Piques et répliques – 2

Quelques réflexions critiques sur tout et rien

Archive pour mai, 2008


Journaux : faites nous peur !!! (Al-Qaida et l’euro 2008)

16 mai, 2008
Divers | 1 réponse »

Le Matin bleu du vendredi 16 mai 2008 – Al Qaida vise l’Euro 2008

On connaît l’intérêt des quotidiens gratuits (et de quelques autres) pour tout ce qui peut faire peur aux lecteurs. Manifestement, la peur fait vendre, ou du moins, les gens aiment à se faire peur. Donc, les manchettes évoquant des crimes sanglants ou des viols sordides abondent, écrasant de tout leur poids le reste de l’information quotidienne.

Aujourd’hui, on monte d’un cran dans l’échelle des fantasmes : le « Matin bleu » titre en page 5 : « Al-Qaida vise l’Euro 2008″. Le terrorisme ! Voilà de quoi faire trembler dans les chaumières à l’approche des matches se déroulant en Suisse lors du championnatd’Europe de football. Tremblez, citoyens, le terrible Ben Laden va venir s’occuper de vous !

Mon propos ici n’est nullement de nier le danger terroriste. Régulièrement, dans le monde, on dénombre des morts et des blessés graves liés à des attaques à la bombe. Ce risque existe donc, et existe évidemment aussi lors de l’organisation de manifestations d’envergure internationale. Il est donc juste que les polices et les services de sécurité s’en préoccupent, se préparent, voire communiquent sur ce thème. Mais ici, ce n’est pas de cela qu’il s’agit, mais de l’utilisation de la peur pour attirer le chaland et lui glisser un maximum d’annonces publicitaires sous le nez par la même occasion (c’est bien le rôle des journaux gratuits, non ?).

Alors, examinons en quoi ce journal est fondé à affirmer que les terroristes d’Al-Qaïda ont décidé de s’en prendre à l’Euro 2008. Quelles sont donc les pièces qu’il verse au dossier ?

Journaux : faites nous peur !!! (Al-Qaida et l'euro 2008) gare__zoom

Des messages ont été déposés sur des forums de sites « djihadistes », proposant de « transformer les deux pays les plus sûrs d’Europe en enfer » ou appelant à commettre des attentats (mais si on recensait toutes les horreurs de ce genre figurant sur des forums, on n’en finirait jamais). Le journal mentionne aussi l’arrestation d’islamistes au Portugal lors de l’Euro 2004, arrestations qui n’avaient pas démontrés clairement l’existence de projets d’attentat, faut-il préciser. Mais l’article mentionne aussi les réponses des polices autrichiennes et suisses qui estiment qu’ « aucun élément concret ne permet de craindre un quelconque danger précis ».

Il faut donc bien admettre que le journal joue tout à fait gratuitement avec les nerfs de ses lecteurs. Malheureusement, il n’est pas le seul : le site de la Radio suisse romande ou La Liberté, par exemple, se sont eux aussi livrés à ce petit jeu du « fais-moi peur ».

Quelques idiots ou fanatiques écrivent sur des forums internet et une partie de la presse transforme cela en projet réel d’attentat de la centrale terroriste la plus célèbre du monde, en créant ainsi elle-même une soi-disant information ! Quelques jeunes fanatisés qui fréquentent les forums en tireront gloire, la police surveillera ces activités… mais faire des titres pareils en ne se basant sur rien de concret ou de tangible : c’est de la pure désinformation ! Ce journal mérite sa place de fin de journée : dans les corbeilles à papier ou dans le caniveau.

Dani

Aussi dans :

Le Matin (orange) : Zurich visée par les sbires de Ben Laden
La Tribune de Genève : La Suisse ne s’affole pas devant la menace terroriste 24 heures : Euro 2008 : menaces sur les forums jihadistes, la police suisse en alerte La Liberté : Les terroristes connaissent la Suisse Site de la RSR : Menaces d’attentat contre l’euro 2008

Manifestement…… la peur fait recette quand on en fait ses titres (même si certains journaux prennent la peine de beaucoup relativiser). Toujours rien de tangible, à part les forums internet, mais tout le monde suit, y compris des quotidiens français et belges. Comment faire l’info, même s’il n’y a rien à dire.

Partis de droite, du centre-droite, du centre, de partout ?

12 mai, 2008
Divers | Commentaires fermés

Le TEMPS – Quelques articles relevés entre le 2 et le 10 mai 2008

Depuis le 11 septembre 1789, à l’occasion du débat sur le droit de veto du roi à l’assemblée nationale issue de la révolution française, on a coutume de classer les partis politiques, les idéologies et même le simple citoyen sur un axe gauche-droite. Si cette opposition séparait à l’origine les monarchistes et les libéraux révolutionnaires, elle n’a pas cessé ensuite d’évoluer et surtout de s’étendre en dehors de sa patrie d’origine.

Le gouvernement de Front populaire de 1936, en France, réunissait ainsi les radicaux et les socialistes, soutenus par le parti communiste. Généralement, le XXe siècle à vu s’opposer une gauche socialiste à une droite libérale ou conservatrice. Il n’empêche que la logique de ce clivage reste souvent obscure et que chacun y va de sa propre appréciation, souvent influencée par son positionnement personnel. Il reste que certains critères font globalement consensus chez les spécialistes.

