Piques et répliques – 2

Quelques réflexions critiques sur tout et rien

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24
nov 2008
Miauton : une chronique noire qui glisse dangeureusement…
Posté dans Divers par Dani à 11:26 | 8 réponses »

Dans « Le Temps » du 21 novembre 2008 : I have a dream (chronique de Marie-Hélène Miauton)

http://www.letemps.ch/template/opinions.asp?page=6&article=244453

Miauton : une chronique noire qui glisse dangeureusement... sickoObamaImage1

Une chronique consacrée à l’élection de Barack Obama qui permet à la « chroniqueuse du vendredi » de poser quelques jalons qui lui tiennent à coeur :

- « L’antiaméricanisme primaire ne sera plus de mise: impossible de pourfendre une nation dont une majorité de Blancs à voté pour un Noir sans trop se poser de questions existentielles. »    [Note du 25.11 : ce qui n'est pas le cas, puisque les blancs ont voté en majorité McCain / Merci à Alex de l'avoir signalé !]

- « Impossible d’accuser d’impérialisme un pays qui a refusé de se donner un héros de guerre pour président au profit d’un candidat prônant le retrait des troupes d’Irak. »

- « Difficile de dénoncer son néolibéralisme dès lors que le gouvernement Bush lui-même est intervenu dans le monde de la finance jusqu’ici intouchable. »

- « Sans oublier la cause environnementale qui semble avoir gagné une Amérique jusqu’ici réfractaire. »

Ceux qui lisent régulièrement les chroniques de Marie-Hélène Miauton savent à quel point elle aime à pourfendre la « naïveté » supposée de tous ceux qui se trouvent à sa gauche politiquement (et ils sont nombreux !). Quel naïveté ici pourtant que de croire que par l’élection d’un jour (contre une vieille gloire qui a largement passé l’âge de la retraite accompagné d’une politicienne d’opérette), les Etats-Unis ont tout à coup à la fois fait disparaître la ségrégation raciale rampante qui les caractérise et renoncé à leurs pratiques impérialistes. Quant au néolibéralisme, ils en aurait fait des confettis en se convertissant subitement à l’écologie… Je ne sais pas si le mot « naïveté » est assez fort pour décrire une telle vision politique. Toujours est-il qu’on peut adopter une attitude critique vis-à-vis de la politique américaine sont tomber dans les poncifs stupides et qu’on se demande bien quel est l’intérêt de ce total contrepied maladroit.

Mais le « dream » de Marie-Hélène Miauton semble être ailleurs et il vaut la peine ici de citer en entier son dernier paragraphe :

« S’il est une preuve que nous ont administrée les Américains, c’est bien que les Noirs qui s’intègrent ont les mêmes chances que les Blancs. En fait, c’est lorsque des minorités refusent d’adopter les us et coutumes de la majorité qu’elles sont discriminées, non en raison de leur couleur de peau ou de leur origine, mais parce qu’elles veulent imposer leurs propres traditions. Si les joueurs noirs avaient voulu changer les règles du football, croyez-vous qu’ils y seraient aussi nombreux et bienvenus ? Et si Barack Obama avait voulu fonder un nouveau parti, croyez-vous qu’il serait président à cette heure ? »

On aurait déjà envie de préciser que Barack Obama n’est pas encore président, ou qu’il n’est pas noir mais métis, mais là n’est pas l’essentiel. Il faut lire attentivement la ligne de fond de ses propos : si les minorités font l’effort de s’intégrer, elles ne seront pas discriminées. En somme, le racisme n’existe pas à ses yeux, et si les noirs avaient fait depuis des décennies les efforts nécessaires à leur intégration, leur couleur de peau n’aurait jamais été un obstacle ! En plus de l’ignorance historique qu’elle révèle, cette explication est assez extraordinaire dans le sens où elle rend la victime du racisme coupable de son propre malheur, un peu à la manière qu’ont certains de culpabiliser les femmes victimes de viol. En plus, Marie-Hélène Miauton n’hésite pas à généraliser son propos aux minorités en général, avec probablement un petit message sous-entendu à l’adresse des Suisses…

Là, il ne s’agit plus de naïveté, mais d’un simplisme dangereux et pas du tout conforme à la réalité vécue par les minorités dans le monde. Et le moins qu’on puisse dire est que les exemples censés soutenir cette thèse, avec les règles du football et le système bipartisan américain à l’appui, ne relèvent pas le propos. Il est tout simplement incroyable de lire ça dans « Le Temps »… Mon plus grand étonnement est d’ailleurs que cela n’ait pas encore suscité de réactions fortes dans le milieu de la presse !

