Piques et répliques – 2

Quelques réflexions critiques sur tout et rien

Archive pour juin, 2008


La crème solaire qui rend con !

30 juin, 2008
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20 minutes du vendredi 27 juin 2008 – La crème solaire nuit à la croissance du cerveau

http://www.20min.ch/ro/rechercher/story/21773335

Un des rôles de la presse, en matière d’information, est de vulgariser des découvertes scientifiques et de permettre de comprendre les enjeux qui leur sont liés. Dans cette optique, les journalistes sont obligés souvent de simplifier quelque peu l’information pour la rendre compréhensible aux profanes qui constituent l’essentiel de leurs lecteurs. Ce vendredi, c’est le journal gratuit 20 minutes qui se lance dans l’exercice en page 2. Il titre : « La crème solaire nuit à la croissance du cerveau« .

La crème solaire qui rend con ! 1

L’habitué de l’information scientifique a tout de suite la puce à l’oreille avec un titre de cet acabit. Connaissant le langage nuancé et subtil des scientifiques, accompagné d’un usage prudent du conditionnel et de moult réserves, il s’attend à ce que le journal ait tellement vulgarisé qu’il a peut-être un peu dénaturé l’information originelle. Pour se faire une idée plus précise de la question, l’outil internet permet désormais d’accéder directement au communiqué de presse des chercheurs qui a servi de base au rédacteur. Que dit-il ?

Les recherches du PNR50, programme national de recherche réunissant 31 projets et 146 publications (un peu trop pour un « gratuit »…), a étudié les « perturbateurs endocriniens » (substances chimiques) et leurs effets. Il est à noter que le premier paragraphe du communiqué de presse dit que  » les résultats sont a priori rassurants, mais montrent aussi que des analyses de risques plus poussées seront nécessaires ». En effet, on a retrouvé une concentration substantielle des ces produits dans le lait maternel lors d’une étude sur 54 femmes. Et ces produits « peuvent » avoir des effets néfastes sur des foetus ou des enfants en bas âge qui sont plus particulièrement vulnérables, car encore en développement.

L’étude a aussi retrouvé des concentrations de ces produits ailleurs que dans du lait maternel, mais cela n’intéresse pas 20 minutes… Dans un avion, par exemple, mais aussi dans les produits cosmétiques (mais ce sont d’importants annonceurs, alors…    chut !!!)
Mais, au fond, qu’est-ce qui permet au journal gratuit d’affirmer sans nuance la « dangerosité de la crème solaire pour le développement du cerveau des enfants » ?

Les scientifiques ont réussi à démontrer que CERTAINS de ces écrans sont SUSCEPTIBLES de perturber le développement des organes sexuels et du cerveau CHEZ LES RATS. C’est intéressant, c’est important, cela donne des indications précieuses pour la suite des recherches, mais cela ne démontre en aucune manière une dangerosité de l’usage de la crème solaire chez l’être humain. De plus, les échantillons de lait maternel contenaient une concentration 11 fois moins élevée que celle des rats et rien n’indique qu’il s’agissait dans leur cas aussi du lait maternel. Bien sûr, les scientifiques précisent qu’il faudrait une marge de sécurité de 100 fois pour écarter tout risque, mais tout de même… on n’est bien loin de la démonstration d’un danger.

Loin de moi l’idée de stigmatiser la prudence en matière de produits chimiques, bien au contraire. Mais il y a une énorme différence entre communiquer sur des découvertes qui relèvent un danger potentiel qui exige, comme l’indiquent les scientifiques dans leur communiqué de presse, « une surveillance à long terme et une poursuite des recherches » et d’autre part titrer de façon véritablement mensongère sur un danger réel et actuel. D’ailleurs, l’ensemble de l’article se concentre sur les aspects inquiétants des études en question et omet complètement les parties rassurantes. Il faut faire peur !

Ceux qui prendront ce titre au pied de la lettre reviendront tout rouges de la plage mais n’omettront peut-être pas de consommer de l’alcool ou du tabac… Ce serait quand même terrible de s’enduire de « la crème qui rend con ! »…

Dani

La sexualité de l’hebdo

29 juin, 2008
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L’Hebdo du 26 juin 2008 – La nouvelle sexualité des suisses

http://www.hebdo.ch/Edition/2008-26/Mieux_Comprendre/societe/sexualite_ce_que_vous_faites_sous_la_couette.htm

Après de nombreux numéros consacrés à des sujets politiques et économiques (des choses bien trop sérieuses… !?), l’hebdo se devait de revenir à un sujet accessible à tous sous peine de perdre une partie de sa clientèle : disons que c’est une hypothèse. Le dossier de ce numéro 26 laisse donc place à un sondage sur la sexualité des suisses romands, le troisième depuis 1998.

