Piques et répliques – 2

Quelques réflexions critiques sur tout et rien

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Archive pour décembre, 2008


Pédagogues de la semaine – 23 (du 22 au 28 décembre 2008)

29 décembre, 2008
Divers | Pas de réponses »

Dans la presse et les médias, du 22 au 28 décembre 2008

 

Dans « Le Temps » du 24 décembre 2008 : Le silence, le bavardage, la parole

http://www.letemps.ch/template/opinions.asp?page=6&article=246783

On parle plus aujourd’hui des abus sexuels, mais cette évolution n’est pas uniformément positive. Un regard décalé d’Anna Lietti, pour pousser plus loin la réflexion.

 

Sur le site de « Domaine public », le 26 décembre 2008 : Surveillance des banques, trois pistes de réflexion

http://www.domainepublic.ch/files/articles/html/10017.shtml

Quelques pistes intéressantes pour mieux surveiller à l’avenir les banques et leurs capacités de faire des bulles…

 

Sur le site de « Domaine public », le 23 décembre 2008 : Le savoir-faire photovoltaïque suisse à Taïwan

http://www.domainepublic.ch/files/articles/html/10016.shtml

Un article à lire absolument pour les Suisses qui réfléchissent encore à l’énergie avec les conceptions du XXe siècle.

 

Sur le site « Largeur.com », le 26 décembre 2008 : Dans de beaux DRA

http://www.largeur.com/printArt.asp?artID=2761

Petite réflexion sur la capacité d’action suisse.

 

La suite, d’ici une semaine environ…

Dani

Biture des jeunes romands : des nuances ?

25 décembre, 2008
Divers | 3 réponses »

Dans les journaux gratuits du 24 décembre 2008 : les trois quarts des jeunes se biturent.

http://www.20min.ch/ro/news/suisse/story/31029792 http://www.lematin.ch/actu/suisse/biture-express-norme-exception-jeunes-romands-61030

 

Les deux journaux gratuits se vantent régulièrement de leur succès auprès des jeunes : voyons donc ce qu’ils leur disent en cette veille de Noël. Ce mercredi, les deux titrent sur les « bitures express » en affirmant que « trois quarts des jeunes ont une conduite à risque avec l’alcool« . D’autres journaux du jour ne sont pas moins affolés. Ainsi, « Le Temps » titre que « les jeunes Romands sont des buveurs à risque » (tous ?) et « La Liberté » affirme que « trois quarts des jeunes Romands se mettent en danger avec de l’alcool« . Pas de doute possible, c’est la catastrophe !

Biture des jeunes romands : des nuances ? ouremptywinebottles

Pour appuyer ses dires, les quotidiens précisent que ces affirmations viennent d’une étude menée par des médecins du CHUV et qu’il ne s’agit pas d’un échantillon de population mais « d’un véritable recensement« . La question semble donc tout à fait sérieuse et il n’est pas question pour moi de remettre en cause les problèmes d’alcool chez les jeunes. Mais je pense qu’il est intéressant de reprendre ces informations avec recul pour nuancer quelque peu le propos.

De quoi s’agit-il en réalité ? De « données recueillies en 2007 auprès de 3536 jeunes hommes astreints au recrutement à Lausanne » (in : Le Temps – une information qui n’est pas précisée dans les deux gratuits). On est assez loin de l’idée d’un recensement auprès de tous les jeunes romands ! D’abord, il ne s’agit que de jeunes hommes, tous de 19 ans, recrutés à Lausanne et astreints au questionnaire. Il s’agit donc bien d’un échantillon très précis de personnes de sexe masculin de la même année de naissance venus pour se faire recruter à l’armée. D’ailleurs, le rédacteur du Temps reste prudent en précisant qu’il est « probable que ces conclusions soient valables pour l’ensemble de la Suisse« . En effet, on pourrait aussi imaginer que le comportement des filles soit différent, que les vaudois ne représentent pas parfaitement la jeunesse de la Suisse romande et même et que des jeunes soumis au recrutement puissent être tentés de répondre de manière fantaisiste (je parle d’expérience !).

