Piques et répliques – 2

Quelques réflexions critiques sur tout et rien

17
août 2008
Primes maladie : ils ont osé le dire !
Posté dans Divers par Dani à 1:15 | 1 réponse »

24 heures du 13 août 2008 : La crise boursière fait grimper les primes des caisses maladie

http://www.24heures.ch/pages/home/24_heures/l_actu/economie/detail_economie/(contenu)/252138 http://www.24heures.ch/pages/home/24_heures/l_actu/economie/detail_economie/(contenu)/252138/(offset_article_detail)/9

 

. Pour une fois, je suis content !
Bien souvent, je critique hardiment le manque de clarté des journaux dans la présentation de faits économiques ou sociaux. Eh bien, pour une fois, je vais tirer mon chapeau à l’un d’entre eux, soit « 24 heures ». Le quotidien a osé aborder la question des réserves des assurances maladie obligatoires avec une clarté de propos hors du commun. Cela met d’autant mieux en relief l’absence de cette discussion dans les autres médias !

Tout d’abord, le titre de l’article : « La crise boursière fait grimper les primes des caisses maladie« . Voilà qui aborde déjà franchement le fait que ce ne sont manifestement pas les coûts qui déterminent principalement les primes de l’assurance obligatoire, contrairement à la langue de bois officielle. Il fallait le dire, c’est fait. Même le directeur général d’Assura le concède.

Mais le plus important se trouve dans l’encadré qui suit l’article (à droite de la page dans la version papier du quotidien) et qui est intitulé « sans contrôle, toutes les entourloupes sont possibles« . Là se trouve un élément important quasiment jamais abordé par des médias importants. De quoi s’agit-il précisément ?

Il y a un total de 9,2 milliards de réserves et provisions pour l’ensemble des caisses maladie suisses, soit 2,7 milliards de plus qu’il y a 10 ans. De plus, l’article affirme qu’en 2006, par exemple, le résultat d’exploitation total se montait à 500 millions, après la mise en provision de 460 autres millions (soit presque la moitié du résultat avant cette manipulation comptable). Cela signifie donc que 270 millions de francs ont été « mis de côté » chaque année par les caisses depuis 10 ans. Que deviennent ces montants ? Ils sont placés dans l’immobilier ou les titres dans l’espoir de gains financiers. Jusque-là, il ne s’agit que de l’utilisation de fonds, en principe consacrés à l’anticipation des futurs coûts, pour réaliser au passage une bonne opération financière. Théoriquement, celle-ci pourrait bénéficier aux assurés.

Mais c’est le deuxième paragraphe qui lâche une petite bombe en se penchant sur le manque de contrôle sur la façon dont les assureurs placent ces milliards de francs. Impossible d’exercer une réelle surveillance sur ces opérations financières et c’est là que « toutes les entourloupes sont possibles« . Pourquoi ? Parce que les assureurs pourraient revendre en-dessous de leur cours des titres à des filiales d’assurances complémentaires qui obtiendraient ainsi un bénéfice sur l’opération. Or, ces dernières pourraient, elles, redistribuer le bénéfice à leurs propriétaires privés ! Ce serait un magnifique tour de passe-passe qui permettrait que des actionnaires privés encaissent des bénéfices réalisés grâce à des placements effectués avec l’argent des cotisants de l’assurance maladie obligatoire. Un magnifique contournement de la loi…

C’est naturellement une accusation grave et il faudrait donc en apporter la preuve. Mais justement, l’opacité des comptes, la langue de bois des caisses imperméable et les contrôles insuffisants empêchent tout contrôle efficace qui permettrait d’infirmer ou de confirmer cette hypothèse. Et le mérite de « 24 heures » est d’enfin aborder cette question ouvertement. Les citoyens de ce pays ont le droit moral d’exiger que la lumière soit faite sur l’utilisation de leurs cotisations obligatoires.

Aujourd’hui, je ne peux donc qu’exprimer ma satisfaction devant cet article qui ose briser le silence assourdissant qui règne autour de cette question des réserves en évoquant explicitement ce qui constitue peut-être le « vrai problème » ! Mais je crains que cela reste une exception et que j’aie encore souvent l’occasion de lire de nombreux articles qui tourneront autour du pot.

Dani

P.S. : Pour voir un magnifique contre-exemple, l’édition du 14 août du même 24 heures convient très bien avec une interview d’un gestionnaire des fonds du 2ème pilier. Superbe langue de bois permettant de passer à côté de l’essentiel… Fondamentalement, dans le cas du 2ème pilier,  le même genre de questions devrait aussi se poser !

 http://www.24heures.ch/pages/home/24_heures/l_actu/economie/detail_economie/(contenu)/252412


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Une réponse:

  1. Noirfaucon écrit:

    Cet article met le doigt sur le noeud du problème de l’assurance maladie et de la politique de santé erratique menée par M. Couchepin.
    Les assureurs maladie avancent régulièrement leurs frais administratifs se montant à 5% (tout de même trop haut comparé à d’autres pays européens) en guise de patte blanche. Or la véritable poule aux oeufs d’or se cache dans les réserves et leur gestion.
    La plupart des caisses maladies de Suisse pratiquent sous un même toit l’assurance de base sociale qui interdit tout bénéfice, et l’assurance complémentaire privée qui les autorise. Or les réserves provenant de ces deux activités sont placées sur les marchés financiers dans un pot commun qui permet tous les artifices lorsqu’il s’agit d’en répartir les bénéfices.
    En principe, seul l’OFSP est habilité à consulter les données détaillées concernant ces placements, mais le manque de moyens et de temps mis à sa disposition en rend son action plus symbolique que véritablement efficace. Les cantons ont pourtant demandé de pouvoir accéder à ces informations afin de suppléer à l’OFSP dans leur vérification, mais cette requête reste pour l’instant sans réponse. Elle risque d’ailleurs de le rester longtemps tant les assureurs sont hostiles à tout effort de transparence dans ce domaine.
    Ayant acheté de nombreux parlementaires fédéraux au moyen de sièges dans leurs conseils d’administration, les caisses maladies mettent donc tout en oeuvre pour pérenniser et renforçer cette situation.
    C’est la posorité entre les comptes de l’assurance de base et les complémentaires ainsi que le manque de transparence et un contrôle déficient qui permettent aux assureurs maladie de réaliser des bénéfices illicites avec l’assurance de base, et explique leur lobbying effréné et dispendieux dans un domaine qui en principe interdit toute prise de bénéfices.

    L’assainissement de l’assurance maladie passe par des mesures telles que la séparation commerciale et juridique totale de l’assurance de base et des complémentaires, de la portabilité des réserves, et du renforcement des prérogatives de contrôle dans la gestion des fonds provenant de l’assurance obligatoire de soins.

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