D’emblée, ça commence bien : Sexualité, ce que vous faites sous la couette. Ou pas. Que se passe-t-il ? L’hebdo m’espionne ? Il sait tout ce que je fais ? Non, ouf, c’est seulement un sondage de l’institut MIS Trend auprès de 600 suisses supposés représentatifs de la population (de 18 à 74 ans). Je ne fais donc pas partie automatiquement des personnes en question, mais on suppose que mon comportement et celui de millions d’autres est conforme aux 600 personnes qui ont répondu. A priori, on peut se dire que l’institut de sondage doit savoir ce qu’il fait, étant donné les magnifiques preuves qu’il nous a données lors de votations populaires… Ne riez pas ! En plus, on peut se demander si les gens répondent plus fidèlement et plus précisément en matière de sexualité qu’en matière de politique…

Il est extraordinaire de constater à quel point, en partant de questions précises d’un sondage, on peut tirer des conclusions nettement plus générales. La première page du dossier est à cet égard révélatrice, je cite : « Les Romands sont contents de leur sexualité : 52 % s’estiment très satisfaits et 37 % satisfaits – ce sont 89 % de gens heureux ». Fantastique ! On questionne 600 personnes, qui inscrivent des petites croix après une courte hésitation, entre très satisfait, satisfait, peu satisfait, pas satisfait, etc. Puis, sur la base de cette seule question, on estime qu’ils sont « heureux ». Si le bonheur ne dépendait QUE de la sexualité, cela se saurait. Si la qualité de la sexualité d’une personne pouvait s’évaluer sur la base de petites croix de satisfaction, cela se saurait aussi. Au fait, quel est la signification de « satisfait » quand on pouvait cocher « très satisfait ». Qu’est-ce qui se cache sous cette hésitation ? Ne cherchez pas…. cela doit rester pour les nombreuses psychothérapies remboursées par les assurance ou payées par les patients…

Mais les réussite d’interprétation des réponses ne s’arrêtent pas là. Les romands avouent avoir pratiqué la fellation à 70 % (contre 58 % en 98), le cunnilingus à 66 % (contre 54 %), la masturbation à 74 % (contre 63 %) et la sodomie à 30 % (contre 17 %) : voici la meilleure preuve, selon l’hebdo, que leur sexualité connaît « beaucoup plus de variété ». Génial ! La beaucoup plus grande variété tient à une augmentation mesurée de quatre comportements sexuels triés sur le volet…

La sexualité de l'hebdo cssexualitdelhebdofq4 Dessin : C. Simonin
Mais ce qui reste le plus frappant dans ce dossier, c’est le manque de distance et de critique vis-à-vis de cette analyse. Lorsqu’une question sur les relations homosexuelles révèle que 10 % des répondants y ont eu recours (contre 5 % en 1998), le rédacteur s’empresse de préciser qu’il y a de fortes chances que ces chiffres soient dus au fait qu’il est plus facile d’en parler aujourd’hui. Par contre, lorsqu’il s’agit de l’usage d’accessoires sexuels (26 % contre 11 %), il n’y a plus aucun doute. La difficulté d’en parler n’entre plus en ligne de compte. Pourquoi ? Pareil pour le sexe à plusieurs, qui serait le fait de 17 % des romands (contre 10 %). Les réponses sont réputées certaines, ou presque. Or, le rédacteur remarque que les hommes répondent affirmativement à 22 % contre 11 % pour les femmes et se demande qui sont les partenaires des hommes… Mais de là à remettre en question la crédibilité des réponses… Ce phénomène se retrouve avec d’autres questions : les hommes avouent plus de partenaires différents que les femmes et le nombre de positions différentes revendiquées excède les possibilités que les sexologues identifient entre deux être humains. L’hebdo glisse bien discrètement, au milieu d’une comparaison hasardeuse entre la sexualité des romands et celle des alémaniques, une petite phrase révélatrice : « Reste qu’un sondage ne peut traduire en chiffres tout ce qui fait une relation ». Merci !

Cette affirmation pourrait servir de point de départ à une analyse un plus rigoureuse de ce sondage, mais il n’en sera rien. Les lecteurs de l’hebdo étaient fatigués de l’UDC, de l’Europe et de la crise financière : un peu de frivolité à la façon des journaux de caniveau leur fera du bien. Surtout, ne pas mettre en doute la parole des interviewés en adoptant une position critique. Mieux vaut affirmer sans nuance que la sexualité des romands et devenue comme ceci ou comme cela… Bien léger et peu crédible.

Dani

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Les pédagogues de la semaine – 2 (23 au 28 juin 2008)

28 juin, 2008
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Dans les médias, entre le 23 et le 28 juin 2008
Comme la semaine passée, quelques interventions qui frappent par leur caractère clair et compréhensible, y compris pour le profane. Je ne peux que vous conseiller de vous y intéresser !