Voici donc un raccourci bien dans la ligne sensationnaliste des journaux gratuits. On peut juste s’étonner que plusieurs quotidiens payants fassent le même genre de titres, tout en reconnaissant qu’ils se sont donnés la peine de se renseigner et ne se sont pas contentés du copier-coller de la dépêche de l’ATS (ce qu’on fait à quelques mots près les deux gratuits). Par contre, les titres sont bien d’eux et celui du Matin bleu est même sidérant : ce journal se permet de diagnostiquer « l’échec de la prévention« . Or, ce n’est pas tellement la prévention qui est en cause ici, mais bien l’accès de plus en plus facile à l’alcool ! Les acteurs de la prévention n’y sont pas pour grand chose…

Il est intéressant d’examiner aussi certains chiffres (donnés par Le Temps) : « 75,5 % des « sondés » (tiens !) boivent au moins une fois par mois plus de six boissons alcoolisées, soit 60 grammes d’alcool pur, ce qui correspond à une alcoolémie de 1 %o« . Les 60 grammes correspondent grosso modo à un demi-litre de vin et les 75,5 % des consommateurs ont déclaré boire cette quantité « au moins » une fois par mois. Englober donc dans les trois quarts de « jeunes » (masculins) qui se biturent (le mot n’est pas léger !) ceux qui boivent une fois par mois un litre de vin propose une vision particulièrement apocalyptique du phénomène.

Voici donc de quoi nuancer le propos : 1) il ne s’agit bien que d’un sondage 2) seuls des jeunes hommes de 19 ans ont été questionnés 3) des vaudois (recrutement à Lausanne)  3) un demi-litre de vin par mois, c’est déjà une « biture » !

Maintenant, je m’en voudrais de relativiser par trop le phénomène. D’autres chiffres méritent aussi d’être retenus : 63,3 % reconnaissaient plus de 10 boissons en une fois, 24,9 % de 10 à 14 boissons, 16,7 % entre 20 et 29 boissons et 8,3 % plus de 30 boissons, en une fois ! Aucune idée si ces chiffres sont véritablement fiables, mais ils sont plus inquiétants que les trois quarts qui ont fait les gros titres. Cette étude a un intérêt manifeste et il est important de la prendre au sérieux pour creuser la question et chercher des solutions. Mais prendre au sérieux la question de l’alcoolisme des jeunes, ce n’est pas en faire des premières pages sensationnelles au mépris de toute nuance. Si on veut rester crédible, auprès des jeunes en particulier, il faut faire la part des choses. Lancer des énormités ne sert pas les efforts de prévention !

Dani

 

Pédagogues de la semaine – 22 (du 15 au 21 décembre 2008)

23 décembre, 2008
Divers | Pas de réponses »

Dans la presse et les médias, du 15 au 21 décembre 2008

Quelques ramassages de la semaine :

 

Sur le site de « Domaine public », le 16 décembre 2008 : le 8 février 2009, dire oui pour qu’il ne se passe rien

http://www.domainepublic.ch/files/articles/html/10012.shtml

Quelques utiles clarification sur les aspects juridiques de la votation de février prochain sur les accords bilatéraux de libre circulation des personnes

 

Sur le site de « Domaine public », le 14 décembre 2008 : Suisse – Europe, retour à la case départ

http://www.domainepublic.ch/files/articles/html/10008.shtml

EEE, Accords bilatéraux… la Suisse essaie de participer et de garder sa liberté d’action en même temps. Les contradictions se multiplient et les accords bilatéraux n’ont pas résolu le dilemme.

 

Dans « La Liberté » du 20 décembre 2008 : Payez plus pour consommer moins

http://www.laliberte.ch/index.php?contenu=article&article=410242

Si vous aviez encore des doutes : pourquoi les producteurs et la grande distribution nous prennent pour des cons. Repris aussi par rue89 : http://eco.rue89.com/2008/12/20/consommateurs-payez-plus-pour-recevoir-moins (lorsque l’article ne sera plus accessible sur le site de la Liberté)

 

Sur le site Swissinfo, le 21 décembre 2008 : Pilatus, l’avion suisse qui crée des remous

http://www.swissinfo.ch/fre/a_la_une/Pilatus_l_avion_suisse_qui_cree_des_remous.html

Rappel de la saga Pilatus, entre neutralité, exportations d’armes, justifications et contorsionnisme.

 

Sur le blog Novövision, le 17 décembre 2008 : Morts des médias et mutations de la démocratie

http://novovision.fr/?Mort-des-medias-et-mutation-de-la

Où va le journalisme d’aujourd’hui ? Voici une réflexion approfondie et vraiment intéressante. Le texte est assez long, mais il en vaut la peine.

 

A bientôt pour d’autres trouvailles…

Dani

24 heures : Rien d’autre à écrire ?

