Archive pour 22 mai, 2009

Leurres et illusions

Un livre de Pierre-Yves Chereul : “Les médias, la manipulation des esprits, leurres et illusions ”

http://www.amazon.fr/Leurres-illusions-Pierre-Yves-Chereul/dp/2750412935/ref=sr_1_3?ie=UTF8&s=books&qid=1242981467&sr=8-3

 

 

La lecture critique des médias demande des moyens intellectuels particuliers qui stimulent et guident l'esprit critique. Depuis que je me suis lancé à bloguer sur ce thème, je découvre régulièrement de nouveaux guides sur ce thème et la pile de futures lectures monte tranquillement. Voici une de mes dernières lectures.

L'auteur propose régulièrement des articles critiques sur les médias sur le site d'information Agoravox. Là où je procède (pour l'instant) avec un amateurisme de débutant, lui est nettement plus méthodique. C'est d'ailleurs une part de sa méthode qu'il présente dans ce livre. Après avoir examiné des illusions propres par nature aux médias et ce qu'est en réalité la notion d'information, il nous propose une forme de classement des leurres et illusions. Dans une deuxième partie, il propose ensuite d'analyser plus particulièrement les diverses apparences que peuvent prendre les leurres les plus pratiqués par les médias : les leurres de l'information unique, de l'égalité en performances des mots et des image, de l'énoncé unique, de la mise hors-contexte, de l'appel sexuel, de l'appel humanitaire, d'appel autoritarien, d'appel conformiste, de flatterie, de l'euphémisme, de l'information donnée déguisée en information extorquée. Ces différents types de leurres sont exposés systématiquement avant d'être explicités par des exemples.

Cette présentation très méthodique est utile pour les médias, mais elle peut très bien être accommodée dans d'autres situations d'information, en particulier avec la publicité. De nombreux aspects sont évoqués, comme les figures de styles, l'omission de faits, les amalgames, ou encore l'utilisation des mythes. Ce livre est très riche et très dense, mais c'est aussi ce qui risque de le rendre pas forcément très accessible. Je dois avouer qu'il ne convenait pas à la lecture aux dernières heures du jour. Le langage est tout à fait compréhensible, mais les démonstrations demandent un certain effort de concentration. Celui-ci est finalement récompensé par un meilleur pouvoir de lecture de l'information.

L'auteur n'hésite pas à convoquer divers aspects de notre culture pour illustrer certaines de ses réflexions et je ne résiste pas à vous livrer ici l'utilisation qu'il fait des fables de Lafontaine.

Quelles sont les deux premières fables du recueil de Jean de Lafontaine ? “La Cigale et la Fourmi” et “Le Corbeau et le Renard“. Elle ne sont peut-être pas pour rien à cette place privilégiée… Habituellement, on met en garde contre l'imprévoyance coupable de la Cigale et on se moque de la naïveté stupide du Corbeau, mais Pierre-Yves Chereul va nous proposer une autre lecture : la Cigale et le Renard sont deux personnages affamés à la recherche de nourriture qui vont utiliser deux moyens très différents pour parvenir à leurs fins et le but est de comparer. La Cigale avoue très naïvement son insouciance estivale alors que le Renard va utiliser le “leurre de la flatterie“. Et c'est lui qui a choisi la meilleure voie, puisqu'il est récompensé par un fromage.

Mais l'auteur ne s'arrête pas là dans la comparaison de fables. Un autre leurre de flatterie est discernable dans une troisième fable : “Le Lion malade et le Renard“. Le lion invite ses sujets avec des promesses de traitement de faveur et y ajoute un “leurre d'appel humanitaire” en prétextant une maladie. Là où le Corbeau se laisse piéger par la flatterie, le Renard de cette autre fable pratique le “doute méthodique“et remarque que “toutes les empreintes de pas se dirigent vers la grotte du Lion et qu'aucune n'en ressort” : les bêtes sont donc dévorées par le Lion. Il ne s'est pas contenté de “l'information donnée” mais s'est emparé d'une “information extorquée” qui lui sauve la vie.

Tous ces concepts relatifs aux informations et aux leurres sont bien explicités au fur et à mesure de l'ouvrage, mais on ne boudera son plaisir avec les explications faisant usage des classiques de notre culture.

Bref, une lecture instructive pour qui cherche à ne pas se laisser leurrer. Une lecture qui serait particulièrement utile à tous ceux qui croient encore un peu à une information brute, faite d'images, d'actes, de paroles rapportées, de faits “objectifs”. Il est tellement plus facile de croire que de vérifier par soi-même…

Daniel