Piques et répliques – 2

Quelques réflexions critiques sur tout et rien

5
mar 2009
Revue d’Edipresse
Posté dans Scène médiatique par Dani à 8:04 | 4 réponses »

Dans les journaux romands du 4 mars 2009 : à propos du rachat d’Edipresse par le groupe Tamedia

 

Un gros mouvement dans le paysage de la presse suisse et plus particulièrement romande. L’occasion de voir comment une partie des journaux actifs sur la place rapporte ce type de nouvelle : des gratuits aux indépendants, en passant par les journaux d’Edipresse…

« 20 minutes » fait sa Une sur le sujet : « Bientôt plus qu’un journal gratuit« , et insiste sur le fait que c’est bien « 20 minutes » qui sera le seul quotidien gratuit romand et que « le Matin bleu disparaîtra d’ici fin 2009« . Difficile de bouder une impression de victoire chez Tamedia ! Mais à l’intérieur du journal, on va apprendre que le gratuit restant sera composé par des gens émanant des deux équipes. En tout et pour tout, « 20 minutes » ne consacre à la nouvelle du jour qu’un petit article d’une demi-page centré sur la question des journaux gratuits. La disparition d’un groupe de presse dominant en Suisse romande ne les intéresse pas…

Au « Matin bleu », la Une est consacrée à autre chose et seule une petite photo accompagnée de quelques mots explique que « les gratuits fusionnent » (ici, il n’y a pas de gagnant !). En page 2, on explique que « Edipresse et Tamedia se marient » et on insiste sur le fait que le nouveau titre devrait naître de la « fusion des deux gratuits existants« . Il s’agit ici d’assurer le lecteur que l’union est faite dans l’égalité et on promet même que les deux noms des gratuits figureront sur la couverture du gratuit résiduel. Ici aussi, c’est la question des gratuits qui monopolise l’attention, comme s’ils étaient seuls au monde (et des fois que les lecteurs pressés auraient la mauvaise idée d’aller s’intéresser à d’autres journaux…).

tamedia2.jpg
.
Le Matin (orange) annonce lui aussi qu’il n’y aura plus qu’un seul gratuit romand et sa manchette s’épanche sur le « moment d’émotion » de Pierre Lamunière. L’éditorial se charge quant à lui de rassurer les romands qui auraient « peur de Zürich » en précisant que la liberté rédactionnelle sera reconnue et en se réjouissant du fait qu’ « on se sent Suisse lorsqu’on travaille avec les alémaniques« . Le Matin admet tout de même quelques bémols et évoque le syndicat Comedia qui s’inquiète du respect de la convention collective et souhaite un refus de la fusion par la commission de la concurrence (Comco). Presque étonnant !

Les autres journaux d’Edipresse, soit « 24 heures » et la « Tribune de Genève » consacrent tous deux leurs éditoriaux à l’affaire. Il y est question des transformations importantes que subit la presse et de la nécessaire adaptation à cette nouvelle situation. A la Tribune, on assure que « la pérennité des titres sera mieux assurée » grâce à cette fusion. Les deux journaux proposent une double page sur le sujet avec interview longue de Pierre Lamunière et une documentation détaillée sur les mutations de la presse ainsi que des détails sur les deux groupes de presse concernés. A noter que la Tribune de Genève propose un dessin d’Hermann qui en dit long sur la valeur qu’on donne aux gratuits : on y voit une première caissette (20 minutes) et un individu qui se rapproche d’une deuxième caissette éloignée de trois mètres sur laquelle il est écrit « jeter ici » !

« Le Temps » consacre moins d’espace à ce sujet que les journaux purement Edipresse : une seule page. Mais l’éditorial plutôt optimiste estime qu’il s’agit « d’une chance plutôt que d’un risque« . La Une proclame que « l’union nationale s’impose aux médias« , mais l’éditorial rassure en estimant qu’il n’y a pas de risque de téléguidage depuis Zürich et que l’enjeu est aujourd’hui surtout numérique. A l’inverse des journaux Edipresse, le journal évoque aussi les craintes des politiques et des syndicats dans un article de ses pages « régions » et propose encore un « historique d’Edipresse » et un article écrit en collaboration entre un journaliste romand et un alémanique (heureux présage ?).

Les journaux indépendants des grands groupes vont faire preuve quant à eux d’une plus grande liberté de ton. Il est vrai qu’ils ne parlent pas, eux, de leurs employeurs… ça aide ! « La Liberté » titre cruellement en Une : « Et la presse lémanique devint alémanique… » (A privatif ?). A l’intérieur du journal, on enfonce le clou avec « le principal éditeur de Suisse romande devient ainsi alémanique » et on rappelle ironiquement à propos des gratuits que « la guerre qu’ils se sont menée ces dernières années s’achève par un mariage« . L’éditorial remarque que ce sont la télévision et la radio qui ont eu « la primeur de l’information« . Bien lancé, l’éditorialiste estime (en parlant de la Comco qui a déjà accepté une conquête récente de Tamedia) que « l’eunuque ne lèvera pas le petit doigt cette fois non plus« . A « La Liberté », on pense que la Romandie va perdre un important centre décisionnel au profit de Zürich. Le journal fait également preuve de plus d’esprit critique en démasquant la langue de bois (« il est évident qu’à terme, la stratégie de Tamedia est d’imposer le titre 20 minutes/20 minuten dans tout le pays« ) et en rappelant que Tamedia avait déjà proposé à Edipresse de s’associer pour ne lancer qu’un gratuit en 2005. Marrant : personne n’a évoqué cela dans les journaux Edipresse…

