Quand “20 minutes” fait de la prévention…
20 minutes du 23 février 2009 : Qu'est-ce qui pourrait rendre les routes plus sûres ?
http://www.20min.ch/ro/entertainment/concours/story/11480039
Un journal gratuit qui s'occupe de prévention des accidents de la route… c'est a priori plutôt une bonne nouvelle ! Et il s'agit ici même d'un concours d'idées pour “rendre le trafic routier plus sûr“… Mais, avec ce genre de journal, il faudrait toujours rester un peu méfiant.
L'article publié dans la version papier du journal commence ainsi : “Saviez-vous que la plupart des collisions se produisent à basse vitesse, quand les conducteurs sont le moins concentrés, comme lors d'embouteillages ? Les statistiques le prouvent : 75 % des accidents recensés se sont produits à moins de 30 km/h“. La version en ligne parle même des “études (qui) le prouvent, 75 pour cent des accidents enregistrés se sont produits à une vitesse n’excédant pas les 30 km/h, et dans la plupart des cas, le conducteur n’a même pas freiné, tout simplement parce qu’il n’a pas prêté attention à ce qui se passait devant lui“.
Voilà, c'est très clair : la prévention des accidents consiste à éviter ces nombreux accidents à vitesse réduite. Nulle part 20 minutes n'évoque les accidents dus à une vitesse excessive qui sont pourtant à l'origine d'une grande partie des décès sur la route. La prévention version 20 minutes, c'est surtout la prévention des tôles froissées à 15 km/h ! Surprenante priorité…
Il n'est pas impossible qu'une majorité des collisions se produise à moins de 30 km/h. Mais si le journal estime que “les statistiques” ou “les études” le prouvent,il serait bien inspiré des déclarer ses sources ! En ce début de XXIe siècle, il est devenu assez courant de se référer ainsi à des études ou des statistiques. A une époque plus ancienne, on se serait plutôt référé à une autorité intellectuelle ou morale, mais maintenant on invoque des “études” toujours anonymes et sans citation des sources. Vous êtes priés de croire sur parole des gens inspirés qui se réfèrent à “des études” !
Plus sérieusement, on peut aussi aller voir ce qu'en dit le très officiel “Bureau de prévention des accidents” (Bpa). Voici ce qu'il en publie sur son site :
- Titre : la vitesse, cause d'accidents numéro 1
- Dans la circulation routière, un décès sur trois est à mettre au moins en partie sur le compte d’une vitesse excessive.
- Une augmentation de la vitesse de 5% se traduit par 10% d’accidents avec blessés en plus, 16% avec blessés graves et 25% avec tués.
- Le respect des limitations de vitesse par tous les usagers de la route en Suisse permettrait de faire reculer annuellement le nombre de tués de 60.
Pour sa part, le site de prévention “Roadcross” propose une page pour illustrer en quoi la vitesse intervient dans la gravité des accidents.
Alors, non seulement 20 minutes fait l'impasse sur cette question de la vitesse excessive, mais en plus le journal gratuit laisse imaginer que le danger réel réside principalement dans les vitesses réduites : double imbécillité ! Oh… bien sûr, les rédacteurs de ce journal sauront se défendre : ils ont parlé des accidents sans en évoquer la gravité, ils n'ont jamais dit que la vitesse ne provoquerait pas d'accidents, les chiffres sont certainement justes, il faut bien commencer par quelque part…
Mais publier un tel article laissant clairement supposer que les accidents sont avant tout le fait des vitesses inférieures à 30 km/h dans un sujet consacré à un trafic plus sûr, c'est quand même très fort de café. Et j'entends d'ici les crétins imbus de vitesse fraîchement convaincus par cette prose stupide de ne pas hésiter à appuyer sur le champignon : “Les accidents, c'est quand on va trop lentement !”. Beurk !
Daniel








