20 minutes, avant mutation ?
Les pages d'information de “20 minutes”, du 11 septembre au 9 octobre 2009
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Après la disparition du Matin bleu, 20 minutes reste donc le seul journal gratuit disponible en Suisse romande. En jetant un regard dans les transports publics, on est impressionné par le nombre de personnes plongées dans la lecture de ce seul journal… L'image est d'ailleurs particulièrement saisissante en entrant à l'avant d'un autobus : il semble que tout le monde lit le même journal. Des régimes politiques ont tenté de contrôler l'information sans jamais pouvoir en rêver…
Heureusement, tous ces gens se plongent dans d'autres moyens d'information le soir chez eux, recherchant des compléments sur internet et des approfondissement dans d'autres journaux (payants).
En attendant, quelle est donc l'information consacrée par ce journal qui revendique les plus gros tirages de Suisse romande ? J'ai tenté de faire un petit scannage des grands thèmes, avant mutation, sur 20 numéros… On verra ensuite les changements intervenus une fois les deux équipes (Matin bleu et 20 minutes) réellement fusionnées. Je me souviens que le rédacteur en chef avait parlé d'un mois avant qu'on n'en remarque les effets… (C'était sur Médialogues - RSR 1).
Alors, voici ce qui ressort des 20 numéros suivis :
La “Une“, tout d'abord. Une information est à chaque fois mise en exergue en tête de page. Les thèmes principaux sont les viols (4 fois), la sexualité, l'automobile, le Conseil fédéral - grâce à l'élection (2 fois). Restent, à une reprise chacun, la toxicomanie, les tsunamis, un attentat, des pertes en Bourse, un trésor, Polanski, la justice, des insultes, Internet et un bébé miraculé. Sous le titre en “Une”, une grande photo est à chaque fois proposée. 10 fois sur 20, il s'est agi de sport et 6 fois de célébrités (people !).
Suit une page intitulée “La deux” qui met en évidence une information plus particulièrement sélectionnée ce jour-là. Ici, 5 jours sur 20, ce fût la politique et même 7 jours si l'on prend en compte les publicités provocatrices de l'UDC concernant la racaille et les minarets. Mais la criminalité a quand même droit de cité 2 fois, et on trouve les chiens des toxicomanes, des insultes, la traque du loup en Valais et des tests de grossesse dans les machines Selecta les autres jours.
Les pages vaudoises offrent 40 articles (sans compter les brèves, trop nombreuses). Je relève 10 articles touchant à des affaires de justice (dont 2 pour un faux viol et 3 pour des policiers ou des douaniers qui affrontent un tribunal) et 6 relatant des actes de criminalité ou de délinquance. Mais il y a aussi de quoi s'amuser : des badges affichant le code postal personnel, l'entrée par derrière d'un cinéma porno ou des cendriers publicitaires.
Les pages suisses proposent plus d'articles que les pages régionales, soit 59 en tout (c'est pratique, on prend les mêmes trucs pour tout le monde !). La criminalité revient à nouveau en tête avec 10 articles. Polanski 5 fois, les relations avec la Libye et des peoples liés à la politique 4 fois. Mais les transports ont tout de même droit à 3 citations. Les sujets sont très variés, allant des néo-nazis suisses au vidage des poubelles par les employés du MacDo, en passant par un concours militaires, des vendanges et les postes dans les épiceries.
Les pages “Monde” sont probablement les plus étonnantes. La criminalité (des meurtres, des viols, etc.) y revient à 33 reprises, les catastrophes 13 fois, les affaires de justices (surtout pénale !) 12 fois et les attentats et autres carnages 11 fois. Ce sont bien les thématiques dominantes. Mais d'autres sont aussi assez fréquentes : la sexualité (8), les accidents (8), la diplomatie (7), les maltraitances (7), les records et exploits divers (7). Encore plus surprenant dans des pages “Monde“, des histoires concernant des animaux domestiques reviennent à 5 reprises, comme les “people” (qui ont pourtant leurs pages réservées), des animaux en fuite sont cités 4 fois, des individus mis en vente (!) apparaissent à 3 reprises (comme des anecdotes amusantes !), des histoires de cigarettes à 2 reprises. Bon allez, il y a quand même 6 articles qui parlent de politique et 3 de religion.
On repère sans trop de peine les préoccupations prioritaires. Mais il est aussi intéressant de se demander ce que l'on ne trouve pas, ou très peu, dans ce journal en un mois. J'ai tenté de dresser une petite liste :
- Les questions liées à l'environnement, à la pollution, au déréglement climatique.
- Les questions sociales : accueil des réfugiés, invalides, assurances sociales, droits des chômeurs, accueil d'enfants, 2ème pilier, syndicats.
- Les débats et enjeux politiques (les lois votées au parlement, par ex.) lorsqu'il ne s'agit pas de “pipolisation” des politiciens…
- Les questions de société abordées autrement qu'à travers un meurtre par ci ou un viol par là.
- Les questions éthiques.
Ceux qui prétendent que la lecture d'un journal comme “20 minutes” permet d'avoir un aperçu général de l'information se contentent donc d'être au courant des accidents, des catastrophes, des délits et crimes, des exploits divers, des coups d'éclat de personnalités, des scandales sexuels,…
Au fait… ça sert à quoi de s'informer ?
Daniel








