Piques et répliques – 2

Quelques réflexions critiques sur tout et rien

Archive pour août, 2008


Statistiques « raciales » dans nos médias !

16 août, 2008
Scène médiatique | Commentaires fermés

Quotidien gratuit « 20 minutes », site RSR.ch et site de la TSR – 14 août 2008 : Les Blancs minoritaires aux USA à l’horizon 2042

http://www.tsr.ch/tsr/index.html?siteSect=200001&sid=9523128&wysistatpr=ads_rss_texte

http://info.rsr.ch/fr/news/Etats_Unis_les_Blancs_minoritaires_en_2042.html?siteSect=2010&sid=9523128&cKey=1218727678000

L’article surprend le lecteur de bon matin : « Les Blancs seront minoritaires aux USA à l’horizon 2042″. On le trouve en page 9 du « 20 minutes », où il est signalé en tant que dépêche de l’Agence France Presse (AFP), mais aussi sur les sites internet de la radio et de la télévision. « Copier-coller » fidèles !

Statistiques . 548609 dans Scène médiatique
A l’origine, l’information est issue de la publication d’une étude américaine de l’Office du recensement fédéral (Census Bureau) qui apparaît tout à fait abruptement dans nos médias, alors que les américains sont eux beaucoup plus habitués à ce type de recherches. D’ailleurs, des études antérieures leur prévoyaient déjà le même scénario pour 2050. En Europe, la question ne se pose pas dans les mêmes termes, puisque les Etats ne tiennent généralement pas de statistiques dites « raciales ».

Il est pourtant difficile de passer par dessus un tel article sans réagir. Il nous est tranquillement dit que 65 % de la population du pays sera « de race blanche » en 2010, mais que cette proportion va se réduire dès 2030 et que les « minorités raciales » constitueront 54 % de la population en 2042. Il faut remarquer ici l’extraordinaire capacité d’adaptation de nos médias. En effet, cela fait des années que les scientifiques se succèdent à la télévision et dans les journaux pour expliquer que les races n’existent pas* chez l’être humain. Tous les médias ont fidèlement reproduit tous ces propos de spécialistes, mais aujourd’hui, cela ne leur pose aucun problème de communiquer des résultats en terme de statistiques raciales et d’évoquer la « race blanche » ou les « minorités raciales ». Ont-ils au moins remarqué qu’il y a contradiction ?

Au surplus, il faut encore signaler que les « populations hispaniques » sont classées ici avec les « minorités raciales ». Or, si l’on excepte la part d’entre eux qui ont des origines amerindiennes, la grande majorité des hispaniques est à peu près impossible à distinguer des espagnols ou des portugais d’Europe. La définition de la soi-disant « race blanche » se cantonne apparemment à une partie seulement des « blancs ». Evoquant le même sujet, le quotidien français « Le Monde » a lui bien saisi qu’il s’agit ici de ceux que l’on nomme les W.A.S.P (White anglo-saxon protestant) !

On se trouve ici face à un classement de populations selon des critères raciaux sur un mode tout à fait étranger à la culture de notre pays (et de notre continent). D’ailleurs, aucune statistique officielle en Suisse (ou en France par exemple) ne permet de déterminer combien de personnes ont la peau « noire ». Il est possible de savoir combien de personnes sont ou ne sont pas détentrices d’un passeport suisse ou d’un permis de travail particulier, mais on ne recense pas la pigmentation des peaux humaines.

Je pense qu’il est donc permis de s’étonner (au minimum !) que nos médias glissent ainsi parmi leurs actualités ce genre de propos. On pourrait attendre d’eux un minimum de commentaires, d’explications, voire de regard critique, notamment après les excès de la dernière campagne d’élections fédérales. Ou alors, il faut semble-t-il admettre qu’on est en train d’habituer les lecteurs au retour de théories qu’on croyait presque disparues…

Dani

Statistiques publiées par le « Census bureau » : http://www.census.gov/population/www/projections/summarytables.html

* On dit que « les races n’existent pas » notamment car il y a une forme de continuité dans les caractéristiques physiques des êtres humains. Entre une peau très noire et une peau très blanche, on trouve des individus proposant un dégradé à peu près complet sans rupture nette. D’autre part, on doit aussi rappeler qu’un noir au groupe sanguin 0 pourra sauver la vie d’un blanc du même groupe suite à un accident alors qu’un autre blanc au groupe B ne le pourra pas. Bref, les caractéristiques dites « raciales » ne représentent qu’une part infime des caractéristiques génétiques des humains, même si ce sont parmi les plus « voyantes ». Par contre, on parle de races de chiens : ici, il s’agit de créations humaines, à partir du loup, en opérant des croisement et des sélections volontairement. Heureusement, on n’a jamais fait cela jusqu’à présent avec des humains…

Casquette diplomatique

15 août, 2008
Divers | Commentaires fermés

20 minutes du 14 août 2008 : «La casquette de Micheline est beaucoup trop grande»

http://www.20min.ch/ro/news/suisse/story/20590458

Casquette diplomatique 1

Manifestement, rien d’intéressant ne se passe lors de la visite de notre « ministre des affaire étrangères » en Colombie. Et pourtant, les tensions avaient été assez vives en rapport avec le travail d’un médiateur suisse dans le dossier des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) et la politique tant évoquée des « bons offices » était remise en cause lors de débats publics. Il y a trois jours, le même 20 minutes avait consacré un petit article à la rencontre avec le président colombien.

On aurait pu attendre la suite des événements ou des développement sur les résultats de ce voyage. Eh bien, non ! Le quotidien va se borner à parler de la « casquette » de la conseillère fédérale : le couvre-chef est « trop grand » et fait penser à l’autocollant « Bébé à bord », « cette casquette ne l’avantage pas ». On passera sur le fait d’appeler un ministre par son prénom. Pensez-vous que cette photo et les commentaires se trouvent dans les pages « people » ? Vous vous trompez, cela se trouve dans les pages « Suisse » !

