Piques et répliques – 2

Quelques réflexions critiques sur tout et rien

3
déc 2008
Petit détecteur de langue de bois
Posté dans Des mots ! par Dani à 11:51 | 3 réponses »

Utilisable face à de nombreux discours, et pas seulement dans le domaine politique

Un éditorial d’Ariane Dayer m’avait déjà fait tiquer : elle insistait pour que l’Assemblée fédérale élise un « vrai UDC » et glissait évidemment le nom d’Ueli Maurer. Je dois avouer que cette expression m’a fait réfléchir. Qu’est-ce que c’est qu’un « vrai » UDC ? Y a-t-il de « faux UDC » ? Y a-t-il aussi de vrais et de faux radicaux, socialistes, PDC, Verts, etc. ? Que voici une nouvelle tâche difficile pour l’électeur : différencier les vrais et les faux membres des partis dans les listes électorales…

Dans le cas d’Ariane Dayer, je dois bien reconnaître que nous avons une chance de comprendre ce qu’elle veut dire. Un « vrai UDC« , c’est un « blochérien », autrement dit celui qui continue fidèlement à obéir à son chef. Un conseiller fédéral fantôme se profile donc en coulisse… On pourrait d’ailleurs épiloguer assez longuement sur les qualités des membres des partis et sur leur proximité avec ce qui fait parfois le coeur de la doctrine de leur parti. Mais cette expression peut aussi nous donner une clé permettant de repérer plus facilement des énoncés qui n’ont pas vraiment de sens ou du moins qui n’apportent aucune information véritable. Une sorte de « détecteur de langue de bois ».

mediumlanguedebois.gif
En effet, il est courant d’entendre un politicien (mais plein d’autres aussi !) dire qu’il est pour ceci ou contre cela. Et bien souvent, c’est du pur bla-bla pour endormir l’attention. Tenez, si un politicien candidat aux élections vous dit qu’il est « pour la démocratie« . Cela a-t-il vraiment un sens, dit-il vraiment quelque chose de ses priorités et de ses convictions ? Il suffit alors de renverser la proposition pour vérifier si elle a vraiment du sens. Aurait-il pu dire qu’il était « contre la démocratie » ? Evidemment non. Donc, son énoncé ne dit rien, c’est de la pure langue de bois. Il en ira de même d’un politicien qui se dira pour le respect des droits de l’homme, contre la torture, pour un Etat plus efficace, contre les abus des lois sociales, etc. Au fond, c’est comme un jeu : tourner ce qui est dit en inversant le propos et faire apparaître la vacuité des propos.

Une application typiquement suisse de cette petite méthode pourrait concerner les titres donnés aux initiatives populaires. Reprenons simplement les dernières en date, qui ont fait l’objet des votations du week-end dernier et essayons :

« Droit de recours de organisations : assez d’obstructionnisme – plus de croissance pour la Suisse ! »

–> Plus d’obstructions et moins de croissance pour la Suisse. Jamais on ne pourrait dire un truc pareil : au fond, personne ne souhaite d’obstructions inutiles et la croissance fait pour l’instant l’objet d’un consensus dans les milieux politiques.

« Pour une politique raisonnable en matière de chanvre protégeant efficacement la jeunesse. « 

–> Pour une politique déraisonnable en matière de chanvre et ne protégeant pas (ou alors inefficacement) la jeunesse. On peut rire ? Evidemment, là aussi tout le monde souhaite des propositions raisonnables et efficaces…

En faisant un petit retour en arrière, on repère en tout cas encore l’initiative « Pour des naturalisations démocratiques« . Imagine-t-on des initiants proposer des mesures dictatoriales ou non-démocratiques ?