22 décembre, 2008
Divers | 1 réponse »

Dans 24 heures du 19 décembre 2008 : Leur bichon bleuit, ils rougissent de colère

http://www.24heures.ch/vaud/bichon-bleuit-rougissent-colere-2008-12-18

Alors qu’on entend qu’ils sont menacés par les journaux gratuits, les journaux régionaux donnent parfois l’impression de tendre le fouet pour recevoir les coups. Ils se font déjà « piquer » une partie de leurs annonceurs, vont-ils voir aussi les lecteurs s’enfuir à toutes jambes ? Quand les gratuits paient des journalistes pour accumuler les copier-coller et traquer les anecdotes dans le flux des dépêches d’agence, on pourrait attendre des journaux régionaux qu’ils utilisent justement leurs pages « Régions » pour se différencier et justifier des abonnements. Voici un exemple de ce qu’il ne faudrait pas faire :

La première page du 2ème cahier de 24 heures de vendredi 19 décembre, qui affiche en grand « Vaud et régions« , est partagée entre deux informations. La première concerne une agression ayant eu lieu début octobre (!), mais qui justifie sa présence par un appel à témoins. Peut-être que cela explique que l’histoire soit racontée dans le détail. Mais la deuxième moitié de la page est consacrée à une histoire assez inhabituelle : la propriétaire d’un petit chien a acheté un collier bleu en jean qui s’est décoloré sur le pelage du petit chien lors d’une balade dans la neige.

Les détails méritent d’être cités : le collier a été acquis pour 180 francs dans une boutique, le collier a déteint lors d’un « cours d’éducation canine« , les maîtres envisagent de s’adresser à la justice (parce que la vendeuse estime ne pas avoir à rembourser l’objet) et les brillants sur le collier sont signés Swarowski ! Quand on lit tout cela, deux types de réactions sont possibles : la franche hilarité ou la colère sourde…

24 heures : Rien d'autre à écrire ? CHIEN_Q05

N’y a-t-il donc aucune information ou actualité qui vaille la peine d’être rapportée dans ce canton pour qu’on s’intéresse aux problèmes de garantie de propriétaires de chiens qui ont les moyens d’acheter un collier à 180 francs signé Swarowski ? Ce genre d’article, purement orienté distraction, peut déjà être lu dans des versions plus courtes dans les journaux gratuits. Vaut-il encore la peine de s’abonner ou d’acheter un journal en kiosque pour y trouver de pareilles futilités ?

Je suis encore abonné… mais je commence à hésiter.

Dani

Petites sottises médiatiques – XVIII

21 décembre, 2008
Divers | Pas de réponses »

Dans la presse et les médias, du 16 au 20 décembre 2008

Un spécial « 20 minutes » et « Le Temps »…

 

Dans « 20 minutes » du 16 décembre 2008 : « les blancs, c’est salé, les femmes sont délicieuses »

Deux informations associées sur cette demi-page de « 20 minutes » : un jeune homme belge souffrant de troubles psychologiques et soupçonné d’avoir tué et mangé partiellement sa mère ET un reportage photographique en Papouasie- Nouvelle-Guinée, pays qui aurait abrité les « derniers cannibales ». En somme, à l’échelle de « 20 minutes », presque un reportage détaillé et complet sur le cannibalisme. Un titre au présent (comme si les Papous mangeaient aujourd’hui de la viande humaine), un chapeau d’article qui désigne les habitants de la Papouasie comme des « experts en matière culinaire cannibalistique » et on laisse imaginer tranquillement que ces gens sont d’horribles sauvages. Confusion entre un problème relevant de la psychiatrie en Belgique et d’anciens rites religieux à l’autre bout du monde et caricature d’un peuple actuel qui n’a plus rien à voir avec certains rites ancestraux… Vive l’info !

 

Dans « 20 minutes » du 17 décembre 2008 : l’auteur des lettres au caca a été arrêté

En règle générale, un quotidien réserve sa « Une » à un événement important ou suffisamment significatif pour susciter l’intérêt d’une majorité de lecteurs. De même, nombreux sont ceux qui commencent ensuite par une page qui développe un des points forts de l’actualité. Dans « 20 minutes » de ce 17 décembre, c’est le « caca » qui fait la « Une » de l’actualité ! Si on fait un peu attention, on se rend compte que ce goût pour la scatologie est assez récurrent dans les journaux gratuits et que les faits divers impliquant des excréments ont déjà occupé des pages à plusieurs occasions. Et évidemment, la page 2 intitulée « la deux », développe avec un luxe de détails.

Afin de bien marquer le coup, le rédacteur élargit son champ lexical : « serial crotteur« , « lettres badigeonnées d’excréments« , « lettres remplies de caca« , « terroriste des WC« , « sachet contenant ses propres selles« , « l’homme qui a éparpillé ses matières fécales« , « ses propres pêches« … En tout, 8 évocations de « merde » à travers un large éventail de synonymes… Alors que ce journal se contente la plupart du temps de faire un copier-coller de dépêches d’agence pour informer, voici un domaine suffisamment important pour mériter de mettre un journaliste sur l’affaire et développer !