Interview de l’économiste Francis Perrin (Libération) : La spéculation et les prix du pétrole

Lundi 23 juin 2008

Depuis des mois, depuis qu’il a dépassé les 50 dollars le baril, une bonne partie de la presse nous chante la même chanson : c’est la spéculation, ce sont les spéculateurs…..les méchants, bouh ! Et pourtant, ces spéculateurs ne spéculent pas sur « rien »; au pire, ils accentuent des tendances déjà existantes, mais ils finissent toujours par « prendre leurs bénéfices » et ne suffisent largement pas à épuiser la question. Explication par un spécialiste :

http://www.libelabo.fr/2008/06/23/la-speculation-et-le-prix-du-petrole/

et une partie de l’interview par écrit : http://www.liberation.fr/actualite/economie_terre/334042.FR.php

 

Commentaire d’Alain Rebetez lors du téléjournal de TSR 1 : Le Conseil fédéral propose un taux de TVA unique

Jeudi 26 juin 2008
Alain Rebetez aurait fait un excellent enseignant, capable d’obtenir la meilleure attention et de permettre de repérer aisément les éléments importants d’une information. Ici, il résume et permet de dégager l’enjeu essentiel des propositions du conseiller fédéral Merz sur la TVA.

http://www.tsr.ch/tsr/index.html?siteSect=500000&channel=info#program=25;vid=9264735

 

Dinu Gautier – Die Wochenzeitung – Spion für dreissig Franken die Stunde

Jeudi 26 juin 2008
Article de la Wochenzeitung relatant une rencontre avec un étudiant qui avait été pressenti pour être employé par Securitas comme espion auprès d’Attac. Sympathique article permettant de bien s’imaginer la situation… Pour ceux qui lisent l’allemand !

http://www.woz.ch/artikel/2008/nr26/schweiz/16541.html

Et (dernière minute), pour ceux qui préféreraient le lire en français, la traduction se trouve dans « Le Courrier » d’aujourd’hui 28 juin à la page 9 (accessible pour les abonnés : http://www.lecourrier.ch/index.php?name=NewsPaper&file=article&sid=439936 )

Bonne écoute et bonne lecture !

Dani

Danger, armée, statistiques… on se fout de nous !

27 juin, 2008
Des statistiques... | Commentaires fermés

La presse écrite romande du jeudi 26 juin 2008 : 24 heures, 20 minutes, La liberté, reprise aussi par Le Courrier – Information de la Berner Zeitung reprise sous les titres : - Le Service militaire serait moins dangereux que la vie civile, – Le bureau est aussi risqué que l’armée, – L’armée n’est pas dangereuse.

Voir : Berner Zeitung – 26 juin 2008 :Armee: Unfallrisiko so klein wie im Büro (http://www.espace.ch/artikel_537251.html) Le document statistique annexé par la Berner Zeitung (en allemand) est trouvable aussi en français ici : http://www.unfallstatistik.ch/f/publik/unfstat/pdf/Ts08_f.pdf (dans lequel pourtant il n’est nullement question d’armée !)

L’accident sur la rivière Kander lors duquel plusieurs militaires ont perdu la vie a fait les choux gras de la presse depuis deux semaines et il n’y a plus besoin de donner des précisions : toutes ont déjà été reçues au compte-goutte au fur et à mesure. Aujourd’hui, toutefois, plusieurs journaux titrent sur la non-dangerosité de l’armée. Que se passe-t-il ? Tournent-ils leurs vestes ? Ont-ils été rappelés à l’ordre ?

La source de ce retour de manivelle : un article de la Berner Zeitung qui affirme que la statistique SUVA des accidents de la vie civile est plus élevée que la même statistique militaire. Le journal produit deux chiffres significatifs : les accidents dans la vie civile atteignent 64 pour mille assurés alors que ceux sous les drapeaux en restent à 40 pour mille. Les chiffres sont frappants, l’argument est simple et directement compréhensible par tout un chacun. Il va donc faire mouche. Et pourtant, il s’agit de manipulation !

Oui, une manipulation et une ficelle suffisamment grosse…. Mais elle est reprise par tous les perroquets de la presse romande sans sourciller. De quoi s’agit-il ?

La comparaison est un art difficile et lorsqu’on nous propose une comparaison statistique, il faudrait toujours se demander si elle est pertinente et si les deux éléments comparés sont des grandeurs qu’on peut confronter ainsi honnêtement. Un exemple amusant et instructif peut le démontrer : on peut montrer que la durée moyenne de la vie des médecins est sensiblement plus longue que celle de l’ensemble de la population, peut-être parce qu’ils se soignent mieux. Exemple parfait de mauvaise comparaison : on ne devient médecin qu’après 25 ans alors que l’ensemble de la population connaîtra un certain nombre de décès avant 25 ans qui feront chuter sa moyenne. La durée moyenne de vie des avocats ou des experts comptables sera aussi élevée que celle des médecins et celle des formateurs d’adultes pourrait être particulièrement élevée étant donné que ce métier concerne surtout des gens déjà passablement expérimentés…

Eh bien, dans le cas qui occupe la presse aujourd’hui, c’est exactement la même chose. Ces magnifiques chiffres simples de 64 et 40 pour mille sont totalement trompeurs. Comparer la vie civile et la vie militaire en bloc empêche de voir des différences qui apporteront des nuances significatives dans l’interprétation des chiffres :

- Les personnes enrolées à l’armée n’y passent pas le 100 % de leur temps. Ainsi, même un militaire qui resterait 4 mois entiers sous l’uniforme passerait encore les deux tiers de l’année dans la vie civile, et la plupart des militaires restent beaucoup moins que 4 mois par année à l’armée. Les chiffres proposés sont donnés par année. Donc, statistiquement, il y a beaucoup plus de temps sur l’année pour avoir un accident hors de l’armée qu’à l’armée.

