Piques et répliques – 2

Quelques réflexions critiques sur tout et rien

28
août 2008
Le Matin : étude (volontairement) tronquée
Posté dans Divers par Dani à 12:05 | 2 réponses »

Le Matin du 27 août 2008 – Une éducation trop sévère conduit à l’échec scolaire

http://www.lematin.ch/fr/actu/suisse/une-education-trop-severe-conduit-a-l-echec-scolaire_9-228316?sent=yes#reagir_bloc

Nouvelle « opération blabla à tort et à travers » dans Le Matin. La journaliste Cathy Macherel se charge d’un article rapportant les résultats d’une étude du Fonds national suisse de la recherche qui s’est penchée sur les conditions de vie de 3’000 adolescents. Malheureusement, une fois de plus, le Matin bâcle l’affaire et effectue une présentation très partielle (et partiale) de l’étude en question.

Et pourtant, c’est une étude assez vaste qui s’est également intéressée, au-delà du rôle des punitions et sanctions, aux effets du laxisme dans l’éducation (Le Matin fait l’impasse complète sur cet aspect-là !), aux risques de l’indifférence, aux conditions de vie, aux différences entre garçons et filles, aux lectures des jeunes, aux structures d’accueil nécessaires pour les petits, ainsi qu’aux inégalités sociales. On est très très loin d’une étude caricaturale qui ne prétendrait, comme le laisse entendre le Matin, qu’à stigmatiser la sévérité. Ces chercheurs ne sont pas des fantasmeurs, mais des gens qui font un travail de rechercher, n’en déplaise à un journal de bas niveau. Au surplus, les auteurs insistent encore sur l’importance de fixer des limites et d’accompagner son enfant dans un environnement structuré. On ne saurait trop insister sur le fait que c’est bien une éducation TROP sévère qui est décrite comme néfaste, notamment si elle inclut des châtiments corporels réguliers…

Bien sûr, le titre de l’article le dit : Une éducation « trop » sévère conduit à l’échec scolaire. Mais la suite du texte oublie très vite ce petit adverbe et l’excès pathologique de sévérité (battre ses enfants) se confond avec la plus élémentaire et la plus saine des rigueurs. Ainsi, la journaliste déclare tout simplement qu’ »une éducation qui a recours aux punitions et aux sanctions n’atteint pas les résultats escomptés ». Magnifique, c’est une phrase tirée du rapport des chercheurs (et indiquée comme telle avec des guillemets), mais elle est allègrement sortie de son contexte et perd son sens. De plus, on finit par passer sur la différence entre sanction (tirer les conséquences d’un acte – ce n’est pas forcément une punition !) et punition. Plus loin, l’article évoque les 44 % d’enfants et les 20 % d’ados qui grandissent sous un contrôle « strict et sévère ». Plus aucune distinction, tout dans un grand seau !

Dans ces conditions, on ne doit pas s’étonner des réactions des lecteurs, comme en témoignent les commentaires lisibles sur le site : plusieurs intervenants viennent soutenir la nécessaire discipline qui doit être apprise aux enfants et le besoin d’une certaine rigueur. Ces intervenants ont certainement raison, mais ils passent complètement à côté des résultats de l’étude, étant donné qu’ils ont été complètement trompés par cette présentation des faits.

Et je dois avouer que je soupçonne ici le « fait exprès », car c’est la recette idéale pour enclencher des réflexes populistes : stigmatiser ces « pédagogues qui racontent n’importe quoi », invoquer les bonnes vieilles recettes, appeler à l’autoritarisme… On retrouve une forme de rituel typique du « Matin online » : un article très orienté, mais se présentant comme factuel, et qui tente d’allumer les aigris de l’internet médiatique romand. Et ça marche bien souvent.

Madame la journaliste, votre article est mauvais, vous devriez en avoir honte. Ce n’est pas du journalisme et vous feriez mieux de vous contenter de participer au courrier des lecteurs. Je ne peux que m’extasier devant la sottise d’un tel compte-rendu !