 

Dans « Le Temps » du 18 décembre 2008, une dépêche de l’ATS : le KOF revoit à son tour ses notes à la baisse

Au tour d’un journal pourtant bien trempé dans l’économie de négliger le sens des mots… Le Temps gratifie son article d’un sous-titre : « Le centre de recherche de l’EPFZ table sur un ralentissement de 0,5 %« , et l’article le répète « le ralentissement sera de 0,5 %« . Et pourtant, non, il ne s’agit pas d’un ralentissement : l’article précise plus loin que la prévision d’automne envisageait encore une croissance de 0,3 , mais que désormais on s’attendait à une évolution du PIB de « -0,5 % ». Un chiffre négatif, donc une diminution du PIB : point de ralentissement, mais bien une récession ! (Le site du KOF me le confirme). Un ralentissement, c’est une diminution du rythme d’augmentation du PIB, une récession, c’est une diminution du PIB. Même si on veut s’en tenir à la définition stricte de la récession, impliquant 2 semestres consécutifs de baisse, on ne peut pas appeler une « baisse » ralentissement de la croissance. Ralentir n’est pas reculer, même en voiture…

 

Dans « Le Temps » du 19 décembre 2008, une dépêche de l’ATS : Une élève quitte la maison avec un revolver

Pas peur des contradictions dans le scénario !!! Un titre qui énonce que la jeune fille a quitté son logement avec un revolver, puis dans l’article, les affirmations suivantes : « lors de son arrestation, elle ne portait pas d’arme » et « le revolver que le père croyait être en possession de sa fille a été saisi au domicile familial« . Alors, soit le rédacteur ne remarque pas qu’il se contredit, soit cette jeune fille maîtrise la téléportation d’objets !

 

Dans « Le Temps » du 20 décembre 2008 : « En réponse à l’inhumanité qui est apparue dans les entreprises, je dis : Vive le paternalisme ! »

Dur de devoir se passer de correcteurs ! Voici la retranscription d’une interview de l’auteur de bandes dessinées Jean Van Hamme qui compte 4 fautes de français ou d’orthographe. A relire !

 

A la prochaine, pour quelques « nouvelles brèves » !

Dani

 

Exercice de journalisme à l’Académie

20 décembre, 2008
Divers | Pas de réponses »

Projet des étudiants de l’Académie du journalisme de l’Uni de Neuchâtel, daté du  21 décembre 2008

http://www2.unine.ch/webdav/site/ajm/shared/documents/projet_def_planche.pdf (http://www2.unine.ch/ajm)

C’est le quotidien Le Temps qui mentionne cet exercice pratique dans ses colonnes du 20 décembre 2008 : les étudiants du nouveau master en journalisme de l’Université de Neuchâtel souhaitent montrer qu’ils croient encore en leur futur métier quand bien même la presse n’est pas au mieux de sa forme. Chic alors, un petit journal occasionnel gratuit, mais sans publicités : je ne vais pas bouder mon plaisir !

D’emblée émane de ce travail un sentiment de fraîcheur, d’ouverture d’esprit et de curiosité. C’est franchement de bon augure pour la suite. Les étudiants se sont mis au travail avec le « point d’interrogation » comme outil principal et n’ont pas hésité à sortir un peu des sentiers battus.

L’éditorial qui s’intéresse aux émeutes en Grèce se demande si l’équivalent pourrait se passer en Suisse. Un article n’hésite pas à démonter un peu la vision faite d’idées reçues sur la situation économique de l’Afrique. Un autre questionne la proposition de faire intervenir des militaires suisses pour protéger les bateaux nationaux face aux pirates somaliens, et n’évacue pas les questions concernant les moyens ou l’efficacité de l’armée suisse dans ce genre de contexte sans oublier de comparer avec ce qu’entreprennent les pays voisins. La question du prix de l’eau est également dûment étudiée. Même des articles plus légers sont plutôt pertinents.

Bien sûr, il y a aussi des choses qui ne restent que superficielles. Par exemple, une intéressante interrogation à la suite de plusieurs évocations médiatiques de la prostitution « légale » des jeunes de 16 à 18 ans en Suisse : est-ce un mythe ou une réalité ? Dommage que les réponses en restent aux aspects les plus voyants de cette réalité en négligeant une prostitution occasionnelle et fort discrète qui n’est probablement pas qu’illusoire. Il n’en reste pas moins qu’il était sain de questionner ainsi ouvertement ce sujet.

Voici donc un bon moment de lecture à la fois distrayant et intéressant. On est très loin du copier-coller de dépêches sans regard critique, d’articles sur des futilités abrutissantes, des textes quasi-publicitaires ou d’anecdotes et crimes odieux récoltés auprès d’agences planétaires qui font florès sur les pavés et entre les sièges des bus. Un point commun peut-être quand même : des fautes de français laissées, comme le mot « bilingue » écrit avec deux « L » (billingue !) ou l’expression « attendre sur Berne » (warten auf !). Qu’ils n’oublient pas de relire attentivement, étant donné que les correcteurs appartiennent désormais à l’histoire.