 

Partis de droite, du centre-droite, du centre, de partout ? 250px-Bundeshaus_-_Nationalratsratssaal_-_001

 

Or, la lecture des quotidiens donne parfois le tournis tant les partis et les coalitions peuvent valser de gauche à droite, en glissant à travers des centre gauche et des centre droite opportuns… Je vais me référer ici au quotidien « Le Temps » sur environ une semaine pour tenter de le démontrer.

Le 2 mai, à l’occasion des élections étudiantes à l’UNIL, le journal évoque les jeunes libéraux, radicaux et démocrates-chrétiens comme représentant du « centre droite ». Mais un peu plus loin dans le journal, les mêmes deviennent des étudiants « déclarés à droite » et des « juniors de droite ».

Le 3 mai, ce sont cette fois-ci, au plan fédéral et à l’occasion d’une prise de position quant à une votation proche, les PDC, Verts libéraux et évangéliques qui représentent le « centre-droite ».

Le 6 mai, l’entente bourgeoise genevois (radicaux, libéraux et PDC), à propos des trois voies de l’autoroute, est clairement située à « droite ». Mais le même jour, dans un article évoquant les envies de scission au sein de l’UDC, les libéraux sont qualifiés de « forces centristes », on imagine une « force de droite supplémentaire » (une alliance d’UDC modérés et de libéraux), voire un grand parti de « centre-droit » (union libérale-radicale). On finit enfin par les « partis de la droite traditionnelle » en parlant des PDC, radicaux et libéraux.

Le 7 mai, la « droite politique » est figurée par le PDC, les radicaux, l’UDC et le parti libéral, alors que le 8 mai, la chronique de François Gross « Allô, le centre » interpelle les radicaux et les démocrates-chrétiens comme « partis du centre ». Le même jour, le même journal évoque une alliance du « centre-droit » vaudois avec radicaux, libéraux et UDC et enfin, le 10 mai, « la droite » (c’est-à-dire le PDC et le PRD, et éventuellement l’UDC) désire dans Le Temps faire pression pour accélérer les réformes sociales.

Difficile à suivre, n’est-ce pas ? Les mêmes partis occupent tour à tour le centre, la droite, le centre droite. A cela, il faudrait ajouter qu’un parti très à droite, l’UDC, se donne un nom de « parti démocratique du centre » et que l’éventualité d’un conseil fédéral composé d’une majorité radicale et démocrate-chrétienne avant les élections d’octobre 2007 était régulièrement qualifiée de « centre-gauche »! Bref, plus personne ne s’y retrouve…

On pourrait tenter de remettre un peu d’ordre dans tout cela. Tout d’abord, il faut faire remarquer que le clivage gauche-droite peut être utilisé au sein d’un parlement ou au sein d’une population. Ainsi, il n’y a pas de doute que le PDC est bien situé au centre de l’hémicycle du conseil national, avec les socialistes et les verts à sa gauche et les radicaux et l’UDC à sa droite. Au fond, cela pourrait d’une certaine manière offrir un repère relativement objectif. Toutefois, les résultats des élections évoluent et cette situation pourrait aussi changer. On peut donc également se référer à la tradition idéologique et éventuellement comparer avec des pays voisins. Dans ce cas, le même PDC rejoindrait la droite étant donné ses préférences idéologiques générales en faveur de la liberté d’entreprise, d’un certain conservatisme social et de ses alliances électorales avec le reste de la droite. Si le PDC était réellement au centre, on devrait, au moins de temps en temps, éventuellement localement, le retrouver allié à une partie de la gauche. Par contre, classer les radicaux, les libéraux et l’UDC au centre droite n’a aucun sens, ni en tenant compte de leur place dans un hémicycle, ni en tenant compte de leurs préférences idéologiques. Imagine-t-on sérieusement semblable procédé à gauche, avec des socialistes au centre et le POP au centre-gauche ?

Non, décidément, il y a ici un jeu très ambigu. Un parti ne peut pas décemment occuper à la fois le centre, le centre droite et la droite. Il devient nécessaire de clarifier et ce serait notamment le travail de la presse, et en particulier d’un quotidien dit « de référence », de le faire. On pourrait en effet attendre une certaine cohérence ou en tout cas une certaine continuité dans l’usage de ces qualificatifs.

Parfois, le POP est situé à l’extrême-gauche. Pourquoi l’UDC, qui défend des positions parfaitement inverses, n’occuperait pas alors l’extrême-droite ? D’ailleurs, un parti qui défend le « droit à l’arbitraire national » correspond clairement sur ce genre de points aux partis d’extrême droite des pays voisins. De même, les partis qui défendent une vision libérale de la société (une minorité désormais de l’UDC, les libéraux et les radicaux) devraient clairement se situer à droite, sans ambiguïté. Reste donc le cas des partis minoritaires tels que le PDC, les verts libéraux et les évangéliques (regroupés au parlement fédéral). Etant donné des alliances ponctuelles avec des partis dits de gauche, on peut alors leur accorder le bénéfice du centre, mais plus précisément du « centre droite » étant donné leurs préférences électorales très claires. Et pourquoi n’y aurait-il pas aussi un « centre gauche », après tout ?