- La statistique de la vie civile comprend à la fois la vie tout à fait normale de certains et la vie nettement plus risquée d’autres qui en font librement le choix. Ainsi, si on retirait les accidents des sports dangereux, des activités aériennes ou le ski hors-piste de la statistique civile, celle-ci tomberait largement en-dessous des chiffres militaires. Ainsi, on verrait que la vie civile, en soi, est justement moins dangereuse que la vie militaire, mais que ce sont certaines activités bien précises qui sont dangereuses ! Pourquoi afficher la comparaison entre « accidents civils » et « accidents militaires » ? Ces deux catégories statistiques sont totalement arbitraires, comme le seraient celles de « accidents touchant des personnes aux yeux clairs » et « accidents touchant des personnes ayant un gros nez ».

- La comparaison également proposée entre « 40 cas pour mille pour les administrations publiques » et « 40 cas pour mille à l’armée » est également fallacieuse et d’ailleurs servie sans aucun discernement par 20 minutes : « le bureau est aussi risqué que l’armée« . Faut-il en rire, tellement l’affirmation est grotesque ? Bon sang, ces statistiques comprennent à la fois les accidents professionnels (rares aux bureau) et les accidents non-professionnels qui ont lieu lors des loisirs sportifs des employés de bureau…. C’est fou les idioties qu’on peut proférer à partir de quelques chiffres…

Si l’armée elle-même nous lançait à la figure ce genre de statistiques manipulatrices, je pourrais encore comprendre : elle défendrait sa propre situation, malaisée ces derniers temps. Mais quand des journalistes reprennent ces chiffres en vitesse, sans y réfléchir, et n’hésitent pas à en rajouter en titrant lourdement, je m’insurge. C’est « n’importe quoi » !

Justement, on peut faire dire n’importe quoi à des chiffres. Mais on n’est pas obligé pour autant de croire n’importe quoi !

Dani

Pour rire : les pages « Monde » des journaux gratuits…

26 juin, 2008
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20 minutes et Le Matin bleu du jeudi 26 juin 2008 – Pages « Monde »

Je ne résiste pas à lister les articles censés donner une information sur le monde dans les journaux si généreusement distribués à tous les coins de rue.

Ce qu’on constate : des banalités incroyables, des informations totalement anecdotiques, du bla-bla pour passer le temps… Aucune chance de se faire une idée de l’évolution du monde en lisant de telles nouvelles…

Voyez plutôt la listes des nouvelles relevées dans les pages Monde des deux « gratuits » du jour. Tout y est, je n’ai rien enlevé :

20 minutes :

Thèmes des articles :

- Un employé viré qui revient dans son usine et qui tue 4 personnes.

- Un escroc qui prétendait connaître personnellement le pape se fait arrêter.

- Des viticulteurs français ont provoqué des émeutes.

- Les incendies de forêt menacent Athènes.

- Un pistolet Taser a tué une personne au Canada.

- Un python royal a été trouvé en pleine ville à Berlin.

- Des logements réservés aux néerlandophones à Vilvorde (Belgique).

- Un groupe de travail parlementaire français (même pas une commission) propose la légalisation des mère porteuses.

- Un tueurs en série de lapins sévit en Allemagne.

- Un adolescent sauve un bébé à Katmandou (Népal).

Et les brèves :

- Membres d’un gang violent arrêtés aux Etats-Unis.

- La cour suprême américaine statue négativement sur la peine de mort pour viol d’enfants.

- Des grecs sont arrêtés pour trafic international de reins.

- Le suicide du douanier israélien à la fin de la visite de N. Sarkozy est contesté.

Le Matin bleu :

Thèmes des articles :

- Un tueur de lapins est recherché par la police allemande.

- Un typhon a atteint Hong Kong.

- Une intoxication alimentaire a touché des touristes anglais en Italie.

- Trois musiciens ont proposé un clip pour inciter les rebelles à désarmer.

- Les viticulteurs français on manifesté violemment.

- Le « cow-boy nu » porte plainte contre l’entreprise M&M’s pour utilisation de son image.

- Des membres d’un gang ont été arrêtés aux Etats-Unis.

- Un orage sec a produit 8000 éclairs en un jour en Californie.

- Un python royal a été retrouvé sur un parking.

- Les sénateurs roumains ont accepté une loi favorisant des infos positives.

Et les brèves :

- Manifestation en Israël pour soutenir un soldat enlevé.

- Julio Iglesias a fait un malaise en Russie.

- Onze randonneurs se sont perdus en montagne aux Etats-Unis.

- Une grève d’ouvriers à Sarajevo pour de meilleurs salaires.

Je me marre !!!

Dani

Brélaz et Le Temps : le malentendu !