Au fond, après cet exercice convaincant, il reste un souci. Si des étudiants dûment formés par une « Académie de journalisme » doivent ensuite passer par une expérience professionnelle de compilateurs de nouvelles dans des rédactions démantelées (journaux régionaux) ou auprès d’opérateurs purement commerciaux (journaux gratuits) avant d’obtenir éventuellement le droit de devenir vraiment « journalistes » et de publier des choses pertinentes, le risque est grand qu’on s’efforce de finir par les « déformer ». Je leur souhaite en tout cas de vraiment trouver un travail qui répondra aux attentes qu’auront à coup sûr suscité les « études en journalisme » !

Dani

TJ : les événements en Grèce

19 décembre, 2008
Télévision | Pas de réponses »

Téléjournal (19:30) de laTSR, du 7 au 13 décembre 2008

http://www.tsr.ch/tsr/index.html?siteSect=500000&channel=info#program=15

Un des sujets qui a tenu une place importante parmi les informations du soir de la TSR ces derniers temps a été la situation en Grèce, suite aux émeutes. La rédaction du téléjournal a donc pour une fois fait une place à ce pays : 6 sujets en 7 jours, durant de 1 minutes et 39 secondes jusqu’à une minutes et 52 secondes, ainsi que trois interviews de journalistes connaissant plus particulièrement la Grèce de moins de 2 minutes, soit une quinzaine de minutes étalées sur une semaine.

Les événements à l’étranger, plus particulièrement lorsqu’il s’agit d’un pays peu suivi par les médias, sont difficiles à présenter clairement. Il est donc intéressant de jeter un coup d’oeil pour voir comment les choses ont été présentées : quelles sont les images qui sont privilégiées, quels aspects sont soulevés, quelles sont les priorités… ?

TJ : les événements en Grèce dans Télévision 9006c07

C’est le 7 décembre que le sujet fait irruption au TJ. D’entrée, les premières images sont celles de batailles rangées entre policiers et émeutiers. Pendant plus de 45 secondes, uniquement des images de batailles, de saccages ou d’incendies. Dans la deuxième partie du sujet intervient alors « l’explication ». Les manifestations violentes viennent d’une bavure : un policier aurait tiré sur un étudiant et l’auteur du coup de feu aurait été inculpé. Le reportage ne nous en dira pas plus et se conclura sur une nouvelle séries d’images de troubles. La journaliste interviewée en direct va d’abord s’exprimer en détail sur les affrontements puis ensuite tenter en moins d’une minute d’expliquer quelle est la situation des jeunes en Grèce, en se contentant de lister quelques problèmes majeurs.

Tout est fait en vitesse, à chaud, et le moins que l’on puisse dire est qu’on en ressort avec l’impression d’avoir compris bien peu de choses : un jeune est tué, la situation des jeunes est difficile (chômage, revenus très bas, système éducatif en panne) et la situation a complètement dérapé dans de nombreuses villes. Pourtant, ce n’est pas à chaque bavure que toutes les villes d’un pays se soulève et que des émeutiers cassent tout : cette situation est tout de même singulière, mais se résume lors des informations par la trilogie « situation difficile – facteur déclenchant – explosion ». Or, on peut « expliquer » un grand nombre d’événements en recourant à ce même raccourci… mais cela n’explique rien.

Les jours qui suivent vont mener à une répétition du scénario du premier jour, avec quelques variantes : des images d’affrontements et de dégâts renouvelées tous les jours, des interviews de passants ou de commerçants excédés, des manifestations calmes (mais durant quelques secondes seulement !). La présentation est à chaque fois la même : on commence sur une annonce d’un nouveau jour de violences, on propose des images de celles-ci, on évoque l’événement du jour (l’inculpation, l’enterrement de la jeune victime, la grève générale, l’autopsie, etc.), on revient brièvement à des images d’affrontements et on finit sur les conséquences (images de dégâts, interviews de passants qui souhaitent « reprendre une vie normale »).

Le sujet « Grèce » est pourtant considéré comme important : il fait l’ouverture du téléjournal et figure dans les tout premiers sujets. Même le 10 décembre, jour de l’élection du nouveau conseiller fédéral, la Grèce vient en tête du « reste de l’actualité« . Difficile de dire que c’est un sujet traité « en bref ». Malgré cela, le contenu en « information » reste très faible. Ces événements sont traités avant tout comme un feuilleton de batailles de rues en prenant très peu de temps pour s’intéresser à la situation de la Grèce. Celle-ci est évoquée, mais suffisamment grossièrement pour qu’on puisse reprendre le même texte le jour où les émeutes auront lieu dans un autre pays !