Il faut arrêter de céder trop facilement « le centre ». Il est un atout électoral et chacun le sait pertinemment, surtout les journalistes politiques. Il faudrait exiger ici plus d’impartialité !

Dani

 

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P.S. : J’ai parfois rencontré des gens qui me disaient que les journaux étaient « de gauche ». Lorsque je demandais « Le Temps, aussi ? », on m’a parfois répondu affirmativement. J’ai quatre hypothèses :

1) La personne ne sait pas lire

2) La personne n’a aucune idée du clivage gauche-droite

3) La personne ne lit pas Le Temps

4) La personne est tellement « au fond à droite » que tout le reste est à gauche

L’abuseur d’aide sociale, sa maserati et sa nationalité !

10 mai, 2008
Divers | 1 réponse »

20 minutes du vendredi 9 mai 2008 – Il roule en Maserati et touche l’aide sociale

D’ordinaire, les journaux sont toujours d’une grande précision quant à la nationalité des délinquants, des profiteurs et des responsables d’accidents. Les journaux gratuits, comme d’autres journaux spécialisés dans le fait divers accrocheur le sont tout particulièrement.

Ainsi, le chauffard condamné de l’édition du 8 mai est serbe, celui qui a été flashé 31 fois par le même radar est un Pakistanais immatriculé en Belgique et même une victime de coup de couteau est bien désignée précisément comme albanaise le même jour. Ces derniers temps, on a même pris la peine à plusieurs reprises de préciser que des délits était le fait de suisses naturalisés, originaires de tel ou tel pays. Manifestement, l’origine nationale a d’avantage d’importance aux yeux de nombreux journalistes que l’âge, la profession ou le lieu de résidence.

Or, ce vendredi 9 mai, on découvre qu’un homme « roule en Maserati et touche l’aide sociale ». Il s’agit d’un petit article relatant des faits ayant eu lieu à Wittenbach (SG) et mettant aux prise le président de la commune à ce citoyen, événements ayant conduit à la découverte du « pot aux roses ». L’homme est donc poursuivi pour escroquerie.

Pour une fois, il n’est fait nulle part mention de la nationalité de l’homme en question. Tiens, pourquoi ? Eh bien, c’est là qu’il devient nécessaire de lire « entre les lignes ». L’escroc en question est tout simplement suisse !!!

Si on précise lorsqu’il s’agit d’étrangers et qu’on passe la nationalité sous silence lorsqu’il s’agit de citoyens helvétiques, on ne doit plus s’étonner que certains aient l’impression que les délits sont systématiquement le fait d’étrangers.

Dani

PS : Il est possible de vérifier ce fait sur le site « polizeinews.ch » qui recense les messages publiés par les polices, où la personne en question est désignée comme citoyen (Bürger) : http://polizeinews.ch/page/44438/. Quant au « St.Galler Tagblatt », il donne même le nom.

Infrarouge et SMS : beurk !

9 mai, 2008
Télévision | 1 réponse »

Emission de la TSR – Infrarouge du 7 mai 2008

Depuis quelques années, la TSR a pris l’habitude de permettre aux téléspectateurs de réagir en direct à l ‘émission en envoyant des SMS. Puis, elle sélectionne une partie de ceux-ci qui défilent en surimpression devant l’image des participants au débat.

Régulièrement, je suis effaré des « pensées » qui nous sont ainsi données à lire et je me demande toujours si ce sont les réalisateurs de l’émission qui choisissent des paroles consternantes pour nous faire bondir sur nos fauteuils ou si ce sont les téléspectateurs qui, dans leur majorité, arrivent à proférer de telles choses…

Infrarouge et SMS : beurk ! dans Télévision infra20080508_9064252_1

Avant-hier, l’émission était consacrée à la votation du 1er juin sur les naturalisations. Je m’attendais donc à voir défiler un cortège d’horreurs et cela n’a « presque pas » été le cas. A mon grand étonnement, on voyait apparaître plutôt des réflexions que des éructations. D’autre part, la très grande majorité des interventions étaient hostiles à l’initiative de l’UDC. La question à se poser est donc la suivante : la TSR a-t-elle sélectionné plus particulièrement des interventions défavorables aux thèses des initiants ?

Cependant, si l’on se réfère aux émissions habituelles, nul doute que la TSR n’hésite pas à donner la parole à ceux qui souhaitent choquer par des paroles xénophobes ou intolérantes. Alors, pourquoi pas cette fois ? Ont-ils cette fois tellement dépassé les bornes qu’il n’était plus décemment possible de « publier » les SMS ?

