Piques et répliques – 2

Quelques réflexions critiques sur tout et rien

28
juil 2008
L’indice Big Mac : on lui fait dire n’importe quoi…
Posté dans Des statistiques... par Dani à 10:54 | Commentaires fermés

Le Temps du 25 juillet – Dépêche de l’AFP : Selon l’indice Big Mac, l’euro est surévalué

Les dépêches d’agences ne sont pas sur le site du quotidien, mais on trouve quasiment le même texte sur le site de la revue Challenges : http://www.challenges.fr/actualites/finance_et_marches/20080725.CHA4695/leuro_est_bien_surevalueselon_the_economist.html

 

Il est devenu célèbre, « l’indice Big Mac » ! Il revient fréquemment dans les conversations et on a souvent l’impression qu’il convainc plus de monde que l’indice des prix à la consommation patiemment calculé par les spécialistes de l’Office fédéral de la statistique et leurs homologues des autres pays. De quoi s’agit-il ? Tout simplement de remplacer le calcul de l’évolution des prix basée sur une moyenne pondérée des augmentations par l’évolution du prix d’un seul produit, le trop fameux « Big Mac » des restaurants MacDonald. En réalité, une forme de plaisanterie, mais qui est parfois prise très au sérieux.

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L’article publié dans le quotidien « Le Temps » nous assure que cet indice permet aujourd’hui d’affirmer que l’euro est surévalué par rapport au dollar (et c’est également le cas d’autres monnaies, notamment le francs suisse, la livre sterling et la couronne norvégienne). Sans rire, le « quotidien de référence », pourtant versé dans l’économie, relaie une information produite par « The Economist » (par provocation annuelle) et proposée en français par l’Agence France-Presse : étant donné qu’un Big Mac vaut en moyenne 3,57 dollars aux Etats-Unis et qu’un américain devrait changer 5,34 dollars en euros pour en acheter un sur notre continent, on peut déduire que l’euro ne « devrait » valoir que 1,06 dollars (et non 1,57). Le même calcul permettrait de calculer une surévaluation du franc suisse de 78 % par rapport au dollar. J’adore quand les journaux de référence publient des dépêches d’agences sans enclencher la fonction « esprit critique » !

En soi, l’indice « Big Mac » n’a rien d’idiot. C’est tout simplement un indice sectoriel très pointu, puisqu’il n’évalue qu’un seul produit, comme si on calculait l’indice du Nutella ou celui de la banane Chiquita. Il a juste l’avantage d’être basé sur un produit qu’on trouve quasiment à l’identique à tous les points cardinaux, d’où son évident succès. En tant que contrepoint provocateur à des indices parfois controversés, il a aussi sa raison d’être. Mais vouloir lui faire exprimer la surévaluation ou la sous-évaluation des monnaies, c’est tout de même un peu gros. Que dirait-on si je le faisais avec la boîte de base des briques Lego ?

La valorisation des devises, ici le dollar et l’euro, n’est de loin pas déterminée que par les prix des biens et services vendus dans les zones monétaires en question (et certainement pas par un unique produit, fût-il mangé par les obèses du monde entier…). Pour comprendre le cours d’une monnaie, il faut prendre en compte la balance des paiements des Etats impliqués, c’est-à-dire autant le commerces des biens et services, les versements de revenus du travail et des capitaux que les divers investissements internationaux et la constitution des réserves de change par les banques centrales. Au surplus, il y a encore la spéculation justement accusé de surévaluer ou sous-évaluer les monnaies. Mais faire fi de tout ce qui précède est tout vraiment stupide. Si les banques centrales d’Asie décident de constituer un peu plus de réserves en euros et un peu moins en dollars, ou que les investisseurs préfèrent placer leur épargne en Allemagne qu’aux Etats-unis, on ne peut tout de même pas tout laisser sur le côté et se contenter d’estimer sur la base du « pouvoir d’achat Big Mac » que la monnaie européenne est surévaluée.

Et ce d’autant plus que le prix d’un bien en particulier, ici le Big Mac, est déterminé par toutes sortes de contingences nationales et/ou locales : le niveau des salaires, des charges sociales, des taxes, des matières premières, etc. L’essence est moins chère aux Etats-unis aussi, mais on n’osera pas se lancer dans des déductions fantaisistes, car on sait pertinemment que les taxes y sont moins élevées qu’en Europe.

A l’instant, je relève le prix d’un CD sur un site américain au prix de 16 dollars et je le retrouve sur un site européen à 15 euros. Mince alors, je pourrais en déduire moi aussi qu’un euro « devrait » valoir 1,06 dollars…

Que dois-je faire ? Prolonger moi aussi la grande chaîne des perroquets prêts à évaluer le juste prix des principales monnaies à l’aide d’un objet particulier ? Pas très sérieux…
Dani


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