Tout le monde sent confusément que cette situation devrait nous interpeller plus sérieusement. Ce qui se passe en Grèce pourrait bien se répéter ailleurs prochainement. Ces événements mériteraient donc un éclairage au delà de la répétition du sempiternel schéma « dans une situation difficile socialement, la mort d’un jeune devient la goutte qui fait déborder le vase et conduit à des affrontements dans tout le pays« .

Et on peut tiquer assez régulièrement en écoutant ces informations : dire comme la journaliste interviewée le premier soir que « c’est un pays orthodoxe qui ne peut pas supporter ce genre d’affrontements« , est-ce que cela apporte un éclairage supplémentaire ? En quoi des orthodoxes se différencient-ils des autres sur ce plan ? Ensuite, réussir à donner au jeune tué le prénom d’Andreas le 7.12 (en précisant que les manifestants le « scandent« ), d’Alexandros le 8.12 puis d’Alexis dès le 9,12 ne donne pas non plus l’impression que la récolte d’information est faite très rigoureusement. Quant à la grève générale, elle est juste mentionnée en passant sans mériter plus de développements. On n’en connaîtra pas réellement les motifs.

Dans ces conditions, si on ne dispose pas de plus de temps et de moyens pour produire une information un peu plus soutenue sur de tels événements, ne faudrait-il pas songer à les traiter comme une « brève ». Les responsables de l’information tentent ici de nous convaincre qu’ils font un travail d’analyse sur le terrain, mais on constate avec un tout petit peu d’attention à quel point ils n’ont presque rien à dire sur ce sujet.

Du coup, il ne restera que des impressions : des images de terribles affrontements, accompagnées par des commentaires au champ lexical particulièrement guerrier. Merci pour l’ambiance !

Dani

PS : Trouvez ici une analyse très détaillée de la présentation de ces événements par les télévisions françaises : http://www.acrimed.org/article3030.html

Petites sottises médiatiques – XVII

17 décembre, 2008
Divers | 2 réponses »

Dans la presse et les médias, du 10 au 15 décembre 2008

 

Dans « Le Matin » du 10 décembre 2008 : De plus en plus de chômeurs en Suisse

Il faudra vraiment un jour sérieusement proposer des cours de français à certains rédacteurs de ce journal. L’expression « de plus en plus« , indique qu’il y a une augmentation qui a déjà commencé depuis quelques temps et qu’elle se poursuit. Ici, nous assistons au contraire au début d’une augmentation du chômage, à partir d’un taux considéré comme plancher ou presque, qui risque cependant bien de se poursuivre. Il n’est donc pas encore temps de dire « de plus en plus« . Il y a seulement plus de chômeurs… (et il risque à l’avenir d’y en avoir de plus en plus…)

 

Sur le site « Swissinfo » le 14 décembre 2008 : Il faut plus de travailleurs étrangers

Pas question ici de discuter la thèse rapportée par cet article, mais uniquement quelques chiffres et leur utilisation. Ainsi, le rédacteur signale que « avec 22,9 %, la Suisse abrite la troisième population étrangère d’Europe proportionnellement à sa population » et mentionne plus loin le Luxembourg (37,3 %) et le Liechtenstein (33,5 %). Si ce chiffre de 22,9 est juste lorsqu’on considère la Suisse sur le plan intérieur, puisqu’il dénombre la proportion d’habitants qui ne possèdent pas la nationalité suisse, il n’a rien à faire dans une comparaison internationale. La définition de « étranger » est différente d’un pays à l’autre : ainsi, un enfant né sur le territoire français deviendra très facilement français alors que de nombreux « étrangers » sont nés en Suisse. Pour pouvoir dire que la Suisse abrite plus d’étrangers, il faudrait utiliser un critère unifié, comme celui dénombrant les personnes nées à l’étranger par exemple, sans quoi la comparaison est abusive. Il est bien possible que la Suisse resterait dans la tête d’un tel classement, mais les proportions ne seraient plus les mêmes…

 

Dans « 20 minutes » du 15 décembre 2008 : les suisses roulent ivres, les étrangers trop vite
 

Dans l’art des simplifications abusives, le quotidien gratuit fait très fort. Sa première page titre en grand : « les étrangers rois de l’excès de vitesse« . Quant aux suisses, « ils sont champions de la conduite en état d’ivresse« .En page deux, l’article remet une couche avec un titre du même acabit. La question ici n’est certainement pas de nier ce que peuvent révéler des statistiques et il est tout à fait légitime de se préoccuper de savoir de quels milieux émanent les chauffards et délinquants de la route, afin de rendre la prévention plus efficace. On sait qu’il y a des délinquants du volant au sein de certaines communautés qui ont fait la une des journaux dernièrement : cela ne justifie pas pour autant de mettre tout le monde dans le même sac.