Et pourtant, quelques « horreurs » sont tout de même apparues à l’écran, jugez plutôt : « Fritzl, ça donne quand même mieux que Medelikovic », « En Autriche, M. Fritzl aurait été naturalisé sans problèmes, ses voisins le trouvaient très gentil ! », « Je préfère l’arbitraire à l’intrusion de fonctionnaires bornés », « Mais pourquoi vouloir laisser tant d’étrangers pénétrer chez nous ? Comment peut-on garder un minimum de sécurité en les laissant venir », « Les vrais suisses sont bientôt en minorité », « un ancien autrichien qui cabale pour cette initiative crache simplement dans la soupe », « Un Suisse naturalisé, c’est un suisse de plus, mais pas un étranger de moins ».*

Comment on peut le voir, le hors-sujet le dispute à l’invective gratuite et aux préjugés stupides. L’émission Infrarouge a choisi une façon très « directe » de parler de politique, quitte à laisser parfois une trop grande place au spectacle. Il faut toujours « aller vite » quitte à couper la parole à tout le monde : vive les idées simples, rapidement exprimées. On peut déjà émettre parfois des doutes sur la qualité du débat. Mais faut-il encore y ajouter en surimpression les pires inepties ?

Dani

* Rappels :

Fritzl est le nom de l’incestueux père qui a séquestré une partie de sa famille en Autriche.

L’ancien autrichien est un élu national qui participait à l’émission.

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Les Brèves du Matin bleu….n’importe quoi ?

7 mai, 2008
Divers | Commentaires fermés

Le Matin bleu – 7 mai 2008

Les rédacteurs des journaux gratuits relisent-ils leurs copies avant de les rendre, comme on le recommande généralement aux élèves. On pourrait en douter quand on lit attentivement celles-ci, comme le montre l’édition de ce jour :

Je cite : « Fin de suspension pour les exécutions. ETATS-UNIS : Sauf intervention judiciaire de dernière minute, un homme condamné en Géorgie pour le meurtre de sa petite amie a été hier le premier détenu exécuté depuis que la Cour suprême a suspendu les exécutions en septembre dernier. »

Vous saviez, vous, que les Etats-Unis ne pratiquaient plus la peine de mort depuis 8 mois ? Noooon, rassurez-vous, vous n’aviez rien loupé ! C’est juste le journal qui oublie de préciser que c’est uniquement la Cour suprême de l’Etat de Géorgie qui avait décidé cette suspension, et non la Cour suprême « tout court » à savoir celle des Etats-Unis…

Je cite : « La décision : L’UDC du canton de Vaud a décidé, hier soir, d’exclure du parti la conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf et sa section grisonne ».

Dingue, ça. Je ne savais pas que la conseillère fédérale appartenait à l’UDC vaudoise (qui vient apparemment de l’exclure) qui en plus comporte une section « grisonne » (avec des cheveux gris ?) … Non, en fait l’UDC vaudoise s’est prononcée « en faveur de l’exclusion », mais elle n’est compétente elle-même ni pour décider de l’exclusion de la conseillère fédérale, ni de celle d’une autre section cantonale.

Je plaisante, mais on pourrait continuer. Il y en a souvent…

A force de vouloir faire bref, très bref, encore plus bref, on finit par commettre des inepties et des simplismes. Je commence vraiment à croire qu’il n’y a pas de relecture…

Dani

P.S. le 9 mai : Dans la catégorie « manque de relecture » du Matin bleu, on relèvera aujourd’hui le titre : Les Israéliens célèbrent l’anniversaire de l’indépendance proclamée en 1968, juste en dessous de l’annonce de la fête des 60 ans d’existence….

 

« La chute de Blocher » : documentaire vraiment orienté ?

4 mai, 2008
Télévision | 1 réponse »

Documentation de la Télévision alémanique SF1 (Jörg Zumstein) présenté le 4 mai 2008 par la Télévision suisse romande

Visible sur : http://www.tsr.ch/tsr/index.html?siteSect=342401&sid=8958035

Remarque : j’ai pris la peine de visionnner une partie du documentaire dans sa version originale en allemand. A mon sens, il est bien traduit en français et je me contenterai donc de la version française ici.

Voici enfin pour le public romand le documentaire qui a servi de détonateur aux ultimatums à Evelyn Widmer-Schlumpf, pour démissionner du conseil fédéral et de son parti UDC, ainsi qu’à l’UDC du canton des Grisons pour qu’elle exclue la nouvelle conseillère fédérale. En effet, l’élection du 12 décembre elle-même n’avait pas mis pareillement le feu aux poudres et ce n’est qu’après le documentaire télévisé que l’opération s’est mise en route.

Dans son ensemble, ce documentaire montre assez bien comment se passe ou ne se passe pas une élection au conseil fédéral. Tous les 4 ans, il y a tractations, secrets, accords, alliances, etc. Cette année a été toutefois un peu plus spéciale, car le résultat a été la non-réélection d’un conseiller fédéral, chose fort rare. On y avait déjà assisté en 2003, avec Ruth Metzler dont le parti avait perdu des électeurs. Cette fois-ci, la non-réélection a eu lieu malgré le bon résultat de l’UDC….. Voilà pour la nouveauté ! Par contre, ne pas élire le candidat présenté officiellement par un parti, voilà qui est plus courant : les socialistes Lilian Uchtenhagen et Christiane Brunner, notamment, avaient déjà subi cette déception. Quant au « secret », tant reproché, on s’étonne que des politiciens soient heurtés. Quiconque a fait un tant soit peu de politique sait que le secret est un ingrédient essentiel… Complot, plan secret, opération secrète…. Pas de doute, ce documentaire montre donc de la politique, de la simple politique (opération Scipion après l’opération Hannibal de 2003), rien de plus…. ou presque !