Une fois de plus, la politique est ramenée à des considérations triviales. Et on va même jusqu’à interroger le département fédéral des affaires étrangères sur ce grave problème. L’article conclut encore sur les « chaussures » de Micheline Calmy-Rey lors de son voyage en Corée…

Qu’on discute abondamment de son voile blanc lors de la visite à Téhéran, d’accord. Il s’agit d’un élément symbolique qui appelle des clarifications. Mais si on évalue la politique étrangère à l’aune des chaussures, de la casquette ou du sac à main de la ministre, on ramène des enjeux importants à des enfantillages. Une des tâches élémentaires des journaux serait de favoriser une meilleure compréhension des enjeux politiques et non de tomber systématiquement dans des digressions anecdotiques. Et ce d’autant plus lorsqu’ils sont très largement lus par un public jeune en train de découvrir les rouages d’un système politique particulièrement complexe.

Décidément, les journaux gratuits n’aident vraiment pas les enseignants d’instruction civique. N’y avait-il vraiment rien d’autre à dire ?

Dani

Pikereplik sur les ondes de la RSR

14 août, 2008
Divers | 2 réponses »

Radio suisse romande – Emission « Médialogues » (du lundi au vendredi – 9h30 à 10h00)
http://www.rsr.ch/la-1ere/medialogues

Pikereplik passera pour une fois de l’écrit à l’oral grâce à une invitation d’Alain Maillard, réalisateur de l’émission « Médialogues » de RSR 1 (fréquence 102.6) . Je m’en voudrais d’éventer à l’avance le contenu des émissions radiophoniques, donc je ne dirai rien pour l’instant des discussions qui ont été enregistrées (il y en a trois). Par contre, je peux signaler que la première d’entre elles passera ce matin 14 août lors de l’émission (donc entre 9h30 et 10h00).

J’y reviendrai, notamment parce qu’il s’agit d’une émission consacrée à un regard critique sur les médias. Aucun doute qu’elle allait attirer mon attention… Je l’ai écoutée parfois sur le site internet de la RSR : j’ai entendu des invités intéressants et je ne peux que vous conseiller de tendre de temps en temps l’oreille. Et je souhaite vivement que le dialogue entre les médias, le public et ces nouveaux acteurs que sont les non-professionnels qui s’expriment dans les blogs ou des sites d’information se développe au maximum et contribue positivement à la vie démocratique.

Mon seul regret est qu’on ne puisse plus écouter les émissions de médialogues d’avant mi-juillet (à moins que je n’aie tout simplement pas trouvé comment faire !) : j’en ai beaucoup manquées puisque je n’ai découvert son existence que depuis 3 mois. Et, qui sait, … il y a peut-être aussi des piques et des répliques à adresser à la radio ! ;-)
Dani

Et voici les premiers résultats de ce passage à l’oral :

Quelle est l’utilité de ce genre d’article ? (Bagarre entre requérants d’asile)

12 août, 2008
Divers | Commentaires fermés

Le Matin online, le 12 août : Monstre bagarre entre requérants d’asile somaliens et irakiens

http://www.lematin.ch/fr/actu/suisse/monstre-bagarre-entre-requerants-dasile-somaliens-et-irakiens_9-217490

Quelle est l'utilité de ce genre d'article ? (Bagarre entre requérants d'asile) 1085844_article

Retour d’un scénario bien connu sur le site du « Matin online » : un court article parle d’une bagarre ayant opposé deux groupes de requérants d’asile d’origines différentes, se contente d’une présentation très sommaire des faits, et le « défouloir » est prêt à fonctionner.

On avait déjà pu observer ce phénomène avec les groupes de mendiants Roms interpellés, ce qui avait conduit aux dérives déjà dénoncées… L’article d’aujourd’hui joue un rôle semblable : il enclenche des mécanismes de peur et des réflexes automatiques en forme de préjugés, … et ça marche à tous les coups !

Pour qu’un article de journal soit véritablement informatif, il devrait répondre au moins brièvement aux questions suivantes : qui, quoi, quand, où, comment et pourquoi. Si les quatre premières questions sont abordées ici, les aspects du comment et du pourquoi sont tout simplement laissés de côté. On sait quels sont les protagonistes de l’affaire (requérants d’asile irakiens et somaliens), ce qu’ils ont fait (une bagarre les a opposés), à quel endroit (la gare de Kreuzlingen) et quand (lundi vers 15h30). Par contre, ce qui permettrait de comprendre l’événement, de le remettre dans son contexte et d’analyser la situation un peu plus profondément qu’au premier degré est totalement absent de l’article. Aucune chance de comprendre au moins un peu de la réalité quotidienne de ces gens et des motifs qui peuvent les conduire à une agressivité réciproque.

Bien sûr, comme le dit la dernière ligne de l’article, « une enquête a été ouverte pour connaître la cause de ces affrontements ». On ne peut donc pas reprocher au rédacteur de s’abstenir de conclure hâtivement sur les causes de l’événement. Mais on pourrait imaginer qu’il se renseigne sur les événements ayant précédé la bagarre, sur les conditions de vie à l’intérieur du centre d’accueil ou sur les éventuels intérêts divergents des deux « camps » en présence. Rien de cela. Par contre, on saura précisément qu’il y a eu deux blessés et une voiture endommagée, et que 35 demandeurs d’asiles ont été interpellés par la police, puis relâchés.

Du pain bénit pour ceux qui n’attendaient que cela : les fidèles amateurs du « défouloir » disponible 24 heures sur 24 sur le site du Matin. Et ils s’en donnent à coeur joie : comme d’habitude, les politiciens, la gauche en tête, en prennent pour leur grade et les invectives les plus simplistes se succèdent. Il faut dire que la qualité de « musulmans basanés » des ressortissants des deux groupes impliqués facilite assez naturellement l’expression de la xénophobie de certains commentateurs. A l’heure où j’écris, les interventions ne sont pas encore très nombreuses (29), mais je ne doute pas que leur nombre va augmente. La bagarre de Chiasso avait attiré 237 commentaires éloquents…

Du côté de la rédaction du quotidien, on dira forcément que les commentaires des lecteurs sont de leur propre responsabilité et que le journal n’y est pour rien. Toutefois, Le Matin se charge très fidèlement de recharger la batterie régulièrement en donnant matière à défoulement. Et ce n’est manifestement pas innocent du tout ! Et, au fait, cette histoire mérite-t-elle tant d’attention ? Il n’y a pas eu de décès ni de blessure grave, les dégâts sont minimes, les événements se sont passés à l’autre bout de la Suisse et le journal ne dispose de toute évidence pas d’informations sur les causes de la bagarre. C’est une forme de remplissage d’été bien complaisante…

Le lecteur n’apprend rien, mais la machine à réaction épidermique est enclenchée. Quelle est donc l’utilité de ce genre d’article ?

