Piques et répliques – 2

Quelques réflexions critiques sur tout et rien

16
sept 2008
150 petites expériences de psychologie des médias
Posté dans Au fil des lectures par Dani à 12:03 | 4 réponses »

A propos du livre de Sébastien Bohler – 150 petites expériences de psychologie des médias

Sous-titre : Pour mieux comprendre comment on vous manipule

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Dans une collection déjà riche de toute une série de volumes rassemblant des séries d’expériences de psychologie par thèmes (l’autre sexe, la publicité, le sport, l’entreprise, l’élève, etc.), voici un ouvrage qui propose toute une série d’expériences réalisées par des chercheurs sur la psychologie des médias. Les chapitres s’articulent autour des grands aspects suivants : médias et croyances, médias et politique, publicité, divertissement, réactions épidermiques. De lecture facile et agréable, c’est l’occasion de revisiter toute une série de situations et de s’interroger sur notre vulnérabilité.

Il est toujours difficile de tenter un résumé ou une synthèse d’un ouvrage et cela peut aboutir à une simplification dommageable de sa matière. Je vous propose donc plutôt de saisir 4 fiches proposées par ce petit manuel comme exemples.

 

Fiche No 6 : Pourquoi arrêtez-vous de manger de la viande en lisant les titres des journaux ? (Terminologie journalistique et peur de la vache folle).

Lire que « la vache folle est parmi nous » ou lire que « des cas d’encéphalite spongiforme bovine ont été repérés », cela ne fait pas le même effet ! L’information de base est la même, mais elle n’est pas présentée de la même façon. Une étude a justement montré que l’usage de la première expression dans les médias aboutissait à une baisse de la consommation de viande, alors que l’usage de la deuxième expression était suivi d’une remontée de la consommation. Le « ton émotionnel » utilisant la vache et la folie a un impact beaucoup plus fort !

L’explication tient au fait que nous avons deux manières différentes de traiter l’information : l’une délibérative et qui nous permet des réflexions et des décisions posées, et l’autre qui procède par analogies machinales. L’expression « vache folle » s’adresse évidemment à cette deuxième manière en visant l’affectif de l’être humain. Une expérience a d’ailleurs permis de confirmer que lorsque le « mode délibératif » était auparavant « enclenché », les titres sensationnalistes perdaient beaucoup de leur effet.

La presse gratuite et la télévision font un grand usage du mode « machinal » avec un traitement de l’information prioritairement émotionnel. En ce sens, ils ne favorisent vraiment pas la réflexion rationnelle. Quelle information, au fait ?

Fiche No 13 : Pourquoi trouvez-vous le journaliste mieux informé que l’homme politique à qui il pose des questions ? (L’erreur fondamentale d’attribution).

Les journalistes préparent leurs interviews, du moins on l’espère. Et souvent, les politiciens interrogés vont paraître « moins compétents » que leurs interrogateurs, car les circonstances les défavorisent.

Nous avons pour habitude d’attribuer ce que nous entendons aux qualités intrinsèques des personnes, plutôt qu’aux circonstances, ce que les psychologues nomment « l’erreur fondamentale d’attribution ». Or, le phénomène prend de l’ampleur lors d’une interview à cause de la répartition des rôles : le journaliste a pu préparer ses pièges et la personne interviewée a toutes les chances de se retrouver coincée. Celui qui prépare les questions en connaît en principe les réponses ou les a recherchées, alors que la personne qui répond doit « improviser ». Non, décidément, les journalistes ne sont pas des gens qui savent tout, même s’ils peuvent laisser ce genre d’impression lors de passages à l’antenne. Et si c’était Ségolène Royal qui avait demandé par surprise à l’interviewer combien la France disposait de sous-marins nucléaires ?

Fiche No 16 : Pourquoi un président omniprésent à la télévision, à la radio et dans les journaux bénéficie-t-il d’une bonne popularité ? (L’effet de simple exposition).

