Piques et répliques – 2

Quelques réflexions critiques sur tout et rien

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nov 2009
Pour 2 francs 20 de plus…
Posté dans Divers par Dani à 3:30 | 5 réponses »

Le Matin et 20 minutes du 30 octobre 2009 : Comparaison d’un jour

http://www.lematin.ch/http://www.20min.ch/

matin20min.jpg

 

Après la disparition de l’un des journaux gratuits, la presse de boulevard romande ne met plus face à face que deux quotidiens : un payant, le Matin, et un gratuit, 20 minutes. A priori, on pourrait imaginer que les deux journaux n’ont pas le même public et qu’ils sont actifs sur deux segments de marché différents. Mais il n’est pas sûr qu’il en soit ainsi… Sur son blog « Ouvertures.info », Kalvin Whitehoak pronostique rien moins qu’une disparition du quotidien orange. Dans un article intitulé « Pourquoi le Matin orange va disparaître« , il énonce : « la disparition assez rapide de ce titre est programmée et ils ne font vraiment rien pour l’empêcher » puis « ce n’est pas en raison du manque de publicité que les difficultés viennent : c’est en faisant mal de la sous-presse qu’on se met sous pression soi-même« . La critique est acerbe et motivée et le Matin est dépeint comme bien peu de chose.

Qu’en est-il en réalité ? Le hasard m’ayant procuré les deux éditions du Matin et de 20 minutes ce vendredi, je me propose donc de tenter une petite comparaison entre les deux livraisons.

Le Matin orange compte 56 pages contre 48 au gratuit. De manière générale, on remarque que les articles signés par un journaliste sont aussi plus nombreux : 24 contre 14, avec de nombreuses dépêches d’agence pour les deux quotidiens (copié-collé !). La quantité est ici en faveur du payant, mais pas très largement. Un coup d’oeil à la « une » des deux journaux révèle un fait amusant : les deux journaux abordent une question liée à la sécurité (les chasseurs de dealers dans le Matin, les empreintes digitales pour entrer dans une école dans 20 minutes) et deux infos « People » chacun. 20 minutes ajoute deux autres infos, une animalière et une sportive. Si on retourne le numéro, on découvre une dernière page consacrée à la météo dans les deux cas.

Le Matin propose 4 pages de « zoom » contre une seule (intitulée « la deux« ) dans 20 minutes. Deux de ces pages sont consacrées aux « chasseurs de dealers« , mais la moitié de l’espace est occupé par des photos racoleuses. De plus, une demi-page est occupée par une photo de Federer, avec celle des deux otages en Libye et un dessin humoristique. Dans sa seule page, 20 minutes abordent déjà quelques infos avec un article sur les empreintes digitales et 5 infos brèves.

Les informations générales se valent dans les deux quotidiens : 7 pages sur la Suisse dans le Matin contre 3 pages suisses et 3 pages vaudoises dans 20 minutes. Les deux font dans l’anecdotique le plus parfait si on excepte la préoccupation du Matin pour l’affaire des otages en Libye (2 pages). Il en va évidemment de même des pages « Monde » (4 pour le Matin et 3 pour 20 minutes) avec des intérêts communs remarqués : une chanteuse tuée par deux coyotes au Canada et des tombes à deux étages à Londres. Mais 20 minutes bat le Matin à plate couture en ce qui concerne les brèves : 16 à 6. A remarquer que le Matin ajoute deux pages « le Monde en images » garnies de photos, dont Paris Hilton et Serena Williams (on est dans les pages « Monde« , bien sûr…). L’économie, enfin, vaut deux pages dans 20 minutes contre une seule dans le Matin : Federer en publicitaire chocolatier et un classement financier des célébrités décédées (!) contre les relations entre la marque Longines et le tennisman Agassi. Bref, des choses ultra importantes !

La relative égalité entre les deux titres se confirme avec le reste des pages. Dans les deux cas, on trouve 4 pages « People« , 2 pages cinéma, 1 page culture (quelle culture !), 1 page télé, une page de mots croisés et horoscope (la même association dans les deux journaux… !). On trouve aussi dans chacun un article en forme de publicité déguisée avec indication des prix.

Les différences résident dans une chronique d’une productrice de la TSR et quelques courriers de lecteurs pour le Matin et deux pages consacrées à Internet et quelques bandes dessinées pour 20 minutes. Par contre, le sport bénéficie de beaucoup plus de place dans le Matin : 13 pages contre 4, avec 9 articles signés contre 4. De même, les petites annonces occupent 6 pages dans le Matin (contre 4), avec 3 pages d’annonces érotiques qui contribuent au financement du quotidien. En contrepartie, le Matin consacre moins de pages entières à la publicité : seulement 2 contre 7 à 20 minutes (mais je m’amuse de constater que deux pages achetées par Manor sont rigoureusement les mêmes dans les deux journaux).

Alors, en fin de compte, qu’est-ce que l’acheteur du Matin a de plus pour les 2 francs et 20 centimes qu’il a versés (enfin, s’il les a versés, parce qu’il paraît que…) ? Il a plus de signatures de journalistes de la rédaction, plus de photos originales et réellement liées aux articles (celles de 20 minutes viennent la plupart du temps de banques d’images sur Internet), 2 pages de zoom sur les chasseurs de dealers, une petite chronique, des pages de sport et des annonces érotiques.

Cela vaut-il 2 francs 20 par jour ou un abonnement de 299 francs à l’année ? Poser la question, c’est presque y répondre… A la place des rédacteurs, cela m’inquièterait…

Daniel


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5 réponses:

  1. jcmoriaud écrit:

    Belle comparaison. Savez-vous quelle est la diffusion du Matin ? Quel est son bilan financier depuis la venue des gratuits ?
    Cordialement,

  2. kalvin écrit:

    @ Dani
    Terrible constat factuel, qu’on pressentait mais que tu démontres !

  3. Si la valeur ajoutée du journal payant, ce sont les éditoriaux, c’est bien peu, sachant que des éditos bien troussés, on peut en trouver sur Internet (les blogs ) et on peut les entendre à la radio ou la télévision (et d’ailleurs certains journalistes, du genre Alain Duhamel ou Jean-Michel Aphatie _ et je ne connais pas leurs équivalents suisses _ ne se gènent pas pour décliner leur prose sur les différents supports auxquels ils collaborent). Non, le contenu éditorialisé, même s’il est apprécié, car vivant et facile à assimiler, n’est pas un contenu à très haute valeur ajoutée.

  4. En effet, ce ne sont certainement pas les éditoriaux ou les commentaires qui sauveront la presse écrite. La valeur ajoutée apportée par les journalistes à l’information réside ailleurs, dans le mise en contexte, la recherche de précisions, la mise en évidence des contradictions, le retour en arrière. En bref, tout ce que le destinataire de l’info n’a pas le temps, les moyens, la compétence ou l’envie de rechercher lui-même, mais qu’il sait apprécier lorsque cela est présenté.

    Là, dans ma petite comparaison, on peut se demander ce qui pousse des dizaines de milliers de lecteurs à acheter un journal qui présente si peu d’avantages par rapport au journal gratuit. Ce ne sont tout de même pas les annonces érotiques ? ;-)

  5. Certains que si on achète le journal, c’est pour exiber un signe d’appartenance sociale (http://crisedanslesmedias.hautetfort.com/archive/2009/08/31/le-journal-signe-d-affichage-social.html)

    Acheter un journal, c’est un plaisir! En période de crise, on peut se permettre de petits plaisirs.

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