Dani

P.S. : Un nouvel article vient d’apparaître sur le même sujet : http://www.lematin.ch/fr/actu/suisse/bagarre-entre-requerants-35-interpellations_9-217993

On n’en saura pas plus, mais cela permettra de remettre la compresse. Le rédacteur se pose au moins des questions, en faisant remarquer que ces deux groupes de requérants sont ordinairement sans histoires et que les centres sont des « lieux de tension ». On note aussi qu’aucun délit grave n’a été commis, mais on finit l’article en insistant sur le fait que cette bagarre n’est pas la première.

On attend les premiers commentaires…

Comprendre le conflit géorgien grâce au téléjournal ?

11 août, 2008
Télévision | 1 réponse »

Editions de 19h30 du téléjournal de la TSR, du 8 au 10 août 2008

http://www.tsr.ch/tsr/index.html?siteSect=500000&channel=info#program=15;vid=9473415

 

Le conflit en Géorgie est devenu en quelques jours le sujet majeur du téléjournal. Tout d’abord, il apparaît en milieu d’édition, mais très rapidement il fait l’ouverture. La question qui me préoccupe dans ce genre de situation : qu’est-ce qu’un téléspectateur va ainsi comprendre de ces événements ?

Naturellement, il y a des téléspectateurs « préparés ». Ce sont ceux qui se sont intéressés en détail à la fin de l’Union soviétique et ceux qui s’intéressent généralement aux conflits dans le monde, notamment quand il s’agit des minorités nationales. Quel pourcentage de ceux qui regardent la télévision ceux-ci représentent-ils ? Probablement assez peu de monde. En effet, pour de nombreuses personnes, il n’est déjà pas très évident de ne pas confondre la Slovaquie et la Slovénie, ou de situer correctement la Macédoine ou la Moldavie. Et là, avec le Caucase, on s’éloigne encore un peu…

Je vais donc tenter de me mettre à la place d’un spectateur qui découvre ce conflit, et aussi cette région du monde, sans avoir auparavant pu fixer clairement les éléments en jeu. Voyons donc.

C’est le 8 août qu’apparaît le premier « sujet »; il dure en tout 1 minute et 55 secondes ! La première phrase du présentateur annonce qu’il y aurait des centaines de morts, en précisant « selon le président des Ossètes ». Manifestement, le nombre de morts justifie l’importance du sujet. Quoi d’autre ? Une carte apparaît pendant à peine plus de deux secondes et montre en plongée où se trouve la Géorgie puis affiche une carte du pays permettant d’isoler par une couleur différente les provinces séparatistes d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud. Pour celui qui connaît la géographie de la région, cela peut à la rigueur suffire, mais pour les autres…

Les informations données se succèdent à un rythme effréné : situation des civils, province séparatiste d’Ossétie du Sud, les morts, le chef-lieu en partie détruit, des escarmouches depuis une semaine, une province de 70’000 habitants, l’offensive des géorgiens jusqu’à ce chef-lieu, les accusations du président géorgien, une agression russe préalable démentie par Moscou, les forces de paix russes stationnées en Ossétie, la dénonciation par Vladimir Poutine de la violation de la trève olympique, des troupes russes qui ont franchi la frontière internationale et qui sont arrivées dans la capitale ossète, les troupes abkhazes qui font mouvement… Ouf ! C’est dingue… Est-ce qu’on peut suivre ce rythme si on n’est pas préalablement au courant de la situation géorgienne ? Ce déluge verbal finit par « c’est tout le Caucase qui risque de s’embraser » afin de préparer l’angoisse des épisodes suivant.

Les images vont-elles soutenir la compréhension des événements ? Apparemment pas : ce sont avant tout des véhicules militaires (chars, camions, hélicoptères, aviation, canons) et des militaires en action qui servent de support. On voit aussi des gens en train de fuir, de nombreux cadavres, des tirs de nuit lumineux … Toutes ces images auraient très bien pu être tournées il y a deux semaines, elles ne seraient pas différentes. D’ailleurs, quand ont-elles été tournées, au fait ? Les seules images « utiles » en définitive, ceux sont celles de Vladimir Poutine et de Mikheil Saakachvili, le président géorgien : elles permettent de reconnaître ces deux personnalités.

Aucun doute, le sujet du premier jour a permis de « saisir » les spectateurs, de leur montrer des militaires et éventuellement de leur faire un peu peur. La suite : le lendemain, la situation en Géorgie devient l’objet principal du téléjournal qui y consacre deux sujets. Un d’actualité et un autre qui revient sur les événements ayant conduit au conflit. On attend des explications.

Le premier sujet sera conforme à celui de la veille : beaucoup de cadavres, beaucoup de militaires, des ruines et des incendies. La première image montre d’ailleurs un homme en train de tenir un blessé/un mort et de hurler et la caméra s’attarde à deux reprises sur les cadavres. Les informations sont les mêmes, en résumé, que celles de la veille, et on y ajoute le cas de l’Abkhazie dont un ministre est rapidement interviewé. Le tour en 1 minute et 54 secondes.
Le deuxième sujet a donc pour tâche d’éclairer le citoyen-téléspectateur. Rapidement, la présentatrice nous glisse qu’il n’y a pas que des enjeux nationalistes locaux, mais bien des enjeux « géostratégiques liés à l’acheminement du pétrole ». La vue sur la carte est cette fois-ci un peu plus lente et dure une dizaine de secondes. On y a ajouté le territoire de l’Ossétie du Nord (en Russie). Le commentaire explique que l’Ossétie du Sud est un territoire officiellement géorgien, mais tourné vers la Russie et bénéficiant de l’aide économique et militaire de la grande puissance, qu’un premier conflit a eu lieu en 1992 et qu’un cessez-le-feu fragile règne depuis. Il ajoute qu’il s’agit d’un « Etat fantoche » reconnu par personne et que le président géorgien Saakachvili élu en 2003 a promis de « libérer » les territoires Ossètes et Abkhazes de la Géorgie. Vers la fin du sujet, on ajoute que Moscou montre les dents face à un pays lié à l’Occident qui prétend même adhérer à l’OTAN et que le conflit est encore compliqué par le passage d’un oléoduc (qui évite la Russie) à travers la Géorgie. On montre très rapidement le tracé de l’oléoduc sur une petite carte, merci ! Le reportage nous livre son lot de véhicules militaires et de cadavres. En conclusion, le journaliste annonce qu’il s’agit d’une « crise ouverte avec des enjeux qui dépassent les habitants de la mosaïque caucasienne ».