Certaines personnalités politiques réussissent à occuper avec efficacité l’espace médiatique. Elles sont plus souvent vues et écoutées et cette répétition régulière leur apporte une attitude plus favorable de la part des électeurs. Cet effet est appelé « effet de simple exposition ». Une expérience a montré que même en utilisant des mots turcs ou des caractères chinois, on pouvait recréer cet effet d’habituation, qui est bien évidemment aussi utilisé avec succès par les publicitaires.

Donc, un homme politique qui réussit à se faire voir et entendre plus souvent en retire un avantage électoral, sauf si ses apparitions sont associées à des affaires de corruption ou d’écarts de comportement.

Vous voulez tester vous-mêmes cet « effet de simple exposition » ? Lors d’une soirée entre amis, laissez entendre en bruit de fond deux compilations de musique bien différentes : la première contiendra d’agréables morceaux de musique totalement inconnus et la deuxième de grands succès. Lors du passage de la deuxième, on vous dira quasiment immanquablement : « Elle est super, cette compil ! »

Fiche No 35 : Pourquoi le rythme des images est-il particulièrement élevé dans les pages de publicité ? (Fréquence des images et stimulation de la mémoire).

Lorsque le programme de télévision laisse la place à ce que les présentateurs appellent une « pause » de publicité, on remarque assez rapidement que le son est monté d’un ou deux crans. Vite, il faut se saisir de la télécommande…

Mais ce n’est pas tout : les images se succèdent à un rythme nettement plus rapide. La fréquence est souvent de l’ordre d’une rupture d’image toutes les deux ou trois secondes (coupes, changements de prise de vue ou de sujets) alors que cette succession de changements s’est faite à intervalles de 10 à 30 secondes lors de l’émission ou du film qui a précédé. Une expérience a réussi à montrer qu’une succession plus rapide d’images permettait une meilleure mémorisation des éléments contenus dans une publicité. En effet, un déclic lié à la nouveauté de l’image oblige notre cerveau à mobiliser plus d’énergie, ce qui a pu être corroboré par le relevé des fréquences cardiaques de personnes surveillées pendant les visionnements.

Et l’effet était maximal lorsque les changements d’images avaient lieu, mais sans changement de sujet : ainsi, la stimulation n’était même pas contrariée par un surcroît d’informations à retenir. Le contenu restait fondamentalement le même. De plus, un changement plus rapide des images a aussi tendance à contrer la tendance au zapping.

 

De nombreuses autres expériences sont évoquées, en donnant plus de détails sur leur réalisation que je ne l’ai fait ici. Parfois, les conclusions nous sont familières, mais à d’autres occasions elles nous surprennent vraiment, nous obligeant alors à nous reposer des questions sur notre usage des médias. La lecture du livre de Sébastien Bohler est ainsi un bon outil pour celui qui veut écouter et lire avec un esprit critique plus éveillé, même si parfois on finit par se dire que, décidément, les spécialistes qui font la publicité et l’information sont plus forts que nous.

Dani

Et pour ceux qui préfèreraient écouter, l’émission Médialogues de RSR 1 avait fait une large place à Sébastien Bohler :

7 juillet (zapping, télévision, danger de l’avion et de la voiture) :

http://podcast.rsr.ch/media/la1ere/medialogues/20080707-psychos-media.mp3

8 juillet (parole rapide dans les médias) :

http://podcast.rsr.ch/media/la1ere/medialogues/20080708-psycho-medias.mp3

9 juillet (croyances, publicité) :

http://podcast.rsr.ch/media/la1ere/medialogues/20080709-psychologie-des-medias-8.mp3

10 juillet (discours politiques, presse à scandale, sondages) :

http://podcast.rsr.ch/media/la1ere/medialogues/20080710-psychologies-des-medias-9.mp3

11 juillet (presse people, campagnes anti-tabac) :

http://podcast.rsr.ch/media/la1ere/medialogues/20080711-psychologie-des-medias-10.mp3


