Piques et répliques – 2

Quelques réflexions critiques sur tout et rien

6
août 2009
Combat pour une presse libre
Posté dans Au fil des lectures par Dani à 7:41 | 8 réponses »

Un petit livre d’Edwy Plenel, ancien journaliste du « Monde » : Combat pour une presse libre

http://www.galaade.com/oeuvre/combat-pour-une-presse-libre

Combat pour une presse libre dans Au fil des lectures PLENEL-Presse-72dpi

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Un petit livre qui ne mâche pas ses mots et qui expose le combat d’un groupe de journalistes français pour une presse qui resterait fidèle à son histoire et à son rôle de quatrième pouvoir au sein des démocraties. Un texte court (moins de 50 pages) pour dire l’essentiel. Je ne suis pas très fort pour chronique, je vais me contenter de « picorer » !

L’auteur, parmi d’autres, est animateur du site français Mediapart qui essaie de faire vivre un véritable journal sur Internet en fonctionnant sur le principe de l’abonnement (9 €) , parce que la fidélité de lecteurs désireux d’une information de qualité est le meilleur soutien à leurs yeux de leur activité économique.

Le propos est clair et ambitieux : « Car le journalisme dont nous nous réclamons s’inscrit dans une longue tradition, indissociable de l’exigence démocratique. Son ambition est de fournir les informations d’intérêt public qui nous sont nécessaires afin de rester libre et autonomes, maîtres et acteurs de nos destins, individuel et collectif. Sa première obligation est à l’égard de la vérité, sa première loyauté envers les citoyens, sa première discipline la vérification et son premier devoir l’indépendance« . On aurait envie de le crier sur les toits, de l’imprimer sous forme d’autocollant et d’en parsemer les caissettes de nos journaux… Parce que si Edwy Plenel parle avant tout de la presse hexagonale, la nôtre est aussi concernée. Ces valeurs sont bien souvent oubliées au profit du racolage, du journalisme de révérence et de la distraction du lecteur par le biais d’informations totalement sottes…

« L’information qui fait sens, la nouvelle qui enseigne, le débat qui instruit et construit, l’échange des savoirs et le partage des connaissances. Bref, une presse qui ne renonce ni à la qualité ni à la référence« . Plus loin, c’est Albert Camus en personne qui est convoqué comme référence dans son journal « Combat » : « Notre désir (…) était de libérer les journaux de l’argent et de leur donner un ton et une vérité qui mettent le public à la hauteur de ce qu’il y a de meilleur en lui. Nous pensions alors qu’un pays vaut souvent ce que vaut sa presse. Et s’il est vrai que les journaux sont la voix d’une nation, nous étions décidés (…) à élever ce pays en élevant son langage« . A la lecture de plusieurs de nos quotidiens, on finit par avoir envie de proposer des cours de français et de mener nous aussi un « combat » pour élever le langage !

Edwy Plenel illustre aussi ce qu’il entend par cette tradition de la qualité qu’il évoque : « la qualité contre la superficialité, la référence contre l’insouciance, la hiérarchie contre le flux, le public contre l’audience, la fidélité contre le zapping, l’historicité contre le présentisme, la mémoire contre l’oubli, l’irrévérence contre la soumission, la liberté contre l’asservissement« . A nouveau, Camus est invité comme témoin : « Tout ce qui dégrade la culture raccourcit les chemins qui mènent à la servitude. Une société qui supporte d’être distraite par une presse déshonorée (…) court à l’esclavage ». Etant donné l’époque dont l’écrivain et journaliste français fût le contemporain, l’avertissement devrait être pris au sérieux. Et ce petit livre le fait, en citant notamment Marc Bloch qui montre à quel point la perte de qualité de la presse de l’entre-deux-guerres a contribué à préparer le malheur… On l’aura compris, le souci de Plenel est de faire survivre une presse qui informe vraiment le citoyen plus qu’elle n’amuse le consommateur. Ce n’est pas le chemin que nous prenons depuis quelques décennies… mais Internet permettra peut-être un retournement de tendance.

