Piques et répliques – 2

Quelques réflexions critiques sur tout et rien

21
juin 2008
Les « images » du Téléjournal !
Posté dans Télévision par Dani à 12:11 | 2 réponses »

Téléjournal de TSR 1 – 20 juin 2008

http://www.tsr.ch/tsr/index.html?siteSect=500000&channel=info#program=15;vid=9245327

Le téléjournal est-il un moyen pertinent pour s’informer ? Voilà une question capable d’enflammer un débat entre amateurs de télévision quotidienne et sceptiques… Quand on sait que la totalité de cette émission totalise environ le même nombre de mots qu’une seule page d’un quotidien comme « Le Temps », on a très envie de douter de sa capacité à transmettre véritablement de l’information. Mais, vous oubliez qu’à la télévision, il y a les images ? Ah oui… Tiens, regardons donc d’un peu plus près ces « images ». Hier, à 19h30 précises, le « 19:30″ commence ! Suivons…

Ce qui est certain, c’est qu’on verra tout au long du bulletin les images des personnes en train de parler : la présentatrice Esther Mamarbachi, les différents interviewés, d’autres journalistes….. toujours sous la forme de troncs ! Mais au moins, par rapport à la radio, on connaît la bouille de celui qui parle… Mais un téléjournal ne pourrait pas se permettre de nous montrer uniquement des têtes en train de parler. Les reporters se doivent de rapporter des images. Lesquelles ?

Les

Tout d’abord, les suites de l’accident militaire de la Kander, avec la démission du chef des forces aériennes : quelques militaires assis, parmi lesquels le démissionnaire (qu’on pourra désormais reconnaître), puis le chef de l’armée marchant vers sa place pour une conférence de presse et s’installant longuement, puis en train de parler. Puis le démissionnaire en gros plan et en train de converser avec un policier. Après ces personnes, on passe à une image bucolique de la rivière, des sauveteurs en train d’attendre sur un pont, un canot pneumatique et ses occupants avant des militaires en train de longer la rive pour arriver à l’image que nous avons revue tous les jours : le canot pneumatique noir coincé dans les remous ! Fin du sujet : l’intervention de Pierre Gobet pour un commentaire : homme-tronc pendant une minute et vingt secondes.

On passe à la suite avec un « fait divers tragique » à Porrentruy, un père qui a tué son enfant : des volets clos, la vue sur un garage théâtre des événements sous trois angles différents, trois témoins séparés par une nouvelle vue du garage (!), un policier en train d’ouvrir une porte, puis un survol de Porrentruy en travelling arrière à partir, à nouveau, du garage. On finit par un commentaire journalistique sur place avant un nouveau panorama circulant sur Porrentruy (c’est vrai que c’est une jolie petite ville !).

Le double-meurtre de Vevey suit : l’accusé qui descend du panier à salade, encadré par deux policiers (c’est toujours la même scène, quels que soient les procès…), des gens qui montent sur un escalier, vue sur le mot « Tribunal » au-dessus de la porte d’entrée, puis un couloir, deux avocats qui se glissent dans celui-ci, des dessins de justice (notamment le procureur) avant d’arriver à une interview au micro de celui-ci. Ensuite, gros plan sur l’avocat de la défense, avant de passer ici aussi à sa version dessinée, puis toujours le même en train de descendre les escaliers avant d’apparaître à l’interview. Enfin, sortie de l’accusé flouté encadré de ses deux policiers, entrée dans le véhicule de police et départ de celui-ci. Commentaire d’un journaliste.

On continue avec le procès de Mario Corti, en deuxième instance : il arrive, vu de derrière, au procès, serre quelques mains et monte des escaliers. A nouveau, oeuvres artistiques des dessinateurs seuls autorisés à ramener des témoignages visuels de l’intérieur de la salle d’audience. Redescente des escaliers (décidément !), fronton du bâtiment (Obergericht) et interview de Mario Corti avant son départ, serrant quelques mains. Commentaire du journaliste.

Le site internet destiné à noter les médecins : vue sur le site internet, gros plans, vue sur un médecin consultant une revue, puis gros plan du visage avant sa main prenant des notes. Interview du médecin, avant de passer à une main cliquant sur une souris, une gros plan sur le responsable du site, vue plongeante sur une page de quotidien (article sur le site), puis à nouveau le site à l’écran et les mains sur le clavier et la souris. On termine avec la vue d’une autre personne, avec site à l’écran et mains sur le clavier et la souris et l’interview de cette dernière personne, suppléant du préposé fédéral à la protection des données…

On pourrait continuer ainsi sur toute la longueur de l’émission et on ferait généralement le même constat : chaque « sujet » commence par l’introduction du présentateur et les noms des journalistes présentant le thème, puis arrivent des images servant de supports à l’information verbale, éventuellement entrecoupée de témoignages et conclues par une intervention du journaliste. Le même schéma revient à chaque fois.

Revenons-en aux images, censées apporter un supplément d’information par rapport aux journaux écrits. Qu’avons-nous vu : des escaliers, des mains, des bâtiments, des inscriptions, des dessins, des écrans d’ordinateurs, des paysages… A l’exception des têtes des intervenants, qui confèrent un peu de vie à l’information orale, rien de particulièrement pertinent. Bien sûr, il arrive aussi que les reporters bénéficient de réelles images d’action, permettant de se faire une idée directement sur un événement filmé, mais c’est relativement rare. Pour le reste, il ne s’agit presque que d’images-supports.

A la décharge des journalistes responsables de la préparation des sujets, on notera qu’il est très difficile de trouver de véritables images et que c’est souvent une question de chance. Mais on pourra par contre se permettre de dire que, si le téléjournal permet de passer un bon moment, il n’est en rien un organe d’information réellement efficace. Les sujets sont tous très courts (entre une et trois minutes), les phrases sont trop simples, l’information est cantonnée au minimum sans permettre la nuance ou l’approfondissement. Que préférez-vous ? Vous détendre ou vous informer ?

Dani


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2 réponses:

  1. kalvin écrit:

    Ce saucissonnage minimaliste répond à des impératifs de deux types: a)conserver l’attention du spectateur lambda qui ne peut plus se concentrer que deux ou trois minutes e 2008 avant de … passer à autre chose; b) permettre d’insérer suffisamment de spots publicitaires aux heures de grande écoute pour renflouer des caisses de la TSR grevées par de multiples emplois alibi.
    PS: dans la presse écrite on enseigne actuellement (au CRFJ notamment) aux petits jeunes à faire court, mais alors plus que court :traiter l’essentiel en 1500 signes (espaces compris) pour le même type de raisons.

  2. Michelle écrit:

    J’ai remarqué aussi l’utilisation de plus en plus fréquentes de vidéos prises sur les sites de partage comme youtube ou dailymotion. Je croyais naïvement que les journalistes TV étaient sensés sortir faire des reportages, pas d’aller les « piquer » sur le web. Ce sont peut-être le mêmes qui ensuite opposent le professionalisme des journalistes vs l’amateurisme des internautes blogueurs, photographes ou vidéastes amateurs. ;-)

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