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4 réponses:

  1. Pour la Fiche No 16, j’ai des doutes sur la corrélation et sur la causalité des deux facteurs que sont omniprésence médiatique et popularité d’un homme politique. D’abord, il me semble qu’on peut être omniprésent et impopulaire (Sarkozy, Darbellay) et peu présent et populaire (Widmer-Schlumpf, Mermoud au plan vaudois). Ensuite, rien n’indique à mon avis que c’est parce qu’on parle beaucoup d’un homme politique que celui-ci est populaire : il me semble que les autres facteurs, tel qu’efficacité de l’action politique et aussi (surtout) personnalité de l’homme (ou de la femme) politique, capacité à s’exprimer sont au moins aussi importants. C’est peut être même plutôt parce qu’un homme politique est populaire qu’il est omniprésent médiatiquement. Au plaisir de vous rencontrer.

  2. …là…ce sont les risques du « résumé »… J’ai probablement fait trop court et trop simple… il faudrait reprendre l’ensemble de la fiche écrite par S. Bohler… J’ai péché par « journalgratuitisme » !!! ;-)
    Et je suis bien d’accord avec vous sur la non-automaticité de l’effet en question.

    Mais j’ai quand même l’impression qu’on peut retenir l’idée de fond, elle n’est pas complètement inintéressante. Je pense notamment à ce qu’on peut observer chez nous sur les listes lors d’élections législatives (cantonales ou fédérales) : les gens connus ramassent plus de voix, surtout parce qu’ils sont plus connus. C’est en tout cas mon impression : ce ne sont pas forcément les compétences ou l’engagement qui sont primés, mais bien le fait d’être plus souvent vu ou entendu.

    D’autre part, lors des élections présidentielles françaises en 2007, les trois plus cités par les médias ont été dans l’ordre : Sarkozy, Royal, Bayrou.

    Et sur les cas de Darbellay et de Mermoud, comment décider qu’ils sont ou ne sont pas populaires ? Darbellay est sorti 3e sur 7 élus au conseil national en 2007 (VS) et Mermoud 3e sur 7 élus au conseil d’Etat (VD). Difficile de trancher, non ?

    Même si l’idée est un chouia simpliste….elle mérite réflexion, non ? Nous aurons probablement l’occasion d’échanger là-dessus… ;-)

  3. D’accord avec la prime à la notoriété pour les législatives. Car, la plupart du temps, l’électeur est devant le choix suivant : est-ce que je vote pour Machin dont j’ai déjà entendu parler ou pour Chose dont j’ignorais le nom jusqu’à il y a deux minutes? Par contre, lorsque l’électeur a le choix entre deux candidats qu’il connaît un peu mieux, je ne pense pas que le fait qu’il ait plus entendu parler d’un des deux dans les médias joue un rôle qui soit mesurable. Typiquement, ce n’est à mon avis pas l’explication de la victoire de Sarkozy. Et ce qui est gênant, c’est que c’est une idée rabâchée.

  4. D’accord avec votre synthèse ! :D

    Dans le cas de Sarkozy, je pense que ce sont probablement les mêmes raisons qui l’ont fait élire ET beaucoup citer dans la presse…
    Par contre, on peut s’interroger sur le rôle de la presse dans la « sélection des candidats » des deux grands partis, à savoir Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal….

    En passant, j’ai trouvé ça : http://www.etopia.be/IMG/pdf/libre_arbitre_etopiaII.pdf (p.4) Il semblerait que la publicité s’appuie assez fréquemment sur « l’effet de simple exposition ». Or, « les hommes politiques sont des marques comme les autres » (cf. un bouquin de marketing politique de Marcel Botton). Il serait intéressant d’étudier plus à fond cette question pour savoir dans quelle mesure, dans quels cas, dans quels contextes ce genre d’effet JOUE OU NE JOUE PAS un rôle dans des élections. Non ?

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