Piques et répliques – 2

Quelques réflexions critiques sur tout et rien

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Archive pour le 7 septembre, 2008


Comment ne pas être dupe des beaux-parleurs ?

7 septembre, 2008
Au fil des lectures | 4 réponses »

A propos du livre de Jamie Whyte – Crimes contre la logique – Les Belles lettres, Paris, 2005

Sous-titre : « Comment ne pas être dupe des beaux-parleurs »

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Difficile d’écouter des orateurs brillants ou de lire des éditorialistes en verve sans se laisser un peu trop facilement convaincre. Les arguments semblent évidents, les mots sont maniés avec suffisamment d’habileté et de compétence pour habiller les raisonnements et on risquerait parfois de changer d’avis plusieurs fois par jour. Pourtant, ces interventions répètent parfois simplement des idées reçues ou des poncifs tout à fait représentatifs de l’esprit du temps, sans aucune solidité sur le plan des arguments. Mais il est pourtant possible de les battre en brèche en révélant les faiblesses du raisonnement, et cela me semble faire partie des nécessités de la critique des médias aujourd’hui.

A cet égard, il vaut parfois la peine de se pencher sur des ouvrages qui se donnent pour but de donner un équipement à notre esprit critique. Il y a quelques mois, j’ai lu ce petit livre de Jamie Whyte et je me propose de résumer ce qui m’apparaît être les points forts de l’ouvrage. Son thème, les « crimes contre la logique« , se compose d’arguments qui peuvent sembler à première vue convaincants, mais qui contiennent en réalité un biais énorme. Les chapitres sont organisés autour de types d’arguments abusifs et dénoncés comme tels. Voici une bonne partie de ces « types » :

1) L’argument d’autorité

Celui-ci est assez connu et souvent dénoncé. Il consiste à baser la démonstration sur le fait qu’un expert donné a soutenu l’argument proposé, et c’est donc l’autorité de celui-ci qui est censée garantir la véracité de l’information. Or, non seulement, un expert peut se tromper, mais des personnes sont parfois présentées comme « experts » dans des domaines où ils ne le sont pas (on parle par exemple de « savants » sans préciser leurs spécialités).

Mais l’argument d’autorité peut revêtir d’autres formes : on dira par exemple que « tout le monde le dit », comme si le fait d’être majoritaire permettait d’exprimer la vérité (à une époque, la très grande majorité pensait que la Terre était plate !). De la même manière, on a pu entendre assez souvent ces derniers mois que « le peuple a toujours raison », confondant ici son droit de décider avec le fait d’exprimer la vérité (avoir raison). Enfin, parfois, on va conférer une autorité sur la base de l’expérience : ainsi, celui qui souffre d’une maladie se verra conférer une forme d’expertise sur la maladie en question…

Eh bien, il faut le dire clairement : non, le fait d’être majoritaire, spécialiste ou victime ne donne pas forcément raison. L’argument d’autorité n’est pas suffisant.

2) L’argument « Taisez-vous »

Celui-ci est une merveille de mauvaise foi. En réalité, on ne vous dira jamais « taisez-vous » aussi brutalement, mais on insinuera que l’idée que vous présentez est « dépassée », que désormais on en est à autre chose. Ou alors, on associera votre idée à un repoussoir commode, souvent choisi parmi les régimes totalitaires (que ce soit le système soviétique, le nazisme ou d’autres extrémistes). C’est tout de même plus facile que d’argumenter. Une autre version de cet « argument » consiste à renvoyer à celui qui critique l’action de quelqu’un qu’il ne fait lui-même pas mieux. Et pourtant, là n’est pas la question, mais c’est une habile déviation en forme de « taisez-vous »…

3) Les mots vides

L’art de la langue de bois, en somme. On appuie sur le jargon, on en met plein la vue à l’auditeur ou au lecteur, qui impressionné, va oublier d’activer son esprit critique. On peut aussi utiliser des « formules consensuelles » comme « être pour la justice » ou « se déclarer favorable à la démocratie ou à l’égalité » : cela ne signifie rien étant donné que la formulation contraire ne sera jamais utilisée. Mais ça marche !
4) Le sophisme de la motivation

Pratique… On décrédibilise celui qui défend une opinion particulière en laissant entendre que celle-ci est sous-tendue par une motivation intéressée. Ou alors, on lui dit simplement qu’il est normal qu’il pense comme cela étant donné qu’il appartient à tel parti, à tel milieu, à telle profession, etc. L’idée, pourtant défendable, est délégitimée au profit d’une interprétation égoïste ou obligée des motivations. Souvent injuste.

