Piques et répliques – 2

Quelques réflexions critiques sur tout et rien

  • Accueil
  • > Archives pour le Samedi 20 septembre 2008
Archive pour le 20 septembre, 2008


Ce qui fait zapper…

20 septembre, 2008
Scène médiatique | 8 réponses »

Télévision, journaux gratuits & Cie

Suite à un appel d’auditeur lors de Médialogues : la parole est à vous (2e intervenant)

Ce matin, lors de l’émission de RSR 1 Médialogues, j’ai écouté un auditeur qui souhaitait prendre la défense des journaux gratuits : ses propos ont vivement attiré mon attention tant ils paraissaient sincères. Il intervenait à propos d’une déclaration de l’ancien rédacteur en chef de 24 heures Jacques Poget qui avait dit que les gratuits marchaient « parce qu’ils étaient gratuits« .

Cet auditeur affirmait que les journaux gratuits « c’était de l’information, et de l’information et que de l’information« . Il continuait par « sans toujours vos propos alarmistes, qui font peur à tout le monde, qui angoissent les gens ,qui ne font rien d’autre, qui sont totalement contre-productifs« . Puis il continuait en dénonçant l’annonce d’un documentaire « alarmiste » à la télévision par l’émission Médialogues, puis concluait encore avec l’alarmisme consacré à la grippe aviaire avant un « voilà pourquoi moi je prends aussi les gratuits : c’est de l’information point-barre, on sait ce qui se passe et c’est fini. »

Au fond, j’avais tout pour être étonné : tout d’abord parce que j’avais déjà dénoncé dans ce blog la tendance des journaux gratuits à mettre en avant « tous les dangers du monde », et d’autre part parce que je n’ai vraiment pas l’impression que les « gratuits » sont plus objectifs que les autres (un point sur lequel je reviendrai !). Mais le bonhomme m’a semblé véritablement sincère et m’a incité à y réfléchir.

J’ai repensé à une lecture récente : « 10 considérations sur le temps » de Bödil Jönsson. Cet auteure suédoise évoquait la pratique du zapping chez le téléspectateur en l’expliquant plus particulièrement par deux motifs.

Tendance à zapper face à :

1) « Ce qui est difficile ou exigeant » : si ce qui est montré ou dit est ardu ou demande un effort de concentration.

2) « Ce qui ne nous enchante pas » : si ce qui est montré ou dit heurte notre conformisme, nos habitudes ou nos préjugés.

Selon cette personne, plus le contenu est léger et le conforte dans ses idées, plus la résistance du téléspectateur sera faible et moins il sera disposé à zapper. Au fond, cela semble assez naturel dans pas mal de situations : nous préférons écouter un discours facile à suivre et qui conforte nos idées reçues plutôt que de devoir nous concentrer ou être déstabilisé par des idées dérangeantes. En pédagogie, c’est un phénomène assez banal.

Or, un lecteur aussi peut zapper un journal en faveur d’un autre et les journaux gratuits ont justement tendance à ne pas être difficiles du tout à lire et à conforter assez régulièrement les idées reçues. Au fond, c’est certainement là que réside, au côté de la gratuité, une des raisons du succès des journaux gratuits. Il en va d’ailleurs de même de certaines émissions de télévision. Ces médias caressent simplement leurs destinataires dans le sens du poil !

A l’école, un enseignant qui ne propose que des activités faciles et qui conforte toujours ses élèves dans leurs préférences et leurs attitudes est désigné comme »démagogue ». En politique, un démagogue qui conforte ses électeurs par des idées simplistes et qui rebondit sur leurs préjugés est qualifié de « populiste ». En fait, ni l’enseignant démagogue, ni le politicien populiste ne préparent les élèves/électeurs aux difficultés réelles de la vie en société, ce qui entraînera pour chacun d’eux son lot de cruelles désillusions.

L’information proposée par les journaux gratuits et une part importante de l’information télévisée est construite sur ce modèle de facilité et de conformisme. Le succès commercial est au rendez-vous, mais c’est la « qualité » de l’information qui en fait les frais. L’auditeur mentionné au début de ce billet est fort satisfait d’échapper à « l’alarmisme » et aux mauvaises surprises, mais cela finira par lui revenir à la figure sous une forme ou une autre par la suite…

Un bon enseignant, un bon politicien, un bon journaliste doivent déranger. L’information et l’apprentissage passent par les surprises, les erreurs et les remises en question. Sans cela, c’est pure vacuité…

Dani

kass les nuts !!!! |
CDI Toulouse-Lautrec |
NEW DAY RELOOKING |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | hhrmo
| Pourquoi boycotter le Danem...
| ronni