systématique contre un groupe social“. Faut-il vraiment taxer tous ceux qui s'inquiètent d'une Suisse à 12 millions ou plus d'habitants dans le camp des “racistes” ?

On pourra bien sûr objecter qu'il s'agit d'une colonne un peu “légère” du journal. C'est vrai, et cette attaque est justement conduite gravement avec un peu de légèreté. C'est regrettable : le débat sur cette question est légitime, surtout lorsqu'il est traité comme ici avec respect vis-à-vis des étrangers.

Daniel

 


3 commentaires

  1. Nicolas

    Bonjour,

    Pour une fois, je fais une remarque sur votre article, une phrase m’a choquée (j’avoue que je cherche un peu la petite bête mais je suis étonné de lire ça)

    […vraiment indépendant puisqu’il est géré par une association (cela ne s’achète pas !) et qu’il contient >…]

    Le “très peu de publicités” est un peu facile, ce n’est vraiment pas quantifiable et relativement arbitraire. 1 page de pub, 2,3? ne lisant pas ce journal, j’ai de la peine à imaginer.

    De plus, je considère que même en voulant être le plus indépendant du monde, le seul moyen viable pour un journal est de mettre de la pub, je considère donc que ce n’est pas un moyen de savoir si un journal est indépendant ou pas. La publicité étant un moyen de le faire vivre.

    Sinon, une autre remarque mais totalement personnelle cette fois, est que je trouve dommage que les journaux prennent forcément parti (déjà que gauche-droite est un système tellement restreint en 2D et je considère que le monde est en 3D). Je considère qu’un journal doit analyser les faits sans donner d’avis ni jugement. De plus, il est assez intéressent de voir, en lisant les commentaires du matin, que les personne de droite trouve ce journal de gauche et vice-versa (c’est un peu l’inverse du populisme non?).

    Enfin bref, voilà un petit message car ça fait longtemps que je n’en ai pas posté :)

  2. nicolas

    *La citation à été coupée par le filtre anti injection du site web…

  3. Dani

    Bonjour Nicolas,

    En effet, il faut apparemment que je prenne la peine d’expliquer un peu mieux ce que je veux dire par là.

    Je n’ai en effet pas pris la peine de quantifier en ce qui concerne la publicité, parce que cela m’apparaissait comme un fait suffisamment connu et que je ne voulais pas allonger mon billet. En fait, si on lit le compte de résultats du Courrier, on découvre que la publicité n’y couvre que 20 ou 25 % (si mes souvenirs sont exacts) des charges. Dans le cas de la plupart des autres quotidiens, il s’agit plutôt de 60-70 %. Quant aux journaux gratuits, c’est tout simplement 100 %. Voilà pour la quantification.
    Le Courrier dépend donc beaucoup plus de ses abonnés (surtout) et lecteurs au numéro et relativement peu des annonceurs.

    Pour comprendre le rapport avec l’indépendance, il vaut mieux prendre un exemple pratique. Supposons une grève dans une entreprise romande. Le patron fait intervenir brutalement une agence de sécurité contre les grévistes, mais réussit plus ou moins à cacher ce fait. Un journaliste enquête sur les événements et en fait un rapport circonstancié dans son journal. On peut tout à fait imaginer que le patron en question, par mesure de rétorsion, décide de ne plus faire passer d’annonces dans ce journal qui subit ainsi une perte de revenu. Non seulement, cela s’est déjà produit à maintes reprises, mais il se développe un autre phénomène qu’on appelle l’autocensure : pour éviter de fâcher les annonceurs, on évite tout simplement d’aborder certains sujets qui pourraient les fâcher ou on les traite en “brèves” avec le moins de précisions possibles.Je ne dis pas que cela se produit systématiquement ou souvent, mais cela se produit.
    Etre dépendant des publicités, c’est être dépendant d’un nombre relativement de puissances d’argent susceptibles de représailles. Pas bon pour l’indépendance d’esprit des journalistes. Dans l’idéal, pour qu’un journal soit indépendant, il faudrait qu’il soit florissant, mais grâce à ses ventes auprès de ses lecteurs qui l’apprécient justement pour son indépendance et sa capacité à révéler de l’information.

    Sur la “prise de parti”, c’est une tout autre histoire. Il faut savoir que les premiers journaux sont justement apparus avant tout pour soutenir des points de vue politiques. En particulier lors de la révolution française, il y a eu un foisonnement de création de journaux. A l’origine, les journaux ont vraiment eu un pli idéologique. Puis les choses ont évolué vers une approche plus objective et plus factuelle. Et cette évolution continue aujourd’hui…

    Maintenant, où est le problème. Pour moi, quand un journal annonce clairement la couleur (comme dans le cas du Courrier), c’est justement un gain de lisibilité. Lorsque ce journal dit quelque chose dans un éditorial ou un commentaire, on sait d’où cela vient. Il n’y a aucune partie de cache-cache de la part de gens qui ont des préférences idéologiques comme tout le monde ou presque. A l’inverse, il y a des journaux qui prétendent ne transmettre que des faits en restant objectifs alors que ce n’est pas vrai. En cela, ils trompent leurs lecteurs : on peut dire énormément avec un titre ou une image. C’est nettement moins clair qu’une prise de position explicite dans un éditorial, mais ce n’est pas moins efficace et cela peut parfois être très manipulateur.

    C’est à mon avis très clairement le cas du Matin. Et je ne me fierai pas aux commentaires des lecteurs sur internet qui n’y connaissent pour la plupart pas grand chose. Certains répètent en boucle que tous les journaux sont de gauche, d’autres l’inverse, alors qu’ils auraient toutes les peines du monde pour certains à préciser ce que sont les idées de gauche et les idées de droite…

    Alors, oui à des journaux objectifs qui essaient de montrer des faits. Mais il faut que ce ne soit pas seulement un masque.

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