Enfin, « Le Courrier » reprend les deux pages de « La Liberté » sur ce sujet, mais y ajoute une colonne entière d’interview d’une syndicaliste qui s’oppose à la fusion et souhaite que la Comco la refuse. Ce journal est le seul à véritablement consacrer un espace pour que les syndicats aussi puissent s’exprimer (on rappelle au passage que des licenciements sont prévus). L’éditorial est sévère, parlant d’une « capitulation d’Edipresse » et n’hésite pas à clouer la politique éditoriale des grands groupes en rappelant (à propos de 20 minutes) que « sous l’apparence d’un vecteur d’info, ce produit a uniquement servi à s’emparer de nouveaux leviers pour la récolte publicitaire« . « Le Courrier » pense à rappeler que le divorce entre Publicitas et Edipresse, évoqué la veille, était probablement un préalable (tiens, personne d’autre n’en a parlé !) et pose la question qui tue : « Après le Matin bleu, qui sera la prochaine victime ?« 

tamedia1.jpg

 

Et en effet, on peut se demander, étant donné les changements sociaux et techniques en cours, jusqu’où ira la réorganisation du paysage médiatique en Suisse romande. On ne va pas regretter la disparition d’un des deux jumeaux gratuits, qui s’adressait de toute manière plus aux annonceurs qu’aux lecteurs, contribuait puissamment à la désinformation ambiante et finissait sur le sol ou sous les sièges d’autobus. On a beaucoup parlé des gratuits suite à l’annonce de ce rachat, mais on peut tout de même formuler des voeux quant à une presse qui propose un information plus sérieuse et plus complète :

- que la diversité de titres résistent

- que les indépendants des grands groupes tirent leur épingle du jeu

- que la qualité y gagne

- que les synergies entre journaux romands et alémaniques puissent nous faire bénéficier de meilleures infos sur l’autre côté du pays (pourquoi pas une page quotidienne d’articles traduits ?)

Le pire, le meilleur ? C’est l’avenir qui le dira.

Daniel


Fil RSS 2.0. Réponses et trackbacks sont desactivés.

4 réponses:

  1. Bernard écrit:

    Avec la fusion des gratuits, on aura moins de papier pour allumer son barbecue et se chauffer à moindre frais.
    Ce qui est dommage avec ce blog c’est que les articles ne soit pas sur papier pour se torcher avec au vue de leur pertinence.

  2. A M. Bernard Morel : Vous pouvez naturellement utiliser les gratuits comme bon vous semble. Et en ce qui concerne la pertinence de ce blog, vous êtes bien sûr libre de ne pas le lire s’il ne vous intéresse pas.
    Mais je me permets tout de même de vous faire remarquer que les trois fautes de français que comporte votre maigre contribution nuisent à votre crédibilité de journaliste.

    Aux autres lecteurs : vous remarquerez que Monsieur Bernard Morel, journaliste au Matin, semble ne pas beaucoup apprécier qu’un blog ose critiquer des articles parus dans son cher journal. Mais je suis certain que vous saurez apprécier à leur juste valeur la pertinence et la courtoisie de ses propos…

  3. Matts écrit:

    Il est vrai que M. Morel nous donne là une illustration assez exemplaire de la qualité rédactionnelle de son journal, de la profondeur de ses analyses, de sa capacité de remise en question ainsi que de sa scatomanie.

    Et puisque nous en sommes à parler du Matin, voici ce que l’on trouve dans l’édition en ligne du 7 mars, sous le clavier de Mme Ariane Dayer, rédactrice en chef (http://www.lematin.ch/actu/suisse/experts-charabia-93498):

    « Pourquoi le président de la Confédération, Hans-Rudolf Merz, ne vient-il pas nous parler comme à des adultes [...] ? »

    Ayant envoyé un commentaire comme quoi il est assez savoureux de lire cela de la part de la rédactrice en chef d’un journal-prospectus publicitaire qui, numéro après numéro, prend à l’évidence ses lecteurs pour des demeurés, je n’ai pas trop été surpris de constater que mon commentaire n’a pas été publié.

    Faut-il croire que ce journal qui n’hésite pas à lancer et entretenir des campagnes diffamatoires sur tout un chacun, surtout s’il est de gauche, femme ou fonctionnaire, ne permet pas que l’on s’en prenne à lui, qui plus est en la personne de sa rédac en chef ?

  4. @Matts : vous résumez assez bien le cas du Matin.

    Et je me demande dans quelle mesure le groupe Tamedia sera réellement motivé par la survivance de ce journal qu’une grande part de ses lecteurs considèrent déjà comme gratuit… Eu égard à sa pertinence, justement, je me demande combien de temps il va pouvoir durer…

kass les nuts !!!! |
CDI Toulouse-Lautrec |
NEW DAY RELOOKING |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | hhrmo
| Pourquoi boycotter le Danem...
| ronni