Dani

PS : Je tiens toutefois à préciser que mon propos n’est pas de dire que les minorités ne doivent pas faire d’efforts pour s’intégrer.


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8 réponses:

  1. Guillaume Barry écrit:

    En l’occurrence, je ne peux que me retrouver d’accord avec une grande partie de votre analyse. J’entends aussi dans le discours miautonnien une mauvaise conscience qui se projette et attaque pour mieux se défendre. Dommage, parce que l’expression libre, anti-moutonnière, est toujours bonne à prendre (et c’est parfois le cas avec AMM).

  2. Guillaume Barry écrit:

    … parce que l’expression libre est toujours bonne à prendre: dans les limites de la loi, ou « pire », du respect de la liberté et de l’intégrité d’autrui. Précision peut-être nécessaire à l’heure où il faut réagir à des appels au meurtre contre certaine minorité émanant de musiciens (éminents rappeurs et talentueux dance-hallers notamment) eux-mêmes issus des minorités et descendant d’esclaves ou de colonisés.

  3. Je dois avouer que j’ai aussi apprécié ses interventions quand elle a su se mettre intelligemment en décalage avec la meute; je pense en particulier à sa participation à Infrarouge suite à la vidéo de Xavier Bagnoud.
    D’ailleurs, mon impression est que ses chroniques sont bonnes quand elles ne traitent pas de politique partisane. Dans ce dernier cas, il faut toujours qu’elle en revienne à un clivage gauche-droite caricaturé.
    Par contre, cette chronique-ci est vraiment regrettable, tant elle consiste à mettre des propos de café du commerce en syntaxe écrite.

  4. « impossible de pourfendre une nation dont une majorité de Blancs à voté pour un Noir sans trop se poser de questions existentielles » : pour une statisticienne professionnelle, c’est impardonnable. Ce n’est pas ce que disent les chiffres. La majorité des Blancs ont voté Mc Cain et pas Obama. Obama a perdu le « vote blanc » de 12 points. En pourcentage, il y y moins de Blancs qui ont voté Obama en 2008 que Clinton en 1992 et 1996. http://www.slate.com/id/2204464/

  5. @Alex : ah flûte ! Je l’ai loupée, celle-là !

  6. halcyon écrit:

    A quand des journalistes professionnels qui liront les programmes des candidats à la maison blanche…la soi-disant opposition aux guerres impérialistes d’Obama est contraire aux faits, tout comme la soi-disant disparition de la ségrégation raciale aux Etats-Unis. Tout comme le soi-disant statut de héros de guerre de John MacCain. Je m’interroge, cette journaliste va-t-elle jamais au-delà des communiqués de presse de la maison blanche ou de Fox News?

    Ce genre d’article semble réduire pour les 4 ans (ou 8) à venir tout combat pour l’amélioration des droits des Noirs américains comme un combat d’arrière-garde, comme un crime contre la pensée magique post-raciale d’Obama que les électeurs aiment tant. En lisant ce genre d’inepties, on a du mal à croire qu’elles apparaissent dans un journal en apparence aussi sérieux que le Temps. Tout fout le camp.

  7. Bravo pour cette belle analyse. Je ne me prononcerai pas sur le fond des propos fascisants de Mme Miauton, coutumière du fait. Mais je suis obligé de lui donner raison sur un point: les Américains ont élu un président « noir », et non « métis ». Aux Etats-Unis, le terme « métis » désigne les personnes dont on ne peut déceler à leur teint qu’ils sont issus d’une union entre noir et blanc. La couleur de peau de Barack Obama l’assimile à la communauté noire, sans nuance, c’est étrange, mais c’est comme ça.

  8. Oui, manifestement les américains ont une conception très extensive de la « négritude » (il suffit d’avoir un ascendant noir, ou presque… – un peu à la manière de la définition du juif dans les années 30, quand il suffisait d’avoir un grand-parent juif).
    Mais est-ce que nous devons nous sentir liés par leurs conceptions ? Après tout, « Le Temps » est publié à Genève, pas à Houston.
    Bref, on peut en tout cas en discuter, d’autant plus que Barack Obama a grandi dans une famille blanche et non au fond du Bronx…

    Mais, à côté de la conclusion sidérante de cette chronique, cela n’a pas tant d’importance.

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