Piques et répliques – 2

Quelques réflexions critiques sur tout et rien

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Archive pour le 27 juin, 2008


Danger, armée, statistiques… on se fout de nous !

27 juin, 2008
Des statistiques... | Commentaires fermés

La presse écrite romande du jeudi 26 juin 2008 : 24 heures, 20 minutes, La liberté, reprise aussi par Le Courrier – Information de la Berner Zeitung reprise sous les titres : - Le Service militaire serait moins dangereux que la vie civile, – Le bureau est aussi risqué que l’armée, – L’armée n’est pas dangereuse.

Voir : Berner Zeitung – 26 juin 2008 :Armee: Unfallrisiko so klein wie im Büro (http://www.espace.ch/artikel_537251.html) Le document statistique annexé par la Berner Zeitung (en allemand) est trouvable aussi en français ici : http://www.unfallstatistik.ch/f/publik/unfstat/pdf/Ts08_f.pdf (dans lequel pourtant il n’est nullement question d’armée !)

L’accident sur la rivière Kander lors duquel plusieurs militaires ont perdu la vie a fait les choux gras de la presse depuis deux semaines et il n’y a plus besoin de donner des précisions : toutes ont déjà été reçues au compte-goutte au fur et à mesure. Aujourd’hui, toutefois, plusieurs journaux titrent sur la non-dangerosité de l’armée. Que se passe-t-il ? Tournent-ils leurs vestes ? Ont-ils été rappelés à l’ordre ?

La source de ce retour de manivelle : un article de la Berner Zeitung qui affirme que la statistique SUVA des accidents de la vie civile est plus élevée que la même statistique militaire. Le journal produit deux chiffres significatifs : les accidents dans la vie civile atteignent 64 pour mille assurés alors que ceux sous les drapeaux en restent à 40 pour mille. Les chiffres sont frappants, l’argument est simple et directement compréhensible par tout un chacun. Il va donc faire mouche. Et pourtant, il s’agit de manipulation !

Oui, une manipulation et une ficelle suffisamment grosse…. Mais elle est reprise par tous les perroquets de la presse romande sans sourciller. De quoi s’agit-il ?

La comparaison est un art difficile et lorsqu’on nous propose une comparaison statistique, il faudrait toujours se demander si elle est pertinente et si les deux éléments comparés sont des grandeurs qu’on peut confronter ainsi honnêtement. Un exemple amusant et instructif peut le démontrer : on peut montrer que la durée moyenne de la vie des médecins est sensiblement plus longue que celle de l’ensemble de la population, peut-être parce qu’ils se soignent mieux. Exemple parfait de mauvaise comparaison : on ne devient médecin qu’après 25 ans alors que l’ensemble de la population connaîtra un certain nombre de décès avant 25 ans qui feront chuter sa moyenne. La durée moyenne de vie des avocats ou des experts comptables sera aussi élevée que celle des médecins et celle des formateurs d’adultes pourrait être particulièrement élevée étant donné que ce métier concerne surtout des gens déjà passablement expérimentés…

Eh bien, dans le cas qui occupe la presse aujourd’hui, c’est exactement la même chose. Ces magnifiques chiffres simples de 64 et 40 pour mille sont totalement trompeurs. Comparer la vie civile et la vie militaire en bloc empêche de voir des différences qui apporteront des nuances significatives dans l’interprétation des chiffres :

- Les personnes enrolées à l’armée n’y passent pas le 100 % de leur temps. Ainsi, même un militaire qui resterait 4 mois entiers sous l’uniforme passerait encore les deux tiers de l’année dans la vie civile, et la plupart des militaires restent beaucoup moins que 4 mois par année à l’armée. Les chiffres proposés sont donnés par année. Donc, statistiquement, il y a beaucoup plus de temps sur l’année pour avoir un accident hors de l’armée qu’à l’armée.

- La statistique de la vie civile comprend à la fois la vie tout à fait normale de certains et la vie nettement plus risquée d’autres qui en font librement le choix. Ainsi, si on retirait les accidents des sports dangereux, des activités aériennes ou le ski hors-piste de la statistique civile, celle-ci tomberait largement en-dessous des chiffres militaires. Ainsi, on verrait que la vie civile, en soi, est justement moins dangereuse que la vie militaire, mais que ce sont certaines activités bien précises qui sont dangereuses ! Pourquoi afficher la comparaison entre « accidents civils » et « accidents militaires » ? Ces deux catégories statistiques sont totalement arbitraires, comme le seraient celles de « accidents touchant des personnes aux yeux clairs » et « accidents touchant des personnes ayant un gros nez ».

- La comparaison également proposée entre « 40 cas pour mille pour les administrations publiques » et « 40 cas pour mille à l’armée » est également fallacieuse et d’ailleurs servie sans aucun discernement par 20 minutes : « le bureau est aussi risqué que l’armée« . Faut-il en rire, tellement l’affirmation est grotesque ? Bon sang, ces statistiques comprennent à la fois les accidents professionnels (rares aux bureau) et les accidents non-professionnels qui ont lieu lors des loisirs sportifs des employés de bureau…. C’est fou les idioties qu’on peut proférer à partir de quelques chiffres…

Si l’armée elle-même nous lançait à la figure ce genre de statistiques manipulatrices, je pourrais encore comprendre : elle défendrait sa propre situation, malaisée ces derniers temps. Mais quand des journalistes reprennent ces chiffres en vitesse, sans y réfléchir, et n’hésitent pas à en rajouter en titrant lourdement, je m’insurge. C’est « n’importe quoi » !

Justement, on peut faire dire n’importe quoi à des chiffres. Mais on n’est pas obligé pour autant de croire n’importe quoi !

Dani

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