Pas seulement eux ! Le téléspectateur européen aussi… Quelle indigestion ! On a tout : les rapports Occident-Russie, l’OTAN, le pétrole, les nationalismes, la révolution de velours géorgienne… le tout en précisément 1 minutes et 59 secondes. Les téléspectateurs avalent rapidement, comme la vodka. Une interview d’une ancienne ministre géorgienne sera le troisième sujet du jour consacré à ces événements : on retiendra que les géorgiens sont les gentils et les russes les méchants, mais on ne comprendra rien de plus.

Aujourd’hui 10 août, le pays revient à la une. Un premier sujet de 2 minutes et 4 secondes sera globalement conforme aux précédents, mais apportera son lot de nouveautés : délégation internationale, couloir humanitaire, navires russes au large, les gorges de Kodori (zone resté géorgienne de l’Abkhazie) et l’intervention de l’ONU. Un commentaire d’un journalistes sur place suivra (il se tiendra devant un fond bruyant de circulation automobile, vraisemblablement destiné à attester de sa présence sur place) : les troupes géorgiennes ont vraisemblablement quitté l’Ossétie, les russes continuent à tirer, les combats continuent, la Géorgie est acculée et demande un cessez-le-feu et des négociations. On finit avec un sujet sur les géorgiens de Suisse, naturellement très inquiets.

Le sujet « Géorgie » a été présent 3 jours de suite au téléjournal. Une quinzaine de minutes en tout, avec force répétitions et images qui reviennent en boucle. Il aura déjà été difficile de situer et de retenir les noms des régions concernées, sans parler des différents acteurs du conflit, des alliances et des enjeux locaux. Rapidement, on aura fait allusion le deuxième jour aux enjeux pétroliers et géopolitiques qui contribuent à mettre le feu aux poudres. Mais le téléspectateur gardera surtout des images en tête. Trop de choses en trop peu de temps, une description des événements mais très peu d’explications et de mises en contexte. On sait qui se bat contre qui… Mais pourquoi ce conflit aujourd’hui seulement et pas avant ? Pourquoi on se dispute aussi durement un territoire comprenant à peine 70’000 habitants ? Quel rapport avec l’oléoduc mentionné ? Quel est le rôle de la Russie dans cette région et quel est celui des Etats-unis ? Quels sont les fameux « enjeux géostratégiques » ? En quoi l’Europe est-elle concernée ? Etc.

Heureusement, tous les téléspectateurs se seront rapidement rués sur leurs encyclopédies pour situer les pays en cause et comprendre les racines du conflit. Ils auront ensuite complété leur information grâce à des sites d’information sur internet et auront choisi des journaux de qualité pour suivre l’actualité le lendemain des émissions. Certains auront même été jusqu’à trouver des informations de source géorgienne ou russe pour relativiser…

Dani

Commentaires du Matin : réaction du médiateur d’Edipresse !

8 août, 2008
Divers | 12 réponses »

Sur le blog du médiateur d’Edipresse – 8 août 2008

http://www.mediateur.edipresse.ch/?p=61

Vous vous souvenez du « sujet » de début juillet, ces commentaires en forme d’appels à la violence et au meurtre qui se trouvaient sur le site du quotidien le Matin et qu’un lien permanent sur la page d’accueil du journal permettait d’atteindre très facilement. Pour ceux qui découvrent la chose, voici les épisodes précédents :

http://pikereplik.unblog.fr/2008/06/13/site-du-matin-supprimez-les-commentaires/

http://pikereplik.unblog.fr/2008/07/13/commentaires-sur-le-site-du-matin-enfin-une-reaction/

http://pikereplik.unblog.fr/2008/07/15/commentaires-du-matin-suite-et-fin/

http://pikereplik.unblog.fr/2008/07/16/le-matin-lhopital-qui-se-fout-de-la-charite/

Un petit « battage » (pour éviter buzz !) avait été réalisé par plusieurs blogs et avait tout de même abouti, au moins, à la disparition des commentaires. On peut retrouver ici la trace de ces différentes interventions :

http://www.cmic.ch/2008/07/14/moderation-des-commentaires-vs-liberte-dexpression/

http://zebrablog.net/sugus/index.php/2008/07/13/970-matin-online-et-commentaires-racistes

http://www.fabienfivaz.ch/news/233/commentaires-a-caractere-raciste-sur-le-site-du-matin-ii

http://sfreymond.name/2008/07/16/le-matin-et-larticle-261bis-cp/

Que ces commentaires ne soient plus visibles pouvait apparaître comme la priorité absolue, mais je dois avouer que pour moi, il manquait quelque chose. J’avais l’impression qu’une seule personne avait réagi, en catimini et à la va-vite, en appuyant rapidement sur la touche « delete ». D’ailleurs, elle s’y était probablement très mal pris la première fois, ce qui avait abouti à un changement très superficiel (la disparition du lien de la page d’accueil dans un premier temps uniquement, puis ensuite la disparition de l’article en laissant quelques commentaires en rade). J’avais donc envoyé un mail au médiateur (mi-juillet) et j’avais écrit quelques lignes sur son blog, dont voici la teneur :

Je regrette votre absence ces derniers jours : il y aurait eu matière pour vous. C’est donc manifestement quelqu’un d’autre qui a réagi aux mails que je vous ai envoyés concernant des commentaires appelant ouvertement à la violence (contre les Roms) sur le site du quotidien LE MATIN.
A ce jour, je n’ai eu aucune réponse…
Je vous propose de mieux comprendre la chose en suivant :

http://pikereplik.unblog.fr/2008/06/13/site-du-matin-supprimez-les-commentaires/

http://pikereplik.unblog.fr/2008/07/13/commentaires-sur-le-site-du-matin-enfin-une-reaction/

http://pikereplik.unblog.fr/2008/07/15/commentaires-du-matin-suite-et-fin/

http://pikereplik.unblog.fr/2008/07/16/le-matin-lhopital-qui-se-fout-de-la-charite/

Manifestement, un certain “buzz” de la part de plusieurs blogueurs a eu raison des commentaires incriminés… mais sans aucune réaction de la rédaction du Matin. Et vous, réagirez-vous ?
Daniel (Pikereplik)
PS : je tiens à votre disposition les commentaires en q
uestion si nécessaire…

Avant-hier, j’ai reçu une réponse et aujourd’hui apparaît un article plus général sur la question sur « la page du médiateur ». Pour l’anecdote, mon message a par contre disparu de cette page, probablement parce que le médiateur souhaitait absolument des signatures avec nom et prénom : j’ai donc corrigé ce fait.