La plupart du temps, surtout lorsqu’il s’agit d’écrits, ces expressions sont assez anodines et suivies des précisions qui permettent tout de même au citoyen d’y voir plus clair. Mais il faut écouter attentivement certains débats politiques à la télévision ou à la radio, et on remarque à quel point ce genre d’interventions « tellement évidentes » sont fréquentes ! Et elles interviennent souvent en réponse à des propositions qui étaient elles plus concrètes…

Dans la semaine qui vient, nous allons probablement assister à un festival de déclarations en faveur de la « concordance ». En vue de l’élection complémentaire au conseil fédéral, tous les candidats vont expliquer qu’ils sont « pour la concordance » et que leurs adversaires « mettent en danger la concordance« . Ce mot est un magnifique exemple d’ambiguïté dans l’usage qui en est fait en Suisse, parce qu’il comprend deux notions bien distinctes : le fait de faire participer au pouvoir les forces politiques les plus importantes ET le fait pour ces forces politiques de « concorder« , donc de s’efforcer de prendre en compte leurs adversaires pour prendre des décisions et de tisser des compromis. Et ceux qui ont une conception uniquement arithmétique et participative de la concordance répéteront à satiété qu’ils sont bien « pour la concordance » sans qu’on sache s’ils souhaitent réellement « concorder ».

Bref, moi je suis surtout pour qu’on utilise correctement les mots ! ;-)

Dani


Fil RSS 2.0. Réponses et trackbacks sont desactivés.

3 réponses:

  1. Thierry écrit:

    Excellent article, Dani ! Il y a aussi, dans cette langue de bois, de la propagande qui met l’adversaire de l’initiative en difficulté: comment répliquer que vous êtes contre l’initiative « pour une politique raisonnable » sinon en montrant, mais c’est compliqué et peu adapté à la vitesse médiatique, que vous êtes raisonnable tout en ne cautionnant pas l’initiative que vous trouvez elle-même déraisonnable… Avant même de débattre, vous avez un train de retard.

  2. Guillaume Barry écrit:

    Bravo pour ce détecteur qui représente une application originale du principe de réfutabilité:
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Réfutabilité
    et qui en illustre la grande pertinence dans maints domaines.

    Par contre, je ne vous suis pas dans le traitement que vous réservez à Ariane Dayer. Il me semble que Blocher a été évincé en raison de ses manquements, et non en raison de ses opinions politiques. Donc vouloir élire quelqu’un qui appartienne à l’aile de l’UDC la plus représentative par rapport aux élec-trices/teurs. Le fait que le candidate obéisse au chef n’est pas pertinent si l’obéissance est idéologique. Ce serait problématique si l’obéissance se rapportait au comportement (loyauté, collégialité, etc.). etc.

    Ceci dit, si on décide de renoncer au principe de concordance (formule magique) pour passer à un contrat de gouvernance, c’est légitime et envisageable, ce n’est pas un tabou, mais cela ne relève pas, me semble-t-il, de la même problématique que la personne et le comportement de l’individu Blocher.

  3. @Guillaume Barry :

    Je n’avais pas réfléchi à tout cela !!! ;-)

    Mon propos concernait surtout cette expression de « vrai UDC ». S’il y en avait des « faux », ils les ont sûrement déjà mis à la porte ! Il y a bien sûr des UDC un peu marginaux dans leur parti (de moins en moins), mais de là à les qualifier de faux…

    Cela dit, je suis d’accord avec vous sur un point : Blocher a été évincé pour son comportement avant tout (même si on peut imaginer qu’une partie du parlement a voté contre lui également pour des questions idéologiques). Par contre, en parlant d’obéissance, je n’évoque pas l’idéologie (il est évident que Maurer et Blocher partagent largement la même), mais bien l’obéissance au premier sens de ce mot, celle que vous trouveriez problématique. Nous avions Maurer au parti et Blocher au gouvernement, et nous risquons bien d’avoir juste une inversion des rôles… Et ça pourrait être coton !

    On verra mercredi… Mais l’assemblée fédérale pourrait très bien élire un Zuppiger (par ex.), qui refuserait son élection pour ne pas être exclu de l’UDC, ce qui reporterait l’échéance d’une semaine et pourrait permettre une négociation entre l’UDC et les autres partis gouvernementaux pour intégrer un UDC reconnu par son parti, mais aussi acceptable par les autres. Ce serait un scénario assez équitable.

kass les nuts !!!! |
CDI Toulouse-Lautrec |
NEW DAY RELOOKING |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | hhrmo
| Pourquoi boycotter le Danem...
| ronni