Dani

Un bref rapport sur l’étude en question : http://www.snf.ch/F/NewsPool/Pages/mm_08aug26.aspx

 

L’article de 24 heures sur le même sujet : http://www.24heures.ch/pages/home/24_heures/l_actu/suisse/suisse_detail/(contenu)/256536


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2 réponses:

  1. Michelle écrit:

    « la recette idéale pour enclencher des réflexes populistes »
    C’est très exactement mon sentiment. Ces « journalistes » ont-ils eu une formation professionnelle digne de ce nom? On peut en douter. Reçoivent-ils des conseils de leur hiérarchie pour orienter systématiquement leurs articles de pareille manière ? Est-ce que le journaliste est payé en fonction du nombre de commentaires déclenchés par de tels articles ? On pourrait presque le supposer! La presse suisse va-t-elle si mal que désinformer soit devenu la règle dans ces journaux populaires et gratuits? Leurs sites web ouverts aux commentaires n’est qu’un défouloir attirant tous les mécontents et les frustrés, incapables d’une quelconque réflexion et se lançant sans réfléchir là où l’on veut qu’ils aillent.
    Votre site est une vraie nécessité, tenez bon!

  2. kreitlow écrit:

    le regard critique sur un article est nécessaire, mais résumer une étude dans les contraintes de mise en page et de l’orientation rédactionnelle est un art si on veut être juste et précis. ceci dit pour m’étonner beaucoup plus sur les chercheurs et l’initiative d’une telle étude que des « ratages journalistiques.
    ce que les résultats semblent confirmer – sévèrité et laxisme mènent à des difficultés scolaires, si ce n’est à des difficultés d’intégration, voire identitaires, ne tombent pas seulement sous le bon sens, mais fait preuve d’une ignorance étonnante. « severité, laxisme et indifférence » dans l’éducation des enfants relèvent de l’abus moral dont bon nombre de thérapeutes peuvent témoigner. c’est pour ainsi dire « le pain quoitidien » des thérapies de notre société moderne. ces mêmes maux se prolongent aujourd’hui dans le contexte du travail et les relations de couples.
    le problème réside d’un côté dans un tabou, cette difficulté de voir une certaine vérité des logiques civilisatrices en face, et de l’autre dans une tendance de rationalité (quantitative ) qui traverses tous les approches , dont cette étude et la relation à autrui. entre statistiques qui doivent nous convaincre et « l’amour » concédé au nombre de bon notes à l’école, il n’y a aucune différence. nos rapports humains se mesurent et se calculent aux critères d’intérêts.. hélas autant dans les familles, à l’école, entre amis et collègues qu’à travers des études et enquêtes. les proximités sensibles s’effacent au bénéfice des « réalités » tangibles. Voilà cette société qui a besoin de preuves « objectives » pour prendre à corps un problème – autrement dit qui n’est plus capable de sentir, d’empathie et d’émotions ou de leurs rendre la juste place dans la vie humaine.
    ceci dit pour exprimer une méfiance et prudence à l’egard de ces études.
    je pense à alice miller et ses nombreux livres et je songe à arno gruen, psychanlyste à présent zurichois, tous deux « denonciateurs réflechis » des prouesses éducatives de notre société si « civilisée ». ce dernier a récu un de plus prestigieux prix « pour oeuvre humaniste » de l’etat allemand en l’an 2000. Leurs travaux « qualitatifs » menés depuis plus de 20 et 30 ans n’ont pas percé là où il aurait fallu.
    bref, j’espère que cette étude saura les citer dans la bibliographie et intégrer la richesse de leurs réflexions, car si non les rémèdes péconisées risquent de ressembler à ce qui fait l’origine des maux : ignorance, fragmentation des connaissances et rationalisation unilatérale des solutions. voies de solution que nous avons déjà vu dans le cas du harcèlement moral.
    P.S. il reste que l’étude a le mérite de remmettre sur table ce que nous ne voulons voir et la Suisse fait ici preuve de courage qui manque au voicin français !

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