24 juin, 2008
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Le Temps du 23 juin 2008 – Daniel Brélaz est prêt à négocier sur le nucléaire

Lundi 23 juin – Le Temps : http://www.letemps.ch/template/suisse.asp?page=5&article=234660

Mardi 24 juin – Le Temps : http://www.letemps.ch/template/suisse.asp?page=5&article=234773

Mardi 24 juin – 24 heures : http://www.24heures.ch/layout/set/print/(contenu)/239067

« Le Temps » frappe fort ce lundi 23 juin 2008 : La Une, l’éditorial et les 3/4 de la page 8 réagissent aux propos prêtés à Daniel Brélaz à propos de la construction de centrales nucléaires et d’un éventuel compromis. Sur la base de ces déclarations, le journal brode sur une page et demie et va jusqu’à parler de « tabou brisé » et de « déclaration historique ». Le lendemain, surprise : les concurrents du journal (24 heures et Le Matin) réagissent et expliquent qu’il y a eu malentendu entre Le Temps et le syndic de Lausanne. Le quotidien revient d’ailleurs lui aussi sur les propos de la veille : en fait, Daniel Brélaz n’était pas favorable à une concession sur les centrales nucléaires, mais sur des centrales à gaz. Grosse nuance !

Dès lors, on peut se poser deux questions : Daniel Brélaz a-t-il changé d’avis pendant la nuit ? Et s’il y a eu malentendu, qui en est responsable, lui ou le journaliste ? On peut assez facilement répondre à la première question : l’homme n’est pas coutumier des retournements sous pression et n’a jamais eu peur d’assumer des positions divergentes avec qui que ce soit. De plus, le journal reconnaît lui-même le malentendu et on remarquera encore qu’il s’est partiellement contredit en évoquant dans la même page d’opposition de Daniel Brélaz au projet de centrale d’Atel. En ce qui concerne le malentendu, c’est plus difficile, à moins d’avoir assisté à la conversation. Je relève toutefois que de nombreuses personnes se plaignent de toutes sortes d’imprécisions, d’erreurs et de propos mal reportés lorsqu’ils ont eu affaire à un journaliste et qu’ils découvrent le « produit » le lendemain. Manifestement, certains auraient besoin d’un bon cours de prise de notes ! Pour finir, on s’étonnera surtout que l’information n’ait pas fait l’objet d’une vérification avant d’être publiée en grande pompe…

Brélaz et Le Temps : le malentendu ! 9683_2

C’est en effet sur cette question de la « vérification » que se situe le véritable enjeu. Quand on connaît les motifs qui animent les antinucléaires comme Brélaz (les déchets légués aux générations suivantes, les dangers, le coût « caché » du confinement et de la gestion future des sites), on peut vraiment s’étonner qu’aucun chef de rubrique, rédacteur en chef ou adjoint n’ait eu envie d’en avoir le coeur net avant d’en faire l’information du jour. Il est d’ailleurs aussi piquant de voir les mêmes s’en tirer aujourd’hui avec des pirouettes, comme Pierre Veya cité par le 24 heures déclarant que « Daniel Brélaz ne pouvait pas politiquement tenir un autre langage » ou écrivant que le syndic de Lausanne précise sa position.

Au fond, le vrai problème, c’est que Le Temps est désormais lancé dans la course à l’information frappante et rapide avec tous ses concurrents, et ceci malgré sa volonté d’apparaître comme un « journal de référence ». Brélaz qui accepterait le nucléaire, c’est comme Blocher qui décide de ne pas s’opposer à l’extension des accords bilatéraux. C’est une surprise, cela attire le client. C’est une application sans cesse remise au goût du jour d’une vieille idée : « un chien qui mord un homme, c’est banal et inintéressant, alors qu’un homme qui mord un chien, cela devient une information passionnante dont on pourra faire un beau titre ». Aller le plus vite possible et trouver des infos de choc, voilà les deux ingrédients principaux de la dérive sensationnaliste aujourd’hui !

Et pourtant, d’un journal comme Le Temps, on pourrait légitimement attendre qu’il vérifie soigneusement ses informations. Cela mériterait d’ailleurs des excuses à ses lecteurs…

Dani

Racisme, extrême droite…le poids des mots !

22 juin, 2008
Sur internet | Commentaires fermés

Domaine public – 20 juin 2008 : L’UDC est raciste, mais pas d’extrême droite

http://www.domainepublic.ch/files/articles/html/9872.shtml

Domaine public, autrefois hebdomadaire à 8 pages, s’est désormais transformé en site internet pour continuer à nous permettre de lire ses articles de qualité et de réflexion. Notons au passage que ceux-ci sont le fait de bénévoles expérimentés : anciens politiciens en vue, journalistes, etc. Régulièrement, on peut y retrouver des articles fouillés et bien documentés qui permettent de reprendre l’actualité avec un peu plus de recul. Aujourd’hui, toutefois, j’ai envie de prendre le contrepied d’un de leurs articles.

Faisant écho à un rapport publié par la Fondation contre le racisme et l’antisémitisme et la Société des minorités de Suisse, Albert Tille nous propose un article au titre intriguant : « l’UDC est raciste, mais pas d’extrême droite ». Le rapport en question dénonce l’attitude raciste de l’UDC qui, tout en déplorant le manque d’intégration des étrangers, fait tout ce qu’il peut pour les stigmatiser, jusqu’à en faire son thème principal pour les élections fédérales.

