Kappeler et les bandits
Le Temps du 24 octobre 2009 : L'Etat, ce bandit qui sommeille
http://www.letemps.ch/Page/Uuid/97fe333e-c020-11de-a054-2bb0a40b28f8/LEtat_ce_bandit_qui_sommeille

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L'abonné du Temps le sait : tous les samedis, il va recevoir sa petite ration de néo-libéralisme sous la plume de Beat Kappeler, chroniqueur régulier du week-end. Parfois, le bonhomme est inspiré et apporte une réflexion originale et intéressante. A d'autres moments, il pourrait tout à fait passer son tour. Pas très étonnant que je sois tenté de “répliquer”…
Kappeler, un ex-syndicaliste passé néo-libéral : un jour, il serait intéressant que quelqu'un écrive quelque chose sur son étonnant parcours. En tous les cas, il a une certaine consistance. Ce week-end, voici qu'il passe la vitesse supérieure : l'Etat est assimilé à un bandit. Pourquoi pas ?
Une rapide introduction pour énoncer que l'Etat est un très vieux truc “dans nos contrées“, ce qui est déjà très contestable en soi. Cela dépend évidemment du sens que l'on donne au mot “Etat“. Si on l'assimile à un bandit, il est clair que les chefs de tribus de la haute antiquité ou des âges sombres du Moyen-âge peuvent en incarner l'origine. Mais c'est tout de même une vision très partielle, et partiale, de la chose. Quoi qu'il en soit, le chroniqueur saute dès sa deuxième phrase en direction d'un autre continent : l'Afrique.
Pourquoi l'Afrique ? Pardi, parce que c'est plein de bandits… !!! Et le voilà qui décrit par le menu des histoires somaliennes et nigérianes de chefs de guerre et de dictateurs qui finissent par s'assagir et partager le butin avec leurs administrés. La description est bien détaillée : on découvre l'histoire d'un somalien réfugié aux Etats-Unis revenant prendre le pouvoir en s'appuyant sur les mitraillettes et les chars lourds, mais aussi construire des écoles et édicter des lois. Kappeler tient d'ailleurs à préciser que l'abattage d'un arbre est puni d'une amende de cent chameaux. Les amendes en chameaux, ça a un petit goût de bandits poussiéreux, c'est presque émouvant. Voilà donc la façon dont Kappeler se représente l'Etat : un bandit qui s'est assagi avec le temps !

De l'Afrique, le voilà qui revient subitement en Suisse : “Dans nos pays, un Etat embryonnaire s'est constitué après l'irruption des Burgondes et des Alamans“. Et, sans transition (comme dirait l'autre) : “Aujourd'hui, ces Etats européens sont puissants, même envahissants dans la vie des citoyens“. Puis, la chose est illustrée par des exemples concrets : leçons de garde de chien, contrôle des activités professionnelles, interdictions de fumer… Des bandits, on vous dit ! Et pour bien enfoncer le clou, Kappeler ajoute : “Le bandit stationnaire ne fait que sommeiller dans les profondeurs des ministères des finances“. Profonds comme la caverne d'Ali Baba ?
En tout, 92 lignes de détour par l'Afrique pour nous dire que les bandits se sont reconvertis dans l'Etat moderne, et ajouter une approximation historique particulièrement simpliste qui exprime son hostilité instinctives aux règlements et aux impôts. Le tout sans mentionner les luttes démocratiques des derniers siècles… qu'il semble avoir tout simplement oubliées ! Mais le pompon arrive à la fin de l'article… tenez vous bien : “Les dépenses des autres Etats européens et des Etats-Unis explosent en ce moment. En zone euro, le déficit de l'Etat en 2010 se monte à 7 % du produit des citoyens, et en 2011 les dettes de ces Etats vont s'approcher des 100 % de ce que produisent leurs citoyens en une année“. (Remarquez au passage qu'on épargne ici la Suisse - y en a point comme nous ! - et que seuls les “citoyens” produisent pendant qu' 1,6 millions d'immigrés regarde). Comment peut-il dire des choses pareilles ? Qui sont les vrais bandits de la crise financière qui mettent les Etats (et les banques centrales) dans des situations aussi difficiles ?
Cette fois, je me dois de traiter ce bonhomme néolibéral de fieffé menteur : ce sont en effets des intérêts tout ce qu'il y a de plus privés qui ont réussi le formidable accaparement qui met les Etats occidentaux en situation de déficit et d'endettement excessif. Il endort son lecteur en le promenant en Afrique et dans l'histoire médiévale pour mieux le manipuler en le faisant glisser pas très subtilement des bandits historiques à l'Etat gaspilleur d'aujourd'hui. Mais c'est du grand n'importe quoi.
Tout ce blabla sur la Somalie et le Nigéria pour aboutir à des contrevérités qui n'ont rien à voir avec ces deux pays, c'est donc tout ce qu'il a trouvé pour remplir son quart de page. Il aurait mieux fait de passer son tour pour cette semaine et de laisser la place à un chroniqueur un peu plus inspiré, fût-il lui aussi libéral. A l'heure des difficultés de retenir le lecteur auprès de la presse écrite, “Le Temps” devrait se demander si ne faudrait pas faire un meilleur usage de sa page “Eclairages”.
Daniel








décMarc écrit :
Ajouté le 28 octobre, 2009 à 11:06Merci pour cette réponse.
J’ai pratiquement déchiré mon journal en lisant cette chronique.
Continuez votre bon travail.
Dani écrit :
Ajouté le 28 octobre, 2009 à 20:27Ach… moi aussi ! Ils ont pas intérêt à surmultiplier les choses aussi mauvaises, parce que je finirais par renoncer à mon abonnement.
Ici, une petite lecture instructive pour Kappeler, sur le site Telos : http://www.telos-eu.com/fr/article/dette_lexplosion_est_elle_gerable
Telos, c’est gratuit… Kappeler dans Le Temps, c’est payant. Ils devraient y réfléchir.