5) Le droit d’avoir son opinion

Il s’agit d’un système de défense à la critique. Il suffit alors, face à une contradiction, de simplement répondre « j’ai le droit d’avoir mon opinion ». Evidemment, et nul ne le contesterait ! Mais là n’était pas la question… C’est une diversion pour s’autoriser à dire quelque chose : j’ai tout de même le droit de le dire !
6) L’incohérence

Sous cette appellation, on trouve toute une série d’abus de la raison. On peut par exemple criminaliser l’homosexualité parce qu’elle est « interdite par la Bible », mais adopter une position différente sur les prêts à intérêt. Incohérence ! On peut aussi confondre allègrement les notions de « désaccord » et de « conflit » en les assimilant abusivement l’un à l’autre. Or, on peut tout à fait être en désaccord sans être pour autant en conflit. Ce genre d’incohérence peut produire un magnifique brouillard de fumée qui aide à faire accepter des choses qui ne tiennent pas debout.

7) L’ambiguïté

Les mots à double-sens permettent une certaine ambiguïté, très pratique dans les tentatives de manipulation : la notion de pauvreté, par exemple, peut désigner un situation absolue (manque des moyens de survie élémentaires) ou alors une situation relative (moins de moyens financiers que la moitié du salaire moyen). On prend alternativement l’une ou l’autre des définitions, selon les besoins. Mais l’ambiguïté peut aussi consister à rebaptiser les choses : ainsi, le nombre d’universités peut augmenter très facilement si on rebaptise les hautes écoles du nom d’universités.

8) Les coïncidences

C’est l’argument qui fait supposer que ce qui vient avant quelque chose a forcément « produit » ce quelque chose. Or, une suite chronologique n’implique absolument pas forcément une causalité. Le fait qu’un changement ait été remarqué n’implique pas forcément qu’il soit la cause d’un deuxième changement; il serait alors nécessaire de montrer le lien logique et causal entre les deux pour être honnête. Dans un autre genre, on assimilera une corrélation (les cigognes ont disparu à la même époque que celle qui a connu une forte dénatalité) avec une causalité, de manière abusive. Quand ce sont les cigognes et les bébés, tout le monde rit, mais quand c’est l’euro et l’inflation, les étrangers et le chômage, cela passe plus facilement semble-t-il. Ou encore, on peut utiliser quelques cas remarquables qui seront érigés en règle, indépendamment de toute tendance générale.
9) Le choc des statistiques

On voit parfois tirer des conclusions abusives d’une statistique. Par exemple, s’il y a plus de vols déclarés, cela ne signifie pas forcément qu’il y a plus de voleurs. Il peut y avoir simplement plus de choses volées par le même nombre de voleurs. On retrouve souvent ce même genre de biais dans des échantillons manifestement pas représentatifs ou dans des enquêtes où les gens qui répondent se « mentent à eux-mêmes ». Et à chaque fois, une conclusion globalisante apparaît. La presse fait grand usage de ce genre de conclusions hâtives. Souvent contestable…

10) La Fièvre moraliste

C’est ce qui rend certaines interventions presque impossibles. Nul ne pourra par exemple critiquer des victimes sans être renvoyé dans les cordes. De même, celui qui est considéré comme malveillant sera réputé proférer des choses fausses (alors que ce n’est pas forcément le cas !). Ou alors, on considérera assez automatiquement que tout ce qui a d’importants avantages est forcément juste ou vrai. Il existe de nombreuses variantes de ce procédé.

Oh, bien sûr, l’auteur de cet ouvrage n’épuise pas toutes les manières d’utiliser des arguments contestables. Mais cette petite liste, illustrée par des exemples, peut permettre d’être un peu plus attentif à des arguments qui font souvent mouche, malgré leur défauts intellectuels. Et il faut justement être conscient de ceux-ci si on veut avoir une chance d’échapper à leur attraction.

Alors, justement, il faut continuer à traquer les arguments d’autorité, les sophismes de la motivation, les coïncidences un peu trop faciles, les mots vides ou les chocs statistiques. C’est à ce prix qu’on a une chance de lire entre les lignes et de trouver les failles béantes de certaines « démonstrations ».

Dani

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