Les journaux obéissent aujourd’hui un peu trop souvent à une remarque faite par un des conseillers de Nicolas Sarkozy lors de la campagne présidentielle : « La réalité n’a aucune importance. Il n’y a que la perception qui compte« . C’est le B-A-BA d’une certaine « communication ». Or, plutôt que de contribuer au « storytelling » généralisé, la presse se devrait justement d’éclaircir les situations, de montrer le rôle de chacun, de traduire la langue de bois, de vérifier les assertions des politique, etc. Plenel le dit haut et fort : « La bataille de l’information n’est donc pas secondaire, et les journalistes sont en première ligne de cet affrontement pour la démocratie« . Je remarque d’ailleurs que les journalistes épris de qualité apprécient l’existence de blogs de critique médiatique. Par contre, ceux qui font dans la « feuille de chou » semblent plus dérangés… (voir les commentaires ! ;-) ) L’exigence d’une information de qualité, qu’elle vienne du journaliste, du lecteur ou du blogueur est une exigence de démocratie. Noyer les lecteurs sous une pluie de faits divers dégoûtants ou effrayants, venus souvent du bout du monde, est un geste antidémocratique qui contribue à susciter des émotions négatives plutôt qu’une réflexion constructive.

Edwy Plenel dit encore « qu’aujourd’hui, ce n’est pas la demande d’information qui fait défaut dans le public, mais l’offre qui n’est pas au rendez-vous de ses attentes« . J’espère qu’il a raison ! Je suis moi aussi convaincu que la plupart des gens souhaitent mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent. Mais seront-ils prêts à continuer à payer, voire à payer plus, pour sauvegarder la qualité de l’information ? Nous sommes aujourd’hui au danger d’une forme nouvelle de totalitarisme nettoyée des archaïsmes de ceux du XXe siècle et donnant les apparences du bonheur : un totalitarisme de la consommation, de la publicité, de la distraction, de la technologie envahissante… qui envahit toutes les sphères de la vie. Consommez, oubliez !

Le combat mené par Plenel et ses amis est noble. Espérons qu’il fasse des émules aussi en Suisse romande.

Daniel


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8 réponses:

  1. halcyon écrit:

    Sur le fond je suis d’accord, mais ce n’est pas Edwy Plenel qui va nous apprendre l’intégrité et l’indépendance journalistiques…étant le roi du copinage au Monde et ailleurs, un expert du retournement de veste, il conserve ses entrées partout et ne risque pas d’avoir trop de critiques négatives pour son nouveau « projet ». Je doute qu’il puisse créer un site qui va à l’encontre de tout ce qu’il a toujours été…

    A ce sujet je conseille la lecture de cet article de plan B:

    http://www.leplanb.org/Des-journalistes-mentent-aussi-sur.html

  2. J’ai l’habitude de dissocier assez strictement les propos de celui qui les tient. Donc, je reste toujours ouvert à une bonne idée venant même d’un con notoire. Mais on peut effectivement se demander si les mêmes peuvent faire de l’autre…

    Cela dit, je ne suis pas très au courant des retournements de veste ou autres arrangements de Plenel. Si vous avez plus d’info ou un lien quelconque, cela m’intéresse pour ma gouverne personnelle…. ;-)

    Merci pour le lien ci-dessus, mais l’auteur a vraiment l’air très fâché : cela lui enlève un peu de crédibilité. Mais si tout ce qu’il dit est vrai… !?!?!?