Rapportant les éléments apparemment contenus dans ce rapport, Domaine public résume donc : l’UDC est raciste, mais ce n’est pas un parti d’extrême droite. D’après l’article, ce qui permet de différencier le plus grand parti de Suisse des extrêmes, ce sont les éléments suivants : elle s’interdit de préconiser la violence et elle s’affirme ouvertement démocrate, deux éléments qui seraient censés la distancier clairement des formations extrémistes véritables. Apparemment, Domaine public ne souhaite pas développer la question pour l’instant, et c’est fort dommage étant donné le titre équivoque de son article. En effet, le parti français Front national, lui aussi, ne préconise pas la violence et s’affirme démocrate. Devient-il pour autant un parti de « droite tout court » ?

Au fond, qu’est-ce que l’extrême droite ? Sa définition, eu égard à son histoire, est vaste, mais on peut rassembler quelques éléments : le nationalisme, le traditionalisme, l’hostilité aux tendances socialistes et libérales, la xénophobie et le racisme, l’antiparlementarisme, l’utilisation de boucs émissaires, le rejet de la démocratie,… Pourtant, la notion d’extrême droite ne connaît pas de définition qui fasse l’unanimité. Il est donc rare que tout le monde soit d’accord pour classer un parti politique à la droite ou à l’extrême droite. Et naturellement, on retrouve ce désaccord en ce qui concerne l’UDC, même si plusieurs des éléments cités ci-dessus nous rappellent vaguement quelque chose !

Ce parti, étant donné qu’il avait une base paysanne, s’est toujours ancré dans le paysage politique traditionnel. Le fait qu’il regroupait plusieurs tendances politiques lui permettait de donner des gages de « droite libérale ». Or, aujourd’hui, ses modérés sont en train de quitter petit à petit le navire, ce qui risque d’aider à clarifier le spectre politique suisse.

Mais revenons à notre propos : est-il possible, en tant que parti politique, d’être « raciste » sans être à l’extrême-droite ? Historiquement, tous les partis racistes, des plus inoffensifs (!) aux génocidaires, ont toujours été classés à l’extrême droite : le Front national français ne fait pas exception à cette règle alors qu’il ne conteste même pas le droit du sol et que ses propositions en terme de droit de la nationalité restent bien en deça de celles de l’UDC. Qu’est-ce qui permettrait à l’UDC, a fortiori débarrassée de ses éléments les plus modérés, d’échapper à un tel classement ?

Les deux éléments mentionnés dans l’article sont : l’absence de violence et l’acceptation de la démocratie. Est-ce bien suffisant ? A mon avis, clairement non ! Ou alors, il faudrait admettre que les partis de Jörg Haider et de Jean-Marie Le Pen ou le Vlaams Belang flamand ne sont pas non plus d’extrême droite. On finirait par vider la notion de son sens…

Racisme, extrême droite...le poids des mots ! dans Sur internet 800483364_a30434146a_m

(Un joli petit logo trouvé sur le blog de Alain Hubler !)
Jetons encore un coup d’oeil à la gauche, qui a aussi ses extrêmes : faut-il comprendre que le POP, Solidarités, le Mouvement pour le Communisme et tous les groupuscules largement à gauche du PS ne doivent pas non plus être qualifiés d’extrême grâce à leur acceptation du jeu démocratique et l’absence d’actions violentes. Si on intègre l’UDC à la droite libérale, il faut alors aussi accorder un privilège équivalent aux partis de la gauche. Par équité.

Dani

P.S. :

Une petite friandise, juste en passant : l’article du site de la TSR qui annonçait aujourd’hui l’élection du nouveau préfet « noir » de la Sarine (Carl-Alex Ridoré) signalait aussi que l’UDC conseillait à ses électeurs de « voter blanc »…

Les « images » du Téléjournal !

21 juin, 2008
Télévision | 2 réponses »

Téléjournal de TSR 1 – 20 juin 2008

http://www.tsr.ch/tsr/index.html?siteSect=500000&channel=info#program=15;vid=9245327

Le téléjournal est-il un moyen pertinent pour s’informer ? Voilà une question capable d’enflammer un débat entre amateurs de télévision quotidienne et sceptiques… Quand on sait que la totalité de cette émission totalise environ le même nombre de mots qu’une seule page d’un quotidien comme « Le Temps », on a très envie de douter de sa capacité à transmettre véritablement de l’information. Mais, vous oubliez qu’à la télévision, il y a les images ? Ah oui… Tiens, regardons donc d’un peu plus près ces « images ». Hier, à 19h30 précises, le « 19:30″ commence ! Suivons…

Ce qui est certain, c’est qu’on verra tout au long du bulletin les images des personnes en train de parler : la présentatrice Esther Mamarbachi, les différents interviewés, d’autres journalistes….. toujours sous la forme de troncs ! Mais au moins, par rapport à la radio, on connaît la bouille de celui qui parle… Mais un téléjournal ne pourrait pas se permettre de nous montrer uniquement des têtes en train de parler. Les reporters se doivent de rapporter des images. Lesquelles ?