Presque ? Parce que, tout de même, certaines scènes appellent à un peu de recul :

Le documentaire commence en affirmant que les pertes électorales du PS ont été « la cause » du plan secret. C’est difficile à croire : des livres ont été publié (F. Chérix, A. Gross, etc.) avant les élections fédérales pour plaider la non-réélection, de nombreuses interventions dans les journaux aussi. Les socialistes n’ont manifestement pas attendu de perdre des électeurs…..c’était leur but depuis bien longtemps.

Plus tard, Ueli Maurer mentionne son téléphone de mardi soir (veille de l’élection) avec Mme Widme-Schlumpf et dit qu’elle assure ne pas pouvoir fonctionner sans groupe parlementaire. Puis, Ursula Wyss (PS) répond, à la question « Saviez-vous que Ueli Maurer et Evelyn Widmer-Schlumpf s’étaient parlés au téléphone ? » : « Possible que je l’aie su ! » Et là, le journaliste enchaîne en interrogeant M. Maurer : « Savez-vous que les socialistes étaient au courant de votre téléphone avec Mme Widmer-Schlumpf ? » Voici l’exemple type d’un question orientée. Fondamentalement, s’il se base sur la non-réponse de Mme Wyss, comment l’interviewer peut-il affirmer ainsi, à travers une question, qu’elle était au courant ? Dès lors, Ueli Maurer, en répondant non, accepte la question telle quelle. Personne ne remet en doute le fait que les socialistes auraient été mis au courant d’un téléphone entre leaders de l’UDC. Etonnant, non ? Personne ne peut l’affirmer, sauf le journaliste à l’intérieur de sa question, mais personne ne remet rien en question. On est loin de l’objectivité, bien loin.

Dans la suite du documentaire, on aperçoit, dans la pénombre les leaders des Verts, du PDC et du PS. Le commentaire précise « à minuit » (l’heure du crime ?), « comme des conspirateurs ». Le tournage « en sombre » et les mots suffisent à accréditer la scène. Rien de clair, tout en sous-entendu…

Ueli Maurer, à propos du mercredi matin de l’élection du conseil fédéral et d’un contact avec Mme Widmer-Schlumpf : « Je lui ai dit que la situation avait changé pendant la nuit et qu’elle devait s’attendre à être élue ». Tiens, d’où le sait-il ? On ne lui pose même pas la question de savoir ce qui a changé et il peut même redire qu’elle prétend alors qu’elle n’accepterait pas l’élection. Il faut le croire sur parole… Et dans la salle des pas perdus, on se rend tout de même compte que le nom de Widmer-Schlumpf est articulé face aux journalistes, notamment par Luc Recordon : difficile de croire à la totale surprise dans ces conditions. Ces mêmes journalistes ayant évidemment très rapidement évoqué la question avec les UDC présents.

Dernière scène à citer : celle tu téléphone, qui se passerait au moment du 2ème tour de scrutin de l’élection. Ici, il faut bien suivre la succession des séquences. Tout d’abord Ueli Maurer en train de dire qu’il a vainement essayé d’atteindre la conseillère d’Etat grisonne, puis la scène dans le train qui montre Mme Widmer-Schlumpf tendre son téléphone à sa collègue grisonne sans y répondre, puis à nouveau M. Maurer en train de dire qu’il n’a pas pu parler à Mme Widmer-Schlumpf, puis enfin une image de la nouvelle élue sans réaction au moment de l’annonce du résultat. Etant donné qu’il a été depuis avéré, grâce à des écoutes attentives des dialogues, que c’était une autre personne qu’Ueli Maurer qui appelait, cette succession devient louche, comme construite à dessein. On laisse ouvertement supposer que la future conseillère fédérale « évite » son président de parti… On ne le dit pas, puisqu’on ne pourrait pas l’affirmer, mais on le sous-entend.

Au fond, ce documentaire est-il carrément mauvais ? Non, probablement pas, mais il contient quelques scènes qui, dans un esprit documentaire, auraient dû être supprimées ou complétées plus explicitement. Il joue sur les silences, les non-dits, les sous-entendus, la succession de scènes « juste dans le bon ordre ». pour soutenir la thèse du complot. Pourquoi ne pas laisser d’un bloc les interviews plutôt que de jouer à les intercaler habilement ? Il suffirait de peu pour en faire un documentaire acceptable et non un soutien explicite aux manoeuvres de l’UDC contre « sa » conseillère fédérale. Il faudrait pour cela être plus explicite, plus clair, y compris, par exemple, en se demandant pourquoi Mme Widmer-Schlumpf était filmée ce matin-là dans le train !!!

Personnellement, je me demande s’il n’y avait pas plus de gens au courant que ceux qui veulent bien l’admettre, notamment à l’UDC…

Au fond, la Suisse est un pays « sans chef ». Nous avons d’ailleurs le seul régime politique au monde qui fonctionne sans « chef de gouvernement » et avec un « chef d’Etat uniquement représentatif » et élu pour un mandat très court d’une année. C’est sans doute là qu’il faut rechercher les causes de toute cette affaire. Il y avait là un conseiller fédéral insatiable, qui prenait des libertés avec la constitution ou la séparation des pouvoirs, qui ne respectait pas les règles politiques habituelles, qui voulait accaparer le pouvoir. Alors, le parlement responsable de l’élection a simplement joué son rôle de contrôle et d’élection de l’exécutif. Le fin mot de l’histoire revient au fond à Ueli Maurer, à la fin du documentaire : « C’est moins Evelyne Widmer-Schlumpf qui a été élue que Christoph Blocher qui n’a pas été réélu ». Tout simplement.