Quelques extraits du texte du médiateur :

« De toute manière, mon correspondant n’est pas prêt à se satisfaire d’une «simple disparition électronique». Il demande une réponse. Ces «ignominies» sont tout de même restées plus d’un mois sur le site, au su et au vu de tout le monde! »

« Plusieurs messages auraient dû en effet disparaître dans les plus brefs délais, et même ne jamais être publiés. Dans la masse, ils ne sont pas très nombreux, mais ils sont particulièrement odieux. Ils se réfèrent à l’incendie de camps de Roms à Naples et aux expulsions systématiques pratiquées en Italie. »

« Mais pourquoi et comment ces débordements? La réponse tient sans doute à des perceptions variables, du côté des modérateurs eux-mêmes, des limites de la liberté d’expression. Elle peut relever aussi de l’inattention de l’un ou l’autre, explicable par l’abondance des messages. »

« L’essor des sites de journaux quotidiens est un révélateur de l’intérêt du public pour de nouvelles formes de communication. Les moyens sont donnés d’en faire des jardins de la démocratie. Ce serait inquiétant qu’ils n’en soient que les décharges. « 


J’espère que cette intervention du médiateur sera lue par les rédacteurs du Matin (et d’autres journaux) et par les modérateurs du site et qu’elle permettra l’ouverture d’une saine réflexion sur la gestion des interactions sur le site du journal. Il n’est notamment pas exclu que les dotations actuelles en personnel soient insuffisantes pour cette tâche…

Plus largement, j’aimerais pouvoir souhaiter qu’un journal comme Le Matin remette aussi en question sa façon de relater l’actualité : on peut être un journal populaire (pages people et sports largement représentées, par exemple) mais tout de même se préoccuper de déontologie, notamment lorsqu’il s’agit d’éviter d’attiser inutilement des réactions xénophobes et des haines.

Et pour finir, j’aurais un petit exercice d’application à proposer pour la rédaction du Matin : « Que fait-on de la recette détaillée et astucieuse du cocktail Molotov qui figure toujours très lisiblement sur le site du journal ? » (http://www.lematin.ch/fr/actu/suisse/les-affiches-de-la-haine_9-197750)

Epilogue ? Nos réactions auront-elles été entendues ?

Dani

Pour lire la réaction du médiateur en entier : http://www.mediateur.edipresse.ch/?p=61

Le Matin : sexe, sexe et sexe…

5 août, 2008
Divers | 2 réponses »

Le Matin du 5 août 2008 – COUP DE FIL « On vous dérange en plein rapport sexuel? »

http://www.lematin.ch/fr/actu/suisse/on-vous-derange-en-plein-rapport-sexuel_9-211742

L’été n’est vraiment pas propice à l’intelligence dans les pages du quotidien Le Matin. Hier, il publiait sans hésiter que le camp fédéral scout de 1994 avait conduit (selon le Blick…) à 250 grossesses, ce qui reporté à la population générale de la Suisse conduisait à imaginer une multiplication par 10 des grossesses et des naissances (voir ici). Du délire pur, sans aucune vérification ni calcul. Une « légende urbaine » couchée sur papier.

Le journal mentionnait aussi la distribution de 1000 préservatifs lors de ce camp. Aujourd’hui, il en fait un sujet principal, auquel il consacre plus d’une demi-page, dans le cadre d’une interview téléphonique du porte-parole du mouvement. Le journaliste fait l’unanimité contre lui dans les commentaires des lecteurs du Matin (qui en ont pourtant vu d’autres) tant ses questions sont ineptes. Il réussit à ne retenir d’un événement de deux semaines rassemblant 25’000 personnes que la distribution d’un millier de préservatifs et il en fait même tout un plat. Ses questions ne traîtent absolument que de ça !

Notamment : « On vous dérange en plein rapport sexuel ? », « Et sinon, à part le sexe, vous avez fait autre chose pendant ces deux semaines ? », « Avouez-le, le sexe c’est plus marrant que le réchauffement climatique », etc.

De pareilles questions ne nécessitent aucune préparation et le journaliste ne s’est apparemment pas du tout documenté sur la manifestation. La conversation téléphonique a dû durer une dizaine de minutes et la rédaction a été faite à la va-vite. Est-ce qu’on paie ce journaliste pour faire ce « travail » ? Personnellement, je serais rédacteur en chef d’un des journaux concurrents, je mettrais le bonhomme sur ma liste noire : son travail est trop mauvais…

Lamentable et dégoûtant ! Rédacteurs, vous donnez une image vile d’un métier qui était noble !

Dani

Grossesses scoutes : reprise d’un délire chiffré du Blick

5 août, 2008
Des statistiques... | 2 réponses »

Le Matin bleu du 4 août 2008 : Le camp des scouts à court de capotes

Info reprise également par Le Temps du 4 août 2008

…d’après une « info » du Sonntagsblick du 3 août…

L’article n’apparaît pas sur le site internet du Matin, mais il est très court, le voici :

Les 25’000 jeunes qui ont participé au camp fédéral de scouts n’ont pas fait que chanter autour du feu. les 1000 préservatifs prévus par les organisateurs ont tous trouvé preneur. Deux jours avant la fin du rassemblement, les stocks étaient épuisés. Lors du dernier camp de 1994, 250 filles seraient tombées enceintes, selon le « Sonntagsblick ».

