Piques et répliques – 2

Quelques réflexions critiques sur tout et rien

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15
fév 2009
« Lacérée au cutter » : le Matin doit des excuses à ses lecteurs !
Posté dans Divers par Dani à 2:29 | 2 réponses »

Le Matin du 13 février 2009 : Lacérée au cutter

http://www.lematin.ch/actu/suisse/laceree-cutter-83758

On l’a déjà relevé plusieurs fois sur ce blog : la rédaction du Matin, toujours à la recherche d’un scoop pour être la première sur une affaire, n’est pas très regardante sur les plus élémentaires vérifications. Mais cette fois-ci, il s’agit d’un cas plus grave : le Matin a manifestement raconté n’importe quoi et sans aucune précaution en se contentant de relayer une rumeur en train de se développer .

C’est en fin de journée du 12 février (à 22h29) qu’apparaît sur le site du Matin l’histoire de la brésilienne au corps lacéré par un cutter. Sans aucune précaution dans les formulations, comme par exemple l’usage d’un conditionnel, le rédacteur annonce qu’une jeune brésilienne a été attaquée par trois skinheads qui lui ont tailladé la peau en y inscrivant notamment les initiales S.V.P. (Schweizerische Volkspartei, soit les initiales de l’UDC en allemand) et qu’après l’agression, la jeune femme a fait une fausse couche et perdu ainsi ses deux jumelles à naître. Tout l’article est écrit ainsi, comme s’il s’agissait bien de faits certains et vérifiés.

Seule une allusion en fin d’article à une déclaration de la police zurichoise peut très éventuellement laisser subsister un léger doute : « Les circonstances précises ne sont pas claires : nous enquêtons dans toutes les directions« . Bon sang, cela devrait au moins inciter à un peu de prudence ! Cette histoire est tout de même assez énorme… Et l’article signale qu’il s’agit d’une gare du RER zurichois : ces initiales « RER » auraient pourtant dû mettre la puce à l’oreille du journaliste, car elles évoquent assez directement une affaire qui constitue un cas d’école de l’erreur journalistique ! (lire aussi ce billet)

cutterbrasil.jpg

Eh bien, non. A la rédaction du Matin, on se contente de reprendre une information d’où qu’elle vienne (ici apparemment des médias brésiliens) et quelles que soient les sources d’origine et les possibilités de vérifier (toute l’histoire ne repose QUE sur le témoignage de la jeune femme). L’invraisemblance des skinheads inscrivant les lettres SVP au cutter n’a pas non plus fait « tilt » ! Et tout de suite, on ajoute encore des interventions des leaders de l’UDC… (vite, vite… des réactions, tout de suite !)

Décidément, le cocktail est trop beau : de la violence, une jeune étrangère enceinte, l’UDC, une fausse couche : le Matin adore ce genre de mélange détonant, ça attire les lecteurs vers les caissettes et les commentateurs sur le site (plus de 150 pour cet article, sans compter tous les commentaires hardiment supprimés par le modérateur, dont évidemment ceux qui critiquaient le quotidien !). Et en prime, on en fait une manchette et la Une !

Malheureusement pour le Matin, il semble bien que l’histoire ne tient pas debout et il a déjà été démontré que la jeune femme n’était pas enceinte ! Malgré les invraisemblances et l’impossibilité de vérifier sérieusement cette information, le Matin l’a relayée comme un fait certain. L’enquête n’étant pas terminée, on évitera ici aussi de conclure définitivement sur les faits en question. Il n’empêche que les éléments permettant de conclure que le Matin s’est emballé sont déjà probants…

Plus d’une demi-journée après la publication, le Matin se fend d’un court article « online » de 5 lignes pour signaler que la jeune femme n’était pas enceinte, puis d’un nouvel article le lendemain qui met en doute les affirmations et envisage la thèse de l’automutilation. A nouveau, tout est présenté sans beaucoup de précautions oratoires. Et ça marche à nouveau… Révélation : l’histoire était fausse !!! Mais pas un mot, pas une ligne pour évoquer le fait que le journal regrette d’avoir publié une fausse information !!!

Des gens qui procèdent ainsi en recueillant une information, en la publiant en première page et en la présentant comme un fait avéré ne sont pas plus journalistes que vous et moi. Comment se fait-il que personne, résolument personne, ne puisse arrêter cette machine infernale au sein de la rédaction du Matin. Il faut se rendre compte que ce journal est capable de publier absolument n’importe quoi et qu’il est donc à la merci du premier manipulateur venu. On ose à peine imaginer ce qui pourrait arriver en période électorale. Et je ne comprends vraiment pas comment des lecteurs peuvent encore avoir confiance…

Le Matin devrait s’excuser formellement, en première page, auprès de ses lecteurs !

Daniel


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2 réponses:

  1. En 1982, l’ancêtre du Matin, qui se nommait alors La Tribune, avait été victime d’un canular assez magistral, et qui en dit long sur la crédibilité que l’on peut accorder aux affirmations médiatiques et les critères de publication de l’information.

    En effet, une équipe de joyeux drilles lausannois malins et bien informés avait contacté la rédaction de ce journal pour lui faire part d’un scoop : un congrès de groupes terroristes avait eu lieu en Suisse, plus précisément dans une ferme des pentes du Jura, réunissant des membres des Brigades Rouges, de la Rote Armee Fraktion, de l’ETA, etc, dans l’idée de fédéréer leurs forces et de créer une internationale terroriste. Cette information sensationnelle, INVENTÉE DE TOUTES PIÈCES, a été publiée en première page de la Tribune, et fait l’objet d’une manchette !

    Certes, le journaliste de l’époque avait tout de même posé pas mal de questions, ne prenant pas immédiatement l’info pour argent comptant (contrairement au Matin, semble-t-il…). Toutefois, la rédaction décida de publier ce délire lorsque l’équipe des « faussaires » l’informa que le journal Le Monde avait aussi été contacté, et était prêt à publier l’info. La crainte de voir un tel scoop passer à la concurrence l’emporta donc sur la rigueur journalistique.

    Deux jours après publication par La Tribune de ce roman, l’équipe des faussaires publia un pastiche de la Tribune rebaptisé La Turbine, avec en titre de première page : « On les a bien eus ! »

  2. L’intervention du médiateur d’Edipresse sur le sujet : http://www.mediateur.edipresse.ch/?p=73

    Il corrobore assez clairement mes plus vives critiques ! ;-)

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