Dani

Tout le monde a un anus… et un avis !

3 mai, 2008
Propagande | Commentaires fermés

Commentaires sur « Le Matin online » – articles du 2 mai 2008 et 15 avril 2008

Depuis que les journaux ont des sites internet, il est possible de consulter une partie de leurs articles en ligne. C’est bien pratique, surtout lorsqu’on souhaite faire des comparaisons entre les différentes présentations d’un même événement.

Ceci dit, certains de ces journaux en ligne offrent aussi une autre possibilité : celle de réagir directement aux articles en insérant un commentaire personnel. Le lecteur qui arrive à la fin de l’article est alors tenté d’aller lire ce qu’en disent les autres lecteurs. Les partis et les autres acteurs du débat politique l’ont bien compris et n’oublient pas de militer.

Que valent ces commentaires ? Il vaut parfois la peine d’aller jeter un coup d’oeil, non pour parfaire son information, mais pour être définitivement édifié par la bassesse du propos et les sottises qui peuvent être écrites grâce à l’anonymat garanti. Et je ne parle même pas des horreurs syntaxiques et grammaticales…

Prenons des exemples de thèmes controversés comme l’article du Matin du 2 mai sur le documentaire télévisé évoquant la non-réélection de Christoph Blocher et l’article du 15 avril sur l’initiative sur les naturalisations (très commenté). Voici quelques exemples de ces commentaires :

  • La démocratie c’est lorsque le président représente le peuple, représente le choix du peuple, représente les voix du peuple. Ce n’est pas le cas de la Suisse, qui est un système gauchiste totalitaire, mettant en place des personnes inconnues du peuple

La Suisse, système d’extrême-gauche (gauchiste). On peut rire ? Et depuis quand la tâche d’un président est-elle de « représenter » ? Les membres de l’exécutif sont là pour gouverner et c’est le parlement qui représente.

  • Surtout quand on songe que plus de 33% ont voté justement le parti de ce même Blocher !

Rappel : l’UDC a conquis 29 % des voix aux élections d’octobre, pas 33 %.

  • les élus décidant de la naturalisation sont élu par et pour le peuple! si le peuple éli ces gens, cela revient au même que de naturaliser nous-même les étrangers! DONC le suisse est capable de discènerment et de naturaliser objectivement un étranger! CQFD

Faut-il comprendre qu’il peut aussi se charger d’adopter le budget fédéral, d’amender la 11e révision de l’AVS et les ordonnances d’application ? Avec cette logique-là, la population devrait se charger de centaines de décisions et on organiserait une votation populaire par jour !

  • L’argent etant si sacre pour un suisse, je propose qu’un etranger voulant se naturaliser debourse 100’000 Fr et c’est regler, pluys besoin ni de commission ni de vote, car de toute facon, y’a que ca que ca interesse

Voilà un bel exemple de démocratie garantissant l’égalité des droits !

  • Si le texte de cette loi aurait déjà été en vigueur, il n’y aurait pas eu cette triste affaire des « 543″, ni cette histoire d’employé communal dans le canton de Vaud. Ils auraient été soutenus par les gens de leur commune, et naturalisés. Donc votez oui.

Et hop, on confond allègrement les requérants d’asile avec les émigrés disposant d’un permis C et établis en Suisse depuis 12 ans (et vive l’imparfait !)

  • Je propose d’enlever la nationalité suisse aux minus dont le QI est inférieur à 80 et qui roulent les mécaniques, soit : Blocher, Maurer, Brunner, Perrin, etc, etc

Où avez-vous trouvé ces résultats ? Et vous, votre test de QI ?

  • Dire qu’une décision du peuple est contraire à la constitution représente un non-sens, le peuple, comme le client à toujours raison.

La Constitution aussi a été adoptée par un vote populaire. Y intégrer un article qui créera une contradiction avec les articles déjà existants est donc problématique. Ce monsieur a-t-il déjà un jour consulté la Constitution fédérale ?

  • peut-on avoir une nationalité facilement dans les autres pays du monde??alors pourquoi râler quand en Suisse on va raffermir les lois, qui existent partout ailleurs??

A celui-ci, on pourrait conseiller de lire un peu et de se documenter : la Suisse est le pays le plus restrictif d’Europe dans l’attribution de sa nationalité.

  • je signale quand même qu’on a proportionnellement 8x plus d’etranger qu’en France

Faux, juste 3 à 4 fois plus ! Et encore, c’est parce que la nationalité française est nettement plus facile à acquérir : droit du sol et naturalisation dès 5 ans de résidence.

  • et c’est marrant car quand ce sont des grandes fortunes étrangères qui s’installent en CH cela ne pose de problème à personne…

Et revoilà la confusion entre immigration et naturalisation. Ce n’est pourtant pas la même chose, et il y a 12 années entre les deux…

  • Et malheureusement en Suisse,beaucoup de fois c’est l’ignorance à certain sujets qui l’emporte.