Aaaah, les chiffres… on peut leur faire dire n’importe quoi. La majorité des êtres humains sont décontenancés face aux statistiques et sont souvent prêt à tout accepter du moment que c’est chiffré. Voici un magnifique exemple dans Le « Matin bleu » d’aujourd’hui.

Ainsi, selon le journal gratuit, citant le Sonntagsblick, 250 jeunes filles seraient tombées enceinte lors du camp fédéral des scouts « Cuntrast » en 1994. A priori, ce chiffre n’éveille pas de soupçon particulier et chacun continuera sa lecture en se disant que les scouts sont décidément de chauds lapins. Alors, voyons cela de plus près…

Le camp fédéral de 1994 a réuni 23’000 participants. Je vais supposer a priori que la moitié sont des filles (ce qui est probablement surestimé), ce qui donne 11’500. Si on dénombre 250 grossesses, cela fait donc environ 2,2 % des participantes, sur un laps de temps d’environ 2 semaines.

Je me propose donc de comparer avec l’ensemble de la population jeune de la Suisse. Au milieu des années 90, la population féminine entre 15 et 30 ans représentait environ 760’000 personnes. Si je leur applique le 2,2 %, cela me donne 16720 grossesses, soit plus de 20 % du chiffre annuel des naissances. De bon augure pour les effectifs du mouvement scout. Mais cela ne suffit pas encore, puisque le camp n’a duré que 2 semaines des 52 que comprend une année. Sur une année, on arriverait donc au chiffre de 434’720 grossesses, soit 5 fois plus que le total des naissances en Suisse…

Et je dois ajouter que j’ai choisi une hypothèse très basse. Les filles sont minoritaires dans le mouvement scout et, de plus, les participantes au camp comptent un certain nombre de filles trop jeunes pour être enceintes. Donc, on pourrait partir de l’hypothèse de 7000 filles (soit 3,6 % d’entre elles enceintes) et ne pas se limiter aux femmes entre 15 et 30 ans, mais pousser jusqu’à 38. Cela nous conduirait à plus d’un MILLION de grossesses sur l’année 1994 qui n’a connu pourtant « que » 82’980 naissances !

Alors, je ne sais pas où nos journaux ont été chercher ce chiffre de 250 jeunes filles enceintes, mais il est complètement farfelu ! Je me dois encore de préciser que le nombre d’interruption de grossesses tourne aujourd’hui autour des 6,5 pour 1000 (il est plus faible pour les adolescentes) et atteint en général un nombre entre 10’000 et 12’000 par année en Suisse (selon l’OFS). Appliqué sur les 434’720 grossesses envisagées par mon premier calcul (le plus prudent !), cela donnerait encore 406’463 naissances !

Grossesses scoutes : reprise d'un délire chiffré du Blick dans Des statistiques... BEBE%20SCOUTISME

Ce petit jeu est amusant. Lorsqu’on nous balance ainsi des chiffres, il est assez souvent avantageux d’essayer de les « faire parler » : cela permet de débusquer pas mal d’idioties…

Dani

P.S. : Et je constate à l’instant que le « journal de référence » LE TEMPS répète lui aussi ce même chiffre en page 23 aujourd’hui (en précisant : selon des sources inofficielles, donc invérifiables) … Personne n’est à l’abri des chiffres !

Office fédéral de la statistique pour les différents chiffres : http://www.bfs.admin.ch/bfs/portal/fr/index.html

Initiative anti-4×4 : le Matin se perd dans les textes…

4 août, 2008
Divers | 1 réponse »

Le Matin dimanche du 2 août 2008 : L’UE rend inutile l’initiative anti-4×4 en allant plus loin

http://www.lematin.ch/fr/actu/suisse/l-ue-rend-inutile-l-initiative-anti-4×4-en-allant-plus-loin_9-210634

Initiative anti-4x4 : le Matin se perd dans les textes... 44_article

On avait déjà remarqué que la direction du « Matin » ne portait pas l’initiative anti-4×4 des jeunes verts dans son coeur. Nouvelle tentative de décrédibiliser le texte aujourd’hui dans la version dominicale du journal : l’initiative serait inutile, car l’Union européenne aurait mieux dans ses cartons.

Que dit le journal ? Que les milieux de l’automobile n’ont pas l’intention de laisser les Verts leur « dicter » le catalogue de voitures qu’ils pourront vendre (Petit rappel : une initiative est soumise à la population et aux cantons, c’est donc une majorité de suisses qui serait susceptible de « dicter » et non uniquement les verts…), et qu’une directive européenne plus restrictive pourrait les aider à faire « capoter » le projet des écologistes.

Là, tout citoyen un peu réveillé (même le dimanche matin) doit se demander : comment le lobby de la voiture pourrait-il préférer des mesures encore plus restrictives que l’initiative des Verts ? Le journal se paie-t-il ma tête ?

Charles Friderici, secrétaire général de l’ACS (Automobile Club Suisse) est cité : « Au final, nous voterons vers 2012, sur des mesures complètement dépassées du point de vue de l’Union européenne qui aura déjà abaissé la limite à 120 g ». Or, il évite de souligner que le projet européen prévoit une limite de 120g (quantité de CO2 émis au kilomètre) sur la moyenne des véhicules produits par constructeurs, ce qui n’empêcherait donc pas de proposer des véhicules plus lourds et polluants pour une minorité de privilégié aux côtés de véhicules plus légers pour la grande masse de la population. Au passage, on remarquera encore que la directive européenne prévoit d’agir par des incitations par le biais d’un système d’amendes : elle est donc manifestement plus souple. On comprend mieux l’intérêt du lobby…

Mais l’article laisse entendre que l’initiative est d’ores et déjà rendue caduque par l’Union européenne. Or, cela est faux : la directive européenne n’est qu’à l’état de projet et les lobbys automobiles européens sont eux aussi actifs pour tenter d’en empêcher l’adoption. Rien n’est donc décidé aujourd’hui… comme pour l’initiative. Et une fois de plus, Le Matin se fiche complètement de la différence entre décisions prises et projets.