Les

Tout d’abord, les suites de l’accident militaire de la Kander, avec la démission du chef des forces aériennes : quelques militaires assis, parmi lesquels le démissionnaire (qu’on pourra désormais reconnaître), puis le chef de l’armée marchant vers sa place pour une conférence de presse et s’installant longuement, puis en train de parler. Puis le démissionnaire en gros plan et en train de converser avec un policier. Après ces personnes, on passe à une image bucolique de la rivière, des sauveteurs en train d’attendre sur un pont, un canot pneumatique et ses occupants avant des militaires en train de longer la rive pour arriver à l’image que nous avons revue tous les jours : le canot pneumatique noir coincé dans les remous ! Fin du sujet : l’intervention de Pierre Gobet pour un commentaire : homme-tronc pendant une minute et vingt secondes.

On passe à la suite avec un « fait divers tragique » à Porrentruy, un père qui a tué son enfant : des volets clos, la vue sur un garage théâtre des événements sous trois angles différents, trois témoins séparés par une nouvelle vue du garage (!), un policier en train d’ouvrir une porte, puis un survol de Porrentruy en travelling arrière à partir, à nouveau, du garage. On finit par un commentaire journalistique sur place avant un nouveau panorama circulant sur Porrentruy (c’est vrai que c’est une jolie petite ville !).

Le double-meurtre de Vevey suit : l’accusé qui descend du panier à salade, encadré par deux policiers (c’est toujours la même scène, quels que soient les procès…), des gens qui montent sur un escalier, vue sur le mot « Tribunal » au-dessus de la porte d’entrée, puis un couloir, deux avocats qui se glissent dans celui-ci, des dessins de justice (notamment le procureur) avant d’arriver à une interview au micro de celui-ci. Ensuite, gros plan sur l’avocat de la défense, avant de passer ici aussi à sa version dessinée, puis toujours le même en train de descendre les escaliers avant d’apparaître à l’interview. Enfin, sortie de l’accusé flouté encadré de ses deux policiers, entrée dans le véhicule de police et départ de celui-ci. Commentaire d’un journaliste.

On continue avec le procès de Mario Corti, en deuxième instance : il arrive, vu de derrière, au procès, serre quelques mains et monte des escaliers. A nouveau, oeuvres artistiques des dessinateurs seuls autorisés à ramener des témoignages visuels de l’intérieur de la salle d’audience. Redescente des escaliers (décidément !), fronton du bâtiment (Obergericht) et interview de Mario Corti avant son départ, serrant quelques mains. Commentaire du journaliste.

Le site internet destiné à noter les médecins : vue sur le site internet, gros plans, vue sur un médecin consultant une revue, puis gros plan du visage avant sa main prenant des notes. Interview du médecin, avant de passer à une main cliquant sur une souris, une gros plan sur le responsable du site, vue plongeante sur une page de quotidien (article sur le site), puis à nouveau le site à l’écran et les mains sur le clavier et la souris. On termine avec la vue d’une autre personne, avec site à l’écran et mains sur le clavier et la souris et l’interview de cette dernière personne, suppléant du préposé fédéral à la protection des données…

On pourrait continuer ainsi sur toute la longueur de l’émission et on ferait généralement le même constat : chaque « sujet » commence par l’introduction du présentateur et les noms des journalistes présentant le thème, puis arrivent des images servant de supports à l’information verbale, éventuellement entrecoupée de témoignages et conclues par une intervention du journaliste. Le même schéma revient à chaque fois.

Revenons-en aux images, censées apporter un supplément d’information par rapport aux journaux écrits. Qu’avons-nous vu : des escaliers, des mains, des bâtiments, des inscriptions, des dessins, des écrans d’ordinateurs, des paysages… A l’exception des têtes des intervenants, qui confèrent un peu de vie à l’information orale, rien de particulièrement pertinent. Bien sûr, il arrive aussi que les reporters bénéficient de réelles images d’action, permettant de se faire une idée directement sur un événement filmé, mais c’est relativement rare. Pour le reste, il ne s’agit presque que d’images-supports.

A la décharge des journalistes responsables de la préparation des sujets, on notera qu’il est très difficile de trouver de véritables images et que c’est souvent une question de chance. Mais on pourra par contre se permettre de dire que, si le téléjournal permet de passer un bon moment, il n’est en rien un organe d’information réellement efficace. Les sujets sont tous très courts (entre une et trois minutes), les phrases sont trop simples, l’information est cantonnée au minimum sans permettre la nuance ou l’approfondissement. Que préférez-vous ? Vous détendre ou vous informer ?