Vous ne croyez pas si bien dire.

  • La meilleurs solution est: expulsion des étranger et tout ses problèmes seront résolus! Pourquoi vouloir faire compliqué quand on peut faire simple!

Voilà quelque chose d’expéditif : demain, on se passe du quart de la main d’oeuvre !!!

  • donc, la gauche serait raciste….puisque ils soutiennent aussi l’inisiative

Un qui n’a pas compris qui est à gauche et qui est à droite !

 

Bref, la démonstration est éloquente. Et il en va ainsi de nombreux débats suite aux articles du quotidien orange. L’exception est fournie par quelques articles plus complexes ou techniques à propos desquels moins de monde se sent prêt à aller cracher des mots.

Pourquoi ce journal continue donc à offrir cet espace de défoulement qui prend plus de place que son propre article ? Ce doit être dans l’air du temps… Chacun peut s’exprimer, c’est bien, c’est aussi démocratique. Mais certains le font en « croyant savoir », sans réfléchir et sans vérifier quoi que ce soit : cela aussi, c’est dans l’air du temps. Tout le monde a un avis, comme tout le monde a un anus. On demande bien un avis scientifique à des vedettes de la chanson et des recommandations politiques ou économiques à des sportifs…

Une discussion de mauvais bistrot, mais par écrit. Or si les paroles s’envolent, les écrits restent. A quand le retour de la priorité à l’information dans les médias écrits ?

Dani

L’UDC et ses statistiques…

2 mai, 2008
Des statistiques... | 3 réponses »

Aujourd’hui, je relève une information qui n’émane pas des journaux eux-mêmes, mais qui se retrouve souvent dans les « pages payantes », sous forme d’annonce…. Elle sera vue plus souvent que les articles.

A cet égard, je me souviens avec émotion de mon premier prof de statistique qui disait : « La statistique est la forme moderne du mensonge ! ». Boutade amusante.

Et pourtant, les statisticiens ne sont aucunement des menteurs. C’est un métier respectable comme tous les autres métiers. Les employés de l’Office fédéral de la statistique font un travail remarquable et donnent une information complète et détaillée. Malheureusement, cette avalanche de tableaux, de colonnes chiffrées et de graphiques est souvent particulièrement indigeste et difficile à affronter pour une grande partie de la population qui a gardé un mauvais souvenir des cours de mathématiques.

C’est pourquoi les communicateurs s’emparent alors de quelques chiffres qu’ils mettent en valeur. Mais eux ont généralement moins de scrupules que les statisticiens officiels. Ils travaillent pour des journaux, mais aussi pour des associations, des lobbys et des partis politiques. Sont-ils des menteurs ? Tout de même pas, mais disons qu’ils savent extraire juste les bons chiffres et les présenter de manière opportune. Parmi ces communicateurs, ceux de l’UDC sont particulièrement roublards. Voyez plutôt :

naturalisationsudc.jpg

Ces chiffres sont-ils faux ? NON

Sont-ils présentés particulièrement habilement : OUI

L’année de départ, 1991, est particulièrement bien choisie. C’est celle qui a connu le moins de naturalisations. D’ailleurs, ces naturalisations vont par vagues et suivent avec un peu plus de retard les vagues d’immigration (la durée de résidence exigée est de 12 ans pour la naturalisation ordinaire et de 5 ans pour la naturalisation facilitée en cas de mariage). De plus, la double-nationalité n’a été autorisée qu’en 1992 et les frais de naturalisations ont diminué récemment. Logiquement, les naturalisations sont donc particulièrement importantes ces dernières années. Il ne serait pas étonnant de voir les chiffres à nouveau baisser à l’avenir, comme cela a été le cas dans le passé.
Pour s’en rendre compte, voici l’évolution du nombre de naturalisations vue par l’Office fédéral de la Statistique :

L'UDC et ses statistiques... dans Des statistiques... 01.parsys.0002.Image

 

Et voici maitenant l’évolution de l’immigration en Suisse (OFS) :

01.parsys.0004.Image dans Des statistiques...

Autant citer directement l’Office fédéral de la statistique :

« Les changements de la loi sur l’acquisition de la nationalité suisse ont essentiellement influencé le nombre annuel d’acquisitions de la nationalité suisse. L’augmentation des naturalisations, lors de ces dernières années, est essentiellement due à une proportion grandissante d’étrangers vivant depuis longtemps en Suisse, ayant grandi dans notre pays ou s’étant marié à un citoyen suisse. Entre 1992 et 2006, le nombre de personnes ayant obtenu un passeport suisse a triplé. Pourtant, seuls 3 étrangers vivant en Suisse sur 100 ont reçu la nationalité suisse, ce qui représente un petit pourcentage par rapport aux autres pays. »

Mais ce n’est pas tout : l’UDC s’échine aussi à montrer, sur son site cette fois-ci, que le nombre d’étrangers qui résident en Suisse est absolument énorme. Voici le graphique présenté :

Le graphique en question a disparu du site de l’UDC (sur lequel dirigeait mon lien) depuis la rédaction de mon article. En gros, il s’efforçait de montrer qu’il y a plus d’étrangers, nettement plus, en Suisse que dans les pays voisins. De l’ordre de plus de 20 % en Suisse, contre moins de 10 % en France par exemple. J’ai retrouvé la miniature :

grafik-rangliste-f_01Les chiffres sont-ils faux ? NON

Y a-t-il matière à discussion ? OUI, largement.