  3. Richard écrit:

    Merci pour ce très bon billet.
    Les soucis d’Edwy Plenel sont effectivement valables de ce côté-ci du Jura.
    Début mai, s’est déroulé au Zinéma à Lausanne un débat intitulé « Pourquoi les journalistes n’ont-ils pas bonne presse ? ». J’ai retenu la remarque de Roger de Diesbach sur le non-respect de plus en plus évident de la « Déclaration des devoirs et des droits du/de la journaliste » par une partie des journalistes suisses. Peut-être faudrait-il commencer par là ?
    Plus personnellement, concernant le thème de la « recherche de la vérité », j’observe un suivisme de nos « médias immédiats » (pour reprendre la formule de Jean-Claude Guillebaud, journaliste) qui fait peine à voir. Sur le sujet de la remise en question de la version officielle des attentats du 11 septembre 2001 (par exemple), les journalistes feignent d’ignorer qu’elle n’est pas le seul fait de blogueurs déjantés mais bien d’experts (dont des pilotes et des pompiers), d’ingénieurs et architectes (www.ae911truth.org), de prof. d’universités (dont des suisses -> Daniele Ganser, Histoire Uni Bâle – Hugo Bachmann et Jörg Schneider, Mécanique EPFZ) et de politiciens. Ces personnes ont le tort de ne pas avoir la prétention de savoir ce qui s’est réellement passé lors de cette tragique journée mais de démontrer que la version officielle (tel que présentée dans le rapport de la commission d’enquête de 2004) est inexacte et omet des faits graves (effondrement 3ème tour WTC7 p.ex.). A quand une description détaillée et impartiale de leurs arguments dans nos médias ?
    Au final, il n’est pas exagéré, comme vous le faites, de questionner la mise en danger de nos démocraties face à ce que vous décrivez comme un « totalitarisme de la consommation ».
    Bien à vous
    http://www.mediapart.fr/club/blog/richard-golay/230509/oser-douter-et-debattre-dans-le-respect-d-autrui

  4. Richard écrit:

    Pour poursuivre la réflexion: Jean-Claude Guillebaud interviewé par médialogue (RSR1)

    https://share.ols.inode.at/ZAK45DRT0TXD6XDEUF9T18P4GN74VWNU88YCLP6U

  5. Bonjour Richard,

    Merci pour les liens !

    Pour le 11 septembre, j’avoue ne jamais avoir très bien su quoi penser. Mais je remarque aussi que les doutes sont toujours accueillis aux cris de « salauds de conspirationnistes » et que cela n’est pas sain. J’espère qu’un jour toute la vérité sera établie, et si possible pas trop tard !!!

    J’approuve les propos de Guillebaud sur RSR1 ! D’ailleurs, j’avais aussi abordé la « crise imprévue » : http://pikereplik.unblog.fr/2008/10/17/crise-financiere-cest-qui-on-cest-kappeler/

    Comme vous, je crains que les grands médias soient devenus une sorte d’outil de propagande généralisé et que les moyens d’y résister soient encore bien petits.

  6. halcyon écrit:

    Un autre lien qui détaille de façon assez cocasse le système des copinages divers et les renvois d’ascenseurs, période Le Monde littéraire:

    http://leplanb.org/Annuaire-de-la-corruption.html

    Concernant l’article précédent, les faits sont facilement vérifiables, notamment en ce qui concerne Lagardère. Il y a un gros décalage entre les actes et les mots, s’il on regarde de plus près l’histoire personnelle du personnage.

    Et puis on est un peu habitués à ces belles déclarations libertaires qui ne changent rien mais garantissent l’adhésion rapide du public, qui remontent aux années 80 déjà:

    http://leplanb.org/La-critique-des-medias-au-peril-de.html

  7. @halcyon :

    C’est ça qui est bien, avec les blogs et l’Internet en général. Avant, j’aurais bien aimé le bouquin et c’est tout. Maintenant, je l’écris et je suis éclairé de choses que je n’avais pas imaginées pas par un lecteur de passage… Merci !

    On peut comprendre que ce soit terrifiant pour ceux qui s’étaient habitués à pérorer sans contradiction (en refusant les lettres de lecteurs trop dérangeantes bien souvent).

  8. Edwy Plenel écrit:

    Bonjour à tous ;-)
    @ Dani: merci de ce compte-rendu fidèle, tissé de résonances complices. Ce « Manifeste » explique en effet les raisons d’être de l’aventure Mediapart, que chacun d’entre vous peut juger sur pièces, y compris en cherchant l’adresse http://www.mediapart.ch
    @ halcyon: la conception du journalisme qui m’anime depuis plus de trente ans dérange forcément les conceptions purement militantes puisqu’elle pose ce principe qu’il ne suffit pas de penser politiquement juste pour informer vrai. Les critiques dont vous faites état reposent soit sur des malentendus quand elles sont de bonne foi, soit sur des amalgames, ou pire des calomnies, quand l’aveuglement les anime. J’y ai répondu, je crois, dans « Procès », un livre paru en 2006 après mon départ du « Monde » et aujourd’hui disponible en « Folio ». La notice me concernant sur Wikipédia vous donnera également des éclairages complémentaires.

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