Plus loin, la parole est à nouveau donnée aux lobbyistes qui assurent que les « directives » proposées par les verts sont « inutiles car trop faciles à contourner ». Magnifique confusion à nouveau : les verts n’ont jamais proposé de « directives » mais un « amendement constitutionnel » (faut-il rappeler que les initiatives populaires fédérales ne peuvent qu’être constitutionnelles ?). La proposition est donc très générale et ce sera le cas échéant au parlement de préciser la teneur des mesures au travers de lois et d’ordonnances, comme cela se fait pour tous les autres articles constitutionnels. Charles Friderici, qualifié avantageusement de « spécialiste des transports » affirme encore que quelqu’un pourra toujours aller acheter un véhicule polluant en Italie et l’importer en Suisse. Rebelote : cela dépendra de la loi et du système de contrôle qui sera mis en place par le parlement. Rien n’empêcherait que les importations privées soient contrôlées aussi sévèrement que celles des professionnels.

On finit en disant que notre pays suivra l’Union européenne, ce qui rappelle une fois de plus le poids de nos propres institutions. Tout l’article démontre qu’on est plus facilement prêts à accepter d’être mis devant le fait accompli par notre puissant voisin plutôt que d’accepter un débat démocratique chez nous : on n’est plus surpris de rien. Mais en relisant l’article, on s’interroge : seuls les opposants à l’initiative sont consultés, soi-disant en tant que « spécialistes », et l’article cherche absolument à nous convaincre de la vacuité de l’initiative en prenant certaines libertés avec les faits et le fonctionnement des institutions.

Manifestement, le fait que les annonceurs automobiles pèsent d’un poids certain dans les recettes de la presse doit contribuer à expliquer ce genre d’attitude.

Dani

D’autres explications sur le site de la commission européenne : http://ec.europa.eu/news/environment/071220_2_fr.htm

Affaire libyenne et Union européenne : dialogue de sourds à la radio

2 août, 2008
Divers | Commentaires fermés

Radio suisse romande 1 – 29 juillet 2008 : La non-appartenance de la Suisse à l’UE l’affaiblit-elle lors de crises diplomatiques ?

Lien URL : http://info.rsr.ch/fr/news/Libye_les_deux_Suisses_relaches.html?siteSect=2010&sid=9394115&cKey=1217364823000

Suite à une intervention écrite sur le site de la radio suisse romande estimant que la non-appartenance de la Suisse à l’Union européenne la rendait plus faible sur la scène internationale, la radio publique organise un petit débat (11 minutes en tout) entre deux personnalités : François Chérix, membre du NOMES (Nouveau mouvement européen suisse) et Yves Nydegger, conseiller national de l’UDC. Thème du débat : « La Suisse est-elle plus vulnérable dans les crises avec la Libye et la Colombie du fait qu’elle ne fait pas partie de l’Union européenne ? »

Le débat est présenté comme devant permettre plus de clarté et essayer de tenter de répondre à cette question. Or, comme souvent, le débat va opposer deux conceptions tellement éloignées qu’il ne fera absolument pas progresser la réflexion. C’est d’ailleurs le cas de trop nombreux débats sur des thèmes politiques organisés à la radio ou à la télévision.

En cause, le choix des participants : pour répondre à la question dans le cadre d’un débat, il faudrait inviter des personnes qui pourraient amener des éléments au débat par leur expérience ou leur compétence (je pense à des chercheurs, des anciens ambassadeurs, etc.) plutôt que deux personnes qui ne vont venir que pour « placer » des arguments en vue de futures confrontations. Lorsqu’il s’agit d’un débat précédant une votation, la démarche est légitime, car elle permet aux citoyens de reconnaître les camps en présence.

S’il s’agit comme ici de réfléchir à la situation actuelle de la Suisse, cela tourne au dialogue de sourds et rien n’en sort, ou presque. En soi, la question est pourtant intéressante et il serait possible d’y répondre affirmativement ou négativement indépendamment du fait d’être favorable ou non à l’adhésion. Rien n’empêche en effet d’être favorable ou non à l’UE en reconnaissant des avantages et des inconvénients qui y seraient relatifs. Petit décryptage de ce débat :

Curieusement, la parole est d’abord donnée à un opposant à l’affirmation qui fait l’objet du débat. Logiquement, on se serait plutôt attendu à voir le membre du NOMES poser sa thèse et ensuite son contradicteur tenter d’apporter l’antithèse. S’agit-il d’une volonté polémique ? En tout cas, ce n’est pas favorable à la clarté de la discussion. Yves Nydegger commence donc :

« Tous les sujets, y compris les faits divers, sont utiles en temps de grandes manœuvres pour rappeler inlassablement, mais c’est idéologique, que la Suisse serait de toute façon beaucoup mieux dans l’union européenne qu’indépendante et neutre. « 


Et hop ! On démarre comme prévu à côté de la question posée et Yves Nydegger attaque d’emblée son « adversaire ». Manifestement, répondre à la question posée ne lui a même pas effleuré l’esprit. Il qualifie la position adverse d’idéologique, alors que c’est justement lui qui répond idéologiquement plutôt que pragmatiquement. Après cette assertion, il va tout de même tenter un élément de réponse (ouf !) :

A propos de la crise avec la Colombie (en rapport avec un négociateur suisse), il estime que la Suisse est capable de proposer ses « bons offices » parce que c’est un pays neutre et qu’elle ne serait plus neutre, à terme, si elle entrait dans l’Union européenne, et que donc la question des « bons offices » ne se poserait pas.

Magnifique opération de propagande, vraiment : Tout d’abord, l’Union européenne compte 4 Etats neutres (Irlande, Autriche, Suède, Finlande) et rien ne démontre qu’à terme, ils devront renoncer à l’être. Ensuite, des « bons offices » sont régulièrement proposés avec succès par des Etats non-neutres (la Norvège, par exemple). D’entrée de jeu, le politicien UDC aura donc réussi à « poser » son programme politique et ces deux contrevérités ne seront pas contredites, puisqu’elles ont l’avantage d’être hors-sujet. Vient donc le tour de François Chérix :

A son avis, il n’y aurait « pas d’obstacle majeur » pour proposer des « bons offices ». Et vient donc son tour de tenter de répondre à la question du débat. Lui au moins va répondre à la question : « Un Etat face à un problème sur la scène internationale, son problème devient automatiquement celui de l’union. » Le rapport de force est donc complètement différent.

On peut juste regretter qu’il redise simplement ce que son collègue du NOMES avait écrit sur le site de la RSR : une Suisse dans l’Union serait plus forte face à l’adversité. Le journaliste, se retourne donc face à Yves Nydegger : « Que peut faire la Suisse face à des problèmes comme ça, est-ce qu’on serait pas plus forts (…) ?