Pourquoi la Suisse affiche-t-elle un nombre aussi important d’étrangers dans ses statistiques ? Plusieurs éléments :

- Il est plus difficile d’obtenir la naturalisation en Suisse que dans la plupart des pays voisins (j’ai comparé avec l’Italie, la France, l’Allemagne, la Belgique, la Grande-Bretagne, les Pays-Bas, l’Espagne) : 12 ans de résidence sont exigés, auxquels peuvent venir s’ajouter des exigences communales, alors que la France exige par exemple seulement 5 ans de résidence. Sans compter les refus.

- Le droit du sol n’existe pas du tout en Suisse, contrairement là aussi à la France. Bien des enfants d’immigrés en France sont automatiquement français à 18 ans s’ils sont nés sur le territoire français (pratique existant aussi en Belgique et aux Pays-Bas), ce qui n’est pas le cas chez nous. A noter que l’Allemagne a introduit le droit du sol pour les enfants de la 2ème génération.

En somme, de nombreux « étrangers » seraient tout simplement suisses si on appliquait les mêmes critères que certains pays voisins. En témoignent les chiffres suivants de l’OFS :

  • Près d’un quart des étrangers (23,0%) sont nés en Suisse et appartiennent donc à la deuxième, voire à la troisième génération d’étrangers.
  • Près de la moitié (45,8%) des étrangers nés à l’étranger résident ici depuis au moins 15 ans et 12,6% y vivent même depuis plus de 30 ans.

Plus des deux tiers des étrangers seraient suisses en appliquant les lois françaises, par exemple. Ceci nous mettrait à une plus juste place dans cette statistique comparative. Si on compare le nombre de personnes nées à l’étranger, les chiffres français et suisses sont du même ordre de grandeur…

La définition du mot « ETRANGER » n’est pas la même dans tous les pays. Ici, comparaison n’est pas raison !

Or, l’UDC estime, à l’aide des statistiques qu’elle présente, que les naturalisations sont trop nombreuses. Elle préfère d’ailleurs calculer les naturalisations en pourcentage des habitants plutôt qu’en pourcentage des étrangers susceptibles d’être naturalisés.

naturalisationudc2.jpg

 

Ici encore, je me propose de citer directement l’Office fédéral de la Statistique :

Toutefois, le taux brut de naturalisation suisse reste relativement faible (3,1%) en comparaison européenne. On estime à 849’300 le nombre d’étrangers qui pourraient se faire naturaliser aujourd’hui. Seraient concernés 81,0% des Italiens, 79,3% des Espagnols, 75,6% des Slovènes, 71,3% des Croates, 67,5% des Grecs et les deux cinquièmes des Allemands et des Français séjournant dans notre pays à long terme. L’appartenance à un pays de l’UE, l’interdiction de la double nationalité par le pays d’origine et les conditions parfois sévères à remplir dissuadent bon nombre d’étrangers de déposer une demande dans une commune suisse.

Si on compare les naturalisations en pourcentages du nombre d’étrangers, et non en fonction de la population totale, on obtient les chiffres suivants :

Suisse : 2, 6%

Suède : 8.2%

Royaume-uni : 5.7 %

Pays-Bas : 4.1%

Autriche : 4.4 %

Belgique : 3.5 %

Espagne : 2.2 %

(Chiffres de l’OCDE)

Voilà qui est nettement moins impressionnant. La Suisse a plus de résidents ne bénéficiant pas du passeport suisse. Donc, si on calcule les naturalisations en % des « naturalisables », on se rend compte à quel point peu d’entre eux le sont chaque année.

Naturellement, on peut discuter des conditions à satisfaire pour obtenir la nationalité suisse. C’est une question politique légitime et rien n’obligerait la Suisse à s’inspirer des législations des pays voisins. Il n’empêche qu’il faudrait au moins avoir l’honnêteté de reconnaître ces différences de pratique et ne pas utiliser les chiffres au-delà de ce qu’ils peuvent démontrer.
Que conclure de tout cela. Aucun chiffre présenté par l’UDC n’est littéralement faux. Par contre, les chiffres sont bien choisis afin de venir soutenir la thèse proposée : il y a trop d’étrangers et il ne faut surtout pas les naturaliser.

Bien sûr. Parce que si on les naturalise (je pense ici en particulier aux deux tiers d’entre eux qui sont ici depuis leur naissance ou depuis 15 ans et plus), ce seront alors des suisses. Dès lors, leurs enfants aussi seront suisses et la belle statistique qui montre que la Suisse est envahie sera de plus en plus fausse. Et cela changerait complètement les perspectives.

Mais, au fond, qu’est-ce qu’un « étranger » ?

- Un résident américain, ne parlant que l’anglais, mais dont le père est suisse ?

ou

- Un résident espagnol, établi en Suisse depuis sa naissance et parlant le français avec l’accent vaudois ?

A méditer…

Dani

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