Cette généralisation est absurde : je suis suisse et je ne bois jamais avant de conduire; mon voisin étranger respecte scrupuleusement les limites de vitesse. Alors, balancer une manchette généralisant les mauvais comportement à l’ensemble des « étrangers » et en faire un gros titre tout aussi simpliste est stigmatisant et injuste. Et « 20 minutes » ne s’arrête pas là et complète par : « les italiens caracolent en tête des fous du volant » !

Et pourtant, en fouillant l’article, on va tout de même trouver les faits suivants :

- Les statistiques ignorent si ces étrangers habitent en Suisse ou s’ils sont de passage dans le pays

- Malgré tout, les jugements pour infraction routière grave sont en diminution ces dernières années.

 

 

A quand une information plus « honnête »…

Dani

Pédagogues de la semaine – 21 (du 8 au 14 décembre 2008)

15 décembre, 2008
Divers | Pas de réponses »

Dans la presse et les médias, du 8 au 14 décembre 2008

Là, j’en ai un paquet cette fois…

 

Dans « Le Courrier » du 9 décembre 2008 : Sauvetage de l’UBS, débat simulé

http://www.lecourrier.ch/index.php?name=NewsPaper&file=article&sid=441028

Un article édifiant sur les limites réelles de la démocratie modèle suisse. Quand le débat est pipé par les financements politiques et les décisions déjà prises.

 

Sur le site Largeur.com, le 10 décembre 2008 : Des partis trop contents d’avoir une UDC gouvernementale

http://www.largeur.com/expArt.asp?artID=2751

A chaud, une chronique non dénuée d’intérêt sur la signification de la présence de l’UDC blochérienne désormais au sein du Conseil fédéral. Plutôt réaliste.

 

Dans « Le Temps » du 12 décembre 2008 : Le déficit démocratique était évitable

http://www.letemps.ch/template/economie.asp?page=9&article=246030 (encadré gris en bas de page)

Un article court peut parfois en dire beaucoup. En effet, la démocratie helvétique qui se veut « modèle » a réussi à réaliser sa plus grosse dépense historique en marge des règles démocratiques. Au moins, ce commentaire a été clair.

 

Sur le site « Rue 89″, le 12 décembre 2008 : « Le B-A BA des subprimes », un thriller !

http://eco.rue89.com/2008/12/12/eco89-presente-le-b-a-ba-des-subprimes-un-thriller

Une petite vidéo d’animation sur l’affaire des subprimes. Après les autres tentatives pédagogiques sur ce terrain-là (souvenez-vous de la BD !), un ultime rattrapage pour ceux qui n’y comprennent toujours rien. Cynique et drôle.

 

Sur le site « Agoravox », le 11 décembre 2008, un article de Paul Villach : « Une presse libre et indépendante » peut-elle exister sans des lecteurs avertis ?

http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=48603

Une réflexion sur la notion d’objectivité dans la presse et sur la déontologie. Puisse la presse se regarder comme elle est, avec ses limites inhérentes, puis progresser grâce aux remises en question.

 

Dans « Marianne », mise en ligne sur Marianne2 le 8 décembre 2008 – Indépendantes, libres et scandaleuses : les banques centrales

http://www.marianne2.fr/Independantes,-libres-et-scandaleuses-les-banques-centrales_a94190.html

Les banques centrales comme limite (énorme) à la démocratie. Voici la question rudement bien posée.

 

Dans la « NZZ am Sonntag du 14 décembre 2008, une interview d’Hansjörg Walter (le conseiller national resté à une voix d’Ueli Maurer) : «Die Parteispitze muss vom System der politischen Erpressung wegkommen»

http://www.nzz.ch/nachrichten/schweiz/die_parteispitze_muss_vom_system_der_politischen_erpressung_wegkommen_1.1421758.html

Allez, en allemand pour une fois ! Pour ceux qui pensent encore que l’UDC est tout entière agrippée derrière Blocher et qui croient encore l’idéologie simpliste de la direction du parti en matière de concordance et de participation politique.

 

Sur le site de l’Observatoire des inégalités français, le 11 décembre 2008 : La Finlande, terre d’élection de l’équité éducative

http://www.inegalites.fr/spip.php?article969

Après la publication dans nos journaux de résultats très résumés et pas circonstanciés du tout sur l’étude PISA, une petite réflexion sur les conditions de base de la réussite de la Finlande, qui s’est habituée à obtenir un résultat plus que remarquable tous les trois ans dans cette étude.

 

 

 

Bonne lecture (et bon visionnement) !