La réponse vient sous la forme de la Suisse, petit pays qui ne peut qu’être neutre (il doit manifestement ignorer que la majorité des petits pays ne sont pas neutres…). Puis : « M. Chérix rêve d’une suisse dans l’UE, il rêve aussi d’une union européenne, ce qui fait un rêve au carré. Cherchez une politique commune internationale européenne, vous ne la trouverez pas ! »

L’autre est un rêveur : voici l’essence du débat. Et Yves Nydegger continue :

 

« Le fond du problème, il est encore autre, la police et la justice genevoise ont peut-être eu la main un peu lourde. Il est pas question que la Suisse s’excuse d’avoir une justice qui fonctionne, c’est-à-dire qui s’en prend aux puissants comme aux faibles, aux riches comme aux pauvres. Par contre, il n’est pas exclu non plus que la proportionnalité n’y ait pas tout à fait été respectée. Deux nuits de garde à vue pour le dépôt d’une plainte, c’est peut-être un peu excessif et si la Suisse s’excusait pour avoir eu la main lourde, on sortirait peut-être de la crise plus facilement ».

La conception de l’indépendance nationale de notre débatteur accepte des nuances, bon à savoir. Mais ce n’est pas juste le dépôt d’une plainte, il faut aussi voir le contenu de la plainte ! Cet aspect ne sera pas relevé.

D’ailleurs, le journaliste commence à remarquer qu’il est un peu mal pris et essaie de revenir au débat : « On ne va pas rentrer trop dans les détails du dossier libyen mais, François Chérix, est-ce que vous avez l’impression que la réaction du colonel Kadhafi aurait été différente dans toute cette crise si on était membre de l’union européenne et comment elle aurait été différente ? » Magnifique, on retrouve la première question; manifestement, on a pas avancé d’un iota.

« Ce qui est parfaitement certain, c’est que la position d’électron libre de la Suisse , au plan géostratégique, dans un monde en train de s’organiser en grands blocs régionaux, est d’une fragilité extrême. »

Le débat n’avance pas et François Chérix, à la même question, ramène la même réponse, qui est en soi une reformulation de ce qui était déjà apparu sur le site de la radio romande.

Puis, il évoque la relative protection des banques des pays européens, face aux Etats-Unis notamment, par le poids de l’UE. Et : « Je trouve la position de M. Nydegger parfaitement romantique et contradictoire. Le bouclier européen, c’est pas rien : 27 Etats qui sont solidaires en termes d’intérêts et en termes de prises de position. »

Retour à l’affirmation de départ et renvoi de l’ascenseur, un romantique pour un rêveur.

Puis, le débat va se perdre dans la question de la diplomatie commune non-existante de l’Union européenne, ce sur quoi les deux débatteurs sont d’ailleurs d’accord, alors que la question n’est pas dans la diplomatie offensive, mais plutôt dans le dispositif défensif. A l’occasion, François Chérix resservira du »rêveur » à Yves Nydegger… La question semble vraiment difficile… et le journaliste relance bien peu opportunément en demandant à Yves Nydegger : « Vous êtes un rêveur romantique ? ».Celui-ci peut donc reprendre :

« Dans le conflit avec la Libye, la Suisse, sur le plan international, représente pas seulement elle-même, ni même l’UE, mais l’Occident. « 

Et hop, le député UDC revient avec le conflit des civilisations entre l’Orient et l’Occident, fonds de commerce de son parti. C’est fou quand même toutes les choses qu’on peut aborder dans un débat sur l’Union européenne…

Puis : « Non, il n’y a pas de bouclier ».

Il faudra le croire sur parole. Il nous assurera que croire que les européens feraient bloc serait un « rêve romantique »… Et le débat achèvera de se perdre à nouveau, cette fois-ci au profit du conflit entre l’Orient et l’Occident !

Le journaliste tente alors à nouveau de revenir au thème du jour, en prenant un exemple concret : « Sur la question des banques, si on était membre de l’UE, les Etats-unis n’oseraient pas se comporter de la même façon. Les Etats-unis ne se comportent pas ainsi avec les banques luxembourgeoises. »Et donc Yves Nydegger répond :

« Il faut pousser le raisonnement jusqu’au bout. Si nous étions membres de l’Union européenne, il n’y aurait plus de secret bancaire suisse. »

Et hop, il saisit au rebond l’occasion de placer à nouveau un élément du programme de l’UDC : la défense acharnée du secret bancaire. Mais une fois de plus, il s’essaie à abuser le public. Cette fois-ci, pourtant, il va être repris et on va lui répondre que le secret bancaire existe aussi dans certains Etats de l’UE, notamment au Luxembourg. Mais le conseiller national UDC ne se laisse pas déstabiliser, et :

« mais la Suisse membre de l’UE, c’est la fin un peu plus rapide du secret bancaire, par conséquent on est dans la pure rhétorique ».

Et il en remet une couche. Peut-être qu’il n’a pas vraiment compris…

Le débat finit sur un bref échange d’amabilités, puis le journaliste remercie les deux intervenants. On n’en saura pas plus : François Chérix aura confirmé qu’il est d’accord avec l’hypothèse de départ (à plusieurs reprises) et Yves Nydegger aura profité de son temps de parole pour parler du secret bancaire, du conflit des civilisations ou de la neutralité (il n’a pas réussi à placer les Roms et les réfugiés, dingue !). Un parfait dialogue de sourds… Chacun des deux aura en outre eu l’occasion d’accuser son adversaire d’être un « rêveur ».

Et nous, les auditeurs, nous en sommes pour nos frais et nous n’avons rien appris de nouveau lors de ces 11 minutes. C’est bien dommage, car un débat avec des intervenants venant pour autre chose que défendre leurs futurs suffrages mais apportant des éléments concrets d’appréciation, aurait peut-être permis de mieux comprendre un élément clé de l’actuelle politique extérieure de la Suisse.

Malheureusement, il en va souvent ainsi. A croire que les auditeurs préfèrent un pugilat à un débat de fond. Ou alors c’est la piètre estime dans laquelle les tiennent les journalistes de la radio et de la télévision…

Dani

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