Dani

Les pédagogues de la semaine – 1 (16-21 juin 2008)

20 juin, 2008
Divers | Commentaires fermés

Dans les médias, entre le 16 et le 21 juin 2008

Allez, du positif….il n’y a de loin pas que de mauvaises choses dans la presse…
Cette semaine, j’ai repéré quelques interventions particulièrement instructives dans les médias. Je tâcherai de continuer par la suite à mettre en évidence des articles ou des interventions dont j’estime qu’ils/elles gagnent à être lu(e)s. Voici ce que j’ai relevé cette semaine :

Roger Nordmann : Une proposition pour dépolitiser le deuxième pilier (Le Temps)
Jeudi 19 juin 2008

http://www.letemps.ch/template/economie.asp?page=9&article=234311

Le 2ème pilier, un truc incompréhensible. Ici, l’intervenant permet de mieux comprendre un aspect essentiel du débat : la différence entre les caisses qui gèrent elles-mêmes et celles qui donnent leurs fonds à gérer. Du gain ou de la perte pour les assurés. Un scandale aussi, à dénoncer !

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Geneviève Grimm-Gobat : A la télévision, le football est trompeur  (Largeur.com)
Lundi 16 juin 2008

http://www.largeur.com/expArt.asp?artID=2625

Lorsqu’on regarde un match de football à la télévision, on a la fausse impression de mieux voir que dans le stade. Et pourtant, on ne voit que les images dûment sélectionnées par un réalisateur.

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Philippe Chevalier : Supprimer l’injustice militaire (Le Courrier)
Lundi 16 Juin 2008
http://www.lecourrier.ch/index.php?name=News&file=article&sid=439807

Autre grand sujet du moment : les morts militaires de la Kander. L’éditorial du Courrier dépasse les larmoiements et pose les questions fondamentales, avec une clarté admirable.

Bonne lecture !

Dani

Dangers d’ici et de là-bas dans 20 minutes…

19 juin, 2008
Divers | Commentaires fermés

20 minutes – Du 16 juin au 19 juin 2008

En Suisse, les dangers et la criminalité sont insuffisants pour les besoin de la presse de boulevard. Pour remplir leurs pages, les journaux à manchettes sont prêts à aller chercher les « titres qui font peur » (voir une précédente note) nettement plus loin. C’est particulièrement le cas du « 20 minutes ». Son concurrent direct « le Matin bleu » restant un peu en deça du point de vue des quantités.

En examinant les numéros de ces quatre derniers jours, on remarque une longue série d’accidents, de crimes, de délinquances et d’incivilités diverses en provenance de France, mais aussi de plusieurs pays européens, voire d’autres continents. Ainsi, une meurtre du grand nord finlandais est relaté (Il abat sa famille puis se suicide) au même titre qu’un adolescent poignardé par un rival à Paris. Un kidnapping à Rome, des touristes dévalisés au Brésil, une conduite en état d’ébriété à Varsovie (!), un prof accusé de brutalité en Alsace, une tchèque sectaire qui torture ses fils, un entrepreneur séquestré à Madrid, un prof agressé à l’école en France ou encore une personne volontairement poussée sous un train à Berlin sont étalés dans les pages « Monde » et « Actualité » du journal gratuit. Pas de doute possible : ce journal souhaite afficher un maximum de faits divers morbides ou effrayants pour attirer ses lecteurs. Mais ce phénomène contribue aussi à répandre le « syndrôme du Grand Méchant Monde ».

Dangers d'ici et de là-bas dans 20 minutes...

Il y a naturellement une attirance particulière des rédacteurs des « gratuits » pour les faits insolites, en particulier dans ce même registre de la peur ou du voyeurisme malsaint : « un chien happé par une machine de la voirie à New York » et « un procès pour harcèlement sexuel visant un unijambiste à Phnom Penh »" sont des exemples typiques de ce genre d’informations. Mais en réalité, pourtant, la banalité crasse des ces actualités est en général consternante : des meurtres, des vols, des agressions, des accidents graves, des vengeances, des enlèvements. En tout, j’ai compté 22 faits de ce types, venus du vaste monde, sur ces 4 derniers jours du « 20 minutes » ! Comment se fait-il que cela puisse encore intéresser quelqu’un ? Quel intérêt cela représente-t-il d’être mis au courant d’un vengeance ou d’un meurtre passionnel ayant eu lieu à plus de 3000 kilomètres ?

Si on se réfère aux chiffres produits par l’Office fédéral de la statistique sur ces trois dernières années, on constate que la somme des assassinats et des meurtres en Suisse fluctue entre 45 et 90 par année, c’est-à-dire entre un tous les quatre jours et un toutes les semaines. Ce n’est manifestement pas assez pour une presse décidée à convaincre ses lecteurs qu’ils vivent dans un monde particulièrement dangereux. Qu’on fasse intervenir des événements français est encore relativement compréhensible, étant donné la proximité culturelle, mais aller chercher jusqu’en Amérique ou au Cambodge pour remplir la rubrique est nettement plus contestable.

Je crois qu’il faudrait dénoncer fermement cette tendance d’une certaine presse à « criminaliser ses pages ». Ce n’est plus de l’information : c’est la construction consciente et volontaire d’un monde fantasmé conforme aux pires films américains. Du bon pain pour les partis politiques qui vendent de l’angoisse !!!

Dani

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