Le Matin : Les commentaires pourraient être utiles…
Le Matin online, le 2 mai 2009 : La police humilie les Roms
http://www.lematin.ch/actu/suisse/police-humilie-roms-116439
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Jour après jour, les pages du site du Matin se couvrent de commentaires en réaction à une partie des articles. Souvent, ceux-ci sont odieux et révèlent, au-delà d'un français calamiteux, des sentiments particulièrement agressifs vis-à-vis de certains groupes de la population. L'impression qui domine est que le journal en fait une stratégie marketing pour attirer plus de visiteurs sur son site pour rentabiliser son système publicitaire. Mais ces commentaires pourraient aussi se rendre plus utiles…
Prenons le cas de cet article paru le 2 mai à propos des remarques inscrites par des policiers genevois dans les passeports d'un certain nombre de mendiants Roms. L'article du Matin signale qu'il n'est pas permis d'inscrire de telles remarques dans un passeport , car il appartient à l'Etat qui l'a délivré. L'affaire est qualifiée de “dérapage” et une remarque frappe : “Il semble même qu'ils aient pensé que ce devait être autorisé car un policier a carrément inscrit son numéro de matricule“. Les policiers ignoraient apparemment cette interdiction. La réparation des torts est envisagée et mentionnée dans l'article. Puis, dans un encadré qui suit l'article, l'inscription de la lettre “J” dans les passeports de personnes juives par les autorités suisses est rappelée, ainsi que les excuses présentées par Kaspar Villiger au nom du Conseil fédéral en 1995 et les recherches de la commission Bergier.
Il vaut la peine de parcourir les commentaires qui suivent cet article (plus d'une centaine !). La démarche des policiers genevois est soutenue par de nombreux intervenants et on lit notamment : “quasi personne n'y voit de scandale, à part les journalo-gauchos“, “Je respecte la police, elle fait son travail“, “Quel scandale? Pourquoi on se prend la tête avec ces mendiants?“, “Si cette activité est interdite, l’inscription -contrôlé pour mendicité- dans le passeport d'une personne sans domicile qui l’a pratiquée n'a rien d'odieux“, “Maintenant Genève veut rembourser les frais d'un passeport marqué mendiant. Mendier est contre la loi à Genève!! Pourquoi alors il y en a toujours ??“, et encore “Merci aux Policiers et faite votre travail au plus près de votre conscience“.
Que révèlent ces commentaires ? Une haine particulièrement féroce à l'égard de ces mendiants Roms, mais aussi une incroyable ignorance des principes de l'Etat de droit !!! A l'instar des policiers concernés, une partie de la population suisse passe complètement à côté des notions de base de l'instruction civique et en vient à considérer normal de stigmatiser des personnes à l'intérieur même de leurs passeports. La comparaison avec les années trente est simplement repoussée d'un revers de manche sans autre forme de procès, comme si elle était incongrue.
Du côté des rédacteurs du Matin, on ne lit ces commentaires que dans la perspective de leur modération qui, comme on l'a déjà souvent remarqué, se transforme en censure pure et simple au détriment des opinions qui déplaisent au modérateur, mais sans approche systématique et rigoureuse. Ici, les remarques n'ont semble-t-il pas trop déplu.
Or, la lecture des commentaires par un journaliste devrait permettre de prendre conscience de cette ignorance crasse des principes de l'Etat de droit. Elle devrait inciter le journal à faire oeuvre utile et civique en se donnant la peine d'expliquer pourquoi on n'a pas le droit de faire ces inscriptions et quels sont les principes fondamentaux ou constitutionnels qui sont violés. Comment les gens réagiraient-ils si on inscrivait dans leurs papiers les infractions à la loi sur la circulation routière ? Comprendraient-ils mieux ce qui cloche ?
Le Matin souhaite favoriser les commentaires sur son site. Mais pourquoi ne les utilise-t-il jamais pour mieux ajuster son offre rédactionnelle aux besoins de son public. La lecture des commentaires permet assez aisément de se rendre compte des manques en matière de culture juridique d'une partie significative des lecteurs. Manifestement, le fait de simplement souligner que ce genre d'inscription est illégale et de tenter un parallèle avec les années trente ne suffit pas à créer les conditions d'une bonne compréhension de la situation.
Le rôle du 4ème pouvoir est aussi de rappeler les bases du droit au citoyen et non de se contenter de mettre de l'huile sur le feu en excitant les haines des ignorants et en laissant se multiplier sur son site des messages qui font froid dans le dos. Est-il si utopique d'imaginer qu'un quotidien populaire pourrait (aussi) faire oeuvre éducative ?
Daniel