Dani

L’info au filtre des trois passoires

14 décembre, 2008
Divers | Pas de réponses »

En rapport avec nos moyens d’informations en général, toute l’année

Il est courant d’entendre dire que nous vivons une période de sur-information, que nous sommes abrutis par un flux continuel de nouvelles de toutes sortes et que la principale difficulté est d’opérer un tri. Des journaux (dont certains sont même à disposition là où nous attendons sans devoir faire l’effort ni de les payer, ni de les choisir), des magazines, des chaînes de télévision innombrables, des radios publiques ou privées, des sites internet d’informations, des blogs consacrés à l’actualité : partout « l’info » coule et s’écoule, massive et abondante.

Est-ce un bien, est-ce un mal ? Voilà une question à même d’occuper les convives durant un repas. Mais c’est surtout un fait avec lequel nous devons composer. Et il ne semble pas que le nombre d’informations va diminuer à l’avenir. Comment opérer un tri ? Voici une question qui turlupine toujours un peu chacun de nous, toujours tenté de saisir de nouvelles informations.

La semaine passée, un intervenant extérieur dans une de mes classes a évoqué une idée intéressante, dans le but de leur faire choisir ce qu’ils diraient ou ne diraient pas lors d’un entretien d’embauche. Il leur a proposé d’utiliser le « test des trois passoires de Socrate« . Je ne sais absolument pas s’il s’agit vraiment de paroles rapportées par l’un des disciples de Socrate ou si l’idée lui a été attribuée récemment, mais elle lui aurait certainement convenu. Voici un petit texte trouvé sur le net qui résume cette idée :

Socrate avait, dans la Grèce antique, une haute opinion de la sagesse.

Quelqu’un vient un jour trouver le grand philosophe et lui dit :
« Sais-tu ce que je viens d’apprendre sur ton ami ?

- Un instant, répondit Socrate. Avant que tu me racontes, j’aimerais te faire passer un test, celui des trois passoires :

- Les trois passoires ?

Mais oui, reprit Socrate. Avant de me raconter toutes sortes de choses sur les autres, il est bon de prendre le temps de filtrer ce que l’on aimerait dire.

C’est ce que j’appelle le test des 3 passoires. La première passoire est celle de la vérité. As-tu vérifié si ce que tu veux me dire est vrai ?
- Non. J’en ai simplement entendu parler…
- Très bien. Tu ne sais donc pas si c’est la vérité.

Essayons de filtrer autrement en utilisant une deuxième passoire, celle de la bonté. Ce que tu veux m’apprendre sur mon ami, est-ce quelque chose de bon ?
- Ah non ! Au contraire.

- Donc, continua Socrate, tu veux me raconter de mauvaises choses sur lui et tu n’es même pas certain qu’ elles sont vraies. Tu peux peut-être encore passer le test, car il reste une passoire, celle de l’utilité. Est-il utile que tu m’apprennes ce que mon ami aurait fait ?

- Non. Pas vraiment.

Alors, conclut Socrate, si ce que tu as à me raconter n’est ni vrai, ni bien, ni utile, pourquoi vouloir me le dire ? »

L'info au filtre des trois passoires 200px-Socrates_Louvre

Ces trois passoires, ou trois filtres permettent ici de choisir ce que l’on va, ou non, raconter à ses amis. Mais elles pourraient aussi permettre à un journal ou une chaîne de télévision de réfléchir à son programme d’informations :

- Nos informations sont-elles vraies ? Ou, autrement dit, avons nous vérifié suffisamment la qualité des sources et ce que nous allons transmettre en l’énonçant comme des faits ?

– Notre information est-elle bonne ? Ou, autrement dit, est-ce que ce que nous allons transmettre satisfait au respect d’autrui, à la déontologie ou à l’équilibre entre différentes façons de voir les choses ?

– Notre information est-elle utile ? Ou autrement dit, est-ce que nous évoquons des faits qui font sens pour notre public ou est-ce que nous le distrayons avec des futilités ?

Finalement, ce petit test « déontologique » est très simple et permettrait déjà d’écarter certaines mauvaises pratiques. Une information fausse comme j’en ai déjà relevé plusieurs, une information portant ouvertement préjudice à autrui (et il y en a eu pas mal, que le préjudice soit individuel ou collectif) ou des informations sur des faits divers à l’autre bout de la planète seraient écartées. Des journaux comme les gratuits passés au crible de Socrate auraient de la peine à satisfaire à ces trois conditions pourtant pas excessivement exigeantes.

Mais, dans cette petite fable, c’est bien Socrate, en tant que destinataire de l’information, qui joue du filtre. Et justement, rien ne nous empêche d’adopter son attitude : si une information n’est ni vraie, ni bonne, ni utile… ne devrions-nous pas tout simplement la considérer comme sans intérêt ?

Dani

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